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FRANCE

Répression : Paris plus sioniste que Tel-Aviv ?


REPRESSION :
Paris plus sioniste que Tel Aviv ? Le sous-préfet de Saintes limogé après avoir publié une tribune anti-israélienne sur un site Internet L'Ordre pro-israëlien de Paris serait-il plus implacable encore que l'Ordre sioniste de Tel Aviv ? Les auteurs antisionistes peuvent encore s'exprimer et même enseigner ou dénoncer dans la presse israëlienne ou étrangère les crimes de leur état : ceci semble désormais interdit sur notre territoire. Par exemple un article de Meron Rappaport dans Haaretz « Ce que nous avons fait au Liban était fou et monstrueux » serait probablement interdit en France et son auteur sanctionné...De quelle solidarité va bénéficier le sous préfet Bruno Guigue ? Celle de son « corps » préfectoral ? Celle des partisans de la paix, seulement ? Ou celle plus large d'une opinion qui devrait commencer à comprendre que les voix que l'on veut faire taire sont celles qui voudraient que le pays ne soit pas entraîné dans la folie du choc des civilisations qui semble fasciner notre président ?

par Jacques RICHAUD



COMMUNIQUE :
AP - Samedi 22 mars, 22h48
PARIS - Le sous-préfet de Saintes (Charente-Maritime), Bruno Guigue, a été limogé après avoir publié sur le site Internet "oumma.com" une tribune "très violemment anti-israélienne", a-t-on appris samedi auprès du ministère de l’Intérieur.
La ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie, mise au courant mercredi du contenu de cette tribune, a "pris immédiatement un décret mettant fin aux fonctions du sous-préfet" qui a tenu des "termes tout à fait inacceptables" et violé son "devoir de réserve", explique-t-on de même source.
Bruno Guigue a notamment déclaré dans sa tribune publiée le 13 mars qu’Israël est le "seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles". Il a également évoqué "les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat".
AP

L’ARTICLE.
Article de cet auteur : « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU » par Bruno Guigue
Nous reproduisons ci dessous cet article , qui était une réponse à une tribune du « Monde » du 27 février 2008 (suivi de la liste des articles du même auteur) ; Cette tribune était signée par Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel ..
Autres articles du même auteur en relation avec le sujet :
« Israel Palestine, la géopolitique du divin ».
« Stupéfiante indulgence pour un état voyou ».
Le texte original et le forum de discussion passionnant qui a suivi l’article du 13 mars sont accessibles sur Oumma.

« Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU »


Par Bruno Guigue
jeudi 13 mars 2008

Dans sa rubrique « Point de vue » du 27 février 2008, « Le Monde » a généreusement offert ses colonnes à un texte d’une hystérie verbale et d’une mauvaise foi insondables. Les accusations qu’il profère à l’égard du conseil des droits de l’homme de l’ONU sont si mensongères que même la liste des signataires ne tempère qu’à peine notre stupéfaction : Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel .. On peut facilement compléter la liste tant l’omniprésence des intellectuels organiques du lobby pro-israélien nous est devenue familière.

Le titre sans nuances de cette prose haineuse est déjà tout un programme : « L’ONU contre les droits de l’homme ». Dès les premières lignes, on peut y lire cet appel angoissé : « L’année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme par l’ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est caricaturée ». Inévitablement le lecteur non averti s’alarme : l’organisation internationale serait-elle brusquement devenue suicidaire ?

Mais par bonheur la suite nous éclaire aussitôt sur les préoccupations profondes de nos signataires : « A Durban, en Afrique du Sud, s’est tenue en 2001 la conférence mondiale contre le racisme, à l’initiative des Nations-Unies. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés des « mort à l’Amérique ! » et « mort à Israël ! » et c’est au nom du relativisme culturel qu’on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes ».

