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RADIOGRAPHIE DE LA FRACTURE SOCIALE EN COTE D'IVOIRE


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Samedi 22 Décembre 2007

RADIOGRAPHIE DE LA FRACTURE SOCIALE EN COTE D'IVOIRE
« On ne libère pas un peuple, un peuple se libère lui-même. Tant qu'il s'érige des images de sa liberté, il se crée de nouvelles chaînes » disait Louis Gauthier, dans son Extrait de Souvenir de San Chiquita.

La Côte d’Ivoire, est le pays le plus prospère de la zone franc d'Afrique de l’Ouest, avec à elle seule plus de 36 % de la masse monétaire. Ce pays a bénéficié d'une période de stabilité sociopolitique et de développement économique remarquable basée sur plusieurs ressources. Cette avance relative a connu un coup de frein depuis le coup d’état manqué du 19 septembre 2002. Cette sale guerre imposée à la Côte d’Ivoire a endeuillé nombre de familles. Aujourd’hui, à la faveur des accords de Ouagadougou, le chemin de la paix semble être trouvé. Nonobstant, cet élan de réconciliation cache indéniablement une fracture sociale qui si l’on n’y prend garde, risque de faire connaître à ce pays des instabilités sociales incessantes.

Les promesses de la Refondation

Si la refondation est l’action de donner un nouveau souffle, alors appliquée à la société, elle prend l’allure d’une restructuration complète de la société dans son entièreté. C’est dans cette optique que les refondateurs sont arrivés au pouvoir à la faveur des élections en 2000. Floué par le général GUEI Robert et ses militaires, les ivoiriens ont cru aux refondateurs, avec à leur tête le « charismatique Gbagbo ». Les ivoiriens espéraient un partage plus ou moins égalitaire des ressources, une égalité des chances, une justice sociale, une lutte contre la pauvreté et la corruption. Les ivoiriens se rappellent des grandes promesses électoralistes du FPI, lesquelles restent encore vivaces dans l'esprit des populations. La santé gratuite, l’école gratuite, le café/cacao à 3000 FCFA/Kg, et enfin une bonne gestion des ressources financières de l’Etat, autant d’annonces faites par les refondateurs. Grosso modo, ils prêchaient l’aube nouvelle qui ne manquerait pas de se lever sur la Côte d’Ivoire s’ils accédaient au pouvoir. Les ivoiriens fatigués, certainement abusés des quarante ans de pouvoir du PDCI et des abus du général GUEI ont fait confiance aux refondateurs avec leurs fabuleuses promesses.

