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FRANCE

Radié par l’ANPE, privé de vote aux Prud’hommes tu seras



Olivier Bonnet
Jeudi 4 Décembre 2008

Radié par l’ANPE, privé de vote aux Prud’hommes tu seras

Une mésaventure personnelle - notre empêchement de voter pour les Prud’hommes - nous offre l’occasion de revenir sur les procédés utilisés par l’ANPE afin de faire baisser artificiellement les chiffres du chômage. Nous vous en parlions dans un billet du 1er mars 2007, dont nous republions ci-dessous la quasi intégralité.

579 558 chômeurs radiés en 2006, et moi, et moi, et moi

Ou comment faire baisser artificiellement les chiffres du chômage... Le cri du coeur est poussé dans une lettre ouverte par une conseillère ANPE anonyme (Catherine C) : "j’ai « mal à mon service public », écrit-elle. Au-delà du scandale de la manipulation des chiffres du chômage, je veux témoigner des maltraitances faites aux chômeurs sous couvert de traitement du chômage. Les plus choquantes pour moi qui ai appris un métier d’aide et de conseil sont les « punitions » que l’ANPE inflige aux demandeurs d’emploi sous le moindre prétexte, sans prise en compte de la réalité de leur situation, sans aucun égard pour leur dignité. Les radiations administratives sont un déni de citoyenneté. Ainsi, 579 558 chômeurs ont été rayés en 2006 de la liste des demandeurs d’emploi suite à des radiations administratives". Plus d’un demi-million de personnes seraient donc des feignants qui refusent de travailler ? N’est-ce pas cela que sont censées sanctionner les radiations administratives ? Tant de profiteurs que ça, qui se complaisent dans l’oisiveté sans daigner faire le moindre effort ? N’y aurait-il pas comme un abus dans cette chasse au chômeur ? "La majeure partie des radiations, de l’aveu même des dirigeants de l’ANPE, est consécutive à une absence à convocation, poursuit notre conseillère. Depuis la mise en place du suivi mensuel (ordonnances Villepin d’août 2005), le nombre de convocations a été multiplié par 6. La radiation administrative est une sanction prévue par le Code du travail, qui dit explicitement qu’elle peut intervenir en cas de « refus sans motif légitime » de se rendre à une convocation. Or, parmi ces 579 558 radiés, combien n’ont pas été mis en situation de justifier la légitimité de leurs motifs ? Combien n’ont jamais reçu de convocation ? Combien sont découragés par ces convocations multiples, souvent inutiles, vécues parANPE_pendu beaucoup comme du harcèlement moral ? Combien ont des soucis de mobilité ou de garde d’enfants qui ne sont pas pris en compte ? Combien ne sont pas informés de leurs droits, combien n’ont ni les moyens ni le courage de les faire valoir ? Présomption d’innocence, bénéfice du doute, ces principes de justice élémentaire n’ont pas cours à l’ANPE !"