Quel rapport entre la géopolitique du Moyen-Orient, manifestement en cause dans les appels à combattre les Etats-Unis et Israël, et l’oppression des femmes que viendrait cautionner le « relativisme culturel » ? Probablement aucun. Mais amalgamer les deux sujets présente l’intérêt polémique de suggérer une pernicieuse concurrence entre les victimes : vous qui condamnez Israël et l’Amérique, vous ne dites rien de la souffrance des femmes opprimées dans les pays musulmans. C’est une antienne dont la rhétorique lobbyiste est coutumière : elle permet de détourner le lecteur occidental de la critique de la politique américaine ou israélienne en fixant son attention sur un problème interne des sociétés moyen-orientales.

Ce rapprochement polémique entre les deux sujets, pourtant, est particulièrement cocasse. L’Arabie saoudite, où le port du voile est obligatoire et les femmes interdites de conduite automobile, est l’alliée historique des Etats-Unis dans la région. Le régime obscurantiste des talibans, lui, a vu le jour sous les auspices d’une CIA qui a prêté ses camps d’entraînement sur le sol américain aux combattants du mollah Omar. En revanche, l’Irak et la Syrie baasistes, plus proches de la norme occidentale en matière de condition féminine, n’eurent pas droit aux mêmes égards. Le premier a été pulvérisé sous les bombes US, la seconde est rangée dans la catégorie des « Etats voyous ». Mais peu importe : les partisans de la politique américaine au Moyen-Orient se croient fondés à donner des leçons en matière d’émancipation féminine.

S’agissant de l’ONU, en outre, on ne s’étonnera guère d’un tel ressentiment de la part des porte-parole du néoconservatisme à la française. Car les résolutions du conseil des droits de l’homme, comme hier les déclarations de l’assemblée générale, ont osé mettre en cause la répression israélienne en Palestine occupée. Les 47 Etats élus par leurs pairs au CDH bénéficient de l’égalité de vote. La sensibilité qui s’y exprime reflète donc une opinion majoritaire qui n’a aucune raison de cautionner l’occupation militaire des territoires arabes. Que les thuriféraires d’Israël, cependant, se rassurent : ces résolutions demeurent symboliques à défaut d’être exécutoires. Mais ce n’est pas suffisant. Il leur faut aussi en stigmatiser le principe par un usage grossier de la calomnie.

C’est à quoi s’emploient rageusement les signataires. « Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales .. Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l’acte et les violences de demain ».

Symptôme d’une psychose paranoïaque ou monument de la démonologie occidentale : on hésite sur le diagnostic. La seule certitude, c’est que ce réquisitoire contre des forfaits inexistants témoigne d’une inventivité hors du commun. Le conseil des droits de l’homme de l’ONU voudrait « anéantir la liberté d’expression » ? On se demande bien pourquoi et comment. Mais nos interrogations demeurent sans réponse. Nos polémistes annoncent « la mise à mort de l’universalité des droits » par l’ONU elle-même, mais cette mort annoncée reste nimbée de mystère. Aucune citation des résolutions du CDH ne vient étayer cette accusation, et les détracteurs de l’ONU condamnent ses idées supposées avec une violence inversement proportionnelle aux preuves de ce qu’ils avancent. Visiblement, ils préfèrent parler à sa place en procédant directement au commentaire de ce qu’elle est censée avoir dit.

En guise de citations, on doit alors se contenter des propos résumés au style indirect, sans guillemets, qu’aurait tenus M. Doudou Diène, rapporteur spécial sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie auprès de l’ONU. L’intellectuel sénégalais aurait ainsi déclaré qu’« énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste, et que la loi française contre le port des signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman ». Seul problème : ces citations sont introuvables. Si chacun de ces énoncés soulève évidemment des objections, encore faut-il qu’il ait été formulé. Une polémique grossière sur des citations qui n’en sont pas : le procédé condamne ses auteurs.

