Palestine occupée

Rafah Today



Jeudi 24 Avril 2008

Rafah Today

“Je saigne, je ne peux pas l’arrêter, j’ai besoin d’une ambulance”. Non, ce n’est pas un appel vers les urgences médicales, mais un appel en direct depuis une émission de radio à Gaza ville.

On ne sait pas s’il y aura ou non une ambulance. Mais ce qui est sûr, c’est que les services ambulanciers peuvent entendre de tels appels grâce aux émissions de la station radio FM d’Al-Iman, l’une des rares stations radio indépendantes de Gaza. Et si les services d’urgences ne peuvent répondre, quelqu’un d’autre, peut-être, aura entendu l’appel.

Quelqu’un des ambulances prévient qu’aucune ambulance ne peut être dirigée sur la personne. Un bulldozer israélien est en train de bloquer la route et un char d’assaut israélien, en haut d’une colline, tire sur l’ambulance, dit-il. On ne sait si la personne a pu être aidée. Mais au moins, son SOS aura été entendu.

D’autres appels ont été envoyés sur les ondes après les agressions de vendredi sur le camp de réfugiés de Bureij, où il y a eu jusqu’à 16 tués pendant le week-end. Sur les 9 tués de vendredi, 6 étaient des enfants. A nouveau, les équipes d’ambulanciers ont confirmé qu’elles ne pouvaient pas arriver jusqu’aux blessés. Mais les appels ont été lancés sur la radio, de sorte qu’ils ont pu être entendus par tous. Un homme a appelé depuis l’est du camp de réfugiés de Jabaliya, demandant une ambulance pour son épouse qui était sur le point d’accoucher. La radio lui a demandé quelles étaient sa position et celle des chars israéliens. « Je ne peux regarder par la fenêtre, dit-il, sinon ils vont me tirer dessus ».

Une dame appelle une ambulance pour qu’on emmène les restes d’un corps qui gît devant sa porte. IPS précisera plus tard que c’était le corps d’Abdelazek Nofal, 19 ans. Il avait été réduit en morceaux par un obus de char israélien.

Quelqu’un appelle de Bureij, demandant une ambulance ainsi que de la nourriture et de l’eau. « Ma mère a besoin d’être hospitalisée d’urgence » dit-on à la radio. Encore une mission difficile avec les troupes israéliennes qui patrouillent dans le secteur.

Chaque jour, de tels appels sont lancés à la radio. Personne ne peut dire ce qu’il en résulte, dans chaque cas. Mais les émissions en direct sur la radio représentent sans doute une bouée de sauvetage ou, au moins, un espoir. Si les services des urgences ou les organisations de secours ne sont pas à l’écoute, la radio les appelle par la suite.

« Ca me fait pleurer » dit Khaled al-Sharqawi, animateur à la radio. « Parfois, j’entends des coups de feu, des cris de femmes et d’enfants, alors que les ambulances n’arrivent pas à les joindre. »

Les services des urgences écoutent la radio, ne serait-ce que pour pouvoir aller, en sécurité, récupérer les corps. Lors d’une récente mission, dit Ahmed Abu Sall, travailleur médical bénévole, « un char israélien nous a tiré dessus. Deux projectiles ont touché nos roues. »

Cette mission a réussi, comme plusieurs autres. Mais cela peut être long de lancer les appels et d’attendre. Souvent, les batteries des portables sont épuisées alors que les gens continuent d’appeler à l’aide encore et encore.

La compagnie palestinienne des Télécommunications a attribué à la station un numéro d’appel gratuit. Cela facilite les appels, mais la station doit aussi se méfier des plaisantins. Les animateurs font ce qu’ils peuvent pour contrôler les sources et la crédibilité des appels avant de les lancer sur les ondes.

Tous les appels ne représentent pas une situation grave médicalement. « Dans de tels cas, nous appelons les organisations pour les droits humains » indique Sharqawi à IPS. « Mais généralement, ils nous disent qu’ils ne peuvent pas se rendre sur le terrain pour aider les gens ».

La plupart des personnes qui travaillent à la station de radio sont de jeunes bénévoles. Et Al-Iman n’est pas la seule radio ; plusieurs autres radios locales commencent maintenant à recevoir et à diffuser en direct les appels à l’aide.

19 avril

Ayman Eid est là sans bouger, comme son taxi orange Hyundai. Ne sachant pas s’il aura quelque client, Ayman n’a aucune idée de la façon dont il pourra rentrer chez lui.

La file d’attente à la station essence semble interminable. Les conducteurs sont à court d’essence, ils font la queue dans leur voiture ; ils font la queue eux-mêmes, les jerrycans vides à la main. Ils auront de la chance s’ils remplissent un jerrycan avant la fin de la journée.

D’autres se garent près des stations essence et dorment dans leur voiture, dans l’espoir qu’un camion citerne arrivera à un moment ou à un autre. Les routes sont désertes, sans circulation et sans vie.

