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Histoire et repères

Recours à la propagande des stratèges de la guerre mondiale: Comment Henry Kissinger veut appeler les Allemands à la guerre


Lorsque, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Américains avaient disputé aux Britanniques leur empire mondial, lorsqu'ils avaient évincé les puissances coloniales d'antan, notamment la France, et commen­cèrent à construire leur propre hégémonie qui, d'ailleurs, ne reposait pas moins sur la suppression et la domination, la violence et l'exploitation, ils se heurtèrent à un problème majeur: avec l'Union soviétique, ils avaient affaire à un deuxième vainqueur de la guerre qui, quoique complètement exsangue, poursuivait sa propre politique impériale qui reposait sur des données matérielles aussi bien qu'idéologiques.



par Karl Muller, Allemagne


Une nouvelle guerre qui se dirigerait ouvertement contre cette grande puissance n'était pas soutenable, même si, au sein de l'administration étatsunienne, il y en avaient qui caraissaient cette idée et qui auraient applaudi si la guerre froide qui s'annonçait s'était transformée en guerre chaude. Mais on se défendait pourtant de pousser la folie à ce point-là.
Déjà à cette époque-là, les Etats-Unis offraient au monde le répertoire particulier à eux, connu entre-temps partout: on affichait une idéologie recousue en patchwork – à l'époque il s'agissait de celle du «containment» qui exigeait d'endiguer la communauté des Etats socialistes représentée comme entièrement méchante (Le communisme mondial est comparable à «un parasite malin se nourrissant uniquement de tissu malade», selon George F. Kennan, à l'époque conseiller de la politique étrangère américaine, dans une affirmation de 1946 qui se trouve dans pratiquement tous les manuels d'histoire), tandis qu'on réalisait en effet une politique ultra-rigide de pure défense de ses propres intérêts et d'hégémonie. Ce même George F. Kennan a déclaré, à cette même époque, pendant une audition du Congrès non publique: «Nous devons, partout et sans relâche, diriger notre attention sur nos aspirations nationales imminentes. Nous ne devons pas être dupes de l'illusion de pouvoir nous payer le luxe de l'altruisme et de la bienfaisance à dimension mondiale. Nous devrions arrêter de nous répandre sur des buts tellement vagues tels que les droits de l'homme, l'augmentation du niveau de vie et la démocratisation. Le jour s'annonce où nous serons contraints à baser notre action sur la seule philosophie sobre de l'hégémonie.»

Les méthodes de l'exercice du pouvoir étatsunien varient de continent en continent et de pays en pays. En Asie, en Afrique ou en Amérique latine, on était prêt à mener soi-même la guerre si nécessaire ou à inciter des régimes fantoches à mener la guerre à sa place. Quant à la partie européenne ne se trouvant pas sous l'administration soviétique, on misait entièrement sur les liens très étroits qui existaient dans les domaines politique, culturel et économique, sur l'alliance militaire de l'OTAN présidée par les Etats-Unis et l'infiltration des services secrets. Le but en était de trouver des partisans – peut-être pas dans les détails, mais dans l'essentiel.
L'Allemagne a toujours été un cas à part. Si au début, la politique américaine avait comme but l'entière soumission et l'épuisement de l'ancien ennemi, la guerre froide en a marqué un tournant stratégique. Les anciennes zones occidentales d'occupation, réunies en 1949 sous forme de République fédérale, devaient être la place forte européenne contre le communisme, en même temps les nouvelles (et les anciennes!) élites allemandes devaient s'aligner au point qu'on puisse exclure à jamais que l'Allemagne ne redevienne le centre d'une politique autonome au sein de la partie européenne sous contrôle américain. On attendait un maximum d'avantages d'une Europe organisée de manière supra-nationale, le plus centraliste possible et fustigée par la bureaucratie dans laquelle se retrouvaient solidement intégrés les ennemis ­d'antan, la France et l'Allemagne.

C'est un fait établi, aujourd'hui, que les administrations étatsuniennes de l'époque ont exercé une influence décisive sur les débuts de l'Europe moderne des CE et UE (ainsi l'idée forte du mémoire de qualification pour l'enseignement supérieur de Beate Neuss, datant de 1999 et intitulé «Geburtshelfer Europas? Die Rolle der ­Vereinigten Staaten im europäischen ­Integrationsprozess 1945-1958», 1997, ISBN 3-7890-6384-3; (­Accoucheurs de l'Europe? Le rôle des Etats-Unis dans le processus d'intégration européen des années 1945 à 1958))
Les stratégies américaines jusqu'à celle de Zbigniev Brzezinski («Le Grand échiquier. L'Amérique et le reste du monde», ISBN 2-2271-3519-0) ont prôné «l'engagement américain en faveur de l'unité européenne», mais seulement à condition que cette Europe unifiée soit conforme aux intérêts des Etats-Unis: «Avant que les Etats-Unis participent à la construction de l'Europe, ils doivent se rendre compte de quelle Europe ils veulent et savoir quelle Europe ils sont prêts à favoriser.»