Au demeurant, les seules citations que les idéologues publiés par « Le Monde » auraient dû produire à l’appui de leur propre thèse sont celles du CDH lui-même. Mais ils se gardèrent bien de le faire. Livrant leur interprétation tendancieuse en lieu et place de la pensée d’autrui, ils pérorent gravement en prenant leur fantasme pour la réalité : « La confusion est à son comble, affirment-ils, quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion ». Mais d’où vient cette idée ? Qui l’a émise ? Nul ne le sait. N’importe qui, en revanche, peut vérifier ce qu’a énoncé le CDH sur la question religieuse. Il suffit de consulter les compte-rendus officiels des six sessions réunies depuis sa création en juin 2006.

Le 30 mars 2007, le CDH a ainsi adopté une résolution « sur la lutte contre la diffamation des religions ». Ce texte nuancé insiste sur « le droit de chacun à la liberté d’expression, qui devrait s’exercer de façon responsable et peut donc être soumis à de restrictions, prescrites par la loi et nécessaires pour le respect des droits ou de la réputation d’autrui, la protection de la sécurité nationale, de la santé ou de la morale publiques, et le respect des religions et des convictions ». Sur le plan des principes, ce texte ne diffère guère du droit positif en vigueur dans la plupart des pays, les Etats occidentaux ayant eux aussi entouré l’exercice de la liberté d’expression de certaines limites juridiques. En France, la reconnaissance de la liberté d’expression n’entraîne aucun droit à diffamer son voisin, toute forme d’injure manifestant une discrimination raciale ou religieuse est punie par la loi, et certaines dispositions législatives ont même eu pour effet d’énoncer une vérité officielle sur des faits historiques.

Naturellement, la teneur de cette résolution du CDH n’est pas indifférente au contexte politique lié à la « guerre contre le terrorisme » menée tambour battant par Washington. « Le Conseil se déclare préoccupé par les images stéréotypées négatives des religions et par les manifestations d’intolérance et de discrimination en matière de religion ou de conviction. Il se déclare en outre profondément préoccupé par les tentatives visant à associer l’islam avec le terrorisme, la violence et les violations des droits de l’homme. Il note avec une vive inquiétude l’intensification de la campagne de diffamation des religions, et la désignation des minorités musulmanes selon des caractéristiques ethniques et religieuses depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001 ».

L’adoption de ce texte s’est heurtée à l’opposition des pays occidentaux, mis en minorité lors du vote final. Aucun d’entre eux n’y a vu, toutefois, le danger mortel pour la civilisation universelle que dénoncent les signataires de notre pamphlet antionusien. Au nom de l’Union européenne, la représentante de l’Allemagne « a fait remarquer que, comme l’a établi le rapport de M. Doudou Diène, la discrimination fondée sur la religion ne concerne pas uniquement l’islam, mais également le judaïsme, le christianisme et des religions et croyances venues d’Asie, ainsi que des personnes sans religion. Elle a également souligné qu’il est problématique de séparer la discrimination fondée sur la religion des autres formes de discrimination. Elle a aussi jugé l’utilisation du concept de diffamation contre-productive, préconisant plutôt un texte axé sur la liberté de religion ou de conviction ».

Que ce débat témoigne d’une différence de sensibilité sur les questions religieuses entre pays membres de l’organisation de la conférence islamique (OCI) et pays occidentaux est une évidence. Cela méritait une réflexion sur la sécularisation relative des sociétés concernées et la référence, explicite dans les pays musulmans, à des valeurs religieuses. Mais cette réflexion n’effleura même pas l’esprit de nos intrépides signataires qui, faute d’avoir lu les textes auxquels ils font vaguement allusion, en dénaturent volontairement la signification. Refusant de discuter rationnellement les arguments de l’autre, on préfère le stigmatiser en imaginant une dramaturgie grossière mettant en scène des personnages réels. Ce théâtre de marionnettes, du coup, tient lieu d’argumentaire.

C’est ainsi que nos signataires s’en prennent violemment à Mme Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU. « Elle a participé à une conférence à Téhéran consacrée aux droits de l’homme et à la diversité culturelle, dénoncent-ils. Portant le voile, comme la loi de la république islamique l’exige, la haut-commissaire a été le témoin passif de l’énoncé de principes à venir, ainsi résumés : offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste. Bien pire, dès le lendemain de cette visite, vingt et un Iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël ».