Pour Gaza, il faut 850 000 litres de carburant par semaine, dit Mahmoud Al Khozendar, vice-président de l’association des propriétaires de stations essence à Gaza. Israël n’en permet que 70 000 litres. Mahmoud dit que Gaza a également besoin de 2,5 millions de litres de gaz de houille par semaine. Et elle n’en reçoit que 800 000 litres par semaine.

Israël a coupé les approvisionnements en carburant et en électricité quand le Hamas a repris le contrôle de la bande de Gaza au Fatah en juin de l’année dernière. C’était après sa victoire aux élections démocratiques de 2006. Les coupures ont été plus rigoureuses quand des roquettes ont été tirées depuis Gaza sur le territoire israélien.

Pour le chauffeur Eid, l’attente dure depuis plus longtemps que le siège israélien. « Nous lançons des appels au monde depuis 40 ans, et depuis 40 ans, notre souffrance quotidienne n’a jamais cessé. Elle est interminable ».

Mais c’est devenu beaucoup plus dur aujourd’hui. « Ces jours-ci, alors que le prix de la moindre chose monte à cause du siège des Israéliens, les coupures de gaz font plus de mal ».

Et elles font mal de mille manières. On ne voit plus d’étudiants dans la rue Al Talatini vers l’université. Ce n’est pas facile actuellement d’arriver au campus de l’université, et si vous y arrivez, c’est encore plus difficile de rentrer chez vous. Des milliers d’étudiants ne peuvent se rendre aux cours depuis des semaines, surtout ceux qui résident loin au sud et au nord. Et chez soi, il n’y a guère de possibilités d’étudier, dans l’obscurité et la puanteur.

Faute de carburant à la centrale, le système des eaux usées ne fonctionne plus. Les eaux polluées ne cessent de s’accumuler dans les rues. L’odeur devient plus insupportable de jour en jour, et les inquiétudes pour la santé et l’environnement augmentent.

« Nous avons rencontré les Israéliens, ils disent que Gaza est une entité ennemie » dit Al Khozendar dont l’organisation a déclaré aux officiels israéliens que leur politique d’embargo sur le carburant était une violation de la [4ème] convention de Genève (dont l’article 4 garantit les droits d’un peuple qui vit sous occupation). Ils lui ont rappelé qu’ils étaient mieux lotis que les Iraquiens sous l’occupation américaine.

Les membres de l’association des propriétaires de stations essence envisagent de faire grève, d’après Al Khozendar. Tout en appelant la communauté internationale à faire pression sur Israël pour qu’il change de politique.

Il y a eu une lueur d’espoir quand un article du quotidien égyptien, Al Ahram, a déclaré que le ministre de l’Energie égyptien avait publié des directives urgentes pour que du gaz égyptien soit fourni à Gaza.

Le ministre indiquait également qu’après avoir rencontré Omar Kittaneh, responsable pour l’Autorité palestinienne de l’Energie et des Ressources, l’Egypte allait aider au développement des champs pétroliers palestiniens découverts au large des côtes de Gaza. Bien peu à Gaza pensent qu’Israël va laisser cela se faire si vite. Il en est question depuis deux ans, sans que cela n’ait beaucoup bougé.

L’ironie de la situation n’échappe à pas grand monde. Et surtout pas à cet homme qui marche vers le taxi d’Ayman Eid, et qui va partager avec lui son inactivité. « Israël prend le pétrole arabe » dit-il, « et il refuse de le vendre aux Arabes ».

18 avril

« Nous avons besoin de médicaments, ouvrez la frontière ! » « Sauvez les enfants palestiniens » « Laissez-nous notre liberté ! »

Près de 500 enfants palestiniens, beaucoup sont dans des fauteuils roulants, s’étaient rassemblées au poste frontalier de Rafah à Gaza, portant des banderoles faites à la main appelant à la justice et à la fin du siège israélien contre Gaza. Exprimant la souffrance des enfants et des adultes de tout Gaza à qui on refuse toujours l’accès en Egypte et aux soins, les enfants s’étaient rassemblés devant la porte de Rafah avec l’Egypte, porte fermée en permanence depuis que le Hamas dirige la bande de Gaza en juin 2007.

Après le changement de pouvoir de juin, Israël a considérablement réduit les mouvements d’approvisionnements vitaux pour la bande de Gaza, empêchant également les exportations, détruisant de ce fait son économie, ce qui a conduit les organisations humanitaires à reconnaître que la situation était plus sombre que jamais pour les 1,5 million d’habitants de la bande de Gaza enfermée.

En tête de manifestation se trouvaient nombre d’enfants paralysés, en besoin grave de soins, à qui on a refusé jusqu’ici la possibilité de quitter Gaza. Parmi les approvisionnements qu’Israël refuse de laisser entrer, il y a les médicaments de base essentiels, les batteries pour matériel auditif, le matériel pour les hôpitaux et le carburant nécessaire aux installations hospitalières et dont le manque a contribué à la crise de santé publique que dénoncent les organismes internationaux.

