FRANCE

Répression : le gouvernement français s’attaque aux chômeurs plutôt qu’au chômage


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Casser le thermomètre plutôt qu’éradiquer la fièvre. En publiant un décret qui accentue les sanctions à l’encontre des demandeurs d’emploi, le gouvernement ne pose plus de limites dans sa volonté d’accroître les radiations et d’obliger à accepter des jobs précaires.


Cécile Rousseau
Samedi 5 Janvier 2019

Le 18 décembre 2018, à Paris. Manifestation devant le siège du Medef des professionnels du spectacle, du cinéma et de l’audiovisuel. Cohen/Hans Lucas
Le 18 décembre 2018, à Paris. Manifestation devant le siège du Medef des professionnels du spectacle, du cinéma et de l’audiovisuel. Cohen/Hans Lucas
L’année 2019 est placée sous le signe d’une répression inédite des chômeurs. Lors de ses vœux aux Français, Emmanuel Macron a une nouvelle fois visé les privés d’emploi soupçonnés d’oisiveté. « Le gouvernement dans les prochains mois devra poursuivre ce travail pour changer en profondeur les règles de l’indemnisation du chômage afin d’inciter davantage à reprendre le travail. » Un jour plus tôt, un des décrets d’application de la loi avenir professionnel publié au Journal officiel a révélé un durcissement inédit des sanctions à l’encontre des demandeurs d’emploi. Comme si les mesures ­régressives présentées en mars dernier par le ministère du Travail ne suffisaient pas, le pouvoir a décidé de monter d’un cran encore dans la criminalisation. Au début, le fait de ne pas se rendre à un rendez-vous avec son conseiller Pôle emploi devait être sanctionné de quinze jours de radiation des listes au lieu des deux mois aujourd’hui. Finalement, ce sera un mois de radiation selon le décret, deux mois au bout de deux manquements et quatre mois au troisième. Suivant la petite phrase du président de la République sur les chômeurs qui n’auraient qu’« à traverser la rue pour trouver un travail », ceux-ci sont mis sous pression pour faire baisser les statistiques.

L’arsenal du flicage va encore être renforcé

Ainsi, l’insuffisance de recherche d’emploi comme le refus à deux reprises de deux offres raisonnables d’emploi vont être sévèrement sanctionnés. Dans un premier temps, le gouvernement avait évoqué des sanctions graduelles : suspension de l’allocation d’un mois la première fois, de deux mois la deuxième fois et de quatre mois la troisième fois. L’allocation devait être diminuée dès la deuxième fois. D’après ce décret, l’allocation est supprimée dès le premier manquement et non « suspendue » – ce qui permettait de conserver ses droits. « Le gouvernement est dans une logique d’amalgame entre le 0,4 % de fraudes et l’ensemble des demandeurs d’emploi », déplore Denis Gravouil, en charge des questions d’emploi à la CGT.

Selon une étude publiée par Pôle emploi, 8 % des chômeurs indemnisés contrôlés ne chercheraient pas activement un travail. « Cela représentait déjà 550 000 motifs de radiation par an en 2017 et, comme le gouvernement est monté en pression sur cette question, ce chiffre a encore augmenté, explique ­Tenessee Garcia, secrétaire général de la CGT chômeurs. Ce critère d’insuffisance de recherche d’emploi n’est absolument pas précis, cela va permettre de radier tous les chômeurs ! Nous avons le cas d’un privé d’emploi qui avait envoyé quarante CV, qui n’a jamais été reçu par Pôle emploi et qui a pourtant été radié pour ce motif… »

La mise au travail forcé des chômeurs ne s’arrête pas là. Le décret abroge aussi « la définition du salaire antérieurement perçu qui était pris en compte pour déterminer l’offre raisonnable d’emploi ». Le demandeur d’emploi sera poussé à accepter la première offre venue, même avec une rémunération très inférieure à celle de son dernier travail, sous peine de perdre ses droits au chômage (alors que l’ancienne règle stipulait qu’elle ne pouvait être en deçà de 95 % à 85 % du précédent salaire). Pour Denis Gravouil, le modèle allemand est clairement en train d’être mis en pratique. « Comme dans le cas des mini-jobs outre-Rhin, on va se retrouver avec un grand volant de travailleurs précaires, contraints d’accepter des boulots dégradés. » L’arsenal du flicage va également être renforcé. À partir de mi-2019, l’obligation pour le demandeur d’emploi de remplir un journal de bord en ligne de sa recherche sera expérimentée dans deux ou trois régions. Quant à la brigade de conseillers dédiés au contrôle des chômeurs, elle continue sa montée en puissance, passée de 200 personnes en 2015 à 1 000 d’ici à 2020, tandis que 1 300 postes seront supprimés en 2019 à Pôle emploi… « Avant, le radié pouvait s’adresser au directeur d’agence en cas de recours, précise Tenessee Garcia. Désormais, la réclamation est déplacée auprès de cette brigade, Pôle emploi va être encore plus juge et partie. C’est scandaleux que le gouvernement préfère faire la chasse aux chômeurs plutôt qu’au chômage. »

584 815 offres disponibles… pour plus de 6 millions d’inscrits

Face au tollé, Aurore Bergé, porte-parole des députés La République en marche, a tenté de justifier ce ciblage persistant des demandeurs d’emploi. Il serait effectué dans une « logique de justice », défendant « un équilibre entre des droits supplémentaires », par exemple en matière de formation et « des devoirs de recherche d’emploi notamment ». Une obsession de la remise au travail des chômeurs qui s’accommode mal de la réalité : hier, sur le site de Pôle emploi, 584 815 offres étaient disponibles pour plus de 6 millions d’inscrits.

