Histoire et repères

Rencontre avec le Général des Hommes Libres



Lundi 15 Juin 2009

Rencontre avec le Général des Hommes Libres

«Nous ne sommes pas des militaires, nous sommes du peuple, nous sommes des citoyens armés»- Conversations avec Augusto César Sandino, février 1933



1. L'homme et ses idées

Durant les deux semaines que j'ai passées approximativement dans le campement de l'armée de la Liberté, je n'ai pas cessé de converser quotidiennement avec le général Sandino. Celui-ci m'a accueilli dès le premier jour avec une amabilité très familiale.

Quelquefois le chef m'appelait et d'autres fois c’était moi qui allais le voir dans sa maison, sur laquelle veillait sa garde personnelle armée de mitrailleuse. Le général avait l’habitude de se promener dans une chambre sombre proche de celle de la garde et entrait tout souriant, en m’embrassant, selon sa coutume.

C'était une simple chambre décorée avec un calendrier et un chromo représentant des chasseurs de phoques dans une mer de glace déchaînée, tirant contre ces amphibiens qui s'approchaient dangereusement de l’embarcation. Il y avait un banc et quelques chaises ; d’ordinaire certains chefs qui assistaient silencieux à l’interview, ou bien des soldats de la garde, s’asseyaient sur le banc. Dans un coin il y avait un tas de fusils.

Le général s'asseyait dans un simple fauteuil à bascule, sur lequel il ne cessait de se balancer. Son visage ovale, mais anguleux, offre une sorte d'asymétrie des deux côtés, ce qui, avec les commissures de ses lèvres, contribue à lui donner quelques étranges variations. Une sympathie affectueuse se reflète fréquemment dans ses yeux sombres, mais d'ordinaire en émanent une profonde gravité, une réflexion intense. Ses traits au repos, ses mâchoires fortes, en angle bien ouvert, confirment l'impression d’une volonté sereine et affirmative que donne sa conversation. Sa voix est douce, convaincante ; il ne doute pas de ses concepts, et les mots sont précis, bien guidés par un intellect qui a eu une réflexion propre sur les thèmes qu'il aborde. Son geste habituel est de se frotter les mains avec un mouchoir. C’est très rare qu’il modifie ou qu’il change le ton calme de sa voix. Que se soit par son aspect ou par sa conversation, l'impression que donne le général Sandino, est celle d’une grande élévation spirituelle. Il pratique, sans doute le « yoga », et est un disciple de l’Orient.

Les thèmes de notre conversation ont été variés et en général sans ordre particulier. J'ai essayé de les rassembler en différentes matières, mais en respectant évidemment les concepts et des phrases à la lettre, afin que le lecteur puisse pénétrer la psychologie de cet extraordinaire paladin de la Liberté, que beaucoup ont décrit comme un homme vulgaire et sans instruction, peut-être comme le Pancho Villa de la rébellion nicaraguayenne. Mais ceci est absolument faux. Le général Sandino est d’un esprit sensible et fin, un homme d'action et un visionnaire, comme nous l’avons déjà dit, malgré son instruction assez limitée et, au-delà de son rôle de libérateur, il est une personnalité extraordinaire.


Augusto César Sandino, Général des Hommes Libres, 1895-1934


-       Je vois qu’on vous a déjà pris pour un Américain, m'a-t-il dit, en riant joyeusement, la première fois qu’il m'a vu.

-       Oui, général –lui ai-je répondu ; mais très vite, ils se sont aperçus de leur erreur, et il ne s'est rien passé. C’était une plaisanterie.

Après nous être assis, et pendant que le général commençait à se balancer, je lui dis :

-       Dans ce mouvement, c’est surtout son aspect spirituel qui m’intéresse plus que l’épisodique et le militaire. Je vois qu’il y a en vous une grande foi, et je ne sais pas si elle a un sens religieux. Je comprends que tous les mouvements qui ont laissé leur trace dans l'histoire ont eu une grande foi religieuse ou civile. Le libéralisme des peuples anglo-saxons, allant de pair avec leurs principes religieux, me semble plus profond et définitif que celui de la Révolution française. Avez-vous une religion ?

Sandino - Non ; les religions sont des choses du passé. Nous, nous sommes guidés par la raison. Ce dont nos indiens ont besoin, c’est d’instruction et de culture pour se connaître, se respecter et s’aimer.

Moi, ne m’avouant pas vaincu, j’insiste :

-       Ne croyez-vous pas en la survie de la conscience ?

Sandino - De la conscience?

Moi. - Oui, de la personnalité.

Sandino -De l'esprit, oui, c’est clair ; l'esprit survit, la vie ne meurt jamais. On peut supposer depuis le début, l'existence d'une grande volonté.

Moi - Tout est question de mots ; pour moi, c’est la religion, l’importance de la vie.

