Politique française

Regard clinique sur le mal français: « La France, aimez-la ou quittez-la ! »


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Mais de quelle France parlent-ils donc, ceux qui prétendent pouvoir, savoir nous représenter ?
J’avoue bien souvent ne pas m’y reconnaître.


Mina Jar
Vendredi 29 Septembre 2006

Regard clinique sur le mal français: « La France, aimez-la ou quittez-la ! »
Mina Jar

Proposé par l'auteure



S’agit-il d’une France réelle, avec son histoire riche, complexe, dans laquelle il y a eu des erreurs, certes, mais des erreurs sur lesquelles on apprend peu à peu à revenir, et aussi des êtres humains qui y vivent à prendre en considération, ou d’une France concept abstrait, lieu imaginaire, sur lequel on pourrait projeter ses fantasmes personnels, plus ou moins avouables, voire avoués à soi-même, pour marquer son territoire avec un peu moins d’élaboration culturelle que le chien qui lève la patte contre le réverbère ?

Certes, il n’est pas facile de faire de la politique aujourd’hui. Il y a des pouvoirs, des forces en jeu qui dépassent la politique. C’est bien là le problème de fond. Mais raison de plus pour rester vigilant et ne pas se laisser emporter dans une confusion généralisée où l’absence de sens et de sens commun fait loi. La crise de l’Occident venant d’ailleurs plus du « n’importe quoi peut faire sens » que d’une absence totale de sens.

Dans un monde idéal, ceux qui en représentent d’autres devraient être un minimum au clair avec eux-mêmes pour éviter que leur part d’ombre ne pervertisse cette responsabilité à des fins arbitraires, individuelles ou communautaires, sans rapport avec l‘intérêt général. Mais nous savons que le monde idéal se sera pour une autre fois. En attendant, il nous faut essayer de comprendre ce qu’il peut y avoir derrière les discours trop faciles que l’on entend. Trop faciles ou trop difficiles. La langue de bois se nourrit autant de pompeux concepts que seuls les « experts » sauraient décrypter que de fausses évidences populistes.
Étant d’origine populaire, je suis particulièrement allergique au populisme, à cette hypocrite recherche de connivence, paternaliste, condescendante ou autoritariste avec « le peuple »...

Regard clinique sur le mal français: « La France, aimez-la ou quittez-la ! »
Prenons la déclaration « La France aimez-la ou quittez-la », pas du tout anodine quand on connaît la propension au passage à l’acte de son auteur, et essayons d’en analyser l’implicite, en laissant de côté, bien sûr, ce qui pourrait être du domaine privé...quoique, il y aurait à dire.
En tant qu’êtres humains, nous nous sommes en partie coupés de la nature et n’agissons plus en fonction d’un instinct donné, mais en fonction des représentations que nous apprenons sur nous-mêmes, les autres, l’environnement et les rapports entre les uns et les autres. Ces représentations comportent plus ou moins d’imaginaire, suivant l’élaboration culturelle dans laquelle on s’inscrit, donc plus ou moins de cohérence, plus ou moins d’équité.
Il n’échappe à personne que si les droits de l’homme existent en théorie, dans la pratique...ya encore du boulot, et c’est un euphémisme!

Monsieur Nicolas Sarközy de Nagy-Bosca, pour ne pas le nommer, immigré deuxième génération , croit donc en une France qu’il dit aimer et veut défendre...’ai failli dire contre le mal, comme Mr Bush veut défendre sa conception toute particulière de la démocratie.
Je suis française depuis une bonne douzaine de générations connues, et je ne me reconnais en rien dans la France qu’incarne Mr Sarközy de Nagy-Bosca. Non seulement je ne m’y reconnais pas, mais je n‘en veux pas de ce soit-disant modèle de français, justement au nom des valeurs que l’histoire de ce pays m’a apprises.
Serais-je dangereusement sociopathe et devrais-je m’exiler, Monsieur Sarközy de Nagy-Bosca ?