Convocations fantômes

Le réquisitoire est sévère, mais il corrobore une expérience personnelle. Votre serviteur a en effet reçu, il doit y avoir trois mois, un courrier le sommant de justifier son absence à une convocation, sous peine de radiation. Ladite convocation n’était jamais parvenue jusqu’à ma boîte aux lettres, et c’est donc la réponse que je fis. Genre : "je serais volontiers venu si seulement j’avais été au courant". Le courrier suivant de l’ANPE m’informa que l’argument était accepté et donc mon maintien sur la liste des demandeurs d’emploi entériné. Trop cool. Le contact suivant avec l’agence s’opéra par le biais d’un message vocal directement sur mon portable (pour m’informer de la tenue d’un forum pour l’emploi). Puis d’un second, pour une semblable occasion. La troisième fois, pas de message sur le portable mais un nouveau courrier... me sommant de justifier mon absence à une convocation, sous peine de radiation. Convocation jamais reçue, à nouveau. Donc l’ANPE sait comment joindre ses "ouailles", directement via leur téléphone, pour les inviter à se présenter à des forums pour l’emploi, mais ses convocations à des entretiens s’égarent toutes mystérieusement ? La colère est mauvaise conseillère. J’aurais dû à nouveau me fendre d’un courrier pour protester n’avoir pas reçu de convocation. Problème : j’étais désormais persuadé que cette convocation n’avait jamais existé et qu’il s’agissait en réalité de pur harcèlement, histoire de m’avoir à l’usure. "Et bien qu’ils aillent se faire..." Réaction stupide. Ils ont gagné. Je suis radié. Mais de toutes façons, je n’étais pas indemnisé. Le collectif "Les autres chiffres du chômage" nous apprend du reste que je ne suis pas le seul : moins d’un chômeur sur deux est aujourd’hui indemnisé (47,5%), un nombre "en chûte libre depuis 2003" (54% en novembre de cette année-là). Voilà le résultat des conventions UNEDIC signées en décembre 2002 et en décembre 2005 par le MEDEF et les syndicats (sauf la CGT et FO). Et encore, ceux qui ont "la chance" d’être indemnisés touchent en moyenne à peine 80% du SMIC, et 30 à 40% moins d’un demi-SMIC. Des profiteurs, les chômeurs ? En attendant, ô miracle, il est prévu cette année que le régime d’assurance chômage présente un excédent de 2,5 milliards d’euros. C’est le MEDEF qui est bien content.
Toujours est-il que, même non indemnisé, j’aurais dû me battre pour que mon nom soit maintenu sur cette fichue liste des demandeurs d’emploi, par principe, pour ne pas me laisser avoir. La vérité est qu’ils m’ont eu. Voilà comment baisse le chômage. Un peu grâce à moi... Et à combien de découragés, de laissés pour compte, abandonnés à leur sort, et qui plus est stigmatisés par un courant de pensée qui tend à devenir dominant, dont le porte-parole est cet ignoble torchon hebdomadaire nommé Le Point. La conseillère auteure de la lettre ouverte dénonce "les pressions exercées sur les agents de l’ANPE pour atteindre des objectifs de production de « bons » chiffres", qui aboutissent à cette explosion des radiations, et s’indigne : "Il m’est insupportable que l’ANPE, dont la principale mission est d’aider les personnes privées d’emploi, génère aveuglément encore plus de précarité, encore plus d’humiliation, encore plus d’exclusion." Et elle propose "que soit mise à l’étude la décision d’un moratoire sur les radiations administratives".

 

Retour en décembre 2008

Nous nous sommes présenté en vain ce matin au bureau de vote des élections prud’homales. Pour avoir le droit d’exprimer son suffrage, il fallait disposer d’un emploi l’année dernière à la même époque, ou bien être inscrit sur les listes de chômeurs - joyeusement expurgées comme nous venons de le voir. C’est ainsi que nous avons été contraint de nous abstenir de participer à un scrutin pourtant capital. Comme le furent les légions d’expulsés de l’ANPE. Quant au moratoire sur les radiations administratives qu’appelait notre conseillère de ses vœux, il ne vous aura pas échappé que la droite dure qui a pris le pouvoir, prétendant lutter contre l’assistanat, n’a bien évidemment pas retenu cette mesure, préférant durcir la répression anti-chômeurs en les obligeant à accepter des emplois au rabais (lire Haro sur les chômeurs). Et que l’odieux tripatouillage des chiffres du chômage continue de plus belle. La différence aujourd’hui, c’est qu’il ne parvient même plus à masquer la situation réelle : le Pouvoir est obligé de reconnaître que le chômage explose, annonçant le chiffre de 2 004 500 victimes en octobre 2008. Mais cela ne concerne que la catégorie 1, que les rusées pratiques ANPEistes n’ont de cesse de réduire, pour expédier les chômeurs dans des cases qui ne sont pas comptabilisées. Ce qui nous donne en supplément :

Demandeurs d’emploi de catégorie 2 : 322 800

Demandeurs d’emploi de catégorie 3 : 228 400

Demandeurs d’emploi de catégorie 4 : 175 200

Demandeurs d’emploi de catégorie 5 : 225 700

Demandeurs d’emploi de catégorie 6 : 448 800

Demandeurs d’emploi de catégorie 7 : 65 400

Demandeurs d’emploi de catégorie 8 : 91 100

Demandeurs d’emplois de plus de 55 ans, (pour l’instant encore) dispensés de recherche d’emploi : 360 500

Total : 3 922 400.

"Et, si on voulait être complet, il faudrait ajouter la moitié des bénéficiaires du RMI, observe avec pertinence Augustin Vinals. Martin Hirsch admettait récemment : "un peu plus de la moitié des RMIstes sont au chômage mais ne sont pas comptabilisés comme chômeurs". En intégrant une moitié des 1 100 000 RMIstes, on arrive à un nombre total de chômeurs qui dépasse 4 472 400 ! Et nous ne parlons pas des millions d’emplois précaires (12 heures par semaines...)." A quand les cinq millions de chômeurs en France ? A quand la grande explosion sociale salvatrice, pour chasser enfin du pouvoir la clique sarkoziste, qui commet davantage de dégâts chaque jour ?


http://www.plumedepresse.info/






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