Sandino - Comme je vous dis, la grande force première, cette volonté, c’est l'amour. Vous pouvez l’appeler Jéhovah, Dieu, Allah, Créateur…

Après avoir expliqué, selon sa foi théosophique, la valeur des esprits qui ont guidé l'humanité parmi lesquels il range Adam, Moises, Jésus, Bolivar…, tandis que sa parole exprime une conviction profonde et que ses yeux, opaques, s’égayent, il poursuit :

-       Oui ; chacun accomplit son destin ; j'ai la conviction que mes soldats et moi, nous accomplissons celui qui nous a été assigné. C’est ici que cette volonté suprême nous a réunis pour parvenir à la liberté du Nicaragua.

Moi - Croyez-vous au destin, à la fatalité ?

Sandino  –Ne dois-je donc pas y croire ? Chacun de nous fait ce qu'il doit faire dans ce monde.

Moi - Et comment voyez-vous, général, cette force première, qui fait bouger les choses ? Comme une force consciente ou inconsciente ?

Sandino - Comme une force consciente. Son principe est l'amour. Cet amour crée, évolue. Mais tout est éternel. Et nous, nous essayons de faire en sorte que la vie soit non pas un moment passager, mais une éternité à travers les multiples facettes de ce qui est transitoire.

Moi - J'insiste sur ce point, parce que je crois que toute grand œuvre n’a pu être réalisée que sur la base d'une grande foi, que moi j'appelle religieuse et vous nommez autrement ; mais qui n'est que la poussée d'un monde spirituel. J'ai pu percevoir cette imprégnation, cette spiritualité dans votre armée.

Sandino - Si c’est cela, nous sommes imprégnés de notre rôle ; nous sommes tous des frères.

Moi. –Je me rappelle avoir fait référence au sens historique de Napoléon et de Bolivar.

Sandino - Ah, Napoléon ! Il était une immense force, mais il n'y avait que de l'égoïsme en lui. J'ai plusieurs fois commencé à lire sa vie et j'ai jeté le livre. Par contre, la vie de Bolivar m'a toujours ému et m'a fait pleurer.

Puis, comme le général faisait référence aux forces spirituelles qui agissent sur la conduite des hommes, je lui demande :

-       Croyez-vous, général, que des forces de cette nature puissent agir chez les hommes sans l'action de la parole ?

Sandino – Tout à fait ; moi-même je l’ai expérimenté et pas qu’une fois, mais bien souvent. En diverses occasions j'ai ressenti une espèce de trépidation mentale, des palpitations, quelque chose d’étrange qui m’habitait. Une fois j’ai rêvé que les troupes ennemies s'approchaient et qu’avec elles arrivait un certain Pompilio, qui auparavant avait été avec moi. Je me suis levé immédiatement et j’ai donné l'alarme, en mettant tout le monde en position de défense. Deux heures après, et avant le lever du jour, les Américains étaient là, ils engageaient le combat.

-       Quelque part dans notre organisme il y a un organe du pressentiment.

-       Je dirais que c’est là, ajoute le général, prenant ma tête, et me montrant la nuque. Vous ne croyez pas ?

Moi - Je ne rejette aucun type de possibilités de cette nature. Et je pense évidemment que vous pouvez avoir un système nerveux spécial : une grande puissance spirituelle. Je le vois dans votre armée.

Je me rappelle avoir lu dans une lettre écrite par votre frère Sócrates que don Gregorio [le père de Sandino, NdT] m'avait montré, que « Augusto avait une très grande capacité télépathique». Et dans une autre lettre, « qu’il avait vu en rêve son père et sa mère qui étaient très inquiets ».

Et j'ajoute :

-       J'ai vu vos soldats animés d’un sens spirituel admirable. En parlant avec pas mal d’entre eux, je les ai entendus dire que la justice était de leur côté et c’était pour cette raison qu’ils remportaient des victoires tout en étant inférieurs en nombre. Comment êtes-vous parvenu à leur inculquer ces principes?

Sandino - En leur parlant souvent des idéaux de justice et de notre destin, en leur inculquant l'idée que nous sommes tous des frères. C’est surtout, au moment où le corps a faibli que j'ai essayé d'élever leur esprit. Parfois, même les plus courageux se découragent. Il est nécessaire de les connaître, les choisir. Et écarter la crainte, en leur faisant voir que la mort n’est qu’une douleur légère, un passage.

Moi. --Par imprégnation ?

Sandino - Oui ; nous sommes imprégnés de notre mission, et, c'est pourquoi mes idées et même ma voix peuvent les atteindre plus directement. Le magnétisme d'une pensée se transmet. Les ondes circulent et sont récupérées par ceux qui sont disposés à les entendre. Dans les combats, avec le système nerveux tendu, une voix magnétique a une énorme résonance… Les esprits aussi combattent qu’ils soient incarnés ou non.

