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Ramsey Clark, défenseur de Saddam Hussein, veut ouvrir le procès des Etats-Unis

Un procès peut en cacher un autre


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Ramsey Clark, défenseur de Saddam Hussein, veut ouvrir le procès des Etats-Unis


Un tribunal, mis en place par les autorités américaines d'occupation et non
par un gouvernement irakien légal, est un tribunal illégitime


Zeynel CEKICI
Samedi 31 Décembre 2005





Parcours étonnant que celui de l'ancien ministre de la Justice qui a rejoint les rangs de la petite ultra-gauche américaine, qui est aussi l'avocat de Milosevic et du Bosno-Serbe Karadzic au Tribunal pénal international de La Haye.

Saddam Hussein revient ce lundi devant ses juges, avec un conseiller américain dans son équipe de défenseurs. Et comme il s'agit de Ramsey Clark, un nouveau personnage va prendre place, en pointillé, dans le box des accusés : George Bush lui-même.

Clark, entre autres casquettes, est le cofondateur aux Etats-Unis d'un comité pour la destitution (impeachment) du président. Il est aussi, avec le linguiste Noam Chomsky, l'une des figures les plus sulfureuses de l'ultra-gauche américaine, partisan d'une justice de rupture, plaideur à contre-courant. Il est à Bagdad pour dénoncer un tribunal, à ses yeux illégitime, issu d'une guerre illégale.

Pour un ancien ministre de la Justice, c'est un parcours peu ordinaire. Et la preuve que le Texas produit de tout. Né il y a septante-sept ans à Dallas, Ramsey Clark est le fils d'un grand nom du droit, qui fut lui-même Attorney General, puis juge à la Cour suprême. Il a marché dans les traces de son père jusqu'au ministère, sous Lyndon Johnson, de 1967 à 1969. Le mouvement pour les droits civils avait obtenu des victoires, et Clark a travaillé à les inscrire dans la loi.

L'époque était aussi dominée par une autre guerre qui tournait mal, au Vietnam, et comme Attorney General il a été amené à poursuivre cinq illustres opposants à l'action militaire en Indochine, les Boston Five.
Ramsey Clark a expliqué ensuite que pour lui, ce procès devait démontrer au Président Johnson l'ampleur de l'opposition à la guerre. Et à peine sorti du gouvernement, il a rejoint le camp des opposants à la guerre, en 1972, il était à Hanoi.

A partir de là, il a plongé dans une dissidence permanente, critique radical de la politique étrangère américaine, qui a conduit l'ancien ministre dans les eaux agitées de la minuscule extrême gauche américaine.

Ce palmarès, bien sûr, ne vaut pas à Ramsey Clark une popularité immense aux Etats-Unis. Un de ses confrères du barreau parle de lui comme du good man gone gaga (un honnête homme qui a perdu la boule). Mais lui continue imperturbablement dans la ligne qu'il a choisie après avoir été ministre, et son apparition dans la Zone verte hyper protégée au centre de Bagdad est dans l'ordre des choses.

Ce n'est pas son premier séjour dans la capitale irakienne, et il regrette la disparition de la ville derrière des murs de béton. Il s'y était rendu en 1998, quand Bill Clinton songeait déjà à une action militaire, pour participer à une conférence sur les droits de l'homme. Il y était encore en février 2003, à la veille de la guerre, pour la dénoncer. Il y est retourné maintenant pour en combattre les effets.

Sur les conseils de Ramsey Clark, la défense de Saddam Hussein va mener un combat permanent pour empêcher le procès de se dérouler comme le souhaitent les juges irakiens et leurs mentors américains. Les avocats dénoncent les conditions de sécurité, après l'assassinat de deux avocats. Ils demandent que soit publiée la biographie de quatre des cinq juges, dont l'identité est tue pour les protéger. Mais le vrai objectif de Clark, c'est de faire le procès du tribunal lui-même : il veut une autre cour, une cour internationale qui jugerait aussi ses compatriotes américains partis en guerre.



source




Lettre de Ramsey Clark aux Nations-Unies sur le projet d'intervention états-unien en Irak




La lettre suivante, rédigée par l'ancien ministre de la Justice américain Ramsey Clark, a été envoyée à tous les membres du Conseil de Sécurité de l'ONU, avec copies à l'assemblée générale de l'ONU et au sénateur Biden de la commission sénatoriale pour les relations étrangères.


