Diplomatie et relation internationale

RELATIONS INTERNATIONALES : De quoi sera fait demain ?


Dans la même rubrique:
< >

Lundi 28 Novembre 2016 - 00:17 Analyse: L’impuissance de la Ligue Arabe


L’Occident est détenteur des leviers de commande dans les institutions internationales: Conseil de sécurité, FMI, Banque mondiale, OMC. (NPM: le Conseil de sécurité de l’ONU)

Seuls les principes du vivre-ensemble et de la coexistence sont porteurs d’avenir.


Mustapha CHERIF
Lundi 31 Août 2009

RELATIONS INTERNATIONALES : De quoi sera fait demain ?

L’instabilité et la crise touchent le monde entier. Aujourd’hui, l’humanité se débat dans des problèmes complexes. Il y a de plus en plus de gens malheureux, des inégalités, des violences, les impasses semblent le lot de notre temps. Les peuples du «Sud» ne doivent pas seulement dénoncer les injustices et la «désignification», il faut qu’ils pratiquent l’autocritique, se réforment et assument leurs responsabilités. Cela est de la plus grande importance pour être crédible et dépasser les discours si peu engagés dans le réel. L’ignorance, la peur et la loi du plus fort dominent. Même sur des sujets d’intérêt commun, comme le réchauffement climatique, des divergences subsistent. Certains se demandent qui menace l’autre de l’Occident et du monde musulman? Pourtant seuls les principes du vivre-ensemble et de la coexistence sont porteurs d’avenir. De plus, le rapport de force, incomparable, est en faveur de l’Occident, de 1% sur le plan des richesses et de la puissance technique et militaire, même si la population islamique est le double environ de l’Europe et des USA réunis. Fonctionnement dynamique de l’OTAN, de l’UE et des USA, face à la paralysie des régimes islamiques, par-delà leur hétérogénéité, ajoutée à la faiblesse de la Ligue des Etats arabes et l’inefficacité de l’Organisation de la conférence islamique.



L’Occident, maître du monde

Les relations internationales actuellement reflètent les rapports de force et l’absence de changements profonds depuis cinq siècles et, plus encore dans le temps contemporain, depuis1989. La solution est dans la coopération, car les deux mondes sont liés et proches, et le développement dépend surtout de la maîtrise du savoir et des connaissances, dans un contexte de responsabilisation des citoyens. Les déséquilibres restent largement en faveur de l’Occident, qui, sur les plans décisifs, est maître du monde : maîtrise de la quasi-totalité des brevets de recherche et des avancées technologiques, possesseur de la plupart des 500 multinationales qui influent sur l’économie mondiale, et détenteur des leviers de commande dans les institutions internationales : Conseil de sécurité, FMI, Banque mondiale, OMC. Sur le plan politique, les systèmes de chaque pays occidental et les institutions qui les relient entre eux, sont stables et se perfectionnent en permanence. De plus, l’Occident reste la source des principales règles et principaux concepts qui sont produits en matière de gestion des relations interindividuelles et internationales, sur le plan juridique et économique. Alors qu’aucune université et centre de recherches arabo-musulmans ne figurent parmi les 100 premiers établissements scientifiques du monde, 90% d’entre eux sont occidentaux. Un seul pays islamique, de surcroît sous contrôle américain, détient l’arme nucléaire. Le PNB par habitant, à l’exception des six pays pétroliers du Golfe, est dix fois environ plus faible que celui de l’Occident. En somme, le monde musulman, malgré à la fois son histoire, le fait qu’il détient 60% des réserves d’énergies dans le monde et occupe une place géostratégique centrale, est dépendant de l’Occident sur plusieurs plans. En termes de perspectives d’avenir, des politiques et des experts occidentaux s’interrogent pourtant sur l’avenir du monde occidental. Ce n’est sans doute pas toujours la logique de la conquête, de l’hégémonie et de la confrontation qui sous-tend les interrogations occidentales. La montée en puissance de la Chine et des pays émergents, comme l’Inde et le Brésil, et le retour de la Russie restent limités, malgré une concurrence. Ainsi, aux yeux de citoyens, parmi les objectifs, prétextant les tragiques dérives de groupes manipulés et produits par les contradictions de ce même Occident hégémonique, certaines puissances viseraient les richesses de l’Orient, refusent le droit à la différence et cherchent, dit-on, à «recoloniser» le monde musulman sous de nouvelles formes. Selon certains d’entre eux, en Occident comme en Orient, la théorie du choc des civilisations va se vérifier en ce XXIe siècle. Paradoxalement, alors qu’ils sont hyperpuissants, des Occidentaux considèrent que l’Occident serait menacé, économiquement, démographiquement et stratégiquement. La mondialisation de l’insécurité, en particulier, au lieu d’être analysée est perçue le plus souvent au niveau de ses effets et non des causes.