Moi - Croyez-vous en l’importance de ce mouvement ?

Le général n'a certainement pas compris le sens réaliste de ma question. Déjà lancé dans l’exposé de ses impressions pour ainsi dire suprasensibles, il poursuit en dénouant sa pensée en concepts plus lointains et plus difficiles.

Mais il ne nous serait pas possible de suivre toute sa pensée, et nous indiquerons uniquement le schéma de ses idées, qui s’orientent déjà sur des termes irréels :

-       Je vous dirais ; les esprits combattent aussi, qu’ils soient incarnés ou non… Depuis l'origine du monde, la terre est en évolution continue. Mais ici, en Amérique Centrale, c’est le lieu où je vois une formidable transformation… Je vois quelque chose que je n’ai jamais dit…Il me semble que rien n’a été écrit à ce sujet…Dans toute cette Amérique Centrale, dans la partie inférieure, comme si l'eau pénétrait d'un océan dans un autre…Je vois le Nicaragua entouré d’eau. Une immense dépression qui vient du Pacifique… Uniquement les volcans qui dépassent…c’est comme si une mer se vidait dans une autre.

C'est une description fantastique, que je n'ai pas pu appréhender complètement, mais qui se traduit par une sorte de vision d'une grande catastrophe maritime dans cette zone d'Amérique Centrale. Et Sandino porte les mains à ses yeux, comme s’il voulait en extraire quelque vision. De nouveau le ton opaque de son regard s’égaye davantage.

C’est Sandino, le héros, le génial Sandino, le visionnaire.

--La foi, d’après moi, est éternellement enfantine et créative ; enfantine, parce qu'elle unit le monde réel, ce qu’il y a d’admirable, en écartant le doute, qui est scepticisme et vieillesse, elle nous transporte dans le monde du rêve de ces premières années, au cours desquelles peut-être, comme dit le poète Wordsworth, les hommes conservent encore le reflet d'une non-mentalité ou d'une incarnation, comme diraient les théosophes, qui n'a pas encore été effacée de l'esprit, avec les années et la basse réalité des sensations.

Et elle est créative, parce que l'homme ne se sent pas comme un compagnon d’infortune d'une vie transitoire, qui se dissipe comme la fumée, mais comme le propriétaire, mieux encore, comme l'acteur d'un drame éternel et toujours renouvelé.

Au moment où je sors, Sandino parle avec un vieux soldat, chargé de porter du sel aux colonnes qui s'approchent, et tandis que celui-ci s’éloigne avec son mulet chargé, le général le salue par un « Que Dieu vous garde ».

2. Thèmes sociaux

Nous avions vu le général Sandino lorsqu’il chevauchait aux côtés de quelques officiers, en faisant une inspection de ses troupes et il me dit :

- Vous voyez bien, nous ne sommes pas des militaires. Nous sommes du peuple, nous sommes des citoyens armés.

En rappelant ces impressions sur l'aspect social du mouvement sandiniste, un après-midi, tandis que nous conversions, je questionnais le général qui, lui, se balançait dans son fauteuil à bascule.

- On a dit parfois que votre rébellion avait un caractère social fortement marqué. On vous a même traité de communistes. J’entends que ce dernier qualificatif a obéi à une propagande tendancieuse et de discrédit. Mais vous n’avez pas de programme social ?

Sandino – En plusieurs occasions on a tenté de déformer ce mouvement de défense nationale, en le faisant passer pour  une lutte à caractère plutôt social. Je m’y suis opposé de toutes mes forces. Ce mouvement est national et anti-impérialiste. Nous gardons le drapeau de la liberté pour le Nicaragua et pour toute l’Amérique hispanique. Pour le reste, sur le terrain social, ce mouvement est populaire et nous préconisons une avancée dans les aspirations sociales. Sur ce point, les représentants de la Fédération Internationale du Travail, de la Ligue Anti-impérialiste, des Quakers ont tenté de nous approcher pour nous influencer… Nous avons toujours opposé notre critère décisif que notre lutte était essentiellement une lutte nationale. [Farabundo] Martí, le propagandiste du communisme, a vu qu'il ne pouvait pas vaincre avec son programme et il s’est retiré.


Le général, pensif, se tait.

