Société

Quinoa: le bio-piratage au coeur de l’Anjou



Lundi 25 Avril 2016

Quinoa: le bio-piratage au coeur de l’Anjou

C’est cette année, en 2016, qu’expire le premier brevet déposé, en 2001, sur une variété de quinoa, dénommée “Baer” par le semencier Erik von Baer au Chili.  Aujourd’hui, il existe une petite trentaine de quinoas brevetées, de par le monde, dont une dizaine par la Hollande. Jason Abbott a breveté, lui-même, la variété “Jessie”, en 2013, en France, aux USA…

Les variétés de quinoa “sélectionnées et brevetées” par l’Université de Wageningen, et dont les licences sont exploitées par Jason Abbott, sont sujettes au paiement de royalties en Europe, aux USA… et au Chili. Pourquoi au Chili? Parce que l’Université de Wageningen y travaille en étroite collaboration avec Nestlé/Chili au centre de l’INIA à La Platina.  Et il n’est pas qu’au Chili, d’ailleurs, où l’Université de Wageningen soit en partenariat avec Nestlé. 

Avec la Quinoa de l’Anjou, nous sommes au coeur du bio-piratage le plus flagrant. Les variétés de quinoa de l’Université de Wageningen sont, au mieux, et tout simplement, des variétés Chiliennes et Boliviennes et, au pire, les mêmes variétés bricolées par mutagenèse.

En Europe, il semblerait que le consommateur bio ait le choix entre, d’une part, la quinoa bio non-équitable du Pérou et de la Bolivie (qui est polie) et, d’autre part, la quinoa bio de l’Anjou (qui n’est pas polie) brevetée par l’Université de Wageningen en partenariat avec la multinationale criminelle Nestlé.
.

Les Quinoas de Terre de Semences dans l’Allier en 1994

En 1984, Dave Cusack, le politologue US qui contribua énormément à l’introduction de la culture de la quinoa au Colorado, fut froidement assassiné par la CIA, dans les ruines de Tiahuanaco en Bolivie, alors qu’il préparait un ouvrage sur le coup d’état de 1973 à l’encontre du Président Allende – ce même président qui, depuis 1970, avait tout fait pour relancer, au Chili, la culture traditionnelle de la quinoa, “Chisiya Mama”, la Mère des Grains pour les Peuples Indigènes de l’altiplano Andin. 

C’est ce que j’évoquais, en 1994, dans le tout premier catalogue de semences bios de Terre de Semences [15], l’un des deux ancêtres de l’Association Kokopelli, qui proposait alors dix variétés traditionnelles de quinoas: “Isluga”, “Cochabamba”, “Linares”, “Llico”, “Temuco”, “Tunari”, “Real”, etc, qui toutes provenaient du Chili, à l’exception de “Cochabamba” et de “Real”, provenant de Bolivie. Sept de ces variétés sont toujours distribuées, aujourd’hui, par Kokopelli. [14] En 1993/1994, Terre de Semences et le Jardin Botanique de la Mhotte (l’autre ancêtre de l’Association Kokopelli), cultivèrent dans l’Allier – et pour la première fois en France, en bio – une diversité d’une vingtaine de variétés traditionnelles de quinoas. Durant cette même période, les premiers essais en agriculture chimique furent réalisés, dans l’Allier également, dans le cadre d’un programme de l’UNIP (Union nationale interprofessionnelle des plantes riches en protéines). L’Angleterre, quant à elle, avait déjà lancé des essais agricoles avec la quinoa, depuis 1982, dans le but de nourrir le gibier à l’automne. Des essais sans doute discrets car Nestlé, la multinationale criminelle de l’alimentaire, possédait déjà le contrôle incontestable de la quinoa planétaire et n’avait jamais encouragé sa culture Européenne.

red faro01

Quinoa Faro

 

 Les mensonges de Didier Perréol, le pape de la quinoa bio

C’est à cette époque que la société Euro-Nat de Didier Perréol prit son essor, et le leadership, dans le secteur de la distribution de quinoa bio (avec sa marque Priméal), et à cette époque, également, que le même Perréol commença à décourager les paysans bios Français de cultiver de la quinoa en prétendant, effrontément, que la quinoa ne pouvait pas pousser en France – alors qu’il venait justement d’utiliser mes  photos de quinoas, cultivées au Jardin Botanique de la Mhotte, pour sa propre communication de marketing! Ce sont les paysans bios découragés qui me téléphonaient pour s’enquérir de la vérité “agronomique” de cette espèce alimentaire Andine très riche en protéines. Les élucubrations de Perréol ne s’arrêtaient pas là puisqu’il surfait sur le très célèbre ballon de baudruche du “commerce équitable” en prétendant que sa quinoa bio permettait aux paysans Boliviens et Péruviens d’arrêter de cultiver de la coca et de se recycler dans l’agriculture bio “équitable” – équitable à la mode de l’Industrie Bio, s’entend.

