Politique Nationale/Internationale

Réponses d'Igor Ivanov, secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, aux questions de l'Agence russe d'information internationale RIA Novosti



Ria Novosti
Mardi 22 Mai 2007

Réponses d'Igor Ivanov, secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, aux questions de l'Agence russe d'information internationale RIA Novosti
1. Faites-nous découvrir les coulisses de vos activités. Quelle est la différence entre les questions débattues au niveau des secrétaires de Conseil de sécurité des Etats membres de l'OCS (Organisation de coopération de Shanghai - NDLR) et celles qui relèvent de la compétence des chefs d'Etat, des ministres de la Défense et ainsi de suite? Avez-vous des rencontres ou des entretiens téléphoniques extraordinaires?

Nous travaillons tous dans les mêmes coulisses en préparant ou en appliquant les décisions prises par les Etats membres de l'OCS. Seuls les accents changent. Certes, les secrétaires de Conseil de sécurité focalisent leur attention sur les aspects qui concernent les intérêts nationaux et la sécurité de chaque pays membre et de l'Organisation dans son ensemble. Je ne vous cacherai pas que certaines questions requièrent une intervention opérationnelle, et nous les réglons. Avec les possibilités de communication modernes, ce ne sont pas les contacts qui nous manquent.

Je voudrais noter que nos contacts officiels dans le cadre de l'OCS au niveau des Conseils de sécurité sont réguliers et qu'ils se déroulent dans le respect de la position de chacun. Pour parvenir à cette qualité des échanges, nous avons créé des mécanismes de coordination et de consultation qui fonctionnent de manière efficace.

En ce mois de mai, Bichkek accueillera la troisième réunion des secrétaires de Conseil de sécurité qui se pencheront sur un vaste éventail de questions. Ils évoqueront notamment les moyens à mettre en oeuvre pour approfondir la coopération entre les Etats membres de l'OCS en matière de sécurité sur toute leur étendue géographique, les mesures à prendre pour réagir en commun aux situations mettant en péril la paix, la stabilité et la sécurité en Asie, les efforts à déployer pour appliquer les décisions prises dans le domaine de la sécurité informationnelle, la coopération en matière de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, de substances psychotropes et de leurs précurseurs, etc. Nous nous préparons sérieusement à cette rencontre, et nous sommes sûrs que les résultats de cette dernière contribueront à améliorer l'efficacité des efforts conjoints visant à garantir la sécurité de nos Etats.

2. Comment évaluez-vous le caractère des menaces et des défis qui pèsent aujourd'hui sur l'OCS et ses Etats membres? Qu'est-ce qui a changé là-dessus au cours des deux dernières années?

Bien entendu, chaque Etat est confronté à des défis parfois spécifiques et à des menaces concernant ses intérêts nationaux et sa sécurité. Mais il y en a d'autres qui revêtent une envergure globale, par exemple le terrorisme, le crime organisé, le trafic de drogue, la traite des êtres humains, la contrebande d'armes ou les maladies infectieuses. Tous ces problèmes ont un caractère transfrontalier, et c'est pourquoi leur règlement se révèle très compliqué et parfois même impossible. Ces problèmes exigent des efforts collectifs.

La mission privilégiée par les textes de l'OCS se résume à la lutte contre les trois grands maux: le terrorisme, l'extrémisme et le séparatisme. J'y ajouterai encore un mal, le trafic illicite de drogue qui présente une menace particulière et constitue la base financière des trois premiers. L'important est que l'OCS permet de réagir conjointement aux situations mettant en péril la paix, la stabilité et la sécurité dans la région. Une meilleure efficacité de l'Organisation sur ce plan serait d'un réel secours pour la répression des défis régionaux et mondiaux dans l'intérêt de la stabilité internationale.

Je vois les perspectives de l'OCS avec optimisme. L'Organisation devient aujourd'hui une structure influente et autonome en Asie qui dispose de mécanismes efficaces de coordination des efforts en matière de lutte contre les défis transfrontaliers et les menaces à la sécurité. Elle offre des possibilités sans précédent pour développer une coopération mutuellement avantageuse dans les domaines économique et commercial, culturel et humanitaire.