La vérité des faits

Parfois, on peut ressembler à son ennemi, c’est le moins ce qu’on peut tirer de la réalité des faits. Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent, disait jacques Chirac. Et si le président ivoirien était en phase avec celui qui lui en voulait. En tout état de cause, les promesses n’ont pas étés honorées par les refondateurs. Les ivoiriens se sont livrés à des rêveries inutiles. Concernant la santé gratuite, force est de constater que la corruption gangrène nos structures hospitalières à tel point que les pauvres ne peuvent se soigner dignement. En ce qui concerne la gratuité de l’école, que vaut d’ailleurs l’école si elle ne joue pas son rôle d’ascenseur social. Tout jeune, on nous apprenait que l’école de la république permettait aux enfants de pauvres d’avoir une même destinée que les enfants nantis, en accordant à tous, les mêmes chances de réussite. Aujourd’hui les diplômes ne suffisent plus pour accéder à un poste. La corruption s’est institutionnalisée de sorte qu’aucun concours n’est accessible sans une contrepartie financière versée. Ainsi, la prestigieuse Ecole Nationale d’Administration(ENA), l’Ecole Nationale de Police (ENP), l’Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l’Ecole Normale Supérieure (ENS) sont devenues le lieu où se fait la promotion des nuls. Que deviendront les enfants de pauvres, qui n’ont pas la possibilité de payer pour ces concours ? Avec des concours achetés et la promotion des nuls, il est temps de s’inquiéter de la qualité de l’administration que nous aurons demain. Cette question n’intéresse pas les refondateurs au regard de leur volonté de persévérer dans leur logique. Il en est de même de la promesse de payer le café et le cacao à 3000 FCFA/Kg. Pour ce faire, en remplacement de la défunte CAISTAB , de nouvelles structures ont été crées pour dit-on aider les paysans : Le Fonds de Régulation et de Contrôle de Café-Cacao (FRC), la Bourse de Café-Cacao (BCC), le Fonds de Développement des activités des Producteurs de Café Cacao (FDPCC) et l’Autorité de Régulation du Café–Cacao (ARCC). Les paysans dénoncent aujourd’hui la mévente de leurs produits. Mieux la filière Café-Cacao est accusée de pillage systématique dans une rocambolesque affaire de 100 milliards de franc CFA. Il s’agit d’un détournement de 100 milliards de l’usine de Fulton aux Etats-Unis, par des responsables de la filière café-cacao. En juin dernier, Global Witness a publié un rapport “Chocolat chaud”, qui dénonçait notamment la tendance du secteur du cacao ivoirien à la mauvaise gestion des revenus, à l’opacité des comptes et à la corruption. Mais depuis que le scandale du détournement et de blanchiment de 100 milliards de F Cfa a éclaté, les langues commencent à se délier, au point que le professeur Mamadou Koulibaly est monté au créneau pour dénoncer la volte-face de ses amis. Dans une contribution « salée » au quotidien pro-gouvernemental, Fraternité Matin, du samedi 4 août dernier, celui qui peut être désigné comme l’archétype de la vraie refondation a tancé ces nouveaux riches tapis au cœur du pouvoir, les accusant de se partager les fonds, en même temps que le pouvoir. Il écrivait : « La logique du partage du pouvoir a conduit à une logique du partage des fonds », dixit Mamadou Koulibaly dans « les blues de la Refondation ». Cette contribution aux relents d’adieu lui vaut aujourd’hui son exil. Quant à la gestion des ressources de l’Etat, le droitisme et la course fiévreuse à l’enrichissement illicite se sont érigés en règle d’or. Ces coupe-jarrets aux habits de politiciens, sans crainte ni contrition pillent les deniers publics. Les châteaux à millions d’euros, des voitures de luxe, des maitresses à volonté, c’est le plateau que nous offrent les ex-socialistes. Cette attitude des gouvernants est contraire aux lois du partage et aux antipodes de l’honnêteté et de l’intégrité. C’est justement cet amateurisme dans la gestion de l’Etat qui a débouché sur l’épineuse et émouvante affaire des déchets toxiques en Aout 2006. En effet, la société Trafigura, spécialisée dans le négoce de produits pétroliers déversait des déchets toxiques à Abidjan et ses environs faisant officiellement 15 morts et 69 personnes hospitalisées sans oublier l’effet d’hystérèse possible sur l’environnement. Cette situation a ému les ivoiriens et le monde entier vu l’animosité des responsables de ce génocide environnemental. La corruption est un fléau qui mine l’économie ivoirienne, en ce qu’elle conduit, notamment, à la prévarication et au détournement des deniers publics. Elle est nuisible à la croissance économique car elle alourdit le coût de l’investissement et baisse la compétitivité de l’entreprise. L’alibi de la guerre ne résiste plus car au lieu d’assécher les ressources de l’Etat, la guerre a étrangement fait de nouveaux riches. Mieux, les refondateurs, afin de bénéficier de l’onction populaire se sont présentés comme les pourfendeurs de la françafrique. Dans cette longue lutte qui a endeuillé nombre de familles ivoiriennes, le Président ivoirien a donné aux multinationales colonisatrices ce qu’il a refusé hier. En effet, depuis le 12 octobre 2005, le groupe BOUYGUES à travers sa filiale CIE, est encore et ce, pendant 15 ans le distributeur exclusif de l’électricité en Côte d’Ivoire. De sa production jusqu’à son exportation en passant par la distribution et l’importation, l’Etat vient d’accorder le secteur au groupe français. Il en est de même de Bolloré qui a tout eu après un non tonitruant. En 2004, le groupe Bolloré obtenait du Port autonome d'Abidjan (PAA) une concession de "gré à gré" à travers sa filiale SETV, pour un coût de 5,5 milliards de FCFA (8,4 M EUR) et une promesse d'investissement de 27 milliards de FCFA (plus de 41 M EUR) sur cinq ans. Comme le rappelait Confucius, « Examine si ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette ». Dans tous les cas, le capitalisme nouveau à l’ivoirienne porte en lui même la guerre comme la nuée porte l’orage.

