Diplomatie et relation internationale

Rice en Lybie: Kadhafi enchanté mais pas soumis


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La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a achevé sa tournée dans les pays d'Afrique du Nord, dont le point central a été sa visite en Libye. Mme Rice a elle-même qualifié cette dernière d'historique: pour la première fois depuis 55 ans, le chef de la diplomatie américaine a mis le pied sur le sol libyen. Bien plus, pour la première fois, une personnalité politique américaine de haut rang a rencontré le leader libyen Mouammar Kadhafi, celui-là même qui avait été qualifié par le président Reagan de "chien enragé".


Mercredi 10 Septembre 2008

Rice en Lybie: Kadhafi enchanté mais pas soumis
Par Maria Appakova, RIA Novosti

D'abord, il faut dire quelques mots sur les autres escales de Condoleezza Rice: la Tunisie, l'Algérie et le Maroc. Elle s'est rendue dans chacun de ces pays pour la première fois depuis qu'elle assume le poste de secrétaire d'Etat, bien que Washington leur ait accordé une grande attention au début de la présidence de George W. Bush. Ainsi, par exemple, la Tunisie a été un participant actif à l'initiative américaine de partenariat entre les Etats-Unis et les pays du Proche-Orient, et a été citée par l'Occident comme un exemple de réussite de la démocratie dans la région. Mais, par la suite, Washington a dû se concentrer sur d'autres problèmes. L'Irak, la Palestine et l'Afghanistan ont occupé la plupart de son temps et, d'ailleurs, les tests démocratiques effectués dans ces pays ont apporté des résultats bien trop douteux pour pouvoir miser sur le développement actif de son initiative d'implantation de la démocratie dans la zone du Grand Proche-Orient.

A présent, Washington est confronté à un autre problème: la transformation des pays d'Afrique du Nord en nouvelle base pour Al-Qaïda. Comment cumuler démocratie et lutte contre l'islamisme radical, comment réunir dans un front uni contre le terrorisme des pays divisés par des conflits régionaux? Ce n'est pas une tâche facile, et il est douteux que l'administration américaine actuelle soit en mesure de la remplir. Bref, cette visite semble un peu tardive. Quant à la Libye, il en va autrement: le rétablissement des relations diplomatiques avec ce pays est l'unique réalisation positive de l'administration américaine au Proche-Orient pour toute la présidence de George W. Bush.

Washington a entamé le rétablissement des relations diplomatiques avec la Libye en 2004, après le renoncement de Tripoli à développer des armes de destruction massive et sa condamnation des méthodes de lutte terroristes. Selon Mme Rice, ce rétablissement des relations témoigne que les Etats-Unis n'ont pas d'ennemis permanents et que, si un pays est disposé à apporter des changements stratégiques dans sa politique, Washington est prêt à y répondre, c'est-à-dire à revoir les relations avec ces pays. Il ne fait pas de doute qu'il s'agit là d'une allusion à l'adresse de tout un groupe de pays et de certaines organisations, en premier lieu, de l'Iran, de la Corée du Nord, ainsi que du Hamas et du Hezbollah. Mais il est peu probable que cette allusion trouve un écho auprès de ses destinataires, tout d'abord, à cause du ton de mentor employé par les Etats-Unis. Notons que l'administration Bush ne s'est jamais permis d'utiliser ce ton dans son dialogue avec Mouammar Kadhafi.

Tripoli a fait tout son possible pour que le rétablissement des relations diplomatiques avec les Etats-Unis et la visite de Condoleezza Rice soient interprétés comme une faveur de la part de la Libye et nullement comme une concession faite à Washington. L'accueil réservé à la secrétaire d'Etat américaine a été très modéré, et toutes ses tentatives d'aborder les sujets relatifs à la démocratie, si chers à Washington, ont été coupées à la racine. Ainsi, le ministre libyen des Affaires étrangères Abdelrahman Chalgham a fait remarquer au cours d'une conférence de presse commune avec Mme Rice que son pays n'avait besoin d'aucune pression, pas plus que de leçons en matière de respect des droits de l'homme. Il est douteux que, dans n'importe quel autre pays, surtout au Proche-Orient, on ose prononcer des paroles aussi acerbes en présence d'un hôte américain si haut placé. Mouammar Kadhafi a de plus invité Condoleezza Rice à se rendre dans sa résidence, qui avait été détruite par des bombardements américains en 1986, causant la mort de sa fille adoptive. Il s'agissait-là d'une pointe d'ironie de la part du leader libyen. Rappelons que toutes les délégations visitent ce palais afin de rendre hommage aux "victimes de l'agression américaine", et sont invitées à laisser quelques mots dans un livre de condoléances. Etant donné que Mme Rice n'a pas fait la une des chaînes de télévision et de radio du monde entier dans cette position difficile, on peut en conclure que Mouammar Kadhafi a décidé de ne pas achever ses hôtes et de tourner la page du passé. Et ce, bien qu'il les ait rencontrés spécialement dans le palais autrefois bombardé, et non pas dans sa tente de bédouin préférée où il avait accueilli, par exemple, le président russe Vladimir Poutine en avril 2008.

