Propagande médiatique, politique, idéologique

Rumsfeld est-il vraiment menacé ?



Samedi 6 Mai 2006

Tribunes et décryptages - 5 mai 2006
Rumsfeld est-il vraiment menacé ?

Décryptage

Depuis le début du mois d’avril 2006, d’anciens généraux états-uniens appellent à la démission du secrétaire à la Défense. Anthony Zinni, Greg Newbold, John Riggs, John Batiste, Paul Eaton, Charles Swannack, Paul K. Van Riper et Wesley Clark remettrent en cause les compétences de Donald Rumsfeld et critiquent son autoritarisme. Ce tollé a été accueilli par une partie de la presse internationale, et notamment européenne, comme un signe d’affaiblissement de M. Rumsfeld, voire comme une remise en cause globale de l’action de l’administration Bush.

Cette position nous semble exagérément optimiste. Elle relève, à nos yeux, du même type de phantasme que celui qui avait poussé les cercles atlantistes européens à voir, ou du moins à présenter, John Kerry comme la solution à tous les maux de l’impérialisme états-unien incarné de façon caricaturale par George W. Bush. Elle traduit le malaise des éditorialistes à soutenir le bellicisme américaniste lorsque celui-ci se donne Donald Rumsfeld comme visage. Toutefois ces états d’âme doivent être pris pour ce qu’ils sont, rien de plus. Les mêmes journalistes qui votaient Kerry et décrivaient Bush comme un illuminé se sont ralliés à lui dès le résultat du scrutin connu. Ils ne manqueront pas plus de ravaler leur acidité et d’applaudir le secrétaire à la Défense dès qu’ils auront pris conscience du rapport de forces.
Observons par ailleurs que rares sont les généraux protestataires remettant en cause globalement l’action de l’administration Bush ou la politique étrangère néo-conservatrice dans son ensemble. La plupart se borne à un point de vue strictement militaire et juge que Donald Rumsfeld n’est pas la personne adéquate pour mener la guerre en Irak ou bien qu’il a commis des erreurs qui justifierait sa démission. La légitimité de la guerre elle-même n’est qu’incidemment débattue. D’où l’on peut conclure que la révolte actuelle n’a pas pour enjeu de déterminer s’il doit ou non y avoir une nouvelle guerre (en Iran, en Syrie…), mais qui la conduira depuis le Pentagone.
De plus ces protestations ne sont pas nouvelles. Anthony Zinni avait déjà stigmatisé la politique des néo-conservateurs (ce qui lui avait valu d’être taxé d’antisémitisme par le journaliste néo-conservateur Joel Mowbray). Wesley Clark, ancien candidat aux primaires démocrates lors de la présidentielle de 2004, dénonce régulièrement la politique de l’administration Bush depuis plusieurs années, non sans arrières-pensées électorales. Enfin, une partie de l’état-major apprécie peu les projets de réformes du Pentagone voulus par Donald Rumsfeld et qui mettent l’accent sur l’emploi de plus en plus important des forces spéciales.

La multiplication d’appels à la démission dans un cours laps de temps donne l’impression d’un mouvement d’ampleur qui n’existait pas auparavant. Cependant, il s’agit là d’un effet déformant de la presse. Il n’y a pas plus de contestataires dans les armées aujourd’hui qu’hier. La nouveauté, c’est qu’ils disposent de relais dans les médias. Et cette nouveauté est elle-même relative puisque une alliance anti-Rumsfeld de gradés et de journalistes s’était déjà formée à propos des tortures à la prison d’Abu Graib. À l’époque, des militaires s’étaient rebellés et avaient fait circuler des photographies sur internet pendant des mois avant de trouver un écho dans la presse. Les éditorialistes avaient soudainement crié au scandale et exigé la démission du secrétaire à la Défense. En définitive, M. Rumsfeld était sorti grandi de la crise : il avait nié contre toute évidence avoir donné l’ordre de recourir à des sévices tout en amplifiant sa politique au point d’étendre les capacités de traitement des prisons de Guantanamo et de Bagram.