Dans les décennies passées, notamment depuis le temps de la transformation de la politique étrangère des Etats-Unis en pure poli­tique de force à la suite de l'écroulement des Etats socialistes au début des années 90, la circonstance qu'on leurrait les peuples européens avec l'idée que l'Europe unifiée serait le grand projet européen de la paix représentait toujours un obstacle considérable. On légitimait donc les restrictions des droits nationaux souverains avec la nécessité des pays européens à contribuer, après les innombrables sacrifices de deux guerres mondiales, à ce que l'Europe redevienne le continent de la paix.

C'est cette légitimation-là qui explique en partie pourquoi les Allemands, en dépit de toute critique concrète, ont toujours pris une attitude en principe positive quant à l'Union européenne. Et il n'est pas de pays dans l'Europe de l'UE où l'acceptation de mener des guerres dans des pays lointains soit aussi mince que parmi la population allemande. Il s'agit là de l'acquis le plus précieux des expériences allemandes, extrêmement amères.

Le sinistre maître-penseur de la stratégie étatsunienne, Henry Kissinger, a compris qu'il n'arrivera pas à appeler les Allemands à la guerre au nom de l'Europe. Or, rhétoriquement il remonte aux temps avant 1945 (« … que la nation a le droit de leur imposer des sacrifices»), essayant de réveiller les esprits qui ont entraîné l'Allemagne, deux fois au cours du XXe siècle, dans des guerres les plus «riches» en victimes et les plus mensongères de l'histoire de l'humanité, et exigeant de l'Allemagne une fidélité de vassal, mortelle à elle-même et aux autres, dans le seul but que les Américains évitent, en Afghanistan, un autre désastre stratégique, et peut-être conduits aussi par l'arrière-pensée de laisser saigner, lors du compte final, les Allemands.

Mais Kissinger va plus loin que les autres démagogues de guerre étatsuniens. Il ne parle plus de «Guerre contre la Terreur», mais, entièrement sans ambages, de la «Guerre contre l'Islam radical», il parle d'une guerre mondiale. C'est dans ce but-là, en faveur de la guerre mondiale des Etats-Unis, qu'il requiert de la chair à canon allemande. Kissinger se réserve une attitude plus massive que celle de l'administration Bush. Il reproche aux stratèges de la guerre en Irak de l'avoir entreprise avec «insuffisamment de troupes».

Il faut que chacun le sache: à un individu machiavellique comme Kissinger – et il faut se rendre compte qu'il ne se fait que l'écho du discours des cercles très puissants qui veulent continuer à donner le ton aux Etats-Unis – tous les moyens sont bons pour contraindre les Allemands à la bataille. N'importe lesquels

Ce que l'ex-ministre américain des Affaires étrangères Henry Kissinger, 84 ans, attend des Allemands

Citoyens allemands, ne vous laissez pas entraîner par les USA ...