29 Juillet 2002

Monsieur l'Ambassadeur,

L'espoir qui resterait aux peuples du monde de voir les générations futures préservées du fléau de la guerre grâce aux Nations Unies serait anéanti par une nouvelle attaque des Etats-Unis contre l'Irak. Les menaces, brandies par le président Georges Bush, le Vice-président Cheney, le secrétaire à la défense Rumsfeld, et divers attachés de cabinet et officiels du Pentagone, d'attaquer l'Irak, de l'envahir et de renverser son gouvernement constituent un leit-motiv depuis un an. La guerre psychologique elle-même est un crime contre la paix et viole la charte des Nations Unies. La une du New York Times d'aujourd'hui, « Les USA considèrent une frappe sur Bagdad comme une des options de leur politique irakienne », est caractéristique de l'intention terroriste de ces menaces. Le danger résultant d'une telle attaque pour la population civile serait énorme.

Les Nations Unies doivent agir pour empêcher une attaque de l'Irak par les Etats-Unis.

Si les Nations Unies sont incapables d'empêcher les Etats-Unis, un membre permanent du Conseil de Sécurité, de commettre des crimes contre la paix et l'humanité ainsi que des crimes de guerre envers une nation qui a déjà souffert au-delà de toutes limites du fait des agressions américaines, alors à quoi servent encore les Nations Unies ? L'opposition à toute attaque ou tentative de renverser le gouvernement irakien par la force doit, et c'est la moindre des choses, être exprimée publiquement par les Nations Unies.

Les Etats-Unis ont impitoyablement bombardé un Irak sans défense pendant 42 jours en 1991.

Les Etats-Unis ont dirigé l'assaut massif sur l'Irak en janvier et février 1991. Le Pentagone a annoncé qu'il avait mené 110.000 sorties aériennes contre le « berceau de la civilisation », larguant 88.500 tonnes de bombes. Ces bombardements à grande échelle ont détruit la viabilité économique de la société civile dans tout le pays. Ils ont tué des dizaines de milliers de citoyens irakiens. Une partie essentielle des bombardements était dirigée contre les civils et les installations civiles. Ils étaient moins précis que les récentes attaques indiscriminées contre l'Afghanistan. Les bombes américaines ont détruit des systèmes d'approvisionnement en eau, des réseaux de transmission d'électricité, des moyens de communications et de transport, des industries, des commerces, des installations agricoles, de la volaille et du bétail, des entrepôts de nourriture, des marchés, des usines de fertilisants et d'insecticides, des centres d'affaire, des trésors archéologiques et historiques,!
des appartements, des zones résidentielles, des écoles, des hôpitaux, des mosquées, des églises et des synagogues.

Le Pentagone a affirmé que ses pertes s'élevaient à 156 personnes. Un tiers de ses pertes étaient le fait des propres tirs américains; le reste était accidentel. Les Etats-Unis n'ont pas subi de pertes au combat.

Les Etats-Unis ont forcé l'imposition de sanctions génocidaires envers l'Irak en 1990.

Les Etats-Unis ont élaboré des sanctions économiques contre l'Irak que le Conseil de Sécurité a approuvé le 6 août 1990, 45ème anniversaire de l'attaque nucléaire américaine sur Hiroshima. Ces sanctions sont la cause directe de la mort cruelle de plus d'un million de personnes.

C'est le plus grand crime contre l'humanité de cette dernière décennie du 20ème siècle, le plus violent de l'histoire. Chaque mort douloureuse d'une personne dépérissant de malnutrition, de « kwashiorkor », une poussée de déshydratation causée par de l'eau contaminée, ou de maladie, aurait pu être empêchée. Les sanctions persistent jusqu'à aujourd'hui et causent des centaines de morts chaque jour. Chaque agence des Nations Unies traitant des problèmes d'alimentation, de santé et des enfants - comme la FAO, le Plan Alimentaire Mondial, l'OMS, l'Unicef - ont proclamé l'horreur et l'amplitude de cette catastrophe humaine et en ont indiqué la responsabilité.