Cette fois encore, Donald Rumsfeld peut compter sur ses soutiens politiques et militaires. Il peut espérer profiter de cette nouvelle crise pour écarter définitivement toute critique de son système de commandement et imposer enfin les réformes qu’il peine à réaliser depuis cinq ans.

L’ancien général des Marines, Michael DeLong, vient à son secours dans le New York Times. Il présente Donald Rumsfeld, dont il a été un des conseillers militaires, comme une personnalité volontaire et déterminée. Il réfute les accusations d’autoritarisme et affirme qu’il est à l’écoute de ses subordonnés. L’auteur prétend que les critiques sur la gestion de la Guerre d’Irak sont infondées et émanent parfois de personnes qui avaient la possibilité d’infléchir la politique menée en Irak lorsqu’ils étaient en service. Il assure que le principal problème lié aux suites de l’invasion vient des falsifications d’information émanant des exilés irakiens qui ont faussé l’analyse du Pentagone. Ce dernier argument est une justification classique des partisans de la guerre depuis que l’excuse des armes de destruction massive a été invalidée. Elle consiste à rejeter toute la responsabilité de l’intoxication de l’opinion états-unienne sur les exilés irakiens qui témoignaient mensongèrement de l’existence de ces armes en les présentant comme des acteurs politiques autonomes ayant mentis pour servir leurs propres buts et non comme des agents de désinformation appointés par les services secrets états-uniens ou le Pentagone.
L’ancien secrétaire à la Défense de Richard Nixon, Melvin R. Laird, et l’ancien général de l’US Air Force, Robert E. Pursle, partagent ce point de vue dans le Washington Post. Ils dénoncent l’attitude des généraux qui, au mieux, ne voient que par le petit bout de la lorgnette et ne comprennent rien à la stratégie globale du secrétaire à la Défense ou, au pire, cherchent des bouc-émissaires pour se couvrir face aux difficultés rencontrées. Pour les auteurs, il est évident que les généraux ont eu la possibilité de s’exprimer face à Donald Rumsfeld, ils sont donc responsables eux aussi des problèmes rencontrés en Irak.

Ce dernier argument, présentant les ex-généraux critiquant Donald Rumsfeld comme des individus soucieux de trouver un bouc émissaire civil pour mieux exonérer l’armée de ses erreurs est fréquent dans la presse états-unienne.
L’éditorialiste néo-conservateur du Los Angeles Times, Max Boot, estime qu’accabler ainsi Donald Rumsfeld est une ruse des militaires pour faire oublier leurs propres torts. L’analyste militaire du Center For Strategic & International Studies, Harlan Ullman, estime lui aussi dans le Washington Times, que les critiques des généraux sont inappropriées et que les erreurs en Irak sont collectives.

Ce point de vue n’est pas partagé uniquement par les partisans traditionnels de la Maison-Blanche puisque même l’ancien colonel de l’US Army, Andrew J. Bacevich, fréquemment critique de l’action du Pentagone, dénonce l’hypocrisie de la position des généraux dans le Los Angeles Times. De son côté, l’éditorialiste du Washington post, David Ignatius, demande, comme les généraux, la démission de Donald Rumsfeld mais s’en démarque en affirmant que les généraux sont tout aussi responsables que le secrétaire à la Défense des problèmes en Irak.

Sitôt énoncées, les critiques des généraux sont déjà partiellement invalidées par les élites états-uniennes. Elles ne devraient donc pas faire réellement vaciller l’emprise du secrétaire à la Défense sur le Pentagone.
Cela n’empêche pas toutefois une partie de la presse internationale de rêver à sa démission. C’est notamment le cas de nombreux éditorialiste de la presse arabe.