Encore une fois, l’art de l’amalgame intellectuel atteint des sommets. Mêlant tout et son contraire, le texte publié par « Le Monde » mise sur la confuse indignation du lecteur en anesthésiant au passage son jugement critique. Louise Arbour portait le voile à Téhéran, soit. Mais aurait-elle pu, en Israël, organiser une réunion pendant le shabbat ? Les régimes religieux ont des exigences que n’ont pas les autres. On peut le déplorer, mais ils sont chez eux. L’offense à la religion, dans certains pays, est considérée comme une forme de racisme. Faut-il que nous allions les convaincre du contraire, et de quelle manière ? La peine de mort, enfin, est cruellement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n’a rien à lui envier. Surtout pas l’amitié des Etats-Unis, où un président texan a été élu sur sa réputation d’exécuteur intraitable des criminels supposés. Sans parler d’Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles.

Les diatribes iraniennes contre l’Etat hébreu relèvent, elles, d’un affrontement géopolitique dont l’un des principaux paramètres est l’attitude d’Israël lui-même. S’il avait appliqué la peine de mort aux civils palestiniens avec davantage de discernement depuis soixante ans, il n’aurait pas suscité un tel rejet de la part de ses voisins proches ou éloignés. Sous occupation militaire, amputés d’une partie de leur territoire, ou régulièrement bombardés par son aviation, ces derniers ont d’excellentes raisons de le détester. Mais peu importe. Décidés à instruire à charge contre Mme Arbour pour son séjour à Téhéran, nos polémistes incriminent « son silence et sa passivité », qu’elle aurait justifiés par « le respect de la loi iranienne et le souci de ne pas offenser ses hôtes ».

« Charbonnier est maître chez soi, commentent-ils. C’est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d’une institution internationale impuissante ». On croit rêver. Car, analogie pour analogie, frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967. Comme son lointain prédécesseur, Israël, lui aussi, se « soustrait à toute critique d’une institution internationale impuissante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002.

« Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l’acte », philosophent nos signataires. Ils n’ont pas tort : le 29 février, le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a brandi la menace d’une « shoah » contre les Palestiniens avant de lancer à Gaza la sanglante opération qui fit 110 victimes palestiniennes en une semaine. Quitte à enfreindre un tabou religieux, l’Etat hébreu, manifestement, a franchi un cap sémantique avant de déchaîner sa puissance militaire : il est passé « de la parole à l’acte ».

Mais le meilleur a été gardé pour la fin. « Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues d’avenir radieux ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c’est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Lier dans une même trame le 11 septembre 2001 et les résolutions du CDH, il fallait oser. Il est vrai que nous avons affaire à des spécialistes.

« Retour de Dieu en politique », disent-ils. Nos intellectuels savent de quoi ils parlent : Israël n’est-il pas l’Etat confessionnel par excellence ? « Si la revendication d’un coin de terre est légitime, affirmait Theodor Herzl, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs ». Bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine va de soi : le texte sacré tient lieu de titre de propriété. Pour les sionistes religieux, le retour des juifs en Eretz Israël est inscrit dans le récit de l’Alliance lui-même. Prendre possession de la terre que Dieu a donnée aux juifs fait partie du plan divin, et ce serait le contrarier que de renoncer à cette offrande.

Du coup, aucun compromis n’est possible avec les Arabes. En 1947, le grand rabbin de Palestine martelait le statut théologique du futur Etat juif : « C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ». Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait à son tour en 2002 : « Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif ». Au moins, c’est limpide.

Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que le lobby pro-israélien exècre l’ONU : son appétence pour le droit international est inversement proportionnelle à son engouement pour le droit divin. Il est vrai que l’un est infiniment plus favorable au Grand Israël que l’autre. Percuter les résolutions de l’ONU avec la Thora relève de l’exploit intellectuel et du prodige politique : Israël l’a fait. Pour nos signataires, « c’est au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Ce n’est pas tout à fait faux, à condition d’inclure dans l’analyse l’Etat hébreu, cet artefact colonial bâti au forceps sur les ruines de la Palestine au nom de la Bible et de la Shoah.

A propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition. Les odieux attentats du 11 septembre 2001 ont fait dix fois moins de victimes que le siège de Beyrouh par Tsahal en 1982. Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat. L’Etat hébreu mérite bien ce concert de louanges que les intellectuels organiques lui décernent à longueur de colonnes. Et quelle outrecuidance, de la part de l’ONU, de vouloir fourrer son nez sale dans les affaires intérieures israéliennes !

A l’instar des pires calomnies, les accusations publiées dans « Le Monde » du 27 février se sont répandues sur la toile. Elles suscitent sur certains blogs des commentaires haineux que l’on ose à peine citer. M. Doudou Diène y est qualifié de « défenseur de la secte du pédophile fou et des adorateurs du caillou ». On y lit que « depuis les invasions musulmanes le croissant fertile est devenu le croissant stérile, et la civilisation a émigré en Occident ». Sur l’ONU, un internaute déchaîné résume à sa façon l’article publié par « Le Monde » : « l’ONU, c’est un ramassis de la racaille islamiste et tiers-mondiste ». Qu’attend-on pour supprimer l’ONU ? Ce sera encore plus simple. Islamophobie déclarée, haine du monde arabe, stupéfiante arrogance occidentale, tout y est. Opération réussie, mesdames et messieurs les intellectuels organiques.

Bruno Guigue

L’AUTEUR : BRUNO GUIGUE :
Diplômé de l’Ecole normale supérieure et de l’ENA Auteur de "Proche-Orient : la guerre des mots", L’Harmattan, 2003
Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :
* Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU
* Israël-Palestine : la géopolitique du divin
* Irréductible Syrie
* Stupéfiante indulgence pour un Etat voyou
* « Omerta » sur la bombe israélienne
* La lettre persane de Mahmoud Ahmadinejad
* La conférence de Téhéran et les Faurisson pro-israéliens
* Le Darfour et ses faux amis
* Mourir pour Israël, ou les impasses de la résolution 1701 * George Bush, en lévitation au-dessus d’un champ de ruines
* Nucléaire iranien : un pavé dans la mare belliciste
* Et maintenant, le Hamas
* L’héritage empoisonné d’Ariel Sharon
* Moyen-Orient : les deux sources de l’aveuglement occidental
* « La faute à l’Iran », une fable géopolitique
* Irak : american Chaos
* L’écran de fumée d’Annapolis
* Crise iranienne : une expertise « géopolitiquement correcte »

LE CONTEXTE POLITIQUE :
Nous sommes dans le contexte d’une “guerre” en préparation et dans laquelle la position de notre président est de plus en plus clairement annoncée, jusque dans l’assurance donnée aux armées que l’arme nucléaire tactique peut être utilisée dans un contexte de “guerre préventive” pour intimider l’adversaire !
Dans cette optique il est plus simple et moins dangereux politiquement de “virer” un membre du corps préfectoral non aligné sur la position de l’état que d’avoir à gérer une démission fracassante dans le contexte d’une initiative désastreuse à venir.

LE ROLE DES MEDIAS :
Nous devrons donc être aussi vigilants à la manière dont cet événement sera traité par les médias, attendons-nous à des controverses manipulatrices que le libellé du message sur le forum du nouvel obs. ce matin démontre déjà ; le qualificatif ‘antisémite’ a été mis en ligne avant d’être modifié ! A l’évidence les informateurs du nouvel obs. étaient les mêmes ou étaient proches de ceux de la ministre de l’intérieur qui a du recevoir la « plainte »...Peut-être dans les mêmes termes.
Ce jour 23 mars au journal de F3 l’info a été donnée à 13h30 ; au 13 heures, sur TF1 affaire du préfet évoquée très brièvement ; sur F2 beaucoup plus longuement, le sous préfet “nommé depuis six mois” va “réintégrer son activité antérieure d’administrateur civil” et surtout c’est bien “sur plainte de la communauté juive” que le ministère de l’intérieur à prononcé la sanction, “évoquant le devoir de réserve non respecté...”

