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Ramsey Clark : « L’engagement existait de détruire tout ou partie des Irakiens en tant que groupe racial, national ou religieux »


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Pour Ramsey Clark, ancien procureur général dans l’administration de Lyndon Johnson et avocat principal dans le procès de Saddam Hussein, dont il fut évincé par le juge irakien, au moment du verdict, Bush n’est pas un vrai démocrate car « (Les Etats-Unis) c’est une plutocratie dans le sens classique du terme et ils utilisent les médias (qu’ils possèdent d’ailleurs) de manière très efficace pour berner le peuple et susciter un faux sens de l’histoire et de patriotisme, et tout le reste ». Entretien donné à Ian Douglas, professeur associé de Science politique à l’Université de Naplouse, en Palestine, à New York pour le journal égyptien al Ahram, 9-15 novembre 2006.


al Ahram / AFI Flash n°66


Lundi 27 Novembre 2006

 Ramsey Clark : « L’engagement existait de détruire tout ou partie des Irakiens en tant que groupe racial, national ou religieux »
Al Ahram : L’avenir des Etats-Unis se présente donc mal ? Ramsey Clark : Ce qui peut arriver avec l’administration Bush est qu’elle ira plus loin que toutes les administrations précédentes, à cause des moyens dont elle dispose, pour mettre à bas le système que les deux partis ont utilisé pour accomplir le même but. Le président ne s’aperçoit pas que les choses ne fonctionnent pas et ce qui se passe en Irak et se passera s’il poursuit sa politique militaire. Quelle que soit la force de la technologie, ils ne peuvent s’en servir à moins de se détruire eux-mêmes et ils ne peuvent vaincre parce que, même dans un pays comme l’Irak, leur nombre est insuffisant pour prévaloir. * AA : Certains disent que l’empire américain s’est enterré à Bagdad et que cela marque la fin de la globalisation par la guerre R.C : C’est gentil de dire cela mais les chats ont sept vies. Je me souviens d’avoir fait observer à Bush père qu’Alexandre le Grand était mort à Babylone et qu’il devait se soucier de là où il allait. Peut-être, maintenant marque un moment décisif de l’histoire. AA : Dernièrement, The Lancet a chiffré à 650 000 le nombre de morts « par excès » à la suite de la guerre conduite par les Etats-Unis en 2003. S’ajoutant à la catastrophe humanitaire des 13 années de sanctions la précédant, un tel chiffre ne reflète-t-il pas l’intention qui caractérise un génocide ? R.C : Pour moi, les sanctions étaient un génocide. Vraiment. Elles ont tué un million et demi de personnes ou plus. La FAO, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture dénombrait, six ans après les sanctions, que 570 000 enfants de moins de 5 ans étaient morts des conséquences directes de celles-ci. Etant donné que cela était prévisible, on peut suggérer que l’engagement existait de détruire tout ou partie des Irakiens en tant que groupe national, racial ou religieux. Maintenant, nous en sommes à trois ans et demi de la guerre « Choc et terreur » et il serait difficile de nier qu’il n’y a pas un demi million de personnes mortes. Et cela s’accélère. Mais pire que l’idée de génocide est la stratégie de « laissez les s’entretuer »… Kissinger l’avait approuvé au début de la guerre Iran-Iraq. « J’espère qu’ils se tueront les uns les autres » entérinant ainsi notre politique de tueries intercommunautaires. Bien que nous soyons responsables de ces massacres, nous en avons tourné le robinet, il est très triste que les Irakiens tuent des Irakiens. AA : Et maintenant, bien que la guerre ait été une guerre d’agression, les Etats-Unis prétendent que leur présence est justifiée pour empêcher une guerre civile. R.C : …Parce que c’est, et sans aucun doute, une guerre d’agression, elle ne peut avoir aucune justification. Elle viole les premiers articles de la Charte des Nations unies qui interdit toute menace d’une attaque contre des Etats souverains égaux. L’article 51 ne la sauve pas parce qu’il n’y avait aucune menace. Ce serait difficile de trouver un pays qui était moins une menace pour les Etats-Unis que l’Irak au moment où il a été attaqué. C’est ce qui fait de l’« impeachement » de Bush quelque chose de si crucial car si le peuple américain ne peut ou ne veut pas empêcher son gouvernement de conduire des guerres arbitraires et n’a aucun epossibilité de savoir ce qui se passe - à cause des tromperies et de la diversion- alors nous ne sommes que des consommateurs et non des citoyens. …. AA : Les généraux américains disent ouvertement que leur plan de pacification pour Bagdad a échoué. Je suis surpris qu’ils admettent la défaite mais je me méfie aussi de leurs déclarations. R.C : C’est pitoyable. Casey était ici avec l’ambassadeur US, il y a quelques jours, et assurait que d’ici à un an, 18 mois, Bagdad sera en mesure de se défendre seul. C’est de la pure propagande…C’est