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Remettre le « fédéral » à sa place dans la Réserve Fédérale


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Mercredi 30 Juillet 2008

Remettre le « fédéral » à sa place dans la Réserve Fédérale

Web of Debt, Dr Ellen Brown, 26 juillet 2008


​​​​Le 19 juillet 2008, dans un article du Wall Street Journal intitulé Why No Outrage? (pourquoi aucune indignation ?), James Grant citait Mary Lease, une Populiste du 19ème siècle qui avait exhorté les agriculteurs à « faire pousser moins de maïs et plus de révolte. » Grant note que le comportement financier, qui aurait provoqué l'indignation au 19ème siècle, est accueilli aujourd'hui dans le quasi-silence d'une populace trop tolérante. Pendant des décennies après la Guerre Civile, la réforme monétaire était la principale question politique, autour de laquelle se construisaient la totalité des partis politiques. Pourquoi n'est-elle guère mentionnée aujourd'hui ? Grant suggère qu'il se peut que l'absence d'indignation est due au fait que les anciens Populistes du 19ème siècle ont effectivement gagné :

​​​​C'est leur système financier. Ils ont exigé du papier-monnaie, le gouvernement fédéral a assuré les dépôts bancaires et une lourde part dans la distribution du crédit, et maintenant, ils l'ont. Bien que le Parti Populiste ait perdu les élections dans les temps difficiles des années 1890, il l'a remporté dans l'avenir. . . Ils ont obtenu que leur gouvernement contrôle l'argent (la Réserve Fédérale a ouvert ses portes en 1914), et leur a gouvernement a dirigé le crédit (Fannie Mae et Freddie Mac). En 1971, ils ont eu leur papier pur dollar. Alors, aujourd'hui, la Fed peut imprimer tous les dollars qu'elle juge nécessaires, et les géants fédéraux du crédit immobilier malades, Fannie Mae et Freddie Mac, s'associent pour dominer l'activité de titrisation du prêt hypothécaire. . . »


​​​​Il se peut que M. Grant ait répondu à sa propre question, mais pas comme il en avait l'intention. La plupart des gens, surtout évidemment M. Grant, pensent que la Réserve Fédérale (Fed) est un organisme fédéral, que le dollar papier est émis par le gouvernement, et que Fannie Mae et Freddie Mac sont des géants fédéraux du crédit immobilier. Le peuple étasunien est silencieux parce qu'ils a été dupé en croyant qu'il avait obtenu ce qu'il voulait. En fait, ce que les gens ont obtenu n'est pas du tout ce pourquoi les Populistes ont lutté, ni ce que leur chef William Jennings Bryan pensait avoir approuvé en votant en faveur de la Federal Reserve Act (législation sur la Fed) en 1913.


​​​​En tournant le discours qui lui a valu la nomination démocrate à la présidence en 1896, Bryan a exprimé ainsi la position Populiste :

​​​​Nous disons de notre tribune que nous pensons que le droit de battre la monnaie et la question de l'argent est une fonction du gouvernement. . . Ceux qui sont opposés à cette proposition nous disent que la question du papier-monnaie est le rôle de la banque et que le gouvernement devrait se retirer de l'activité bancaire. Je suis avec Jefferson. . . et leur dit comme lui que la question de l'argent est une attribution gouvernementale et que les banques devraient sortir des affaires du gouvernement. . . Quand nous aurons restauré l'argent de la Constitution, toutes les autres réformes nécessaires seront possibles, et. . . tant que ce ne sera pas fait, aucune réforme ne pourra être accomplie.


​​​​Bryan a perdu en 1896 et à nouveau en 1900, mais il a continué à diriger l'opposition au Congrès. En 1907, une grande panique bancaire a aboutit à un projet de loi appelé Aldrich Plan, qui aurait rendu le contrôle du système bancaire au banquiers de Wall Street. Mais, l'opposition vigilante, dirigé par Bryan, a deviné ses intentions, et l'a judicieusement mise en minorité. Bryan a dit qu'il ne parrainerait aucun projet de loi menant à de l'argent privé émis par des banques privées. Les billets de la Fed doivent être la monnaie du Trésor public, émise et garantie par le gouvernement, et le conseil d'administration de la Fed doit être nommé par le Président et approuvé par le Sénat.