L’analyste politique libanaise Sahar Baasiri estime dans Annahar que M. Rumsfeld est affaibli. Elle juge que le fait que des généraux sortent ainsi de leur réserve est un phénomène rare dans l’histoire des États-Unis et a donc son importance. Elle estime qu’il s’agit de la preuve que la méthode Rumsfeld a échoué et qu’il pourrait entraîner toute l’administration Bush dans sa chute, en effet sa seule démission ne permettrait pas de redresser la barre en Irak.
Dans Al Quds Al Arabi, le journaliste palestinien, Jawad Albachiti, prévoit que Rumsfeld va probablement perdre son poste. Citant les déclarations du secrétaire à la Défense sur l’Irak, il juge que ses propos incohérents et ses justifications maladroites démontrent qu’il est à l’agonie. Toutefois, il tempère bien vite son optimisme : la démission de Donald Rumsfeld n’empêchera pas les partisans d’Israël au sein de l’administration Bush ou au Congrès de préparer une attaque contre l’Iran.

D’une manière générale, tous les intervenants dans ce débat réfléchissent comme si Donald Rumsfeld était un ministre comme un autre que le président pourrait congédier à la veille d’élections pour changer son image. C’est oublier qu’il joue un rôle central dans le système de défense US depuis 1975 indépendamment des fonctions politiques et entrepreneuriales qu’il a occupées. Or, au cours de ces trente dernières années, aucun président n’a osé défier le complexe militaro-industriel sur lequel M. Rumsfeld exerce un leadership inconstesté. Et M. Bush ne se lancera pas sur cette voie pour le seul plaisir de satisfaire les jérémiades de quelques vieillards en uniforme.

Bien que la mobilisation des généraux retraités tienne plus du barroud d’honneur que de l’offensive victorieuse, les démocrates états-uniens et leurs alliés européens s’y joignent pour contester la politique menée par l’administration Bush vis-à-vis de l’Iran. Ils feignent de croire que des militaires se rebellent contre le pouvoir civil et refusent de lui obéir. Etrangement ces vertueux démocrates apportent leur soutien à ce qu’ils interprètent à tort comme une mutinerie.
Le 26 avril 2006, l’International Herald Tribune, filiale européenne du New York Times, a publié deux tribunes réclamant une solution pacifique à cette crise.
L’ancien conseiller de sécurité nationale de l’ex-président Carter, Zbigniew Brzezinski, estime que les États-Unis s’isoleraient sur la scène internationale, provoqueraient une crise économique mondiale et s’embourberaient au Moyen-Orient. L’auteur craint un acte d’hubris impériale qui mettrait fin à la prépondérance états-unienne. Il appelle donc à la négociation avec l’Iran et à une attitude visant à faire baisser les tensions.
Le même jour, un collectif d’ex-ministres des Affaires étrangères (Madeleine Albright, Joschka Fischer, Jozias van Aartsen, Bronislaw Geremek, Hubert Védrine et Lydia Polfer), développe une analyse similaire. Ils demandent eux aussi que les États-Unis renoncent à une attaque de l’Iran et négocient directement avec Téhéran.
Notons que le choix de l’International Herald Tribune, quotidien à diffusion essentiellement européenne, marque sans doute davantage une volonté de souligner la position des démocrates et de leurs alliés européens auprès des populations européennes que de peser sur le débat états-unien.

Pour conclure, notons cette manière des élites européennes de tirer la polémique dans leur sens. Elles transforment une querelle de pouvoir interne au complexe militaro-industriel en un débat sur l’extension de la guerre à l’Iran. Ce faisant, elles expriment le dégoût que leur inspire le fait de devoir soutenir une agression contre l’Iran si elle devait avoir lieu. A contrario, elles montrent leur incompréhension des mécanismes du pouvoir à Washington et leur manque d’intérêt pour les réformes en cours. Pourtant, entre autres, M. Rumsfeld a bousculé les équilibres et imposé une prééminence du département de la Défense sur le département d’État qui devrait remettre en cause leur foi atlantiste.