LE ROLE DES « REPRESENTANTS » DE LA COMMUNAUTE JUIVE ?
- Sur le site du CRIF, auquel appartiennent de nombreux signataires de la tribune du Monde ayant motivé l’article de BRUNO GUIGUE, aucun communiqué à ce jour, mais sans doute du champagne dans les bureaux...
- Sur le sujet l’institution « représentative » a eu l’occasion lors du salon du livre et de la venue de PERES de réaffirmer son soutien inconditionnel à la politique de l’état israélien.
- Le texte en ligne le plus récent, issu du département d’état américain, réaffirme clairement que toute critique d’Israël cache un antisémitisme dont l’existence même n’est pas « négociable » pour ceux là, comme pour les signataires de la tribune du Monde probablement, la « pensée Finkielkrault » a au moins un mérite, c’est sa constance dans la capacité aux amalgames et affirmations absurdes, exactement le contenu de l’article du sous préfet sanctionné : Article sur le site du CRIF : « Le nouvel antisémitisme déguisé en haine d’Israël » 18/03/08- - Thème : Antisémitisme
« Les Juifs à travers le monde font l’objet d’une nouvelle forme d’antisémitisme qui se présente de manière déguisée en haine envers Israël, a avertit un rapport du département d’Etat américain pour l’année 2007 : « Ce nouvel antisémitisme est courante dans l’ensemble du Moyen-Orient et dans les communautés musulmanes en Europe, mais il ne se limite pas à ces populations.”
Le document cite notamment le fait que les différentes organisations des Nations unies font souvent l’objet de demandes d’enquêtes sur “des atrocités et autres violations des droits de l’Homme supposées commises par Israël et présentées d’une façon dramatisée”.
L’effet de ces “critiques sans répit envers Israël” alimente l’idée qu’Israël est une source majeure d’”abus contre les droits des autres”, poursuit le rapport, qui souligne que dans le même temps, les différentes organisations des Nations unies ne prêtent “pas assez attention à des régimes qui sont manifestement coupables de graves violations”.
Le fait de “comparer la politique actuelle d’Israël à celle des nazis est de plus en plus répandu”, selon ce rapport, publié conformément à une loi adoptée en 2004 aux Etats-Unis dans le but de recenser et combattre les actes antisémites dans le monde.
Le rapport souligne que la haine envers Israël se manifeste parfois par des violences commises contre des individus juifs, et relève une soudaine augmentation des incidents antisémites au moment de la guerre entre Israël et le mouvement radical chiite libanais Hezbollah en 2006.
Il accuse plusieurs dirigeants d’attiser la haine antisémite, notamment le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, ainsi que le président vénézuélien Hugo Chavez, le gouvernement syrien ou encore les médias saoudiens et égyptiens.
Le rapport souligne que l’antisémitisme sous sa forme traditionnelle demeure un problème en Russie et que la violence antisémite “reste une préoccupation importante” dans des pays comme la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Il note aussi une augmentation des incidents antisémites en Argentine, en Australie, au Canada, et en Afrique du Sud notamment.
 »
Le rapport a été mené par le nouveau Bureau de la surveillance et de lutte contre l’antisémitisme, dirigée par Gregg Rickman US report : New anti-Semitism disguised by hatred of Israel (EJP)

UNE GUERRE DE PROPAGANDE EST DECLAREE, EN PREPARATION ET POUR CONDITIONNEMENT AVANT UN CONFLIT REEL PREVISIBLE ET ANNONCE, elle n’est pas nouvelle mais semble prendre une ampleur telle qu’elle puisse demain devenir attentatoire aux libertés d’expression et d’analyse. C’est bien cela qui fait l’importance de l’événement que représente la radiation d’un préfet.