​​​​Pour que leur projet de loi franchisse l'opposition au Congrès, la faction de Wall Street a changé son nom en Federal Reserve Act et l'a présenté trois jours avant Noël, quand le Congrès était préoccupé par le départ en vacances. Le projet de loi a été rédigé de manière si obscure que nul n'a vraiment compris ses clauses. Ses commanditaires savaient qu'il ne passerait pas sans le soutien de Bryan, aussi, dans un esprit de compromis apparent, ils ont fait montre d'acquiescer à ses demandes. Heureux, Bryan a déclaré : « Le droit du gouvernement à émettre l'argent n'est pas remis aux banques ; de cette manière, le contrôle de l'émission de l'argent n'est pas abandonné par le gouvernement. . . »


​​​​C'est ce qu'il pensait, mais, bien que la masse monétaire nationale serait imprimé par le Bureau of Engraving and Printing, elle serait prêtée comme une obligation ou une dette du gouvernement envers une banque centrale privée. La Fed est entièrement détenue par un consortium de banques privées, elle est contrôlée par des banquiers, et elle protège leurs intérêts. Elle émet les Federal Reserve Notes (les billets en dollars) au coût de l'impression (ou, le plus souvent, au coût de l'introduction de numéros sur un écran d'ordinateur). Cet argent émis par le privé est ensuite prêté au gouvernement, et il doit être rendu à la Fed privée avec un intérêt. L'intérêt est par la suite remboursé au gouvernement, mais seulement après que la Fed ait déduit ses dépenses de fonctionnement et 6 pour cent de paiement garanti pour ses actionnaires bancaires.


​​​​Le Congrès et le Président ont quelque participation dans la nomination du conseil d'administration de la Fed, mais ce dernier travaille à huis clos avec les banquiers régionaux, sans supervision ni contrôle du Congrès. Des directeurs généraux de banques siègent en fait au conseil d'administration de douze succursales de la Fed. À titre d'exemple récent de son contrôle privé sur les fonds publics, en mars de cette année, la Fed de New York a convenu un week-end lors de négociations privées d'avancer 55 milliards de dollars d'argent du peuple afin que JP Morgan Chase puisse acheter Bear Stearns au prix plancher exceptionnel de 2 dollars l'action, descendu d'une hauteur de 156 dollars l'action. C'était une OPA hostile, non approuvée par les actionnaires de Bear Stearns ni par les électeurs étasuniens. JPMorgan Chase est la banque fondée par John Pierpont Morgan, qui a parrainé la Federal Reserve Act en 1913. Jamie Dimon, l'actuel directeur général de JPMorgan Chase, siège au conseil d'administration de la Federal Reserve Bank de New York, qui domine les douze banques de la Fed, et il possède un énorme stock de titres de JPMorgan Chase. Sa participation, dans la décision de donner à sa banque 55 milliards de dollars en prêts de la Fed, est le genre de conflit d'intérêt que la loi fédérale érige en infraction pénale, mais il n'y a personne pour engager des poursuites judiciaires, parce que le lobby bancaire est trop puissant pour qu'on s'y oppose. Le lobby bancaire est puissant parce que les banquiers privés, et non pas le gouvernement, créent notre argent et contrôlent qui l'obtient. (Voir Ellen Brown, The Secret Bailout of JPMorgan, 13 mai 2008, et What's the Difference Between Lehman Brothers and Bear Stearns?, 14 juin 2008.)


​​​​La Federal Reserve Act de 1913 fut une action d'éclat majeure des banquiers internationaux. Ils ont lutté pendant plus d'un siècle pour établir aux États-Unis une banque centrale dotée du droit exclusif de « monétiser » la dette du gouvernement, c'est-à-dire, imprimer leur propre argent et l'échanger contre des titres d'État ou des reconnaissances de dette. La Federal Reserve Act a permis à une banque centrale privée de créer de l'argent à partir de rien, de le prêter au gouvernement contre des intérêts, et de contrôler la masse monétaire nationale, de la dilater ou de la rétrécir à volonté. Le député Charles Lindbergh Sr. a qualifié cette loi de « pire délit législatif des temps. » Il a prophétiquement mis en garde :

​​​​Le conseil d'administration de la Fed peut provoquer un doux balancement à la hausse et à la baisse du marché, en arrière et en avant, par de légers changements dans le taux d'escompte, et créer des fluctuations violentes grâce à de plus grandes variation du taux, et, dans les deux cas, il possède des informations privilégiées sur les conditions financières et la connaissance anticipée des changements à venir, que ce soit vers le haut ou vers le bas.