Réseau Voltaire




5 mai 2006

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 États-Unis

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

  

« Une incompréhension générale »

Auteur Michael DeLong


 Michael DeLong est ancien général du corps des Marines. Il est l’auteur avec Noah Lukeman de : Inside Centcom : The Unvarnished Truth About the Wars in Afghanistan and Iraq. Il est vice-président de Shaw Environmental and Infrastructure International, président de Shaw Centcom Servvices et membre du Conseil d’administration de Sykes Enterprise.

Source New York Times (États-Unis)
Référence « A General Misunderstanding », par Michael DeLong, New York Times, 16 avril 2006.

Résumé J’ai été le numéro deux de l’état-major du Centcom du 11 septembre 2001 jusqu’à la guerre d’Irak, rencontrant Donald Rumsfeld deux fois par jours. Suite aux appels demandant sa démission, j’estime qu’il est de mon de voir de rétablir quelques vérités le concernant.
Contrairement à ce qui a été dit, Donald Rumsfeld écoute les avis contraires au sien, mais il faut pour le convaincre faire preuve de conviction et bien argumenter son propos. Il est parfois difficile de dialoguer avec lui mais, dans la gestion de la guerre, il laisse la parole aux généraux. Le général Myers et moi avons obtenu de lui ce que nous jugions nécessaire.
La critique prétendant que nous n’avons pas envoyé assez de troupes en Irak oublie que nous ne pouvions pas non plus nous découvrir de façon inconsidérée sur d’autres théâtres d’opération et mettre nos troupes en péril ailleurs sur le globe. Il faut bien comprendre que dans une guerre on ne peut pas tout prévoir. Saddam Hussein avait ouvert ses prisons, remplissant les rues de criminels, nous avons à gérer cela aujourd’hui. Nous avons parfois pris, collectivement, des décisions qui aurait pu être meilleures. Cela est dû en grande partie au fait que nous avons été trompés par les analyses des exilés irakiens. Mais cela ne veut pas dire que nous n’avions rien prévu pour les suites de l’invasion.
 

« Pourquoi prennent-ils la parole maintenant ? »

Auteurs Melvin R. Laird, Robert E. Pursle


 Melvin R. Laird est ancien représentant républicain du Wisconsin et ancien secrétaire états-unien à la Défense (1969-1973).
Robert E. Pursle est ancien général de l’US Air Force, il fut conseiller militaire de trois secrétaires à la Défense.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « Why Are They Speaking Up Now ? », Melvin R. Laird et Robert E. Pursley, Washington Post, 19 avril 2006.

Résumé Les anciens généraux qui s’attaquent à Donald Rumsfeld veulent faire croire que le contrôle civil au Pentagone n’a pas tenu compte de la sagesse militaire durant la Guerre d’Irak. Ce n’est pas maintenant qu’ils devraient apporter leur contribution, mais quand ils étaient en fonction. D’après nos informations, au moins deux des généraux ayant critiqué la gestion de Donald Rumsfeld ont eu de très nombreuses occasions de se faire entendre.
En fait, ces généraux veulent éviter d’être mis en cause eux-mêmes en accusant le pouvoir civil de tous les torts. Les généraux Richard Myers et Peter Pace, de l’US Air Force et du corps des Marines, affirment pour leur part que les officiers supérieurs n’ont pas été mis sur la touche, comme les récentes déclarations d’ex-généraux pourraient le laisser penser. Cela ne veut pas dire que Donald Rumsfeld n’a pas commis d’erreurs mais dire que les militaires ne pesaient pas sur les décisions est faux. Les généraux accusateurs ne parlent que de ce qu’ils connaissent, ils n’ont pas la vision d’ensemble dont dispose le secrétaire à la Défense.
Une telle attitude accusatrice est dangereuse car elle donne l’impression à nos ennemis que nous sommes sur le point de craquer et que nous sommes faibles.
 

