PRESSE ET MEDIAS

RSF insinue que Chávez est trop légaliste ?


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Reporters sans Frontières (RSF), avec une consistance digne d’éloge, poursuit son offensive propagandistique contre la Révolution bolivarienne du Venezuela. Sous le prétexte du non renouvellement de la concession jadis cédée par l’Etat à la chaîne privée Radio Caracas Televisión (RCTV), RSF porte de bruyantes attaques contre Chávez. Apparemment, selon la logique à l’ouvre chez RSF, si un Etat donne une concession à une chaîne pour occuper l’espace hertzien, cet Etat perd définitivement tout droit à pouvoir un jour récupérer cet espace. Rassurez-vous : cette conception élargie de la liberté de la presse n’est par RSF brandie que dans le cas du Venezuela. Evidemment, sinon cela poserait de sérieux problèmes. Avec une telle logique, toutes les télévisions russes seraient encore communistes ; tous les medias espagnols seraient encore franquistes.

par POGGI NUMANCIA


POGGI NUMANCIA
Mercredi 31 Janvier 2007

Cette philosophie de la liberté de la presse à géométrie « variable », tout à fait arbitraire, est vraiment déroutante pour les gens sincèrement inquiets du respect des droits des journalistes et des citoyens de façon générale. Cependant cette philosophie -à géométrie « variable » si on s’en tient aux prétextes avancés- comporte de solides linéaments universels : RSF intervient toujours en défense des intérêts impérialistes. Voilà pourquoi, si on s’en tient aux archives de RSF, jamais un journaliste révolutionnaire sankariste n’a été chassé des medias burkinabé, jamais un journaliste sandiniste n’a été chassé des medias nicaraguayens, jamais un journaliste indépendantiste n’a été chassé des medias portoricains. RSF ne dénonce jamais les attaques contre la liberté de la presse commises par les amis de l’impérialisme, sauf bien entendu dans les cas les plus flagrants, déjà connus, qui pourraient confondre l’ONG dans son parti pris.

Aujourd’hui l’ONG RSF, pour lui faire part de son inquiétude, adresse un énième courrier à Chávez.(1) Ce courrier n’est pas totalement inintéressant, et pas non plus totalement morne -disons-le- : il est même comique. RSF avoue connaître le rôle de la chaîne RCTV lors des « événements » d’avril 2002 : « Nous n’ignorons pas l’attitude de RCTV et d’autres médias privés lors du coup d’Etat d’avril 2002. Cependant (.) » On peut donc enfin demander, nous qui croyions naïvement que RSF avait été victime de la censure, pourquoi RSF n’a jamais condamné le comportement de RCTV. RCTV et les autres télévisions issues de la IVème République ont en effet été les fers de lance du coup d’Etat fasciste. Marcel Granier, PDG de RCTV qui aujourd’hui prétend représenter la résistance au « totalitarisme » chaviste, se trouvait parmi les putschistes dans le palais présidentiel de Miraflores le vendredi 12 avril 2002. Plus généralement sur le rôle des medias de la IVème République lors du coup d’Etat fasciste d’avril 2002, notre religion est faite.

Le vendredi 12 et le samedi 13 avril, alors qu’ils pensaient le peuple bolivarien définitivement vaincu, ils se répandaient en fanfaronnades télévisées, prétendant s’attribuer le plus de mérites possibles dans la réalisation du coup d’Etat - fanfaronnades qui sont aujourd’hui autant d’aveux. On pouvait voir sur les écrans les militaires putschistes célébrer, remercier et féliciter les medias de la IVème République -dont RCTV- pour leur rôle décisif. Leur rôle a été décisif en effet, dans la guerre psychologique, dans la manipulation de l’information, dans la fanatisation de la bourgeoisie... Jamais RSF n’a émis la moindre réserve sur ce drôle de mariage entre « les journalistes » de télévision et les militaires fascistes, ne serait-ce que pour mettre en garde quant au discrédit encouru. Les putschistes -soutenus par RCTV- avaient fermé la chaîne Venezolana de Televisión (VTV, dite Canal Gocho), la seule chaîne qui n’était pas impliquée dans le coup. Jamais RSF n’a émis la moindre condamnation, ou la moindre réserve -y compris a posteriori. RSF confesse donc aujourd’hui ne rien ignorer du rôle de RCTV dans tous ces « événements », mais on attendra probablement encore longtemps la moindre réprobation.