Dans une interview accordée au magazine allemand «Der Spiegel», Henry Kissinger exprima sans équivoque ce que lui et les Etats-Unis «attendaient» de l’Allemagne: plus de troupes et surtout des engagements de combats en Afghanistan. Il faut que tous meurent, non seulement les leurs. Et il sait très bien se jouer des médias: d’une part en décrivant le scénario d’un islam radical gagnant de plus en plus d’influence dans le monde entier et qui en cas de retrait des troupes du territoire de l’Irak et de l’Afghanistan aurait des conséquences de grande envergure aussi en Europe, d’autre part en rappelant à ­Mme Merkel sa réélection.
ev. Alors qu’on l’interrogeait pour savoir si un retrait de l’Irak, comme les démocrates le promettent à leur électeurs, était réaliste, Kissinger esquissa deux possibilités d’un retrait: «Envisageons-nous un retrait comme une partie d’une solution politique dans la région? Ou bien parlons-nous de retrait parce que les Américains en ont assez de cette guerre? Dans ce dernier cas, les conséquences seraient catastrophiques.»
S’adressant ouvertement aux Européens, il prédit des affrontements sanglants dans la région comme conséquence d’un retrait. L’islam radical ne disparaîtrait pas, même si les Etats-Unis devaient se retirer, mais bien au contraire trouverait de nouvelles forces: «Un retrait précipité des pays occidentaux serait compris dans la région comme un aveu d’impuissance. Le Hamas, al-Kaida et le Hizbollah exigeraient immédiatement un rôle plus dominant. La capacité des pays occidentaux à exercer une influence sur le destin de cette région serait réduite à rien. Et ce virus infecterait tous les pays à forte population musulmane: l’Indonésie, l’Inde et de grandes parties de l’Europe.»
Que les Européens ne veulent pas, malgré ces scénarios, approuver l’engagement militaire en Irak relève du fait qu’ils ne veulent pas comprendre qu’il s’agit autant d’un problème européen qu’américain et que les conséquences seraient tout aussi dramatiques pour eux. On dresse l’oreille lorsqu’il prétend, en réponse à la question de savoir son avis sur le comportement des Européens dans cette «guerre contre le terrorisme» – une notion qu’il rejette: «Le terrorisme est une méthode contre laquelle il est difficile de mener une guerre», – pourtant il faut étendre la guerre à des millions de gens: «Pour moi c’est une guerre contre l’islam radical qui tente actuellement de se débarrasser de tous les éléments de modernité et de s’en prendre aux structures séculaires des sociétés occidentales. Le tout se passant dans une période de l’histoire européenne particulièrement difficile.»
Lorsqu’on lui demande ce qu’il entend par «période particulièrement difficile», Kissinger répond: «Les grands événements en Europe eurent lieu sous l’égide d’Etats nationaux puissants qui s’étaient développés il y a plusieurs centaines d’années. Les peuples d’Europe n’ont jamais mis en cause les sacrifices exigés d’eux par la nation. Ces anciens Etats nationaux se sont maintenant fondus dans l’Union européenne. Les gouvernements nationaux n’ont plus la force d’exiger quoi que ce soit de leurs citoyens.» […]
«Le problème qui se pose actuellement est que les Etats nationaux ont non seulement remis à l’Union européenne une partie de leur souveraineté, mais aussi lié leur vision d’avenir à celle de l’Union européenne. Toutefois, l’Union européenne n’a pas le sens de la vision et n’engendre pas la même loyauté. Il existe un vide entre le passé de l’Europe et son avenir.»
Kissinger semble donc regretter que les gouvernements européens aient de la peine à obtenir de leurs populations non seulement de payer, mais encore de mourir pour le «projet de paix», pour le «bien des populations européennes» – l’UE – au lieu de se sacrifier pour Dieu, l’empereur et la patrie. Lorsqu’on lui demande ce qu’il attend des gouvernements et des chefs d’Etats élus «au cas où la chancelière allemande, Angela Merkel, devait se dresser pour exiger des Allemands des sacrifices dans la lutte contre le terrorisme», il répond: «Je crois qu’Angela Merkel devrait, comme les autres chefs de gouvernements, penser à sa réélection. J’éprouve un grand respect pour elle. Par ailleurs, je ne connais pas beaucoup d’Européens qui pensent qu’une victoire des islamistes radicaux resterait sans graves conséquences pour nous. Et pourtant, ils ne sont pas prêts à dire: nous nous impliquons et nous combattrons.»
Lorsqu’on lui demande comment il voit concrètement les engagements, par exemple des troupes allemandes dans le sud de l’Afghanistan, Kissinger répond qu’il ne voit pas pourquoi seuls les Etats-Unis devraient mener une guerre dans l’intérêt des Occidentaux. Si l’Occident n’y a pas d’intérêts, il n’a pas besoin de combattre, mais dans la mesure où il y a des intérêts vitaux, alors «il faut se battre.» Pour qui comprend cela, dans la mesure où il fait partie de l’alliance, il doit s’engager dans cette guerre. « En Afghanistan, nous avons besoin de plus de troupes tant allemandes que de l’OTAN. Il n’est pas admissible qu’un des Etats-membres de l’OTAN protège ses soldats en les envoyant dans des régions où il n’y a pas de combats. Cette situation n’est pas saine.»
Alors qu’on s’inquiète de savoir s’il a quelque compréhension pour la position de nombreux Allemands qui, se rappelant les leçons de l’histoire, ne veulent pas de participation à la guerre, il répond qu’il comprend très bien, mais qu’à la longue cette position n’est pas tenable: «Nous ne pouvons pas avoir, à long terme, deux sortes de membres de l’OTAN, l’une prête à se battre, l’autre se contentant de mener une alliance à la carte. Cela ne marchera pas.»
C’est aux Allemands eux-mêmes à décider comment amener leurs compatriotes à changer leur point de vue. Toutefois, s’ils devaient s’en tenir à leur attitude actuelle, alors l’Allemagne ne jouerait plus qu’un rôle marginal en Europe. On verra, lorsque la nouvelle administration américaine sera en place, dans quelle mesure le refus de participer aux engagements militaires actuels, de la part de l’Allemagne et d’autres pays européens, émane d’une profonde méfiance envers la politique de force de la superpuissance américaine. On verra alors si les erreurs du gouvernement Bush ne furent que des prétextes couvrant les oppositions entre l’Europe et l’Amérique ou si le tout repose sur une opposition réelle. Actuellement, beaucoup de gouvernements européens se cachent derrière «Bush, le mal aimé», ce qui peut se comprendre vu les erreurs commises.
Quant aux erreurs évoquées, Kissinger affirme qu’il ne critique pas la stratégie politique de Bush et que cette dernière ne changera pas avec un nouveau président; car «l’armée fut dotée de trop peu de troupes en Irak.» Au lieu d’impliquer l’armée irakienne, on l’a dissoute et mal mené les relations avec les alliés et les amis. «Par ailleurs, je reconnais que Bush avait diagnostiqué correctement les dangers apparus dans le monde du fait de l’islam radical et qu’il mène cette guerre avec beaucoup de courage. On lui en saura gré, plus tard» et pas que dans un demi-siècle, mais bien plus tôt.
Lorsqu’on lui demande si le prochain président exigera plus de volonté d’engagement de la part des Européens, il demande à voir dans quel sens on posera cette exigence. Le prochain président des Etats-Unis pourrait estimer qu’il n’est pas possible de continuer dans cette voie sans l’appui de l’Europe. «Ce serait alors un argument pour imposer ses propres plans de retrait.»    •
Source: Der Spiegel du 18/2/08, p. 110 sqq.