Alors que la colère sociale s’exprime fortement dans le pays, que le bilan d’Emmanuel Macron est loin d’être flamboyant sur le front des créations d’emplois, avec un taux de chômage stagnant de 9,2 % à 9,1 %, les chômeurs n’en peuvent plus de faire figure d’ennemi public numéro 1. Cette avalanche de coups portés met Malika ­Zediri, de l’Apeis, association de privés d’emploi, hors d’elle. « C’est crapuleux ! Des études récentes ont montré que le renforcement des contrôles des chômeurs ne servait à rien. Ça me met en colère de voir que les presque 4 milliards que doit économiser l’Unédic correspondent au coût de la suppression de l’impôt sur la fortune. On prend très cher avec Emmanuel Macron. »

PÔLE EMPLOI AUX MANETTES DU CONTRÔLE

Pôle Emploi décidera désormais seul du contrôle et des sanctions des chômeurs, comme le relèvent les Échos dans le décret publié le 30 décembre. Auparavant, l’opérateur public ne détenait que le pouvoir de suspendre l’indemnisation pour les absences aux convocations. Le contrôle de la recherche effective d’emploi et sa sanction étaient légalement du ressort de la direction régionale du ministère du Travail. Avec le boom des effectifs des équipes dédiées au contrôle de la recherche active d’emploi, Pôle emploi concentre aujourd’hui entre ses mains tous les moyens pour fliquer et réprimer les demandeurs d’emploi.



Merci à L'Humanité
Source: https://www.humanite.fr/repression-le-gouvernement-sattaque-aux-chomeurs-plutot-quau-chomage-665858#
Date de parution de l'article original: 03/01/2019
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=25035


Samedi 5 Janvier 2019


Commentaires

1.Posté par Peter le 09/03/2019 19:00 | Alerter
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Politique a conflits d'intérets !
la page Pole Emploi de recherche des offres méne au final vers "glaze.ai" qui au final dirige vers 3 serveurs ...dont le plus douteux Amazon !
les connexions sont analysées chez Xiti.com (logs152.xiti.com) , aux US , qui adore "partager" ses fichiers !

Pole Emploi est devenu une "fabrique de cliks" et n'a pas pour priorités de fournir des Offres aux Chomeurs:
http://cgtchomeursrebelles56.blogspot.com/2018/09/la-direction-de-pole-emploi-repond.html

" Interpellé par Tennessee Garcia qui le relance sur le nombre d'offres illégales disponibles sur pole-emploi.fr, lors d'un comité de liaison national, Jean Bassères s'emporte.
"Pôle emploi n'est pas là pour proposer des offres d'emploi aux chômeurs".
Oups ! Le directeur général aurait besoin de relire le code du travail qui définit les missions de Pôle emploi, car le recueil des offres d'emploi est la TOUTE PREMIERE MISSION de Pôle emploi :"

http://cgtchomeursrebelles56.blogspot.com/
http://cgtchomeursrebelles56.blogspot.com/2018/12/harcelement-par-pole-emploi-controle-de.html

Etc...
Pourquoi répondre a une offre proposant 3 postes disponibles s'ils vous répondent par ecrit "Aucun poste disponible" ???
Et cela 2X de suite !
Et c'est QUI qui refuse là ?? Pas le chomeur...mais l'employeur !]u

C'est qui qui augmente les chiffres a produire tout en réduisant le personnel ? ...pas les chomeurs !
C'est qui qui embauche des travailleurs étrangers plutot que des francais...tout en leur payant LE LOYER ?!

Quel patron paierais le Loyer a un Francais embauchable ? AUCUN !
Pourquoi alors vouloir "délocaliser" les chomeurs francais vers les pays où justement des employeurs francais vont faire les Bars pour y piocher des ouvriers embauchables qui ensuite seront mieux payer qu'un francais ?

Le patronant n'aime pas les français ?
Est-il Raciste Social ?
Ont-ils des préférences envers des ouvriers plus "malléables" psychologiquement et juridiquement ?

Qui fabrique les chomeurs alors ?
Qui profite des chomeurs et leurs données personnelles ?
( partenariat P-E avec AXA ), non-exhaustif vu les serveurs qui s'y rajoutent de plus en plus...sans inciter le patronat a embaucher des francais...

Se faire radier pour refus d'offres inexistantes ?? Fausses Offres ? Douteuses ?

Pourquoi pas...vu qu'il est INTERDIT DE TRAVAILLER sans étre inscrit a P-E ! (témoignages a l'appui)
Autant les prendre au mot...en acceptant un boulot, le premier jour de travail on NE FAIT RIEN !
Car plus inscrit chez P-E ...il est donc interdit de travailler !

Et vous n'aurez pas de Contrat Intérim si vous en refuser sa Caisse Complémentaire "obligatoire"...(malgré votre faible pouvoir d'achat...ils vous pompe encore...par chantage ! )

En somme, vous devez travailler pour dépenser en Frais et Factures "obligatoires" AVANT méme d'avoir votre "maigre" salaire...

On appelle cela de la Consommation Obligatoire...par chantage !

2.Posté par Peter le 09/03/2019 19:07 | Alerter
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Pourquoi la médecine ne certifie plus rien avant 60 ans ?
Pourquoi les CRS en arrét longue maladie le reste alors que les médecins sont primés pour ne pas en donner autant aux travailleurs qui mériterais deja une pré-retraite anticipée pour ensuite se faire estropier par des LBD ?!

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