UN SOUTIEN S’ORGANISE :
Dans sa région , il semble qu’un soutien s’organise : « Bruno Guigue a été sous-préfet à la ville à La Réunion avant d’être chargédel’économiesolidaireauconseilrégional. C’étaitaussiunconférenciertrès apprécié. Le collectif Pas En Notre Nom-974 et l’Association Initiatives dionysiennes lui apportent leur soutien. Jean-Marc Tagliaferri webmestre et le texte du communiqué du collectif « Pas en notre nom » :
Communiqué du Collectif Pas-En-Notre-Nom-974
COMMUNIQUE : « Bruno GUIGUE a été notre compagnon de route à la Réunion depuis la fondation du collectif en Novembre 2002. Nous avons assisté à ses conférences contre les guerres, d’Irak, d’Afghanistan, et du Liban. La qualité de son analyse et des textes qu’il publie est reconnue. Il s’avère qu’il dérange, car il démonte brillamment les mensonges et les incohérences de la politique occidentale, France comprise, vis à vis du monde arabo-musuman, sans cesse diabolisé, affublé du sobriquet évocateur d’”axe du mal” par une administration américaine qui gouverne maintenant sur la base de fantasmes et de croyances d’un autre âge, et qui prête donc “au camp d’en face” (quel qu’il soit d’ailleurs) les seuls raisonnements et comportements dont elle veuille convenir et qui sont uniquement à l’image des siens propres. Il faut comprendre que l’administration Bush ne fait pas la guerre au terrorisme, elle se fait en réalité la guerre à elle-même sans vraiment le savoir, tous les “terrorismes” incriminés n’étant que des constructions intellectuelles naissant d’actes, volontaires ou non, de cette administration. Elle l’a reconnu en partie (quand elle dit qu’il n’y avait pas d’armes de destructions massives en Irak, objet officiel de la guerre, mais qu’il fallait quand même faire cette guerre !) mais cela ne l’empêche pas de continuer à dérouler ses plans mortifères, qui enrôlent l’Etat d’Israël, à la fois comme supplétif, mais aussi comme prétexte bien commode. Il faut se souvenir comment fonctionne le pouvoir aux USA. Le Congrès a une énorme importance formelle (même si l’exécutif invente des procédures pour le contouner si besoin est) et l’appui des lobbys, dont l’un des principaux est le lobby juif, officiellement déclaré comme tel, est parfois vital pour le Président quand il veut faire passer certains textes. Ce qui explique certains “renvois d’ascenseur” parfois surprenants !
Mais il y a plus grave : quand dans l’entourage d’un président gravitent des gens qui sont prêts à “déclencher l’Armaggedon pour hâter la 2eme venue du Christ”, au moyen d’un conflit nucléaire israélo-iranien, on peut commencer à se poser des questions sur la santé mentale de ces “dirigeants” pour qui nous ne sommes que des insectes (il ne doit y avoir que 144.000 sauvés de toute manière..... les près de 7 millions de juifs israéliens, les dizaines de millions d’électeurs de Bush ou de téléspectateurs de ses copains téléévangélistes apprécieront :-).
La diplomatie française est depuis 2007 entrée dans une ère d’alignement strict sur la diplomatie des USA. Il n’est donc pas tolérable de laisser s’exprimer des propos qui descendent en flammes le discours officiel français qui est devenu insensiblement, depuis Lionel Jospin et sa visite controversée en Israël jusqu’aux prises de position de Nicolas Sarkozy , un soutien sans faille à l’Etat hébreu, au mépris de siècles de politique moyen-orientale de la France, et certainement pas le meilleur moyen pour ramener la paix dans cette région. Michèle Alliot-Marie, la ministre de l’Intérieur, qui a dû se faire remonter les bretelles par l’Elysée sans doute alerté par les réseaux pro-israéliens ( voir un exemple) n’a pas forcément pris la meilleure décision. Elle aura bien du mal à démontrer que Bruno Guigue a avancé des choses inexactes.elles sont peut-être dures à lire mais elles sont le reflet d’une réalité que le gouvernement dont ellefait partie ne cesse de conforter sans être gêné par les conséquences, qu’il connait, de ses actes et prises de positions.
Quant au “devoir de réserve”, il me semble tout à fait inapproprié d’y faire référence car Bruno Guigue n’a absolument pas interféré avec ses fonctions dans cette publication. La ministre de l’intérieur veut-elle avoir des subordonnés lobotomisés qui ne lui diront que ce qu’elle a envie d’entendre ? (c’est à dire plus exactement ce que le chef de l’Elysée lui-même a envie d’entendre ?). ca nous prépare de sacrés beaux ratages dans tous les domaines si tout le monde doit attendre l’imprimatur et ne diffuser que la “bonne parole” ..... Qu’est-ce que c’est que cette république bananière que la France est devenue ?
 »