Jeudi 06 Mars 2008

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Commentaires articles

1. Posté par redk le 06/03/2008 12:56
Henry Kissinger le sioniste au DEUX CENTS MILLES VICTIMES de la guerre du Viêt Nam.+ DEUX CENTS MILLES VICTIMES du Timor oriental,+ TRENTES A QUARENTES MILLES VICTIMES de l'operation condor (Chili, Argentine, Uruguay, Paraguay, Bolivie et Brésil, Équateur et Pérou), BREF UNE VRAI POURITURE ENCORE EN VIE !!

2. Posté par Zorro m.d.s le 06/03/2008 23:09
Ce fils de p..e et ses collégues tremblent dans leur bottes et ce discours le prouve.De quoi ont ils peur?
Depuis 60 ans la seule influence culturelle de la puissante Europe est l influence americaine.
Si l on prend une carte il devient evident qu il manque a l Europe 2 influences majeures qui par son glorieux passé furent autant de richesse par influence mutuelle malgré les conflits épisodiques:

-la civilisation slavo-orthodoxe dite de l est
-la civilisation moyen-orientale dite arabo-musulmane

Le but des USA est de faire rentrer l Europe en guerre pour qu elle se mette définitivement du coté des USA aux yeux du monde...

L Europe degoutée par les DIZAINE de millions (hein Redk) de morts des guerres pour l hegemonie US commence a se demander si finalement la multipolarité et le cosmopolitisme ne sont pas finalement plus raisonnables.

L Allemagne recupère son influence a l est, la France son influence en Mediterrannée...et bientot nous renveront les yankees a coup de pied dans le cul patauger près leurs cotes.

Non monsieur le genocidaire H Kissinger notre opposition n est pas de circonstance ! Et si les terroristes tentent d en profiter nous les ecraserons, car nous Européens nous ne sommes de tendres rigolos.

Non monsieur le criminel de guerre, nous n iront pas mourir pour VOS guerres, votre monnaie, votre puissance, ni votre societé debilitante.

Monsieur le meurtrier n essayez pas de nous faire peur, cela marche avec les Etatsuniens mais certainement pas avec nous Européens, heritiers de grandes cultures quand la votre n existait meme pas dans nos parties genitales.

Vous serez jugez meme a titre posthume, pour les dizaines de millions de morts, pour crime contre l humanité et vos noms seront maudits au meme titre que celui d Hitler.

Alors suppliez nous plutot !

3. Posté par du canada le 13/03/2008 06:16
Peuple americain, reveillez-vous! Ne croyez plus les mensonges de vos dirigeants.Que la "lumiere" mette au grand jour (ou dénonce) les oeuvres des ténebres.

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