« (.) coup d’Etat d’avril 2002. Cependant, la mesure révocatoire contre le groupe audiovisuel intervient près de cinq ans après ces événements [sic]. » Brandissant une sorte de délai de prescription arbitraire, inventé à brûle-pourpoint, RSF semble dire à Chávez « c’est vrai que RCTV a eu rôle fascisant, en incitant à la confrontation violente, en fermant des medias, en participant au renversement d’un gouvernement démocratique et autres ’’événements’’, mais cela remonte à près de cinq ans ». Donc RSF doit maintenant prétendre ignorer le rôle postérieur de RCTV.

Après avril 2002 RCTV ne s’est pas comportée comme une chaîne civique et démocratique, mais a soutenu sans faille toutes les nouvelles embardées putschistes. En octobre 2002 par exemple RCTV a soutenu le soulèvement militaire de la Plaza Francia (2). En décembre 2002 et janvier 2003 les medias de la IVème République ont joué un rôle stratégique dans l’offensive contre les institutions, contre l’économie et contre la société. Et le reste à l’avenant, jusqu’à nos jours, même s’il est certes vrai que l’exaltation fanatique des arrogants nostalgiques de la IVème s’est retournée contre eux. Pour mobiliser la petite bourgeoisie les medias lui faisaient croire que Chávez était sur le point de tomber. Pour aider à la désertion dans l’industrie pétrolière, les medias faisaient croire que jamais les chavistes -ignares presque par définition- ne pourraient faire repartir l’entreprise PDVSA. Tant de défaites et tant d’irrationalité ont, malgré tout, fait lever quelques sourcils dans les rangs des bases aujourd’hui clairsemées de l’opposition.

RSF fait de plus semblant d’ignorer que la concession donnée par l’Etat à RCTV expire en mai 2007 et qu’elle n’expirait pas en mai 2002. Ou bien RSF eut voulu que Chávez fermât RCTV en mai 2002 hors de toute légalité ? RSF semblerait, comme certains courants révolutionnaires, reprocher à Chávez d’être trop légaliste. Que n’eussions-nous pas entendu si Chávez s’était avisé de prendre une décision si arbitraire. fermer un media putschiste... Selon cette logique
celle de RSF, non celle de Révolution bolivarienne- Chávez devrait dès maintenant fermer Globovisión. Peut-être que dans cinq ans, temps d’incubation nécessaire apparemment, RSF avouera ne rien ignorer du fait que la concession légale de RCTV expirait en mai 2007.

Les medias communistes ont perdu pied en Russie, les medias franquistes ont presque disparu en Espagne, les medias de la IVème République -pro-impérialiste et répressive- ne peuvent pas durer éternellement. Loi d’airain de la sociologie médiatique plus qu’attentat contre la liberté de la presse.

Numancia Martínez Poggi

1. http://www.rsf.org/article.php3 ?id_article=20643 Lettre titrée : « Au nom du pluralisme des médias, Reporters sans frontières en appelle au président Hugo Chávez », 25 janvier 2007.

2. La Plaza Francia, immense place de Caracas, en plein cour du quartier huppé d’Altamira dans la municipalité de Chacao, a été inaugurée par François Mitterrand en 1989 quelques mois après le biblique massacre commis par Carlos Andrés Pérez. Les deux compères de l’Internationale Socialiste prétendaient ainsi célébrer le bicentenaire de la Révolution française, mais ce sont ceux qui descendirent des collines quelques mois avant pour revendiquer le droit à une vie digne qui étaient les vrais continuateurs, les vrais frères, des porteurs des Cahiers de Doléances de 1789.

La lettre de RSF

Venezuela

25.01.2007

Au nom du pluralisme des médias, Reporters sans frontières en appelle au président Hugo Chávez

A l’attention de M. Hugo Chávez Frías Président de la République bolivarienne du Venezuela

Copie à M. José Miguel Insulza Secrétaire général de l’Organisation des Etats américains Monsieur le Président,

Reporters sans frontières s’inquiète de récentes mesures gouvernementales et judiciaires dirigées contre certains médias privés. Notre organisation craint que ces précédents ne soient préjudiciables à la liberté de la presse et la liberté d’expression dans votre pays.

