Politique Nationale/Internationale

Responsabilités européennes en Colombie



Lundi 22 Décembre 2008

Responsabilités européennes en Colombie

Les scandales s'accumulent une fois de plus en Colombie, comme souvent dans son histoire, et il semble que le crédit accordé au président Álvaro Uribe Vélez, au plan national comme international, soit en train de s’épuiser. La liste est longue : la « para-politique », qui a traîné en justice 59 parlementaires en exercice et 23 ex-parlementaires pour leurs engagements avec des chefs paramilitaires ; les protestations indigènes brutalement réprimées laissant trois morts et des centaines de blessés ; 500.000 déplacés durant l'année 2008 ; l'expulsion d'observateurs internationaux, parmi eux l’allemande Friederike Müller ; l'espionnage du Département Administratif de Sécurité (DAS) contre des élus politiques de l'opposition, qui a obligé sa directrice, María del Pilar Hurtado, à démissionner ; le scandale des « pyramides financières », affaires obscures liées au narcotrafic dans lesquelles on promettait de juteux dividendes et qui s’est terminé par la ruine de millions de Colombiens. Mais il y a encore plus.


AUTEUR:  Luis MONTILLA

Traduit par  Esteban G., révisé par Fausto Giudice



Début novembre la Coordination Colombie Europe États-Unis (CCEEU) a publié le rapport « Exécutions extrajudiciaires : réalité inoccultable », dans lequel elle dénonçait la mort extrajudiciaire de 535 personnes dans les dix-huit derniers mois, dont beaucoup étaient des pauvres et des indigents des grandes villes, ensuite présentés comme des guérilleros tombés au combat. Avec la stratégie habituelle qui a caractérisé le gouvernement d'Uribe pour se sortir des pétrins dans lesquels il se met, le président a organisé une conférence de presse 2 heures avant celle de la CCEEU, en annonçant qu’il radiait 27 membres de l'armée. Il est ainsi parvenu à donner l'impression que le gouvernement s'occupait de l'affaire et qu’il était prêt à agir. Mais la réalité est bien différente. Toutes ces morts sont la conséquence d'un « Plan de Sécurité Démocratique » (PSD) qui accorde des primes aux membres de l'armée qui présentent des guérilleros morts. Un document officiel interne ayant filtré vers les médias de masse, contredit Uribe, qui a toujours nié l’existence d’une politique de récompenses. La règle est entrée en vigueur le 17 novembre 2005. Selon les tableaux d'évaluation, le Gouvernement paye 1,7 millions d’euros pour la mort d’un chef de guérilla et 1300 euros pour un simple guérillero. Et le financement provient, en grande partie, de l'argent des aides internationales que reçoit la Colombie.

Uribe a également perdu un de ses principaux alliés internationaux, George W. Bush. L'arrivée d'Obama à la Maison Blanche, ajoutée à la crise économique et financière mondiale, va sans doute se répercuter sur le financement du Plan Colombie et par conséquent, sur le PSD. Les dénonciations des organisations sociales et de défense des droits humains colombiennes sur la mort de syndicalistes en Colombie, avaient fait réagir les syndicats usaméricain, qui étaient parvenus à faire pression sur le Sénat pour qu'il freine la signature du traité de libre-échange avec la Colombie, tant que ces morts continueraient à se produire de manière systématique. La mesure a été approuvée grâce à l'appui des Démocrates. Il faudra être attentifs aux décisions que prendra la nouvelle présidence.

Et comme dans un bateau qui coule, ce sont les rats qui le quittent les premiers. Les parlementaires du Parti Conservateur, Orlando Guerra et Miriam Paredes, ont refusé de voter lors du débat pour soumettre à referendum la réforme constitutionnelle qui permettrait à Uribe de se représenter à l’élection en 2010, créant ainsi une scission dans la coalition uribiste et mettant un bâton dans les roues du président. C’était, aux dires des deux membres du Cngrès, ce que leur avaient demandé leurs électeurs dans les départements de Putumayo et de Nariño, deux des régions les plus touchées par le scandale des « pyramides ». Uribe dispose encore de trois débats de plus au Congrès pour essayer de faire avancer sa réélection, mais ses ennemis à l’extérieur et à l’intérieur sont de plus en plus nombreux.

Le 10 décembre a été célébré le 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et des cérémonies de commémoration ont eu lieu partout dans le monde. Le gouvernement d'Uribe est un gouvernement qui viole de manière consciente et permanente ces droits de l’homme et maintenant nous savons qu'il le fait également avec l’argent des contribuables européens. Nous autres citoyens européens devons exiger de nos dirigeants qu'ils cessent de soutenir des gouvernements criminels, et de fait, qu’ils ne les subventionnent pas. Mais il ne servirait à rien qu’Uribe disparaisse de la scène politique, ce qui tôt ou tard arrivera, si le modèle qu'il a instauré se perpétue. Un PSD qui finance la disparition physique de personnes, qui a créé un réseau de citoyens-espions, n'est pas une solution pour le conflit armé que vit la Colombie. Un pays où 62% des enfants sont pauvres ou indigents, selon la CEPAL, a besoin de mesures beaucoup plus cohérentes avec les problèmes dont il souffre. Ces pauvres doivent disparaître, mais pas de la manière dont le gouvernement d'Uribe les fait « disparaître ».


Source : Responsabilidades europeas en Colombia. Version originale de l'editorial de Lateinamerika Nachrichtten de janvier 2009


Article original publié le 21/12/2008

Sur l’auteur

Luis Montilla, Esteban G. et Fausto Giudice sont  membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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Lundi 22 Décembre 2008


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