Dans certains pays, comme le Mexique, on a souvent cru que le mouvement sandiniste était fondamentalement agrarien. J'ai eu l’occasion de vérifier, pendant mon séjour au Nicaragua, que la propriété y est très morcelée et que c’est un pays de petites propriétés. Il n’y a presque pas de latifundios ( grandes propriétés), et encore ils ne sont pas très grands. L’agrarisme n'a donc pas un grand champ d'action. Le peu de gens qui n'ont pas de terre ne meurent pas de faim, comme on me l’avait dit. Et, effectivement, j'ai eu l’occasion de vérifier ces impressions de terre promise de façon peu flatteuse. Il y a près de Granada une merveilleuse plantation de manguiers qui descend jusqu'au Lac. Tandis qu'une espèce de Cerbère qui a le contrat pour ramasser les fruits les récupère comme il le peut, deux ou trois déshérités attendent la chute accidentelle de quelque fruit en guise de repas quotidien. Ils ne tenaient pas à aller travailler dans les plantations de café où on ne payait que quinze centimes, et préféraient cette modeste paresse. Le pays est détruit ; selon eux, il n'y a de travail nulle part.

J'insiste encore sur la question des terres avec le général, et je lui demande s'il est partisan de renforcer le sens de petite propriété qui existe dans le pays, en donnant des terrains à ceux qui n’en ont pas.

Sandino - Oui, évidemment, c’est une chose qui ne nous pose pas de problèmes. Nous avons des terres incultes, peut-être les meilleures du pays. Nous les occupions nous-mêmes.

Et le général explique son projet de coloniser la zone du fleuve Coco, qui est d'une grande fertilité.

- Le Nicaragua importe une quantité de produits qu’il ne devrait pas : céréales, matières grasses, même la viande, par la côte Atlantique. Tout ça peut être produit ici. Bientôt nous rendrons le fleuve navigable ; ensuite nous commencerons à défricher des terrains cultivables. Mais il y a une exubérance végétale incroyable. Seul le cacao sauvage peut être immédiatement exploité.

Moi - Croyez-vous au développement du capital ?

Sandino – Il n’y a pas de doute que le capital peut faire son travail et se développer ; mais que le travailleur ne soit pas humilié et exploité.

Moi - Croyez-vous que l'immigration serait opportune ?

Sandino. - Ici il y a beaucoup de terres à répartir. Ils (les étrangers NdT) peuvent beaucoup nous apprendre. Mais à condition qu'ils respectent nos droits et traitent nos gens comme leurs égaux.

Le général ajoute ensuite, en plaisantant, que s'il y avait des étrangers qui venaient ici avec d'autres idées, guidés par un esprit d'exploitation inacceptable ou de domination politique, ils leur mettraient des bâtons dans les roues. Mais sinon, tous les étrangers seraient reçus comme des frères, à bras ouverts.

Nous nous sommes rappelés à ce moment le désitéressement admirable que le général Sandino a tout le temps démontré, et la clause spéciale de l’accord qui vient d'être signé que ses délégués expriment en son nom « son total désintérêt personnel et sa résolution irrévocable à ne rien accepter qui pourrait amoindrir les raisons et les motifs de sa conduite publique ». Alors je lui demande :

-       N'avez-vous pas l'ambition de posséder un terrain à vous ?

Sandino. - Ah, en disant cela vous pensez que je vais me convertir en latifundista [grand propriétaire] ! Non, pas du tout ; je n'aurai jamais de propriété. Je n'ai rien. Cette maison dans laquelle je vis est celle de mon épouse. Certains disent que c’est de l’idiotie de ma part, mais je ne peux pas faire autrement.

Me rappelant que le général Sandino est sur le point d’avoir un héritier, je lui demande :

-       Et vos enfants, si vous en avez ?

Sandino  - Non, cela n'est pas un inconvénient ! Qu’il y ait du travail et de l’activité pour tous. Je suis plutôt partisan pour que la terre soit à l'État. Dans ce cas particulier de notre colonisation dans le Coco, je penche pour un régime de coopératives. Mais cela nous devrons l’étudier plus à fond.

À propos de ces choses - ajoute le général, en souriant : j'ai eu aujourd'hui un cas de ces nombreuses personnes qui viennent me raconter leurs soucis, qui dépeint l'esprit anxieux des gens qui manipulent l'argent. C'est un pauvre père de famille nombreuse à qui l’on avait prêté trois cent pesos il y a pas mal de temps. Aujourd’hui le prêteur exige le remboursement, et comme il ne les a pas, il veut lui prendre sa maison, le bétail, tout, même ses enfants comme esclaves. Alors j’ai dit au prêteur : « Croyez-vous que votre argent vaut autant que les larmes de cette famille pauvre ? ». Ensuite J'ai dit à l'autre qu’il aille chercher un de ces avocats qui font justice et qu’il revienne un autre jour. J'espère les convaincre. Vous voyez, ajoute le général, comment les choses se passent par ici, et un franc sourire se dessine sur son visage, démontrant son excellente humeur.

Je souris également devant le rappel de cette justice bienveillante, qui démontre son esprit persuasif et non son épée de guérilléro.

Moi - Général, vous aimez beaucoup la Nature !?

Sandino - Oui.

Moi - Plus que la ville ?