Regard clinique sur le mal français: « La France, aimez-la ou quittez-la ! »
Je ne suis pas toujours fière de notre histoire. Il y a eu, sans remonter à l‘âge de pierre, aux Grecs et aux Romains, la chrétienté, son amour du prochain, mais aussi l’Inquisition; les Lumières mais leurs raccourcis hyper-rationalistes; la révolution mais ses impasses bourgeoises individualistes sur la dimension symbolique et économique; l’esclavage mais la Déclaration des droits de l’homme; la colonisation maisje crois que là, je bloque un peu pour trouver spontanément le versant positif...bizarrement, amnésie me vient...ce n’est pas ce qu’on pourrait appeler du positif. Mais ce serait aussi un peu simplificateur. Et surtout, ce n’est pas vrai pour tout le monde.
En résumé, c’est l’ambivalence qui domine à ce jour dans les avancées de la culture, et nous ne pouvons faire comme si nous avions enfin découvert la vérité, la pureté et la bonté, et qu’il ne resterait plus qu’à en convaincre le reste du monde, avec un père idéal ou nouveau prophète représentant l’autorité parfaite à notre tête! L’idéal, c’est ce vers quoi on peut tendre, en se battant contre nos petites faiblesses humaines. En aucun cas quelque chose qu’un petit humain pourrait incarner. Surtout pas au nom de Dieu, pauvre hère dans ce monde en désordre!

Je repense à cette réflexion d’Enstein : « Les États-unis sont le seul pays à être passé de l’âge de pierre à la barbarie sans connaître la civilisation. » Bien sur, c’est injuste, il y a des Américains tout à fait civilisés. Mais on peut l‘excuser, il en avait gros sur le cœur après Hiroshima et Nagasaki, pire dans la sauvagerie que le très médiatisé 11 Sept...à ne pas confondre avec la même date pas moins horrible en Amérique du Sud. En 1874 déjà, Barbey d’Aurevilly écrivait que « Les crimes de l’extrême civilisation sont certainement plus atroces que ceux de l’extrême barbarie ».
Il y a, bien sûr, des Américains civilisés, et d’autres salement ensevilisés dans la course au plus de pouvoir, de cupidité, de rapacité, plus d’arrogance dans la haine de l’autre qui se veut différent de cette logique morbide, égocentrique, matérialiste, avec des relents de semblant mystiques, excellent alibi pour redorer une image derrière laquelle il n’y a aucune humanité structurée.

Les erreurs, à condition de les reconnaître, peuvent être constructives. Elles nous montrent où nous avons failli dans notre processus d’humanisation et nous permettent de chercher d’autres chemins. Alors un petit effort, Monsieur Sarközy de Nagy-Bosca.! Vous suggériez, pour prévenir la délinquance, de dépister ses signes très tôt, dès la maternelle. Que voilà une curieuse idée...pourquoi pas si elle a comme but d‘aider les familles en difficulté et d’établir un peu plus de justice sociale, principale cause de ces difficultés! Quoique...projet encore un peu timide à mon sens! Il faut remonter beaucoup plus à la source! C’est dans des signes plus anciens qu’un autre type de délinquance ( qui génère des sociopathes d’un autre niveau de nuisance générale, nettement plus lourd de conséquences !) à des chances de s’enraciner et de se développer. Des signes qui renvoient à un monde de privilégiés, nostalgiques de ce qu’ils ont perdu, ou accrochés à ce qui leur reste de privilèges, et font leur petit bricolage langagier pour défendre le monde de « nantis supérieurs » dont ils rêvent.
Ah, qu’elle est belle notre langue avec quelques idées assez générales pour être mises à toutes les sauces! Et ces faux-amis, bien pratique pour faire passer des vessies pour des lanternes...Le beau mot de liberté avec lequel Eluard a composé un si beau poème, par quel tour de passe-passe se retrouve-t-il dans le vocabulaire de marchands vulgaires (je précise « vulgaire » parce que tous ne le sont pas; il ne faut pas confondre avec le petit épicier, boulanger etc. qui contribue au lien social et aux besoins fondamentaux) dont le seul objectif est la croissance matérielle et la bonne santé du marché en prenant plus à ceux qui ont peu et en donnant plus à ceux qui ont beaucoup !