3. Les médias internationaux évoquent en permanence l'idée que l'OCS serait une alliance militaire ou qu'elle serait en passe de se transformer en alliance militaire dirigée, par-dessus le marché, contre l'OTAN. Qu'en est-il dans la réalité?

A ceux qui pensent cela, je conseillerais d'étudier avec plus d'attention les documents fondateurs adoptés par l'OCS, notamment sa Charte ainsi que les décisions du Conseil des chefs d'Etat et celles d'autres organismes dirigeants de l'Organisation. Tous ces documents ont été publiés dans les médias, et les activités de l'Organisation sont transparentes. Les réflexions selon lesquelles l'OCS serait censée servir de contrepoids à l'OTAN semblent d'autant plus bizarres vu les réalités géographiques.

Les Etats membres de l'OCS sont des Etats autosuffisants sur le plan militaire et qui disposent d'un potentiel militaire et militaro-industriel leur permettant de garantir la sécurité. L'objectif poursuivi par l'OCS consiste à améliorer, via des mécanismes collectifs, l'efficacité des efforts déployés en vue de contrecarrer les tendances négatives sur les plans régional et mondial.

Personne n'a jamais posé ni ne pose la question de transformer l'Organisation en une alliance militaire. Les exercices d'état-major conjoints de l'OCS sont organisés pour coordonner les actions antiterroristes. Ainsi, les exercices baptisés Mission de paix - 2007 doivent avoir lieu en juillet prochain dans la région de Tcheliabinsk (Oural).

4. Dès la création de l'OCS, le dossier de l'Afghanistan a relevé de la compétence de votre administration en tant que menace à la sécurité. Mais l'OCS et l'Afghanistan viennent de mettre en place un groupe de contact. De quoi s'occupe-t-il? Comment évaluez-vous les perspectives de ses travaux?

L'appareil du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie traite les relations russo-afghanes aux côtés d'autres administrations. Il n'est un secret pour personne que la situation en Afghanistan est aujourd'hui extrêmement compliquée, instable et peu prévisible. La situation économique et sociale dans le pays demeure difficile, alors que les problèmes du terrorisme, de la fabrication et du trafic de drogue persistent. Hélas, cette situation tend à se dégrader.

Dans ce contexte, l'Afghanistan a besoin d'un soutien et d'une assistance internationaux. Il importe de trouver des solutions aux problèmes existants. Je suis sûr que l'OCS pourrait jouer un rôle positif.

La création d'un groupe de travail Afghanistan-OCS n'est que le premier pas. Nous recherchons d'autres mécanismes de coopération efficaces. A mon sens, la priorité d'aujourd'hui consiste à former la structure des contacts économiques, scientifiques et culturels entre l'OCS et l'Afghanistan.

5. En 2004-2005, quatre Etats observateurs ont rejoint l'OCS. Comment voyez-vous l'évolution des relations de l'OCS avec ces pays?

L'intérêt pour l'Organisation est grand, et non seulement dans la région. Dans le même temps, la question de l'élargissement nécessite une approche prudente. Les processus d'intégration prévoient une série d'étapes qu'il faudrait surtout éviter de brûler. L'objectif poursuivi par les membres de l'OCS à cette étape est moins l'élargissement que la réunion de conditions propices à une meilleure efficacité de l'Organisation.

A l'heure actuelle, l'Inde, l'Iran, le Pakistan et la Mongolie bénéficient du statut d'observateur. Le secrétariat de l'OCS est en train d'élaborer un programme de mesures pratiques en vue de renforcer la coopération avec les Etats observateurs dans les domaines économique, humanitaire et autres.

Quant au statut de membre à part entière de l'OCS, les demandes de candidature seront examinées avec attention. Toute structure internationale a ses règles et ses conditions d'élargissement auxquelles doivent répondre aussi bien l'Organisation que les pays candidats à l'adhésion.



Mardi 22 Mai 2007

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