RADIO J AUX « AVANT POSTE » DE LA VIGILANCE SIONISTE.

D’où provient l’émoi politique autour de l’article de BRUNO GUIGUE ? Nul doute que la communauté juive ait pu jouer un rôle pour obtenir une décision aussi grave qu’une radiation d’un sous-préfet, dont les écrits antérieurs étaient connus de tous, antérieurement à sa prise de fonction il y a environ six mois. Une piste très plausible est représentée par la chronique de « radio J » dont l’obédience sioniste est connue de tous ; l’écoute de ce billet du 28 mars, de quelques minutes, semble lever le doute : SUR LE SITE DE RADIO J : Billet de Luc Rosenzweig
Par Luc Rosenzweig Emission du 18 mars 2008 - de 08H20 à 08H25
Mardi 18 mars, dans le journal de la matinée, Luc Rosenzweig fait part du scandale provoqué par une tribune diffusée sur le site internet ouma.com, en réaction à un “point de vue” de plusieurs intellectuels qui s’inquiètent du prochain sommet contre le racisme, dit “Durban 2,” prévu en 2009.

EXTRAITS DE L’ ECOUTE :
« Ouma.com est un site islamiste radical qui diffuse notamment la pensée de Tariq Ramadan...(ce texte est) un torchon antisémite.....(qui ne provient pas d’un ) plumitif djihadiste ...caché en Afghanistan....(Mais) le texte. en question est signé par Bruno Guigue....(Cette chronique) Est-elle compatible avec le devoir de réserve, évidemment non...(Si la ministre de l’intérieur est au courant) Un silence de sa part vaudrait approbation »

REMARQUE : Tous ceux qui usent de la source d’information citée savent que la qualification « islamiste radical » est totalement inappropriée, des textes de Tarik Ramadan y sont relayés comme ceux de nombreux intellectuels consacrant leurs écrits aux thèmes en relation avec le monde arabe, en France ou ailleurs, et le moyen orient en particulier ; y compris des écrits « laïques » sur ces questions. L’appel final après accusation abusive d’antisémitisme est un appel au lynchage , suivi d’une pression sur le ministre de l’intérieur, Madame Alliot Marie, en forme de chantage. Opération réussie !

A SUIVRE...


Lundi 24 Mars 2008
Jacques RICHAUD

http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=3373 http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=3373


Commentaires articles

1. Posté par Christian Schneider le 25/03/2008 11:16
Si M. Le Sous-préfet avait fait l'apologie d'Israël ou de Bush, on ne lui aurait pas reproché d'avoir manqué à son devoir de réserve. Il est des pays qu'on a pas le droit de critiquer. C'est la démocratie sarkoziste.

2. Posté par daniel le francais le 20/04/2008 20:17
on a meme peur de faire un commentaire . sachant que pensé dans un autre sens ces de lantisimitisme prononcé! lol alors !on pense plus mais un jour on va certainement agir !!!

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