« Ils l’ont eu »

Auteur Sahar Baasiri

Sahar Baasiri est analyste politique libanaise. Elle est également journaliste dans le quotidien libanais Annahar.

Source Annahar (Liban)
Référence « إصطادوه », par Sahar Baasiri, Annahar, 19 avril 2006.

Résumé La polémique suscitée par quelques généraux retraités états-uniens, appelant Donald Rumsfeld à démissionner, prouve que ce dernier incarne depuis longtemps l’image d’un faucon blessé, même s’il survole toujours le ministère de la Défense. Continuer à survoler est indispensable pour faire face à une forte controverse qui ne touche pas seulement à certains sujets tabous, mais qui risque de définir le sort de l’administration Bush. D’ailleurs, la raillerie de Rumsfeld envers les nombreuses critiques qui lui ont été adressées, et le soutien de Bush à son ministre de la Défense, confirment cette angoisse.
L’affaire des généraux est presque la première en son genre. Vu que la soumission de l’institution militaire à l’autorité civile est certaine, et que le fait de critiquer cette autorité n’est pas fréquente même chez les retraités. Les généraux retraités ont peut être dérogé à cette règle parce que le Congrès républicain a refusé de mener des auditions concernant l’évolution de la guerre en Irak. Cela brise deux concepts enracinés dans l’institution militaire : ceux qui sont en service ne contestent pas, et l’armée n’intervient pas dans la politique.
Les critiques des généraux, relatives à la méthode Rumsfeld et non à la guerre ou à l’autorité civile de l’armée, ont rencontré une forte audience. A signaler que le souci majeur de Rumsfeld, avant la guerre, était de confirmer ses théories par rapport à la force militaire moderne. Le ministre de la Défense a maintenu cette vision, ce qu’il a amené à être le dernier à reconnaître ce qu’il a appelé « rébellion » en Irak, y niant toujours l’existence d’un conflit communautaire.
Nous n’avons pas besoin de preuves confirmant l’authenticité des critiques en question. Mais la démission de Rumsfled est-t-elle possible ? A vrai dire, cette démission a déjà trop tardé.
Rumsfeld est dépassé face au bourbier en l’Irak à tel point que même sa démission ne résoudra pas le problème. Si on le garde, George W. Bush aura du mal à récupérer sa popularité qui diminue chaque jour à cause de ce conflit. Alors que son départ signifiera l’annonce de la perte de Bush et de son administration dans le pays du Tigre et de l’Euphrate.
 

« Rumsfeld s’écarte de la bonne voie »

Auteur Jawad Albachiti

Jawad Albachiti est écrivain et analyste politique palestinien. Il est journaliste et correspondant de plusieurs journaux arabes dont Al Sharq Al Awsat et Al Sabah.

Source Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « رامسفيلد يركب مركب الخطل « , par Jawad Albachiti, Al Quds Al Arabi, 28 avril 2006.