Premièrement, de quoi se mêlent les Occidentaux d’empêcher les Peuples Andins de cultiver leur coca médicinale et multimillénaire? Secondement, l’argument de Perréol était de la pure intoxication publicitaire car sa quinoa “Real” était cultivée, et est encore cultivée, sur l’altiplano froid tandis que la coca, “Mama Inala”, (Erythroxylum coca) pousse naturellement – sans doute depuis des millions d’années – dans des régions subtropicales chaudes à 2500/2700 mètres d’altitude.

Didier Perréol est le président du Syndicat Synabio (Syndicat national des transformateurs de produits naturels et de culture biologique), un syndicat regroupant du bio et du non-bio, et il est également – pour un second mandat – le président de l’Agence Bio en France. Cette Agence Bio est, en fait, l’Industrie Bio, donc l’Industrie, qui génère des bénéfices énormes en pillant les pays du Tiers-Monde (les pays “émergeant” dans la voie de l’Occidentalisation) de leur précieuse bio-masse, soit sous forme d’intrants pour la fertilité des sols bios Français, soit sous forme de produits alimentaires bios pour la consommation humaine ou animale. L’Afrique, l’Asie du sud-est, l’Europe de l’est et les Amériques Latines sont aux pieds de l’Industrie Bio – sous tous aspects. La France est le pays le plus toxique d’Europe: elle a réussi à transformer l’intégralité de son territoire en vaste poubelle agrochimique et nucléaire et la croissance de l’Industrie Bio est fulgurante – de par les angoisses métaphysiques de la classe moyenne.

Aujourd’hui, Perréol a regroupé ses neuf sociétés dans son groupe Ekibio dont il est le président. Ekibio a été racheté par la société Léa Nature de l’entrepreneur Flamand très entreprenant, Charles Kloboukoff, qui a acquis récemment une pléthore de sociétés bios et non bios. Charles Kloboukoff est un idéaliste dont la mission auto-proclamée est de racheter des sociétés bios avant que les Fonds de Pension US ne les rachètent! Au printemps 2016, il n’a pas pu ajouter la société Celnat, au palmarès de chasse de sa Holding “Compagnie Biodiversité”, car la famille Celle, propriétaire de Celnat, a préféré se laisser racheter par la multinationale Ebro – qui possède les Pâtes Panzani – pour 26 millions d’euros. 

La société Euro-Nat a bâti sa prospérité-quinoa, en quasi-monopole pendant une vingtaine d’années dans toute l’Europe, sur l’exploitation éhontée des paysans de l’altiplano Bolivien et Péruvien. J’ai nourri tous mes enfants à la quinoa bio jusqu’au jour où un agronome Français – un ami de Pierre Rabhi, l’un de nos vice-présidents depuis 1999 – m’invita à donner des ateliers sur la production de semences à San Cristobal de las Casas, dans le Chiapas au Mexique, en 2005. Lorsqu’il m’éclaira sur le scandale de la quinoa bio non équitable – car il avait travaillé au Pérou – je commençai alors à dénoncer cet état de fait et à boycotter l’usage de la quinoa dans notre famille. Ces toutes dernières années, de nombreux articles se sont fait l’écho de l’exploitation des paysans producteurs de quinoa, sur l’altiplano Andin. En 2012, au Pérou, alors que nous y passions 7 mois pour préparer le festival Kokopelli-Pachamama, le prix de la quinoa bio était supérieur à celui pratiqué en France ou aux USA.
 

Les Quinoas brevetées, et sous licences, d’AbbottAgra

L’absence de quinoa cultivée en France (sur le plan des grandes cultures, du moins, car Kokopelli, à la suite de Terre de Semences, a distribué des variétés de quinoa aux jardiniers depuis 1994) a perduré jusqu’en 1998/1999 lorsque des paysans ont commencé à cultiver une centaine d’hectares en Anjou. En mars 2013, un agriculteur  bio Français contacta Kokopelli pour s’enquérir de conseils juridiques. Il s’était mis à cultiver de la quinoa (avec une souche achetée dans une Biocoop) et à la revendre jusqu’au jour où Jason Abbott vint frapper à sa porte pour lui réclamer des royalties sur la variété brevetée de quinoa qu’il cultivait – en toute illégalité. De par la restructuration totale de Kokopelli en 2013, nous n’avions pas pu communiquer sur cette problématique. A la mi-avril 2016, un agriculteur bio Belge me téléphona pour s’enquérir de variétés de quinoas chez Kokopelli parce qu’il ne pouvait pas semer 50 hectares de quinoa car son associé était parti, non pas avec la caisse, mais avec les graines – à savoir avec les “droits” pour la Belgique des mêmes variétés brevetées en France. Cette seconde requête raviva mon intérêt pour ce cas avéré de bio-piratage aux dépens des Peuples Indigènes de l’Amérique du sud.