Sandino - Oui ; la Nature inspire et donne des forces. Nous apprenons tout d’elle. La ville nous use et nous diminue. Mais les champs sont là non pas pour s’y enfermer égoïstement, mais pour se tourner vers la ville et l'améliorer.

L’observation des plantes, des arbres ; les oiseaux, avec leurs coutumes, leur vie… sont un apprentissage continu.

La diction claire et précise du général, le sens didactique qu’il donne à ses explications, même la tranche de sa main, qui se déplace sans cesse et qui découvre des doigts courts et fermes, nous démontrent que le général, n’est pas homme de fantaisie, mais d'une pensée inquiète et profonde dans laquelle bouillonne l'éternel désir de savoir. Donc je lui demande :

-       Est-ce vrai que vous souhaitez faire des études ?

Sandino - Oui ; je suis intéressé par l'étude de la Nature et des relations plus profondes des choses. C'est pourquoi j'aime la philosophie. Naturellement que je ne me vais pas maintenant aller à l’école. Mais vouloir, apprendre, ça oui toujours !

Nous abordons ensuite le domaine militaire, l'aspect d’extermination qu’a eu la campagne, et je lui demande :

- Les Américains ont-ils été cruels?

Sandino - Ah, cela je ne vais pas vous le dire ! Demandez-le, par là, dehors, et vous verrez.

Moi – Général, on dit que parmi vos ennemis il y a eu des morts inutiles, des crimes qui sont attribués à une partie de vos troupes.

Sandino. – Eh bien, si on doit imputer quelque mal que soit, c’est moi qui suis le seul responsable. On dit qu'il y a eu des assassinats ? Eh bien, c’est moi l'assassin. Qu’il y a eu des injustices ? Eh bien, c’est moi l’injuste. Il a fallu punir non seulement l'envahisseur, mais aussi celui qui a des concomitances avec lui.

Le général se dresse et parle avec énergie, et ses yeux brillent d’indignation.

Moi - À moi, lorsqu’on m'a parlé de ces choses, j'ai répondu que la liberté ne se conquiert pas en faisant des sourires aux envahisseurs. Que c’est le prix de la liberté. Mais, naturellement, je pense que pour quelqu’un d’extérieur, c’est très difficile de dire cela.

Sandino  - Oh, oui ; le prix de la liberté !

Le général Sandino est passé, par association d'idées, à la rigueur imposée à ses propres troupes afin de maintenir la discipline. Comme certaines choses ont été dites sur ce point, je lui demande :

-       Combien de d’ordres de fusiller dans vos troupes avez-vous donné?

Sandino - Cinq. Deux généraux, un capitaine, un sergent et un soldat. Un des généraux pour avoir commis des abus. Il était accusé d’avoir violé plusieurs femmes. J'ai vérifié les faits et je l’ai fait fusiller. Et l'autre, pour trahison.

Et le général raconte comment dès l’arrivée du général Sequeira il avait senti en lui un homme d’une loyauté suspecte. Un jour les avions l'ayant surpris ont déclenché un violent bombardement. Le général Sandino était resté sans bouger dans un coin quand, au milieu de l’explosion des bombes, il sent quelqu'un s'approcher en douce. C’était Sequeira, pistolet à la main. «  Il veut me tuer !  », a pensé Sandino ; et il a immédiatement sorti son arme, et se jetant sur lui il l'a obligé à rengainer son automatique. Sequeira est resté sans commandement, mais il prenait encore part aux opérations. Une nouvelle fois le général l'avait surpris dans un cas semblable au précédent. Au moment où il a su qu’on allait le capturer, il s'est enfui en direction du camp américain. Sandino a détaché des forces pour le ramener tout de suite, mort ou vif. Ils l'ont alors ramené, mort.

Moi – Est-ce vrai que toutes vos armes, fusils ou mitrailleuses, ont été prises à l'ennemi ? Dans quel pourcentage, d’après vous?

Sandino. - Oui, vous pouvez le dire, toutes le sont, à part quelques fusils venant du Honduras, et des vieux « Con Con », qui ne servent plus. Ceux qui n'avaient pas de fusil attendaient qu’il soit pris à l'ennemi ou entraient en action avec des grenades et des revolvers, ou faisaient simplement partie des gens en réserve.

Moi  – Général, pendant le combat, avez-vous eu l'intuition de la victoire morale définitive ?

Sandino. - Non ; j'ai cru, en me mettant dans cette entreprise, que je n’en sortirais que mort. J'ai considéré que cela était nécessaire pour la liberté du Nicaragua et pour brandir le drapeau de la dignité dans nos pays indo-hispaniques.

Je me rappelle avoir entendu s’exprimer des sentiments semblables au sein de votre troupe, j’ai entendu : « Plutôt mourir qu’être humilié » et « nous ne nous serions pas retirés sans que les ‘mecs’ s’en aillent ».