LIBERALISME, j’écris ton nom
Dans les égouts des favelas, les murs gris des banlieues, les trottoirs des sans logis, parmi lesquels un nombre de plus en plus élevé travaille durement sans accès possible au minimum de dignité, dans les communautés pillées et abandonnées, de toutes couleurs, de tous pays, j‘écris ton nom!
LIBÉRALISME.
Dans la réserve de l’Indien chassé de chez lui, sur le bateau du petit pêcheur noyé dans les filets géants, dans le champ du petit paysan désertifié par la grande Entreprise, sur la ruche de l’abeille asphyxiée, et la vague polluée, et tant et tant de lieus où je pourrais écrire ton nom,
LIBERALISME!
J’écris ton nom, mais je ne te chéris pas.

Il faut être d’un illettrisme social, sociologique, psychologique et éthique crasse pour associer ainsi ces deux mots! C’est hélas le genre de raccourci qui va frapper les plus vulnérables. Le référentiel qui fait autorité et le besoin de sécurité sont nécessaires à l’homme, et il prend ce qui lui semble le plus à sa portée.

Libéralisme serait à prendre dans un sens générique, à désigner tous ceux qui se donnent autorité arbitrairement pour utiliser les autres sans les reconnaître comme égaux à des fins mégalos ou paranos sans rapports avec la nécessité du vivant. Il y en a toujours eu depuis que l’humanité existe. La nouveauté avec le libéralisme, c’est qu’il s’est érigé en système, argumenté à partir d’une fausse rationalité, et réussit à prendre le pas sur toutes les autres institutions&#61628;enfin presque, ce qui rend les responsabilités très diffuses et par conséquence difficilement atteignables.
En écrivant « érigé » en système, je me fais la remarque que le terme est particulièrement heureux, étant donné que le moteur de cette compétition internationale se situe plus au niveau des couilles qu’à celui de la tête et du coeur !

Il y a heureusement des individus qui résistent, ici et ailleurs.
Je me souviens d’une femme du Burkina Faso, chef d’une petite entreprise, à qui on avait donné des subventions . Elle les avait utilisées pour améliorer son entreprise, à sa manière. Quelqu’un lui a demandé pourquoi elle ne s’était pas davantage mécanisée, ce qui lui aurait apporté plus de profits. « Nous sommes une entreprise avec mes employés, et il est plus important de préserver le tissu social et les rapports humains! » a-t-elle répondu.
Peut-être faudrait-il envoyer certains de nos décideurs en stage de réinsertion chez elle pour qu’ils se souviennent qu’il ne suffit pas d’une machine à calculer pour assumer des responsabilités sociales, et soigner l‘amnésie de leur humanité et leur hémiplégie identitaire.

La situation est complexe, et il ne faut pas manquer de courage pour la regarder en face et en parler sans langue de bois de fausses évidences. Sinon, il n‘y aurait plus qu‘à baisser les bras en sachant que, comme l’écrivait un des compatriotes d’origine de M. Sarkozy , Jerzy Lec: « Certains hommes ne sont absolument pas doués pour voir la vérité. Si vous saviez, en revanche, comme leurs mensonges respirent la sincérité. ».
Voir une majorité d’Américains derrière Bush, à y croire comme des moutons qu’ils allaient apporter la démocratie et faire la peau du terrorisme avec la guerre en Irak! A devoir constater l’effet inverse, le réveil est rude...mais bon! Il y a quand même semblant de réveil...
Évitons les procès d’intention, mettons cela sur le dos de l’ignorance.


Vendredi 29 Septembre 2006

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