Politique Nationale/Internationale

Réforme de l'ONU : Washington veut une organisation mondiale à l'américaine


Washington a finalement dévoilé jeudi ses véritables propositions de réforme de l'Organisation des Nations Unies sur laquelle le sommet de 180 chefs d'Etat et de gouvernement devra se prononcer à la mi-septembre prochain à New York.

Remises par son nouvel ambassadeur à l'Onu John Bolton, le faucon de l'administration Bush, ces propositions ont fait l'effet d'une bombe, tant elles ont remis en question le texte déjà élaboré par une équipe sur des propositions du secrétaire général Kofi Annan sous la direction du président actuel de l'Assemblée générale, le Gabonais Jean Ping.


Jeudi 15 Septembre 2005




John Bolton, le nouvel ambassadeur des Etats-Unis à l'Onu à New York a d'abord joué au malin en demandant, dès son arrivée au début de la semaine au siège de l'organisation, au président de l'Assemblée générale de lui présenter le texte que l'on proposait aux chefs d'Etat et de gouvernement. C'est un texte totalement raturé, sinon déformé qu'il a retourné à l'ambassadeur gabonais Jean Ping.

Pourtant, John Bolton avait dans sa poche l'initiative américaine de réforme qui figure dans un document confidentiel que le nouvel ambassadeur a commencé à distribuer cette semaine à certains de ses homologues. Le texte de Washington propose plus de 750 amendements au projet actuellement sur la table et indique clairement les priorités de Washington pour la «nouvelle Onu».

LES PREOCCUPATIONS AMERICAINES

Au premier rang des préoccupations américaines figure la lutte contre le terrorisme, pour laquelle Washington souhaite que l'organisation puisse s'engager plus activement. Washington voudrait également qu'on lève toute ambiguïté entre actions terroristes et lutte de résistance derrière laquelle certains mouvements tels que les radicaux palestiniens ou irakiens ont tendance à se cacher.

Le texte américain insiste, en outre, sur la protection des civils, et des Etats. Les Américains veulent que le document qui sera présenté le mois prochain à New York mentionne explicitement la volonté des Etats membres de s'engager dans la négociation d'une nouvelle convention sur le terrorisme. Ce qu'ils ont toujours exigé depuis que la question d'une réforme de l'Onu a été mise sur table.

En plus, pour la énième fois, les Américains veulent le remplacement de la Commission des droits de l'homme, selon eux largement discréditée par un conseil composé uniquement de bons élèves de la démocratie.

EGOÏSME ET DIKTAT AMERICAINS

Mais là où les propositions de Washington apparaissent comme un coup de semonce à l'Onu, c'est quand elles préconisent que l'administration onusienne puisse fonctionner comme l'administration américaine. En effet, la troisième priorité américaine remet à plat le «management de l'Onu». A ce sujet, Washington voudrait que la réforme conduise à l'adoption par l'Organisation des méthodes de travail en usage dans l'administration américaine. Les propositions américaines ne s'arrêtent pas là. Elles touchent à tous les aspects du vaste chantier ouvert par Kofi Annan, et visent explicitement à conformer l'organisation aux intérêts américains, estiment des observateurs.

C'est ainsi, par exemple, que les amendements du «document Bolton» proposent d'éliminer du projet toute mention de la lutte contre le réchauffement climatique et refusent les demandes de nouveaux progrès dans le démantèlement des armes nucléaires détenues par les puissances atomiques. Tous des points figurant dans des textes de conventions internationales auxquelles les Etats-Unis n'ont jamais voulu adhérer.

Quant aux propositions du texte initial présenté par le président de l'Assemblée générale et que les Etats-Unis ont rejetées, il y a notamment le point sur les Objectifs du millénaire adopté en 2002, un programme dont Washington ne veut rien entendre parler. De même que les Etats-Unis ne veulent rien savoir de l'objectif que les membres de l'Onu s'étaient fixé en matière d'aide au développement, qui fixe la contribution de chaque Etat développé à 0,7% de son Produit national brut à partir de 2015.

En revanche, Washington met l'accent sur la libéralisation des économies et conditionne l'aide et l'allègement de la dette des pays en développement à leurs performances comptables.

MISSION QUASI IMPOSSIBLE

A vrai dire, les propositions américaines à la réforme de l'Onu ne sont pas une surprise. La secrétaire d'Etat Condoleezza Rice en avait déjà fait part au secrétaire général Kofi Annan en juin dernier. Les questions qui se posent aujourd'hui sont, entre autres, celle de savoir si Washington, qui voudrait mettre tout le monde au pas, accepterait de perdre sur certains aspects de ses préconisations ? La seconde est celle qui touche au temps qui reste d'ici le sommet de la mi-septembre. L'équipe de rédaction aura-t-elle suffisamment de temps pour apporter tous les amendements américains ?

«C'est un véritable coup de force, pour les Américains pour qui ça passe ou ça casse», commente une source onusienne. Mais à trois semaines du sommet, la renégociation proposée par les Américains tient d'une mission impossible, à moins que Washington, comme à ses habitudes, refuse de reconnaître le texte qui sera présenté sans tous les amendements américains.

D'autant que la plupart des diplomates sont unanimes pour reconnaître que les diplomates « Tous ces chefs d'Etat viennent pour montrer leur attachement à la Charte, affirme l'un d'eux. Quinze ans après la fin de la guerre froide, si 180 chefs d'Etat disent que la Charte est toujours valable, c'est quand même très fort». Un autre estime, pour sa part que : «Hormis leurs priorités (terrorisme, droits de l'homme...), ils (Américains) se contenteraient volontiers d'un texte vague». C'est donc un combat ouvert entre les «durs» et les «radicaux», deux camps qui se sont crées à l'Onu.

Sources : ALL AFRICA

Posté par Adriana Evangelizt



Samedi 17 Septembre 2005


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