Le cas le plus emblématique de l’actuel regain de tension entre votre administration et la presse privée est évidemment celui de Radio Caracas Televisión (RCTV). Vous avez vous-même annoncé, le 28 décembre 2006, que la concession de fréquence accordée au plus ancien média privé audiovisuel vénézuélien ne serait pas renouvelée à compter du 27 mai 2007. Malgré les tentatives de médiation de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), que nous soutenons, le ministre de la Communication et de l’Information, William Lara, a annoncé, dès le 2 janvier, que le non-renouvellement de licence du groupe RCTV était "irréversible". Le ministre s’est toujours défendu de vouloir fermer un média, mais on voit mal comment celui-ci pourrait survivre sans sa licence.

Nous n’ignorons pas l’attitude de RCTV et d’autres médias privés lors du coup d’Etat d’avril 2002. Cependant, la mesure révocatoire contre le groupe audiovisuel intervient près de cinq ans après ces événements. Par ailleurs, vous aviez vous-même suggéré durant la campagne précédant votre réélection, que les renouvellements de fréquences de certains médias privés, dont RCTV, pourraient être soumis à référendum. Pourquoi, alors, avoir pris unilatéralement la décision de révoquer la licence du média audiovisuel le plus regardé du pays ? Sa ligne éditoriale, clairement d’opposition, vous gênerait-elle autant si son audience était moindre ? Bien plus qu’un problème juridique ou une querelle sur la date d’expiration des licences, la question du pluralisme éditorial et du contre-pouvoir des médias se pose dans ce cas précis.

L’exercice de l’autorité dans une démocratie s’expose par nature à la critique des médias et, à travers eux, de la société civile dans son ensemble. C’est pourquoi nous sommes inquiets concernant le projet, actuellement à l’étude au sein de votre gouvernement, de confier au seul ministère de la Communication et de l’Information (MINCI) l’attribution de la publicité officielle. Comme vous le savez, cette manne représente un gage de survie important pour un certain nombre de médias. Hélas, elle sert bien souvent, dans de nombreux pays, à récompenser ou à punir une presse plus ou moins docile à l’égard du pouvoir. Rationaliser la communication officielle en renforçant les prérogatives du MINCI est en soi un objectif légitime. Il ne faudrait pas que cela porte atteinte aux médias et à leur indépendance.

Nous espérons donc, dans un esprit de dialogue mobilisant toute la société vénézuélienne, que ces dispositions seront débattues, amendées et révisées dans le sens le plus favorable au pluralisme de l’information et à la liberté de la presse.

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à cette lettre, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.

Robert Ménard Secrétaire général

Cadeau Article paru dans La Tribune :

Monde The Associated Press -

26/01/07 à 04:04:42

Monde

Venezuela : RSF proteste contre le non-renouvellement de la licence d’une chaîne d’opposition

"Reporters sans Frontières" a adressé jeudi un courrier au président vénézuélien Hugo Chavez pour critiquer sa décision de ne pas renouveler la licence d’une chaîne de télévision favorable à l’opposition sans soumettre la question à un référendum comme il l’avait envisagé.

Selon l’association de défense de la liberté de la presse, la décision de Hugo Chavez annoncée en décembre de ne pas renouveler la licence de Radio Caracas Television (RCTV) à sa date d’expiration le 28 mai va à l’encontre du "pluralisme éditorial".

Avant sa réélection en décembre, Hugo Chavez avait indiqué qu’il pourrait soumettre cette question au vote de la population par référendum.

"Durant la campagne précédant votre réélection, vous avez suggéré que le renouvellement des fréquences de certaines chaînes, parmi lesquelles RCTV, pourrait être soumis à un référendum. Pourquoi avoir unilatéralement pris la décision de révoquer la licence de la chaîne la plus regardée du pays ?", écrit RSF dans sa lettre.

Marcel Granier, un des dirigeants de RCTV, a annoncé lors d’une conférence de presse jeudi que la chaîne avait l’intention de contester la décision du gouvernement devant les tribunaux vénézuéliens et internationaux.

Lors d’un discours devant ses partisans, Hugo Chavez a affirmé que sa décision était irrévocable. "L’Etat a tous les droits, l’autorité, pour prendre cette décision", a-t-il déclaré. "Ils sautent partout, ils crient au scandale, affirment qu’ils vont aller devant les tribunaux internationaux. Qu’ils aillent où ils veulent, la licence prendra fin en mai".

L’Organisation des Etats américains (OEA), l’Eglise catholique et le Comité de protection des journalistes (organisation américaine) ont déjà exigé de Hugo Chavez qu’il revienne sur sa décision. AP

Source CSP


Mercredi 31 Janvier 2007

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