La grande majorité des victimes des sanctions sont des enfants, des personnes âgées, des malades chroniques et des cas médicaux urgents. Ce sont les personnes les plus vulnérables à l'eau polluée, à la malnutrition, et au manque de médicaments et d'équipements médicaux.

Les affirmations américaines selon lesquelles ce serait le gouvernement irakien qui serait responsable des décés par manque de nourriture et de médicaments sont fausses. Les Etats-Unis ont bloqué les ventes de pétrole par l'Irak pendant six ans avant de faire semblant de se soumettre aux impératifs humanitaires en autorisant des ventes de pétrole pour acheter de la nourriture et des médicaments. Depuis 1997, lorsque les ventes ont commencé, ils ont dans les faits saboté et retardé le programme « pétrole contre nourriture », qui ne fournit pas de revenus suffisants pour atteindre le niveau requis pour stopper la détérioration quotidienne de la santé et la croissance du taux de mortalité en Irak. Avant les sanctions, il n'y avait virtuellement pas de malnutrition en Irak et son système de santé, ses hôpitaux et médicaments gratuits étaient un modèle pour la région. Son système gouvernemental de distribution des denrées alimentaires est un modèle d'équité et d'efficacité, manquant seulement de quantité et de variété de nourriture.

L'aviation militaire américaine a attaqué l'Irak à volonté pendant onze ans.

Les Etats-Unis ont effectué des attaques aériennes contre l'Irak à volonté depuis mars 1991, lorsqu'ont pris fin les attaques massives qui se déroulaient à un rythme d'une sortie aérienne toutes les 30 secondes. Sans perdre un seul avion, les attaques américaines ont tué, entre autres : du personnel de nettoyage à l'hôtel Al Rashid de Bagdad lors d'une tentative manquée d'assassiner Saddam Hussein ; un grand nombre de personnes chaque année dans des attaques contre des stations radars dans les zones d'exclusion aérienne imposées par les USA; toutes les personnes à bord d'un hélicoptère de l'ONU abattu par un avion américain ; et des civils de toutes catégories, y compris l'artiste réputée internationalement et directrice du centre national artistique irakien, Leila al Attar.

L'Irak ne constitue pas une menace pour les USA, les pays de la région ou d'autres pays.

Les USA ont faussement affirmé que l'Irak travaillait au développement d'armes de destruction massive pour attaquer les USA, Israël, ses voisins et d'autres pays. Les USA ont affirmé que ses attaques de 1991 ont détruit 80% de la capacité militaire irakienne. Les inspecteurs de l'ONU ont affirmé avoir découvert et démantelé 90% de la capacité irakienne (d'après 1991) de développement d'armes de destruction massive. L'Irak, son peuple et ses ressources sont épuisés. L'Irak possède une génération «rachitique » d'enfants en-dessous de 10 ans et une population de tous âges qui est affaiblie. Elle est la victime du pire crime contre l'humanité des récentes décennies.

Les Etats-Unis sont le plus grand vecteur de violence sur la Terre.

Deux des officiels les plus haut placés des Nations Unies responsables des inspections d'armement de l'ONU en Irak et un citoyen américain honnête participant aux inspections ont démissionné, dénoncé les sanctions et nié qu'il existe une menace que l'Irak développe des armes de destruction massive.

Les USA possèdent plus d'armes nucléaires que toutes les autres nations réunies ainsi que les systèmes les plus sophistiqués et les plus nombreux pour le lancement d'armes nucléaires, y compris la flotte sous-marine des Trident II. Ils possèdent les plus grands stocks d'armes chimiques et biologiques et développent la recherche la plus avancée et la plus extensive sur les armes de destruction massive dans le monde. Les dépenses militaires des USA excèdent celle des neuf plus importants budgets militaires suivants réunis. Le président Bush a proclamé à plusieurs reprises son droit de frapper le premier. Les USA ont attaqué Hiroshima et Nagasaki avec des bombes atomiques et continuent à justifier de tels actes.