La fracture sociale en Côte d’Ivoire

Avec une profondeur et une sévérité importante de la pauvreté, les inégalités restent très remarquées. La pauvreté s'est fortement aggravée durant la période précédant la crise. L’indice de pauvreté est passé de 32,3 % en 1993 à 36,8 % en 1995. En 2003, il s'est situé entre 42 et 44% contre 38,4% en 2002. L'indice de pauvreté en 2003 et 2004, par rapport à 2002, serait probablement plus élevé compte tenu des déplacements internes des populations, de la perturbation des systèmes de production et de commercialisation et la dégradation des infrastructures sociales de base dans certaines régions. L'inégalité des revenus s'est accentuée en 2002. Les 10% des plus riches cumulaient 36% du revenu national contre 20% pour les 50% les plus pauvres . Face à la catastrophe humanitaire, aux problèmes d’insécurité et à la misère qui guettent notre pays, si rien n’est fait cette fracture sociale conduira inexorablement vers une rébellion économique. La Côte-d’Ivoire figure désormais à la 163e place - sur 177 - de l’indice de développement humain (IDH). Près de la moitié de la population de la Côte-d’Ivoire vit avec moins de 1 dollar par jour. A cet chapelet de maux, il faut ajouter la corruption des agents des forces de l’ordre, parce qu’elle est faite au vu et au sus de tout le monde, elle est très souvent désinvolte et prend l’allure d’un impôt obligatoire à payer par les transporteurs. Le fossé séparant la tranche socialement intégrée de la population (les riches) des autres (les pauvres, les exclus) s’agrandit. Dans les villes et villages règne une terreur molle. Quand trop de jeunes ne voient poindre que le chômage ou des petits stages au terme d'études incertaines, ils finissent par se révolter. Les pauvres sont mis aujourd’hui au banc de la société, au lieu de les aider. Pour l'heure, l'État s'efforce de gérer. Mais jusqu'à quand ? Bientôt, il y aura plus de classe moyenne en Côte d’Ivoire, mais bien une Côte d’ivoire d’en bas et une Côte d’Ivoire d’en haut. Les ivoiriens sont de plus en plus nombreux à avoir des problèmes de fin de mois. Cela a concerné d'abord les exclus, puis les bas salaires, et ce sont eux qui souffrent toujours le plus. Du dualisme social sous le PDCI, on est passé à la fracture sociale sous le régime FPI. Les ivoiriens souffrent et personne ne les écoutent, surtout pas les gouvernants. L’argument d’un pays en guerre n’est plus tenable, il n’est qu’un cache-sexe à un échec politique.

La justice sociale comme la solution de la fracture sociale

« La justice sociale, c'est mettre tous les coureurs sur la même ligne de départ. Il ne faut pas la confondre avec l'égalitarisme, qui consiste à déclarer que tous sont arrivés premier », écrivait Louis Pauwels