​​​​C'est le plus étrange, le plus dangereux avantage jamais mis entre les mains d'un classe privilégiée particulière par tout gouvernement ayant jamais existé. . . Le système financier a été remis à... un groupe purement affairiste. Ce système est privé, conduit dans le seul but tirer le plus possible de bénéfices en utilisant l'argent des autres.


​​​​En 1934, dans les affres de la Grande Dépression, le député Louis McFadden est allé plus loin, en déclarant au Congrès :

​​​​Certaines personnes pensent que les banques de la Fed sont des institutions gouvernementales. Ce sont des monopoles privés qui exploitent la population des États-Unis à leur profit et à ceux de leurs clients étrangers, les spéculateurs et les escrocs étrangers et nationaux, et les riches usuriers prédateurs. Dans cette obscure équipe de pirates financiers, il y a ceux qui couperaient la gorge d'un homme pour lui prendre un dollar dans la poche ; il y a ceux qui envoient de l'argent dans les États pour acheter des voix afin de contrôler nos assemblées législatives ; il y a ceux qui entretiennent la propagande internationale dans le but de nous tromper pour que nous leur accordions de nouvelles concessions qui leur permettront de dissimuler leurs méfaits passés et de mettre de nouveau en branle leur gigantesque système de criminalité.

​​​​Ces douze monopoles privés de crédit ont été imposé avec duplicité et déloyauté à ce pays par les banquiers qui sont venus d'Europe et nous ont récompensé pour notre hospitalité en sapant nos institutions. »


​​​​En ce qui concerne Fannie Mae, l'Association Fédérale du Crédit Immobilier, elle a en fait débuté comme agence gouvernementale sous le New Deal de Roosevelt [*]. Mais, comme la Fed, Fannie Mae n'est à présent « fédérale » que de nom. En 1968, le Congrès a changé son statut en actionnaire de compagnie, financé uniquement par des capitaux privés. Si c'était une banque, elle serait aujourd'hui la troisième plus grande banque du monde, elle brasse d'énormes quantités d'argent dans le marché immobilier pour ses propriétaires privés. En 1970, Freddie Mac (Compagnie Fédérale de Crédit Immobilier pour la Maison) a été créé pour faire de la concurrence et mettre la fin au monopole de Fannie Mae sur le marché du crédit immobilier secondaire. Mais Freddie Mac est aussi actionnaire à part entière de société faisant appel public à l'épargne.


​​​​En vertu d'une loi de 1992, si l'un de ces deux géants du crédit immobilier est considérée comme étant gravement sous-capitalisé, il peut être placé sous responsabilité gouvernementale. Mais le plan suivi actuellement est de renflouer ces sociétés privées en augmentant leur capital de base, avec l'argent du contribuable, et leur marge bénéficiaire grâce un meilleur accès aux prêts de la Fed. Le résultat sera de privatiser les profits pour leur administration et leurs actionnaires tout en nationalisant les risques aux dépens du contribuable. Nous, le peuple, allons payer la facture. Si les gens doivent supporter les risques, ils doivent aussi récolter les fruits. Soit ces deux méga-entreprises devraient prendre leur part sur le marché comme toute autre société privée, soit elles doivent être nationalisées, et distribuer non seulement leurs dettes, mais aussi leurs avoirs aux contribuables. Non seulement Fannie Mae et Freddie Mac, mais aussi la Fed elle-même devraient redevenir de véritables entités fédérales, comme les électeurs ont été amenés à le croire et comme leur nom l'indique. Retirez le mythe selon lequel ces entités contrôlées par Wall Street agissent pour le peuple plutôt que pour des profits privés, et nous verrons bientôt l'indignation que M. Grant dit être curieusement absente.



​​​​Ellen Brown, JD, a développé ses compétences d'avocate en litiges civils à Los Angeles. Dans Web of Debt, son dernier livre, elle dédie son expérience à une analyse de la Réserve Fédérale et du « trust de l'argent. » Elle montre comment ce cartel privée a usurpé le pouvoir de créer l'argent au peuple et comment nous pouvons récupérer ce pouvoir. Ses sites sont webofdebt.com et ellenbrown.com.



Original : www.webofdebt.com/articles/federal-back-fr.php
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info

* New Deal : Le programme et les mesures mis en œuvre par le Président Franklin D. Roosevelt durant les années 30, après la Grande Dépression, pour restaurer l'économie étasunienne et introduire des réformes sociales.




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