Moi  –Votre épouse a-t-elle été un obstacle ou un stimulant pour la lutte ?

Sandino. – Elle a été un stimulant. En arrivant ici, je l'ai connue après avoir commencé la lutte. J’avais lié amitié avec elle. Ses idées et les miennes étaient les mêmes ; nous étions identiques. J'ai été séparé pendant cinq ans. Ensuite, elle a pu venir dans la montagne. Mon épouse n'a jamais renoncé dans son esprit.

Mais, vous ne la connaissez pas ? ajoute le général, et il appelle : Blanca ! Blanca ! Je vais te présenter un Monsieur avec un nom très long, qu’il n'y a pas moyen de prononcer.

L’épouse du chef apparaît. C’est une femme très jeune, aux traits corrects, l'air doux et le teint très blanc. Je la salue, et après quelques mots très brefs elle repart.

Sandino  – Mon épouse est d'ici, à 95% espagnole. Ici Les Espagnols se sont peu mélangés avec les Indiens.

Moi – En général l'Espagnol s’est uni avec les Indiens en dehors des lieux où celui-ci a été très guerrier. Au Mexique, par exemple, dans le Sonora et le Sinaloa il y a eu peu de mélange. Dans le reste il s’est fait presque totalement.

Sandino  – Eh bien ici, très peu. L'Indien s'est enfui vers la montagne. Mais il a quelque chose. Si bien, qu’il existe un proverbe qui dit : « Dieu parlera pour l'Indien de Las Ségovias ». Et comment qu’il a parlé ! Ce sont ceux qui ont fait en grande partie tout ça. C’est un indien timide, mais cordial, sentimental, intelligent. Vous le verrez vous-même de vos propres yeux.

Le général ordonne alors d’appeler un soldat et l'invite à parler avec son chef, qui montel a garde et qui est de la même race d’indiens zambos [métis d’Indien et de Noir, NdT) de la côte Atlantique.

Les deux parlent, et l’on note dans leur dialecte un mélange de mots de plusieurs langues, anglais, français et espagnol.

-       Maintenant parlez-leur en anglais ! me dit-il.

Je lui parle un instant et je vois qu’ils le parlent parfaitement tous deux.

-       Et maintenant, en espagnol, ajoute-t-il.

Effectivement, ils le parlent parfaitement.

Sandino - Alors vous voyez, ils sont intelligents. Mais ils ont été complètement abandonnés. Ils sont environ cent mille sans communications, sans école, sans rien du gouvernement. C’est là où je veux arriver avec la colonisation pour les faire se lever et devenir de véritables hommes.

Moi - Croyez-vous en la transformation des sociétés par la pression de l'État ou par la réforme de l'individu ?

Sandino. - Par la réforme intérieure. La pression de l'État change ce qui est extérieur, l’apparent. Nous, nous pensons que chacun donne ce qu'il a. Que chaque homme soit un frère et pas un loup. Le reste est une pression mécanique extérieure et superficielle. Naturellement que l'État doit avoir son pouvoir d’intervention.

Moi - Que signifient les couleurs de votre drapeau ?

Sandino. - Le rouge, la liberté ; le noir, le deuil, et la tête de mort, que jusqu'à la mort nous ne renoncerons pas.

3. Amérique Hispanique, Amérique Centrale et Espagne

C’était un de ces après-midi pluvieux habituels; Sandino promenait dans la chambre sombre, à côté de la garde, et en me voyant il s'exclame :

Sandino - Oui ; venez, nous sommes très heureux qu’il y ait un Espagnol dans le camp, pour qu'il voie ce que nous sommes et ce que nous avons été ! Oui ; nous avons reçu un grand soutien moral d'Espagne.

Moi - Il aurait été préférable que se soit une aide positive, des volontaires…

Sandino - Non ; ils nous ont donné quelque chose de meilleur : les ondes qui arrivent avec le soutien moral. Mieux vaut cela que s'ils nous avaient envoyé une canonnière avec des soldats et de l’armement.

Et il raconte, qu’il y a quelque temps, un Espagnol était arrivé au camp, c’était un routard qui parcourait le monde. Il était resté plusieurs jours et avait raconté des anecdotes intéressantes sur son voyage et sur l'Espagne.

J'ai su plus tard que ce routard avait été écrasé par les roues d’un train en marche. Il devait sans doute voyager gratuitement. En vérité je ne me rappelle pas son nom, on me l'a pourtant dit.

À cet instant on lui apporte une lettre, et je lui demande qu’il la lise, et d’interrompre notre conversation, le général ajoute alors:

- Non ; vous, nous vous considérons comme un membre de notre grande famille indo-hispanique, et n'avons aucune réserve. Regardez cette lettre : elle est d'un ami curé, qui est resté longtemps ici. Il avait des idées libres ; il a sa famille, ses enfants, sa propriété, et il est de ceux qui pourraient dire : « Fais comme je te dis ; mais ne fais pas ce que je fais ».