Quelques jours avant cette manifestation non violente de Gaza, l’organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié un rapport dans lequel elle dénonce vivement Israël pour avoir refusé ou retardé de façon importante les permis de circuler aux résidents gravement malades de la bande de Gaza. Le rapport note que les soins spécialisés sont actuellement inaccessibles à Gaza et que le système d’autorisation israélien empêche certains cas médicaux de se rendre dans des hôpitaux à l’extérieur de Gaza. L’OMS note plus loin que le droit à la santé pour Palestiniens apparaît aléatoire, que les décès par manque de médicaments sont « une tragédie qui aurait pu et qui aurait dû être évitée. »

C’est une tragédie que de voir un enfant de 9 ans, Amir Al Yazji, dit le rapport, mourir après une série de tentatives infructueuses pour obtenir une autorisation. Quand les autorités israéliennes, au dernier moment, ont empêché l’ambulance de l’emmener pour les soins, Amir a succombé d’une encéphalite méningée contre laquelle il luttait, il est mort dans un hôpital de Gaza en novembre.

Depuis l’élection du Hamas en janvier 2006, le nombre de malades à qui on a refusé les autorisations est grimpé de 3% à près de 36% en décembre 2007. L’OMS déclare que 32 malades sont morts à Gaza après que leur demande d’autorisation ait été refusée ou qu’elle ait été retardée, dans la période du 1er octobre au 2 mars. Le ministère palestinien de la Santé situe le nombre de décès pour manque de soins et de médicaments à 124, dont 24 enfants, le dernier étant un nourrisson décédé le vendredi.

C’est le forum des Enfants palestiniens membres du Hamas qui a organisé cette dernière manifestation. Parmi les banderoles et au milieu de ces centaines d’enfants, une carte symbolique et que trop représentative de la bande de Gaza, se distinguait : une Bande enfermée par des barreaux de fer de tous côtés.

Une enfant, Ala Younies, debout près du mur moitié en fer moitié en béton dit : « Je suis triste car je ne peux rien faire pour aider les enfants malades et blessés, ni ceux qui ont besoin de soins particuliers pour qu’il aillent se faire soigner en dehors de la bande de Gaza ». Comme la plupart des enfants, la fillette était angoissée de voir les chairs et le sang, les corps déchirés d’autres enfants par des missiles israéliens.

« Je ne fais plus de rêves » ajoute-t-elle. « Je demande aux enfants de par le monde de nous aider, nous les enfants de Palestine. Ne nous abandonnez pas à la pauvreté, à la faim, à la maladie et à la soif. Nous sommes des enfants comme vous tous, et nous avons aussi le droit de vivre et de jouer librement. »

Ses paroles répercutaient les messages des autres enfants qui manifestaient, venus avec un message pour le monde : fin du siège contre Gaza, ouverture des frontières, et liberté pour les un million et demi de Palestiniens qui vivent dans cette cage appelée bande de Gaza.

A la fin de la manifestation, Ala Younies a remis à l’officier égyptien responsable de la frontière une lettre manuscrite au nom des enfants de Gaza. La fillette a demandé à l’officier, d’une voix angoissée d’enfant sage, de remettre la lettre protestant contre la fermeture des frontières à des hauts fonctionnaires d’Egypte, pour qu’il soit mis fin au siège et qu’il soit garanti une vie meilleure pour les enfants de Gaza.

Tandis que les enfants contribuaient ainsi à l’appel pour les droits de l’homme pour les Gazaouis, bien d’autres manifestations non violentes avaient appelé à la fin du siège.

Des manifestations antérieures comprenant des centaines de chameaux, de moutons, de chèvres et de vaches, ont interpellé le monde pour que s’ouvrent les frontières de Gaza, pour qu’il soit permis d’exporter les fleurs et pouvoir ainsi les vendre et, en leur fournissant les besoins essentiels pour vivre, de garantir les droits des animaux.

Des sources de la sécurité égyptienne ont indiqué que jeudi, l’Egypte ouvrirait momentanément un passage frontalier avec Gaza, permettant ainsi à 200 Palestiniens bloqués en Egypte de rentrer chez eux. Dans le même temps, des Egyptiens coincés dans Gaza depuis la rupture du mur en janvier dernier pourraient retraverser et rentrer en Egypte. Cette brève ouverture de frontière reste un geste fugace et bien insuffisant au regard de l’atteinte aux droits humains reconnue internationalement, conséquence de la fermeture des frontières et qui voit des milliers de Palestiniens emprisonnés dans Gaza sans les soins indispensables.

Rafah Today - Traduction : CCIPPP

Et ainsi tous les jours...(voir en Anglais)


MOHAMMED OMER

http://www.protection-palestine.org/spip.php?article6117 http://www.protection-palestine.org/spip.php?article6117



Jeudi 24 Avril 2008


Commentaires

1.Posté par hélène le 24/04/2008 23:14 | Alerter
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insoutenable!!

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