Les mensonges de Didier Perréol, dans les années 90, ont découragé les paysans bios de développer la quinoa en France – et donc de travailler eux-mêmes sur la sélection variétale – et ces mensonges ont laissé le terrain libre de droits de la quinoa se faire pirater, et breveter, par des opportunistes. C’est ainsi que Jason Abbott, un ancien de Vilmorin/Limagrain, créa sa société AbbottAgra, en 2008, pour faire cultiver de la quinoa sous licence – à savoir la licence qu’il obtint de l’Université de Wageningen pour trois variétés de quinoa brevetées: « Le responsable du programme de recherche, Robert Van Loo, avait remis le projet au placard. J’ai obtenu une licence pour utiliser les variétés Atlas, Pasto et Riobamba. » [4] Selon l’Université de Wageningen, c’est en 2007 que Jason Abbott obtint la licence de leurs trois variétés brevetées. [5] La variété Atlas a été brevetée en 1997; la variété Pasto a été brevetée en 2005 et une seconde fois en 2007; et la variété Riobamba a été brevetée en 2005 et une seconde fois en 2008. Il n’apparaît nulle part évident que l’Université de Wageningen aurait remisé au placard son projet quinoa – d’autant plus que cette université vient de communiquer, en 2014, sur sa “nouvelle” quinoa résistante au sel et destinée à la Chine. [6] (un cas avéré de bio-piratage de plus car les quinoas résistantes à la salinité existent, depuis l’aube des temps agricoles, en Bolivie!!).

Tout n’est pas très clair dans la communication de Jason Abbott qui surfe, de plus, sur les vagues du non-gluten, de l’agriculture raisonnée (cette farce grotesque existerait encore!!) et de la quinoa complète qui, de par le fait que le grain n’est pas poli, conserve tous ses minéraux dans le péricarpe… et aussi tous les reliquats de pesticides et d’engrais de synthèse!! La quinoa de l’agriculture raisonnée est toute aussi toxique que celle de l’agriculture dite conventionnelle/irraisonnée – et même encore plus car elle laisse penser qu’elle ne l’est pas. Pourquoi les graines de quinoa “d’Anjou”, de ces trois variétés brevetées, ne nécessitent-elles donc pas de polissage après récolte? Parce qu’elles sont exemptes de saponine.
 

La grande esbroufe des Quinoas brevetées par l’Université de Wageningen

Selon Jason Abbott et Robert Van Loo, de l’Université de Wageningen, cette absence de saponine serait l’une des caractéristiques de leurs trois variétés brevetées de quinoas, ainsi que la résistance au mildiou et la capacité d’être cultivée en Europe. Cependant, la communication de Robert Van Loo, et de l’Université de Wageningen, ne brille pas plus par sa clarté – pour ne pas parler de mensonges éhontés sur leur site internet. Nous allons présentement analyser les prétentions de Jason Abbott et de l’Université de Wageningen quant à leurs trois variétés de quinoa brevetées et donc bio-piratées.

Pour ce qui concerne la résistance au mildiou, on peut aisément imaginer que les Peuples Andins – qui cultivent la quinoa depuis près de 10 000 années – n’ont pas attendu les généticiens Hollandais pour sélectionner des populations de quinoas qui ne succombent pas à un excès d’humidité. Il existe, d’ailleurs, depuis 50 années, des dizaines de variétés modernes de quinoa strictement résistantes au mildiou qui ont été introduites par les divers centres agronomiques de l’Amérique du sud.