Est-ce se faire passer pour un DON QUICHOTTE, que de parler de justice sociale. Bien sûr que non. Elle est essentiellement une projection vers une société plus juste. On peut le voir soit comme une utopie, soit comme une démarche progressive. Les actions ayant pour objectif la justice sociale visent à donner à chacun les mêmes chances de réussite, on parle alors parfois d' « égalité des chances ». Les corrections nécessaires peuvent être sociales, financières, administratives ou culturelles. Le Président Laurent Gbagbo prévenait tous les grilleurs d'arachides: "Mon surnom est moteur Diésel. Je suis lent à démarrer, mais une fois lancé, je ne m'arrête plus". La situation ivoirienne n’a pas besoin de moteur diésel mais plutôt un moteur essence, au mieux un turbo. Il faudra d’abord commencer par assainir les différents concours (Police, ENA, gendarmerie etc.) car quelqu’un qui paie pour accéder à un poste voudra rentrer dans ses fonds. Nous rappelons que dans une société où les sinécures, le favoritisme et la corruption sévissent, la banqueroute est maître mot. Il est temps de créer un Comité National de Moralisation de la vie Publique (CNMP), une organisation qui aura pour but d’évaluer l’efficience de la gestion de la chose publique, de moraliser et sensibiliser le citoyen à une meilleure attitude à la gestion du bien public. Feindre d’ignorer la "fracture sociale" sera électoralement suicidaire pour tous les candidats. Mieux vaut se tromper en agissant que de refuser d'agir. La stagnation est pire que la mort, elle est aussi corruption. Cette complicité dans le partage des ressources du pays entre les anciens belligérants doit prendre fin. Dans la Publication du rapport de Global Witness : Chocolat chaud : comment le cacao a alimenté le conflit en Côte d'Ivoire, ce partage est vigoureusement dénoncé. Le rapport dénonce avec force la prédation dont la filière cacao a fait l'objet tant de la part du pouvoir en place que des "rebelles", depuis le début du conflit en 2002. "Le commerce lucratif du cacao a été au cœur de l'économie de guerre et il continue de servir les intérêts des protagonistes du conflit, au détriment de la population ivoirienne. Depuis quatre ans et demi, les deux parties au conflit récoltent des bénéfices politiques et économiques substantiels, en toute impunité. Le prolongement de la crise a encouragé l'adoption de pratiques corrompues et un manque de responsabilité dans l'exploitation des ressources naturelles". Sans la paix, il n’ya pas de justice et il n’y a pas de paix sans justice, c’est pourquoi, sur le chemin de la réconciliation, il est opportun de réunir tous les enfants de la cote d’ivoire autour de la justice sociale. Face à cette dissociabilité galopante, la bataille de la justice sociale doit être musclée car il ne faut pas y aller de main morte. Il convient de faire de la droiture une règle et de la justice un niveau. Nous éprouvons, pour notre part, une grande tristesse et avons dans le cœur un chagrin continuel à l’idée de voir nos compatriotes floués et abusés. Le moment est venu de rectifier la refondation au mieux la refonder : il s’agira de ne plus confondre sa poche et les caisses de l’Etat, ne plus faire des concours administratifs une activité commerciale et promouvoir l’égalité des chances. Toutes autres mesures seraient un cataplasme sur une jambe de bois. A ceux qui s’adonnent à la volupté et à la prodigalité au point de rester insensible aux cris des ivoiriens, n’ayez pas l’outrecuidance de penser que le peuple est dupe. A propos, Jean Jaurès disait en 1887 « Je n'ai jamais séparé la République des idées de justice sociale, sans laquelle elle n'est qu'un mot »

Prao Yao Séraphin
Président du MLAN
www.mlan.fr
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Samedi 22 Décembre 2007


Commentaires

1.Posté par DALOZJean-Pierre, Prof.Emérite le 23/12/2007 14:41 | Alerter
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Cher Monsieur,
Je viens de lire votre texte : tàut simplement excellent à mon avis. Je su!s un Prof D'eco et Gestion, par ailleurs ancien Doyen de la Fac à Abidjan. J'ai eu l'occasion de faire un étude sur la filière Café/cacao, pour l' "UE" ( 2002-2004). De cette enquête j'ai tiré matière d'un papier non publié, qui rejoint votre vision des choses. Le papier est "couché" en termes économiques relativement techniques ( c'est mon métier) et, je crois, bien documenté; s'il vous intéresse, faites le moi savoir. Je vous l'enverrai.
Bravo encore, en souhaitant que, dans votre pays , mais aussi enEurope, prenne conscience des réalités
J.P.Daloz

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