en vue des élections…Si cela ne marche pas, le public pense « … Est-ce que je peux en rendre Bush responsable ? … en blâmer les Républicains ? Ils essaient… d’apporter la démocratie au Moyen-Orient et la liberté au peuple » quand en réalité, Bush a, plus que tout autre président dans notre histoire, détruit la liberté. AA : Alors que l’on parle d’ « impeachement », il ne semble pas qu’il y ait une volonté de recourir aux instruments du droit international relatifs aux crimes de guerre en Irak, même si certains qui en seraient responsables – par exemple, Paul Wolfowitz - ne sont plus au gouvernement . Cela va-t-il changer ? R.C : Mais c’est la raison pour laquelle les Etats-Unis sont allés si loin pour rejeter le droit international dans son entier, pour torpiller le statut du Tribunal International Pénal (ICC) avant qu’il ne soit ratifié, pour obliger 80 pays à ne pas accepter de remettre des citoyens US à ce tribunal en signant des traités bilatéraux qui sont supérieurs à ce droit. Le problème est que les Etats-Unis demeurent dominants…. A.A : Revenons à Saddam Hussein ? Un verdict sera-t-il obtenu le 5 novembre… R.C : Avec ce tribunal, on ne peut être sûr de rien. Il dit que le verdict sera rendu le 5 novembre et ce qui lui donne sa crédibilité, c’est que c’est deux jours avant les élections au Congrès. A.A: Il est difficile de croire qu’un ordre d’exécution sera donné car, politiquement et militairement, exécuter Saddam dans le contexte actuel en Irak, après la manifestation de plus de 300 chefs tribaux dont des chefs de Kirkouk, pour la rétablissement de Saddam en tant que président, serait un suicide pour les Etats-Unis ? R.C : On peut toujours faire des choses folles….D’un autre côté, ce procès de Dujail n’est qu’une mascarade. C’est un procès enclenché par le parti Dawa . Jafaari avait apparemment directement ou personnellement planifié quelques unes de ces tentatives d’assassinats, dont celle sur la personne de Tarik Aziz entre 1980 et 1982.C’est un procès qui réclamait une procédure judiciaire, que cela vous plaise ou non, car depuis le début jusqu’à la signature de l’arrêt de mort, trois ans se sont écoulés. Si vous cherchez la vengeance ou si vous cherchez à montrer votre arbitraire, pour semer la peur, alors vous devez les pendre immédiatement, empaler leurs têtes afin que le peuple apprenne. ….En fait il s’agissait d’un procès du parti Dawa qui est un parti, formé en Iran pour renverser le gouvernement irakien. Il a pris les armes quand la nation était en danger. Je suis contre la peine de mort dans toutes les circonstances mais si vous acceptez le concept de nation, trahir la nation est la plus dangereuse atteinte à ce concept institutionnel de régulation internationale. Bush, en tant que gouverneur du Texas, a signé 152 arrêts de morts de jeunes de moins de 18ans, de femmes, de malades mentaux, d’étrangers en violation de la Convention de Vienne sur les Relations diplomatiques….Jamais de grâce, jamais de commutation de peine, une simple croyance en la mort : écraser le péché par la mort…… AA : Je crois comprendre, selon une source genevoise, que le Groupe de Travail des Nations unies sur la détention arbitraire a conclu que le procès de Saddam Hussein ne répond en rien aux obligations du droit international….. R.C : (Le rapport n’étant pas encore rendu public, Ramsey Clark n’a pas de commentaires).. Nous avons déjà eu des rapporteurs et commentateurs qui ont déclaré que ce procès n’était pas juste… AA : Etant donné vos vues sur l’invasion de 2003, sur son illégalité, êtes-vous pour la résistance populaire ? Le droit international semble considérer la résistance, y compris la lutte armée, comme la seule entité légale en Irak ? R.C : … Je pense que la résistance est une solution mais peut-être la moins désirable pour atteindre l’objectif qui doit être atteint. … Les conditions présentes en Irak ont à tel point dégénéré que, si la haine la plus féroce est pour l’occupant, il n’empêche que ce que certains appellent des luttes interethniques, arrachent plus de vies irakiennes qu’américaines ou autres. Malgré leur propos, les Etats-Unis ont l’intention d’y rester : ils consolident les bases, élèvent les murs de la zone verte afin de se protéger. Avec 100 morts US par mois et 5000 victimes irakiennes, ils peuvent tenir longtemps. AA : Mais la majorité de ces 5000 morts est victime des escadrons de la mort qui servent les forces du processus politique installé par les US. Elles sont l’instrument pour terroriser la population et l’arrêter dans son soutien à la résistance. R.C : C’est vrai. Mais la chose la plus importante pour le peuple irakien, c’est de s’unir à moins de se détruire…. (Les Etats-Unis) alors comprendraient que la lutte est sérieuse.

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Lundi 27 Novembre 2006

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