Pour ce qui concerne la capacité d’être cultivée dans les quelques pays du nord-ouest de l’Europe, (France, Belgique, Hollande…), le premier paragraphe de leur page internet est proprement hallucinant car il annonce que « Wageningen UR has developed three varieties that also do well elsewhere in the world », à savoir que « L’Université de Wageningen a développé trois variétés qui prospèrent également dans d’autres régions du monde ». En fait, le contenu archi mensonger, de cette page de leur site internet, cherche à laisser croire que la quinoa est en grande partie originaire de régions proches de l’équateur et qu’il faut donc faire un travail de sélection pour adapter les variétés à des jours d’été beaucoup plus longs. Et l’université de Wageningen aurait donc le très grand mérite d’être la seule au monde à avoir adapté de la quinoa à nos latitudes Européennes et au climat du nord-ouest de l’Europe – tout en affirmant que ses variétés brevetées poussent ailleurs au monde! (Et d’ailleurs, ils les ont brevetées au Chili aussi!!!).

Tout cela n’est que pure propagande et intoxication médiatiques. Des variétés de quinoa croissent jusque dans le sud du Chili. En fait, toutes les recherches agronomiques au Colorado, depuis 1984, ont été effectuées à partir de variétés Chiliennes ou de variétés du sud de la Bolivie. Il en est de même des variétés distribuées par Kokopelli et sélectionnées par Frank Morton dans l’Oregon, depuis 1994: elles sont toutes issues de la variété Colorado 407/Dave 407, introduite  en 1987, (et nommée en l’honneur de Dave Cusack), elle-même issue de la population Linares, croissant dans la région de Linares au Chili à une latitude de 36°.

Il faut préciser qu’il existe, en fait, cinq grand groupes de quinoas en fonction des écosystèmes – et dont les voies de ce l’on appelle la “domestication” n’ont pas été identiques: la quinoa des vallées, qui est cultivée dans les vallées inter-andines, à des altitudes entre 2000 m et 3800 m; la quinoa de l’altiplano qui croît dans le bassin de Titicaca à 4000 m; la quinoa des terrains salinifiés de l’altiplano à 4000 m et au-dessus dans le sud-Bolivien; la quinoa des zones basses au niveau de la mer qui est cultivée au sud du Chili; et la quinoa subtropicale, qui est cultivée dans les yungas subtropicales de Bolivie.

En 1983 et 1984, une dizaine de variétés de quinoa furent testées à Mepal et à Cambridge en Angleterre. Dans les conclusions qu’ils publient en 1991, [7] [9] les chercheurs Risi et Galway évoquent des rendements de plus de 5 tonnes/hectare avec les variétés Chiliennes “Baer” (en fait près de 7 tonnes/hectare pour “Baer”), “Faro” (ces deux variétés croissant originellement dans des régions au niveau de la mer) et la variété Péruvienne (de vallée) “Amarilla de Marangani”, issue de sélection massale à Sicuani dans la vallée de Cuzco – et qui est, de plus, complètement insensible au photopériodisme. Dans leurs conclusions, il est également précisé que les rendements à l’hectare des variétés (de l’altiplano) sans saponine, “Sajama” et “Kanccolla”, n’ont pas pu être calculés car une partie de la récolte a été mangée par les oiseaux – de par l’absence de protection que confère la saponine contre les prédateurs.

Pour ce qui concerne l’absence de saponine, l’Université de Wageningen n’a rien inventé, mais elle fait semblant, et son obtenteur/breveteur Robert Van Loo n’hésite pas, de nouveau, à mentir effrontément: « Les ressources génétiques de l’Amérique du sud contiennent des saponines amères et doivent être processées – par polissage et par lavage – et même alors, il reste encore plus de saponine dans les grains que ce qui existe dans nos variétés sans saponines, qui n’ont pas besoin d’être processées ». [11] Cette déclaration laisserait-elle entendre, d’ailleurs, que les variétés brevetées de Wageningen contiennent encore réellement un peu de saponine? Et à quel pourcentage, alors?

Historiquement, le travail de sélection sur la quinoa commença en Bolivie, en 1965, au centre agronomique de Patacamaya (sous l’égide de la FAO et du Gouvernement Bolivien) et, quasiment en même temps, au Pérou, à l’Université Technique de l’Altiplano à Puno et à Cuzco, sous l’égide de l’INIA. C’est l’agronome Gandarillas qui le premier, en 1968, a collecté et caractérisé les variétés de quinoas traditionnelles de l’Equateur, de Bolivie et du Pérou. Ce sont les chercheurs Koziol et Mizui qui, au début des années 90, ont caractérisé la nature des 13 saponines présentes dans la quinoa, dont 10 étaient inconnues auparavant. [10]

En 1967, la première variété de quinoa sans saponine est introduite par le centre agronomique de Patacamaya sous le nom “Sajama”: elle est issue de croisements entre les populations “Real 547” et “Dulce 559”.

