ALTER INFO

Rénovation de l’armement nucléaire US et conséquences


Dans la même rubrique:
< >

Jeudi 23 Novembre 2017 - 08:39 Insultée, la Turquie souhaite sortir de l'OTAN



Peter Korzun
Vendredi 25 Août 2017

Rénovation de l’armement nucléaire US et conséquences
 

    Que vous aimiez ou non Donald Trump, il restera dans l'histoire le président qui a pris des décisions de première importance pour son pays et le monde. Personne d'autre que Donald Trump ne décidera de la configuration du prochain arsenal nucléaire US, qui doit faire l’objet d’une grande modernisation. Selon les chiffres du Bureau du budget du Congrès, la rénovation intégrale coûterait 400 milliards de dollars entre aujourd’hui et 2026. Les USA moderniseront quasiment chaque secteur de leur arsenal nucléaire : remplacement des ogives, amélioration des réseaux de commandement et de contrôle et autres améliorations dans la triade stratégique. Lancé en avril pour s’achever d'ici à la fin de l'année, la révision de la posture nucléaire est en cours et les décisions définitives seront prises au cours du mandat de Donald Trump.
 

    La question est débattue, de nouveaux concepts sont présentés et de nouvelles propositions sont faites. Préoccupé par « la prise de retard des capacités de l’armement nucléaire », le commandant en chef suprême veut que les USA restent « au top du pack ». L’armée de l’air US étudie des options de bombes nucléaires à « rendement variable », dont la puissance réglable s’adapte aux destructions allant du quartier résidentiel à des zones bien plus vastes.
 

    Paul Selva, général de l’armée de l’air et vice-président de l’état-major interarmées US, estime que l'avenir de la dissuasion nucléaire réside, du moins en partie, dans les armes nucléaires plus petites, dont l’usage serait vraiment rendu possible. Selon lui, « Si nous faisons cela avec un missile balistique, un corps de rentré ou tout autre outil de l'arsenal, il est important d'avoir des armes nucléaires à rendement ajustable. » Le 3 août, devant l'Institut Mitchell de l'Association de l'armée de l'air du club de Capitol Hill, le numéro deux du commandement militaire a confirmé que, dans le cadre de la révision de la posture nucléaire du Pentagone, une nouvelle génération d’« armes nucléaires miniaturisées à faible rendement » était envisagée, afin d'assurer la crédibilité de la menace de l'arsenal nucléaire US.
 

    Il pense que la riposte conventionnelle à l’attaque nucléaire ne suffirait pas à dissuader l'attaquant. Ce ne sont pas des armes tactiques ou de champs de bataille dont parle le général, mais plutôt des munitions dotées d’une puissance explosive décuplée ou réduite (rendement réglable) au moyen d’un système électronique à cadran. Cette combinaison de précision et de faible rendement en ferait les armes nucléaires les plus précieuses de l'arsenal, assurant aux USA la domination mondiale.
 

    La menace d'une destruction mutuellement assurée ne joue pas avec les petites nations – comme la Corée du Nord et l'Iran – de la même manière qu’avec la Russie ou la Chine. Les USA doivent pouvoir lancer une attaque nucléaire sans conséquences mondiales contre un adversaire.
 

    En pratique, les munitions précises à faible rendement peuvent détruire toute cible spécifique sans massacrer aveuglément les civils avec la puissance explosive ou les retombées radioactives dévastatrices. Selon certaines estimations, une contre-attaque US contre les silos de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) chinois, à l’aide d’explosion au sol d’armes à haut rendement, ferait environ 3 à 4 mégamorts. Avec des armes à faible rendement et des explosions aériennes, le chiffre serait ramené à une misère de 700 victimes.
 

    En décembre, le Conseil des sciences de la défense a exhorté le Pentagone d’intégrer des corps de rentrée à faible puissance explosive et à rendement réglable dans les futures études d’ICBM. L’armée de l’air n'avait pas encore pris sa décision définitive à ce sujet. Des options adaptées aux besoins pourraient être fournies par un éventail d'ogives à faible rendement et à effets spéciaux (rayonnement renforcé, capacité de pénétration, impulsion électromagnétique et autres), dont les vecteurs pourraient aussi être des missiles de croisière à faible rayon d’action pouvant être tirés par les F-35 [en gardant le sabord de la soute à bombes bien ouvert à cause de la surchauffe, NdT].
 

    Le rendement réglable associé à la grande précision signifie moins de destruction. Mais il y a le revers de la médaille. Les rendements plus faibles et le meilleur ciblage peuvent rendre l’arme plus tentante à utiliser – et même à l’utiliser en premier plutôt qu’en représailles. Le général James E. Cartwright, ancien vice-président de l’état-major interarmées, pense que rendre l’arme plus faible, rend son usage plus envisageable. La Fédération des scientifiques US a aussi argué que la grande précision et le réglage de la force destructrice signifiaient que les chefs de l’armée, sachant que les retombées radioactives et les dommages collatéraux seraient limités, seraient incités à utiliser la bombe lors des attaques.
 

    L'introduction d'armes précises à faible rendement fait donc naître le concept de guerre nucléaire circonscrite et la possibilité d'échange nucléaire limité. La porte est ainsi ouverte à l’introduction de la guerre atomique dans les conflits locaux, comme ceux de Syrie, d’Irak, du Yémen, ou tous ceux que vous voulez. Mais une petite atomisation a toujours un impact plus important que toute énorme explosion conventionnelle à effet de souffle (MOAB). La tentation de s’en servir ici ou là sera irrésistible, jusqu’à transformer progressivement la planète en terrain vague. La destruction de masse se produirait à un rythme plus lent, mais elle se produirait toujours, puisque les bombes atomiques miniaturisées cumulées ont progressivement le même effet que les armes nucléaires standards.
 

    Des critiques du Congrès disent que la prolifération de ces armes apporterait moins de sécurité au lieu de plus. Dianne Feinstein, la sénatrice démocrate de Californie, a dit en février à Roll Call : « Je ne doute pas que la proposition de recherche sur les armes nucléaires à faible rendement n'est que la première étape avant leur fabrication. J'ai combattu ces tentatives téméraires dans le passé et je le ferai encore, avec tous les outils à ma disposition. »
 

    Il y a un autre aspect au problème. L'introduction d'armes à puissance explosive réglable incitera la Russie, la Chine et les autres puissances nucléaires à adopter des mesures similaires. La course incontrôlée aux armements sera lancée. Le projet d'équiper de munitions à rendement réglable les vecteurs d’armes, ne parle jamais de la question du contrôle des armements, sans doute parce qu’il est impossible. Des ogives de petite taille et de puissance ajustable pourraient être installées sur une large gamme de vecteurs d’armes pour rendre la vérification impossible. Cela mettra fin à tout espoir de conserver le processus de contrôle des armements, qui est en train d’être miné, et ramènera le monde au bord de la guerre nucléaire, comme avant le Traité partiel d'interdiction des essais nucléaires signé en 1963. Tous les efforts faits pour rendre le monde plus sûr passeront à la trappe. Le Président Trump pourrait empêcher que cela ne se produise.
 

Strategic Culture Foundation, Peter Korzun, 23 août 2017

Original : www.strategic-culture.org/news/2017/08/23/us-nuclear-modernization-plans-bury-existing-arms-control-regime.html
Traduction Petrus Lombard



Jeudi 24 Août 2017


Nouveau commentaire :

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS

Publicité

Brèves



Commentaires