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Rapport Vedrine : Mondialisation nous voilà !


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Jeudi 27 Septembre 2007

Rapport Vedrine : Mondialisation nous voilà !
Par Karel Vereycken

L’ancien ministre socialiste des affaires étrangères Hubert Védrine est un homme libre. Depuis le 13 mai 2004, le Conseil d’administration du groupe de luxe LVMH, société dont Nicolas Sarkozy fut le conseil, l’avait d’ailleurs, dans un geste d’ouverture à gauche, cooptée comme administrateur « indépendant ». Son ami Nicolas Sarkozy, le porte en grande estime et semble le considérer comme un cerveau-orchestre capable d’écrire quelques pages de sa partition musicale.

Ainsi, dans son « Rapport pour le président de la République sur la France et la mondialisation » de début septembre, il prône une plus grande ouverture sur la mondialisation (financière) qu’il confond délibérément avec ouverture sur les échanges économiques internationaux au sens strict.

Hubert Védrine avec N. Sarkozy lors de la remise des copies - 7 ko

Hubert Védrine avec N. Sarkozy lors de la remise des copies

Transcendant les clivages entre mondialistes béats et anti-mondialistes simplistes, Védrine affirme avec quelques belles pirouettes que « ce schématisme binaire (...) ne sert pas nos intérêts. Parce que nous ne reconnaissons pas explicitement l’économie globale de marché comme un fait, nous sommes moins efficaces pour en tirer parti et moins convaincants pour trouver des alliés et des partenaires en Europe et ailleurs pour en corriger les défauts. » .

En bref, sur le plan économique et financier, un Vichy light se dessine ici à l’horizon. Pour le faire accepter aux français, un miroir aux alouettes : tirer un meilleur parti de la globalisation par la création d’emplois nouveaux « en montant en gamme technologique tout en s’inscrivant dans la mutation écologique de l’économie ». On mondialise, mais on préserve « un cœur de compétences, de souverainetés et de responsabilités publiques » permettant de n’abandonner personne et d’amortir les chocs brutaux. La France, dit Vedrine, doit se convaincre « qu’elle sait quoi faire non plus face à la mondialisation mais dans la mondialisation. »

Vedrine propose un « Grenelle de la mondialisation » et même de « faire évaluer par un collège d’enseignants et d’économistes la façon dont est présenté en seconde, première et terminale, la mondialisation... »

Ensuite, pour ne pas rester « &nbsp ;les idiots du village planétaire », des pistes sont explorées visant à valoriser nos atouts dont « notre langue, une des cinq ou six langues de culture et de civilisation ».Védrine note aussi que « parmi les 500 premières entreprises mondiales 39 sont françaises (deuxième place, après les Etats-Unis) devant la Grande Bretagne (38) et l’Allemagne (32). » Ouf, on existe encore bien que « la France aurait intérêt à se spécialiser plus dans les domaines où elle dispose d’avantages comparatifs évidents. Mais quels sont-ils ? Le nucléaire ? L’eau ? Les transports ? L’aéronautique ? L’agriculture ? L’immatériel ? La théorie est séduisante, l’application malaisée. » Administrateur de LVMH, Védrine pense évidemment que la France a intérêt a « entretenir et mieux exploiter l’image de culture, de créativité et de qualité, le capital « immatériel » de la France : ce qui englobe à la fois l’attractivité du territoire, les marques françaises du luxe, (...) le vin, etc... »

Ce mélange de « pragma-vichysme »- il faut faire avec - et de Bona-patriotisme économique - soyons les meilleurs du bac à sable - l’amène à défendre des mesures protectionnistes et de régulation ponctuels. Il note avec grand intérêt « le durcissement d’Hillary Clinton et d’autres leaders démocrates américains contre une mondialisation qui se fait à l’avantage d’une minorité’ ». Mais la régulation de la mondialisation est un concept contradictoire, car comme l’admet Védrine lui-même, « la mondialisation est à la base une dérégulation, une déréglementation... » Il décrit avec une certaine fascination l’hypertrophie de la sphère financière, « l’invention des produits dérivés et de titrisation, permettant des profits risqués mais faramineux, la multiplication pour en profiter de milliers de fonds -hedge, equity, souverains- ont remodifié en profondeur en à peine plus de dix ans, la globalisation économique et commerciale » tout en indiquant que « si les mots de cavalerie et de spéculation ont jamais eu un sens, c’est aujourd’hui. » Sans l’appuyer totalement, Védrine évoque ensuite ce qui est proposé par « le Cercle des économistes » : une reorganisation du systeme international actuel, sous la coupe des institutions financieres internationales aujourd’hui en faillite et avec un fort contenu ecologique. Un G-20 est proposé, sorte de G-13 élargi aux directeurs du FMI, de la Banque Mondiale, de la Banque des Règlements Internationaux et aux représentants du Conseil des gouverneurs des banques centrales...chargé de réformer le FMI, de créer une Organisation Ecologique Mondial et d’imposer une régulation pour la survie de la planète.

Au niveau de la politique extérieure, Védrine appelle, à juste titre, à un retour a une politique française authentique. Exit l’idéal d’une « euro-puissance » qui dilue systématiquement les initiatives françaises dans une impuissance européenne : « pas d’échappatoire possible. Nous allons devoir continuer à penser et à repenser notre politique étrangère. »

Là où la situation se corse cependant, c’est sur la question de l’OTAN. Bien que Védrine dénonce l’atlantisme anti-gaullien militant (qui prospère à l’UMP, dans le monde industriel et de la défense et existe au PS) pour qui la position actuelle de la France dans l’OTAN est un « problème », l’auteur defend la même attitude face à l’OTAN que devant la mondialisation. Pour Védrine, il serait assez vulgaire de rejoindre « l’OTAN », mais « pour la France rejoindre une OTAN réformée grâce à la bonne gestion de sa disponibilité pour un rapprochement, aurait une toute autre allure, et une autre signification, que de ‘rentrer dans l’OTAN’ » (p.39) Au lieu d’exiger la dissolution d’une organisation qui a perdu toute raison d’être, Védrine voit la France y imposer la reconnaissance du pilier européen ainsi qu’un « débat entre alliés (et non vassaux) sur les options stratégiques et tactiques » . Cette réforme peut se faire « si l’administration sortante se montre plus ouverte au printemps 2008 » ou lors d’un sommet spécial de réforme de l’OTAN au printemps 2009 suite à une concertation « lors des rencontres des grands leaders européens avec le nouveau président des Etats-Unis. »

Cette nouvelle politique sera « un des éléments du sursaut français dans la mondialisation ».

Hubert Védrine semble tragiquement mutilé par le faux humanisme de Montaigne, grand plagiaire du stoïcisme romain de Sénèque et mélange bipolaire de soumission et de volontarisme. Le vrai sursaut de la France ne viendra que des nouveaux Rabelais, celui que vous trouvez sur www.cheminade-le-sursaut.org



Jeudi 27 Septembre 2007

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