Et Sandino sourit avec son bienveillant sourire franc. Il lit ensuite la lettre, dans laquelle le curé félicite le général pour la paix, qu’il dit ne pas devoir s’arrêter à moitié.

Je demande au général :

-       Ce mouvement peut-il avoir quelque connexion avec les idéaux d'une Amérique Hispanique unie ?

Sandino - Oui ; le grand rêve de Bolivar est toujours en perspective. Les grands idéaux, toutes les idées, ont leurs étapes de conception et de perfectionnement jusqu'à leur réalisation.

Moi - Croyez-vous que ce rêve pourra se réaliser en une seule génération ? La préparation manque encore pour cela. Les communications, l’intime conviction, une sensibilité harmonisée pour sentir les problèmes communs.

Sandino - Je ne sais pas quand cela pourra se réaliser. Mais nous avancerons en posant les pierres. J'ai la conviction que ce siècle verra des choses extraordinaires.

Je me souviens alors de la situation d'Amérique Centrale. Et que ce n’est même pas la diplomatie yankee mais les compagnies américaines, surtout les compagnies fruitières qui jouent avec ces petites républiques comme avec marionnettes.

Elles font et défont les élections et mettent sans grand effort en place leurs hommes de confiance. Aujourd’hui, dans la récente révolution du Honduras, elles ont donné beaucoup de choses avec prodigalité ; naturellement, pour les récupérer ensuite par d’autres manières. Tandis que ces pays mettent comme ils peuvent des restrictions à l'immigration des blancs, ces compagnies vident les côtes Atlantique de l'île de la Jamaïque, pour baisser le coût de la main d'œuvre en faisant affluer énormément  de noirs. Ainsi, les petites républiques voient leur souveraineté mise sous influence…

Moi - Général, ne pensez-vous pas que l'Union de l'Amérique Centrale est nécessaire ?

Sandino - Oui, absolument nécessaire.

Moi - Quand croyez-vous que le projet sera réalisable ?

Sandino - Cela viendra, ça viendra…

Et le général reste pensif ; moi, ne voulant pas être indiscret, je n'insiste pas sur un point aussi sensible.

Je me souviens que le Président Sacasa [général, président libéral du Nicaragua de 1933 à 1936, NdT] me disait qu'il considérait l'Union comme nécessaire; mais avec le temps, lorsque les idées communes et les communications seraient suffisamment développées et seulement sur la base d'un accord mutuel ; mais je pense qu'il y a des élites dirigeantes d'Amérique centrale qui pensent que la séparation représente un état morbide, une faiblesse commune, encouragée par l'impérialisme, et ils voudraient aller vers l'Union par la force. Évidemment, il y a une espèce de patriotisme d'Amérique centrale très marqué.

Sandino - De toute façon, nous ne professons pas un nationalisme excessif. Nous ne voulons pas nous enfermer seuls ici. Que les étrangers viennent, les Américains aussi, évidemment !

Nous ne pensons pas non plus que dans le nationalisme politique il y a toute la solution. Au-dessus de la nation, la fédération ; continentale, d'abord ; puis plus élargie jusqu'à arriver à la mondiale.

Moi  – Comment voyez-vous l'Espagne ?

Sandino – Comme une nation prédestinée. L'Espagne sera celle chargée d'effectuer la communisation universelle dans le futur.

Moi - Communisation ?

Sandino - Oui, fraternisation. L'Espagne a un passé glorieux. C’est là que, selon la légende, Marie et Saint-Jacques, le frère de Jésus sont enterrés. En plus, elle donne au monde des exemples admirables. L'avènement de la République a été quelque chose de remarquable. L'attitude du roi comme celle du peuple….

Moi -Et croyez-vous que 'Espagne aura une influence morale dans la future Amérique ?

Sandino - Indubitablement ! Son œuvre n'est pas terminée. Elle perdurera.

Comme une certaine allusion au problème régionaliste de l'Espagne est apparue, Sandino a indiqué que ce point de la diversité des tempéraments l’intéressait et il sexclame :

-       Dites-moi, Quelle différence y a-t-il entre un Andalou et un Basque ?

Moi. – Eh bien, moi je crois que l'Andalou a une disposition prédominante à l'imagination, à la compréhension facile d'autres idées, à l’ingéniosité, à la clarté des concepts, à la tendance aux termes opposés, à l’optimisme brillant, parfois découragé, parfois sceptique. Beaucoup de races sont passées par là-bas. En revanche, le Basque est primitif, avec des idées simples, un « mono-idéiste » ; mais celles-ci sont enracinées au plus profond que son être, et il ne se contente pas de vivre, mais tend à passer à l'action. Il y a là une grande spiritualité cachée. Il est optimiste par nature.