Cependant, Condoleezza Rice ne semblait pas offensée, les chaînes de télévision ont montré son sourire radieux lors de la rencontre avec Kadhafi, et elle n'a pas non plus répondu aux diatribes de son homologue Abdelrahman Chalgham au cours de la conférence de presse. A l'issue de sa visite, Mme Rice s'est bornée à indiquer que des désaccords existaient entre Washington et Tripoli, que d'autres pourraient surgir également à l'avenir, mais que cela n'empêchait pas le rétablissement des rapports entre les deux pays. Une telle modération de la part des Etats-Unis est pour le moins étonnante. Même aux meilleurs moments des rapports avec la Russie, où les hommes politiques américains soulignaient les avancées sur la voie de la démocratie, ceux-ci n'oubliaient jamais d'émettre des réserves, en mettant l'accent sur ce qu'il restait encore à faire et sur les erreurs que Moscou continuait à commettre. En Russie, on avait pris l'habitude d'attribuer cela à un jeu des Américains destiné à leur auditoire intérieur.

La situation concernant la Libye est également un jeu. Le renoncement de Tripoli à développer des armes de destruction massive est un élément bien trop précieux dans la tirelire politique des Etats-Unis (destinée aussi bien à l'auditoire intérieur qu'extérieur) pour qu'on puisse se permettre d'assombrir les contacts en cours de rétablissement par de nouveaux reproches et sermons. "Il faut remettre les leçons à plus tard", estime-t-on probablement aux Etats-Unis. Cependant, tant que le colonel Kadhafi sera là, la Libye mènera le dialogue avec Washington sur un pied d'égalité, sinon sur un ton hautain.

"Je soutiens ma chère femme noire. Je suis enchanté et fier de la manière dont elle fait plier les leaders arabes et leur donne des ordres": c'est ainsi que Mouammar Kadhafi a caractérisé Mme Rice à la veille de sa visite dans une interview à la chaine de télévision Al-Jazeera. Ces paroles expriment d'une part une sincère admiration envers Condoleezza Rice et, d'autre part, le mépris manifesté par Mouammar Kadhafi à l'égard des leaders arabes qui recherchent les bonnes grâces des Etats-Unis. Elles constituent en même temps une allusion claire au fait que Tripoli ne pliera pas, mais que, grâce à l'alliance avec lui, on peut obtenir des dividendes.

La Libye est un acteur trop important sur le continent africain, de plus, elle est un fournisseur incontournable de ressources énergétiques sur les marchés mondiaux. Selon les données disponibles, la Libye occuperait la cinquième place mondiale pour les réserves de pétrole, au côté de la Russie, ainsi que de l'Irak et des monarchies du golfe Persique, fournisseurs traditionnels pour le marché américain. Cependant, la situation politique dans la zone du Golfe reste instable, c'est pourquoi les Etats-Unis doivent se montrer prudents, surtout à la lumière de la détérioration des rapports avec la Russie, autre fournisseur de ressources énergétiques. D'ailleurs, Condoleezza Rice affirme que les rapports américano-libyens "ne se résument pas aux besoins des Etats-Unis en pétrole, et ne se bornent pas au secteur énergétique". Il en est probablement ainsi, mais c'est toutefois le secteur énergétique qui est le moteur du rétablissement des rapports diplomatiques entre Tripoli et Washington. Sur ce point, l'administration américaine suivante recevra un précieux héritage.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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Mercredi 10 Septembre 2008


Commentaires

1.Posté par Moukawama le 10/09/2008 14:56 | Alerter
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Bonjour,

Pour que les Etats-Unis en arrive à se rapprocher de leurs ennemis, c'est qu'ils doivent serieusement être trés mal. Et c'est la seule chose positive de cette visite " pack maghreb". Ils ensanglantent le monde depuis leur engagement durant la seconde guerre mondiale et ils n'ont pas fait autre chose depuis (bombes atomiques sur le Japon, Viet Nam, Corée, établissements de juntes militaires en Amérique Centrale et en Amérique du Sud (Videla, Pinochet, Uribe et tous les autres), soutien indefectible à l'entité criminelle sioniste, invasion et occupation de l'Irak,...).
J'espère que la crise qu'ils traversent les achevera suffisamment pour qu'ils ne se préoccupent que de leurs affaires intérieures.
Salut.

2.Posté par Floydrose le 11/09/2008 03:00 | Alerter
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Il est effectivement trop tard pour rattraper 8 ans de "foutage de merde", et je ne parle que des 8 ans de l'administration Bush.
Maintenant, il ne faut pas trop vite voir ces visites multiples et répêtées comme autant de visites de demande de soutien, voire de ralliement...
Ca pourrait être simplement "On va nuker... vous en voulez aussi?" histoire de préparer la campagne à venir et de définir les cibles, les "alliés" (dans le monde arabe...on peut rêver), et les zones à épargner (dans un premier temps).

3.Posté par ciborg le 11/09/2008 15:29 | Alerter
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quant un ou une americaine se deplace en Afrique du nord ce n'est jamais dans l'interet de ces pays
avec la crise en Ossetie et la tension avec l'iran les approvisionnements en petrole risques d'etre
perturber d'ou la visite de la saltimbanque pour jouer le cirque sous le chapiteau de mouammar .
Mais aussi comme nous le savons , il est question de foutre la merde dans la region en faisant un
petit coucou d'encouragement aux mercenaires d'elqaida-el CIA au maghreb qui n'ont pour cible
actuellement que la destabilisation de l'algerie.

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