L’exemple d’Israël

Sur le plan interne à l’Europe, toutes les enquêtes le démontrent et les faits le prouvent : l’immense majorité des citoyens européens de confession musulmane respectent les lois et les règles de la vie en société, même si, citoyens à la culture plurielle, ils refusent la destruction de leur modèle anthropologique et de leurs références culturelles au nom de ce qu’ils sont. Alors qu’il est question de problèmes de justice, l’accent est aujourd’hui mis sur des questions vestimentaires, et des points culturels. Certes dénoncer objectivement l’extrémisme politico-religieux est légitime, ce n’est pas négligeable, tant la méconnaissance, les amalgames et la stigmatisation ont fait des ravages comme diversion. Le temps de l’unilatéralisme triomphant et arrogant n’est pas encore clos pour les puissants, malgré des signes de modération suite à l’arrivée du nouveau président américain. Nous sommes loin d’une réelle remise en cause du système faustien. Les résistances sont faibles et éparpillées. La stratégie de certains puissants est de cristalliser des lignes de clivage interdisant l’expression de la différence fondamentale, celle entre l’ordre mondial inique dominant et les peuples qui se veulent libres. Il n’y a qu’à voir comment Israël, la tête de pont de ce système, colonise, discrimine, réprime et provoque, sans que le monde réagisse. Cette politique coloniale est révélatrice des contradictions de la crise de la modernité selon la logique mercantile. Tout le monde sait que nous sommes dans une phase de l’histoire de l’Europe en train de se mondialiser. Quels sont les changements qui méritent une coopération accrue? Le premier facteur à avoir changé en l’espace, depuis mille ans, comme le remarquait déjà Ibn Khaldoun, est celui de la population. Depuis que l’espèce humaine s’est sédentarisée, la population a été multipliée par un facteur 1000. L’essentiel de cet accroissement a eu lieu depuis le début de la révolution industrielle. Dans 30 ans, il y aura sept milliards d’habitants sur terre. Le système de consommation pratiqué par le monde économiquement développé, en l’occurrence l’Occident, pose problème pour lui-même et les autres. Tous les experts le reconnaissent depuis la deuxième moitié du XXe siècle, la consommation d’énergie primaire par habitant a été multipliée par trois. La croissance économique du monde développé détruit la nature et réduit les possibilités d’un épanouissement équilibré. Question : allons-nous pouvoir continuer ainsi? Notamment pour les pays du Sud qui dépendent à 97% des ressources énergétiques. Selon des experts, à la vitesse croissante que le monde consomme les énergies fossiles, avec plus 2% d’augmentation par an, seront épuisées toutes les réserves trouvées, charbon compris, dans 50 ans. Nous avons, au plus tard, vingt ans pour nous préparer à une autre vie, un autre système, c’est cela apparemment que l’Occident refuse de discuter, y compris au coeur de la crise financière mondiale. L’Occident, moteur de l’histoire mondiale actuelle, se renforcera s’il favorise le débat, le multilatéralisme et la consolidation du droit pour toutes les actions internationales et au sein des sociétés. Sa responsabilité est grande, sans en aucun cas lui faire endosser tous les reculs et toutes les impasses. La pluralité de la résistance est le chemin valide, autour d’alliances objectives. «Tu ne me ressembles pas, mais nous allons nous défendre ensemble.» La résistance à la mondialisation des injustices, réside justement dans ce constat : nous sommes divers, et cependant, nous allons coopérer pour que le dialogue et le droit priment. L’Algérie, de par sa position géostratégique et sa riche expérience, est un trait d’union entre l’Orient et l’Occident, le Nord et le Sud. C’est le travail commun, l’alliance autour de principes universels, qui est salutaire.



Mustapha CHERIF, Professeur en relations internationales www.mustapha-cherif.net



Lundi 31 Août 2009


Nouveau commentaire :

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

Publicité

Brèves



Commentaires