Les USA ont dénoncé les traités contrôlant les armes nucléaires et leur prolifération ; ils ont voté contre le protocole permettant la mise en place des conventions réglementant les armes biologiques, rejeté le traité bannissant les mines anti-personnel, la Cour criminelle internationale et en fait tout effort international pour contrôler et limiter la guerre. La guerre américaine contre le terrorisme est une proclamation du droit des Etats-Unis d'attaquer le premier n'importe qui, n'importe où, sur simple soupçon, ou sans excuse, unilatéralement.

Les USA souhaitent renverser le gouvernement irakien et beaucoup d'autres en violation de la loi. A moins de restreindre cette politique, les chances de développer la paix et l'égalité globale des possibilités économiques, sociales, culturelles et politiques entre les nations seront perdues. Quel gouvernement présente la plus grande menace pour la paix, globalement ou pour la Mésopotamie et ses voisins - les Etats-Unis ou l'Irak ?

Une attaque des Etats-Unis contre l'Irak pour renverser son gouvernement serait une violation flagrante de la Charte de l'ONU, de la Charte de Nuremberg et de la loi internationale.

Si, comme promis si souvent, les USA attaquent bel et bien l'Irak pour renverser son gouvernement, il s'agira de la violation la plus évidente, la plus arrogante et méprisante, jamais connue, de la Charte des Nations Unies, de la charte de Nuremberg et de la loi internationale. Parce que les USA ont commis des injustices historiques envers l'Irak, la plupart durant la présidence de Georges Bush père, et cherchent encore la domination sur la région, le président Bush, son vice-président et les autres membres de son administration détestent l'Irak et veulent le détruire.

J'écris cette lettre à chaque représentant à l'ONU des membres du Conseil de sécurité, au président de l'Assemblée générale et au président Bush. C'est l'une d'une série de lettres décrivant les fautes des USA et de l'ONU envers l'Irak et protestant contre elles. La faute qui menace et dont il est question ici est la pire. Si, douze ans après ses assauts aériens dévastateurs et après douze ans de sanctions génocidaires, de risque omniprésent d'attaques aléatoires par l'aviation américaine et de menaces sans fins contre des victimes sans défense, les USA donnent le coup de grâce au peuple irakien dans le silence des Nations Unies et des pays riches, la honte et l'impuissance humaine nous destineront à une violence plus grande que jamais.

Une attaque américaine sur l'Irak causera plus de violence; l'action urgente des Nations Unies pour empêcher une attaque américaine sur l'Irak est requise.

Je vous implore d'alerter immédiatement les Nations Unies, l'Assemblée générale, le Conseil de sécurité et toutes ses agences pour dénoncer les menaces américaines persistantes contre l'Irak, pour exiger un arrêt immédiat des menaces et pour avertir les Etats-Unis qu'une attaque sur l'Irak violerait la Charte des Nations Unies, la loi internationale et l'amitié de tous ceux qui recherchent la paix et respectent la dignité de l'humanité.

Une attaque américaine sur l'Irak violerait la Constitution et les lois des Etats-Unis, nécessitant la mise en accusation du président Bush et de tous les officiels responsables, leur procès devant le Sénat américain et des Cours fédérales.

Une attaque sur l'Irak par les Etats-Unis violerait aussi la Constitution et les lois des Etats-Unis et exposerait, selon la Constitution des Etats-Unis, le président Bush à la mise en accusation par la Chambre des représentants pour les plus grands des crimes, ceux contre la paix et l'humanité, au jugement par le Sénat des Etats-Unis et à un procès devant une Cour fédérale.

Malheureusement, ces dernières années, on a plus souvent assisté à des violations de notre Constitution qu'au respect fidèle des droits de tous les citoyens qu'elle est sensée protéger. Mais ceux qui aiment leur pays et qui, pour cette raison, insistent pour que leur pays agissent avec justice, s'efforceront de faire rendre des comptes à toute autorité américaine qui participerait à une attaque contre l'Irak.

Ramsey Clark





Samedi 31 Décembre 2005

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