Résumé Malgré les nombreuses preuves confirmant l’échec de sa politique en Irak, Donald Rumsfeld conserve toujours son entêtement. D’ailleurs, reconnaître sa défaite ou pas, ne lui épargnera pas la perte de son poste. Pire, il essaye, de plus en plus, de donner une autre dimension à cet échec, allant jusqu’à le considérer comme une nette victoire.
Le ministre états-unien de la Défense ne fait plus la distinction entre les causes et les conséquences de l’invasion. Même lorsqu’il a réussi à faire cette distinction, ses réponses sont fantaisistes. Il y a quelques mois, on l’a interrogé sur la raison du maintien des forces états-uniennes en Irak. Il a répondu, avec inspiration, qu’elles y étaient pour empêcher le déclenchement d’une guerre civile. Aujourd’hui, affrontant ceux qu’ils l’ont appelé à démissionner, Rumsfeld a inventé une nouvelle réponse à cette question : « Pour surveiller, de prés, l’Iran nucléaire et ses tendances extrémistes ».
Rumsfeld devait, si son raisonnement politique avait été objectif, concevoir que la présence de l’armée états-unienne en Irak et en Afghanistan, et ses retombées, est la raison majeur incitant l’Iran à développer ses capacités nucléaires. Aujourd’hui, affichant sa faiblesse sur tous les plans, Rumsfeld évoque une politique de « surveillance » envers le régime des Ayatollah.
Certes, les partisans de l’État hébreu au Congrès et dans l’administration états-unienne, rejoindront le secrétaire à la Défense, en adoptant sa nouvelle théorie justifiant la présence de l’armée états-unienne en Irak. Mais ses partisans finiront par l’inciter à mener plutôt une confrontation militaire contre Téhéran. En attendant ce changement de stratégie, les États-Unis renforceront, peut être, leur présence militaire de façon à s’épargner une riposte iranienne.
La confrontation militaire aboutira, probablement, à la création d’une zone similaire à ce que fut le Vietnam du Sud dans le Nord de l’Irak, et au Vietnam du Nord dans le Sud du pays du Tigre et de l’Euphrate.
 

« N’attaquez pas l’Iran »

Auteur Zbigniew Brzezinski


 Zbigniew Brzezinski fut conseiller de sécurité nationale du président Carter et directeur exécutif de la Commission Trilatérale. Il est membre du Center for Strategic and International Studies. Il a notamment publié Le Grand échiquier.

Source International Herald Tribune (France)
Référence « Do not attack Iran », par Zbigniew Brzezinski, International Herald Tribune, 26 avril 2006.

Résumé L’annonce iranienne d’une reprise de son programme d’enrichissement de l’uranium a entraîné une vague d’appel en faveur de frappes aériennes préventives urgentes de la part des mêmes personnes qui avaient soutenu la guerre en Irak. S’il y a une nouvelle attaque terroriste contre les États-Unis, gageons qu’on verra immédiatement fleurir les accusations contre l’Iran afin d’attiser l’hystérie collective contre Téhéran. Il existe pourtant quatre raisons qui devraient nous pousser à rejeter une frappe militaire de l’Iran :
-  En l’absence de preuves de menaces imminentes, l’attaque serait un acte de guerre unilatéral qui ferait des États-Unis , et éventuellement d’Israël en cas de complicité de sa part, un hors la loi international. Par ailleurs, si cette frappe est menée sans accord préalable du Congrès, la Maison-Blanche se rendrait coupable d’un acte anticonstitutionnel qui justifierait une mesure d’impeachment.
-  La réaction iranienne augmenterait les difficultés que nous rencontrons en Irak et en Afghanistan. Le Hezbollah reprendrait la lutte armée et le conflit contre un pays de plus de 70 millions d’habitants pourrait durer une décennie.
-  Le prix du baril de pétrole pourrait grimper de façon vertigineuse, sapant la croissance mondiale et provoquant une vague de mécontentement contre les États-Unis.
-  Les États-Unis seraient encore touchés par le terrorisme et seraient encore isolés sur la scène internationale. L’ère de la prépondérance états-unienne aurait une fin prématurée. Les expériences vietnamienne et irakienne démontrent que les États-Unis, en dépit de leur puissance, ne peuvent pas vaincre une résistance nationale.
L’agressivité dont nous faisons preuve réunit le nationalisme iranien et le fondamentalisme chiite et renforce le soutien derrière Mahmoud Ahmadinejad. Notre attitude encourage l’intransigeance iranienne. Le refus des États-Unis de négocier directement, le financement de la déstabilisation de l’Iran et les rumeurs d’envoi des forces spéciales sur le territoire iranien ne sont pas des actions pertinentes. L’administration Bush doit repenser sa stratégie en ayant les intérêts états-uniens en tête. C’est la prévention, et non les frappes préventives qu’il faut mettre en place. Il faut empêcher l’Iran d’avoir la bombe, mais la meilleure méthode est la négociation et la diminution des tensions. Il faut tenter de faire du Moyen-Orient une zone dénucléarisée.
 