Sandino  - Ces différences me paraissent intéressantes. Y en a-t-il quelques autres ?

Moi  - Oui ; par exemple, le Catalan et le Galicien représentent aussi de profondes différences régionales et ethniques, dans l'unité historique et spirituelle. Quant à l'harmonie commune de l'ensemble, tout dépend des grands idéaux communs.

Ensuite, Sandino fait référence à la basquitude.

-       J'ai travaillé avec des Basques , dit-il, et je les connais bien. Le Basque est lié au sanscrit. Il y a dans l'esprit des Basques quelque chose de d'international. Ils sont unis au monde. C'est pourquoi, ils se sentent partout chez eux.

Ensuite, abordant la politique espagnole, il demande :

- Les choses prennent-elles une bonne direction ?

Moi.- J'ai la conviction que oui. Il y a la tête de l'Espagne un caractère magnifique : c’est Azaña. Son travail est de renforcer l'âme traditionnelle, le squelette de l'Espagne, et de l’intégrer dans l'évolution moderne. C'est le véritable leader. Il ne va pas mendier derrière les masses; il les oriente et les guide. Il sait faire face à un avis injuste ou idiot, même s’il est majoritaire. J'espère qu’il amène derrière lui, dans un parti propre, une bonne partie de la meilleure énergie espagnole : les intellectuels, les professionnels, les petits propriétaires indépendants et les capitalistes conscients et évolutionnistes. Azaña est un homme d'action, c’est un homme providentiel.


Sandino  - Et la République ?

Moi - À mon avis, la République doit résoudre la grande antinomie des temps modernes, le maximum d’étatisme avec le maximum de liberté, les avancées de l'idéal du travail avec la défense et la stimulation du bien-être commun. L’avenir est encore pour la classe moyenne. Celle-ci et le capitalisme conscient peuvent encore hisser un grand drapeau, pas un drapeau honteux, mais altier et indépendant. Si un jour le capitalisme doit livrer son héritage ou se transformer définitivement, il doit le faire avec dignité, comme ayant accompli une mission historique, et non pas comme le voleur surpris la main dans le sac. Entre-temps, il doit orienter, il doit prendre part au gouvernement, comme toute force vitale. En outre, de nos jours la liberté est de nouveau en danger, et je ne me réfère pas à des éclipses partielles, qui peuvent être nécessaires. Le libéralisme n’est pas mort, et ne mourra jamais, tant qu'il y aura un homme au cœur libre. Je crois que le programme d'une République espagnole doit tourner autour de tout ceci.

Sandino  – M’avez-vous demandé un autographe ?

Moi. - Oui, mon général.

Sandino - Je vous le donnerai, en envoyant un salut à l'Espagne.

AU PEUPLE ESPAGNOL, UN SALUT PAR LE TRUCHEMENT DE L’ILLUSTRE ÉCRIVAIN MONSIEUR BELAUSTEGUIGOITIA, QUI A RECUEILLI LES IMPRESSIONS DE NOS DERNIERS EFFORTS LIBERTAIRES.

 San Rafael del Norte, le 13 février 1933.



Source : Con Sandino en Nicaragua. La hora de la Paz, Espasa-Calpe, Madrid 1934. Nouvelle édition : Editorial Nueva Nicaragua,Managua 1981

texte publié en ligne le 22/5/2009 sur Rebelión

Sur l’auteur

Esteban G. est rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com/, Fausto Giudice est rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste. Tous deux sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=7857&lg=fr


Lundi 15 Juin 2009


Commentaires

1.Posté par max le 15/06/2009 19:52 | Alerter
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Beau Texte ;)

2.Posté par Aigle le 15/06/2009 22:27 | Alerter
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Trop seigneurs ces Hommes libres ........c'est le cauchemar des " petits" tres petits va t'en guerre de salon

3.Posté par redk le 15/06/2009 22:59 | Alerter
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Salut ami Aigle,
Phénoménal se général des hommes libre, son esprit et sa sagesse est grandiose, dommage que le moule qui forme de tel hommes soit ébréché!!

4.Posté par la truie qui file le 22/09/2009 06:56 | Alerter
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Le modele n'est pas le moins du monde ebreché , il est en tous en et en chacun , dans le grand principe createur auquel ce sage genéral fait reference .

Il faut simplement en faire une realité vivante à chaque instant , et le combat actuel est encore plus terrible et inégal .

Alors il faut etre en soi meme investi chacun par la force supreme , la force de la conscience universelle d'amour elle meme .

Et aucun ne doit etre inquiet car meme à un contre des milliers celui qui suit son guide intérieur triomphe .


Merci

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