« Parlez à l’Iran président Bush »

Auteurs Madeleine K. Albright, Bronislaw Geremek, Joschka Fischer, Hubert Védrine, Jozias van Aartsen, Lydia Polfer


 Madeleine K. Albright est ancienne secrétaire d’État états-unienne sous l’administration Clinton (1997-2001) et ancienne ambassadrice à l’ONU (1993-1997). Elle préside le National Democratic Institute, un organisme satellite de la National Endowment for Democracy.

 Bronislaw Geremek est membre fondateur du syndicat Solidarnosc (proche conseiller de Lech Walesa), ancien ministre des Affaires étrangères polonais (1997-2000) et directeur de la Commission des affaires étrangères du Parlement de Pologne. Il est actuellement député de Pologne et professeur au Collège d’Europe de Natolin. Il siège également dans divers organismes tels que le Council on Foreign Relations, l’International Crisis Group et la Commission on Human Security (Genève). Il fut administrateur du Committee for the Liberation of Iraq. Il est signataire de l’appel des 115 atlantistes contre Vladimir Poutine.

 Joschka Fischer est ancien ministre vert allemand des Affaires étrangères. Il est aujourd’hui professeur à Harvard.

 Ancien porte-parole de François Mitterrand (1988-1991) puis secrétaire général de l’Élysée (1991-1995), Hubert Védrine est ancien ministre des Affaires étrangères français (1997-2002). Il est président de l’Institut François Mitterrand.

 Jozias van Aartsen est ancien ministre libéral de l’Agriculture (1994-1998) puis des Affaires étrangères (1998-2002) des Pays-Bas.
Lydia Polfer est ancienne ministre des Affaires étrangères du Luxembourg.

Source
Référence « Talk to Iran, President Bush », par Madeleine Albright, Joschka Fischer, Jozias van Aartsen, Bronislaw Geremek, Hubert Védrine Lydia Polfer, International Herald Tribune, 26 avril 2006.

Résumé Nous, anciens ministres des Affaires étrangères d’Europe et d’Amérique, sommes troublés par les informations concernant la préparation d’une attaque militaire de l’Iran par l’administration Bush. Ces informations, bien que niées par les responsables états-uniens, nous alarment tant elles nous rappellent les préliminaires de la Guerre d’Irak.
Nous acceptons le droit légitime de l’Iran de posséder un programme nucléaire civil sous contrôle de garde-fous internationaux. Les dirigeants européens ont fait des efforts continus pour négocier une solution permettant le développement énergétique de l’Iran tout en s’assurant le respect des normes de non-prolifération. Malheureusement, l’Iran refuse d’accepter les systèmes de contrôle et la rhétorique menaçante et choquante du président iranien inquiète Israël et de nombreux pays sur ses intentions.
Les négociations n’ont été qu’une réussite partielle mais l’usage de la force n’aurait que des conséquences désastreuses. Même si des frappes permettaient d’empêcher l’Iran d’acquérir un programme nucléaire pour un temps, l’Iran disposerait quand même de moyens de riposte. Une telle attaque saperait encore davantage les relations transatlantiques et les États-Unis seraient isolés. Nous souhaitons empêcher cela en demandant à l’administration Bush de négocier directement avec l’Iran suivant un modèle proche de ce qui a été mis en place avec la Corée du Nord. Les États-Unis discutent déjà avec l’Iran à propos de l’Irak et les dirigeants iraniens que nous avons rencontré sont favorables à la discussion sur le dossier nucléaire.

http://www.voltairenet.org/article138610.html http://www.voltairenet.org/article138610.html



Samedi 6 Mai 2006

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