Depuis une cinquantaine d’années, ce sont ainsi des dizaines de variétés de “quinoa dulce”, à savoir sans saponine, qui ont été introduites par les centres agronomiques du Pérou, de la Bolivie, du Chili et de l’Equateur. Ainsi, en 1992, l’INIAP de l’Equateur a introduit diverses variétés sans saponine telles que “Tunkahuan”, avec 0,06% de saponine, et “Pata de venado”, avec 0,05% de saponine.

Les variétés Boliviennes de quinoa dulce (à savoir sans saponines) “Sajama 1”, “Sajama 2” et “Sajama 3” titrent respectivement à 0,03 %, 0,06 % et 0,005% de saponine. [12] En poids, la variété “Sajama 3” se caractérise  par 0,05 mg/g de saponine – ce qui est à comparer avec les variétés de quinoas les plus saponifiées contenant jusqu’à 11,2 mg/g.

Il serait fort intéressant que Jason Abbott et Robert Van Loo communiquent des informations précises sur le pourcentage réel de saponine dans leurs trois variétés brevetées car ces caractéristiques sont, étrangement, introuvables sur le web. Se pourrait-il donc que leurs trois variétés soient réellement totalement exemptes de saponine? Robert Van Loo aurait-il réussi à désactiver les gènes codant pour la saponine par la mutagenèse?

C’est très envisageable, en effet, car c’est l’Université de Wageningen qui a publié, dans son ouvrage “Mutagenesis: exploring novel genes and pathways”, la contribution de l’agronome Péruvienne Gomez-Pando “Development of improved varieties of native grains through radiation-induced mutagenesis”, à savoir “Developpement de variétés améliorées de grains natifs par le biais de la mutagenèse induite par radiation” (au chapitre 4). [1] Gomez-Pando est également l’auteure de l’étude “Developing Genetic Variability of Quinoa with Gamma Radiation for Use in Breeding Programs”, à savoir “Développement de la variabilité génétique de la quinoa avec des radiations Gamma pour de futurs programmes d’obtention”. [2] Gomez-Pando travaille, par les techniques de la mutagenèse, à la création de nouvelles variétés de quinoa et d’amaranthes à grain à l’Université de la Molina au Pérou – une université qui a signé, en 2013, un partenariat avec l’Université de Wageningen [3] portant sur l’amélioration variétale par la mutagenèse.
 

Conclusions

C’est cette année, en 2016, qu’expire le premier brevet déposé, en 2001, sur une variété de quinoa, dénommée “Baer” par le semencier Erik von Baer au Chili.  Aujourd’hui, il existe une petite trentaine de quinoas brevetées, de par le monde, dont une dizaine par la Hollande. Jason Abbott a breveté, lui-même, la variété “Jessie”, en 2013, en France, aux USA…

Les variétés de quinoa “sélectionnées et brevetées” par l’Université de Wageningen, et dont les licences sont exploitées par Jason Abbott, sont sujettes au paiement de royalties en Europe, aux USA… et au Chili. Pourquoi au Chili? Parce que l’Université de Wageningen y travaille en étroite collaboration avec Nestlé/Chili au centre de l’INIA à La Platina. [8] Et il n’est pas qu’au Chili, d’ailleurs, où l’Université de Wageningen soit en partenariat avec Nestlé. [13]

Avec la Quinoa de l’Anjou, nous sommes au coeur du bio-piratage le plus flagrant. Les variétés de quinoa de l’Université de Wageningen sont, au mieux, et tout simplement, des variétés Chiliennes et Boliviennes et, au pire, les mêmes variétés bricolées par mutagenèse.

En Europe, il semblerait que le consommateur bio ait le choix entre, d’une part, la quinoa bio non-équitable du Pérou et de la Bolivie (qui est polie) et, d’autre part, la quinoa bio de l’Anjou (qui n’est pas polie) brevetée par l’Université de Wageningen en partenariat avec la multinationale criminelle Nestlé.

Et pour en revenir à la vie quotidienne du Réseau Biocoop, nos interlocuteurs favoris dans le petit monde de la bio-piratée, n’est-il pas surprenant de découvrir, dans les Biocoops, de la Quinoa “Real” de Bolivie à 9 euros/kilo et de la Quinoa d’Anjou à 12 euros/kilo. Gilles Piquet-Pellorce, le nouveau PDG de Biocoop, un ancien professionnel des transport routiers, considère-t-il logique que le Réseau Biocoop commercialise de la quinoa bio provenant de Bolivie, à 10 000 km, à un prix fortement inférieur à celui de la Quinoa d’Anjou, produite localement?

Est-ce pour favoriser la production locale que le Réseau Biocoop commercialise plus cher la Quinoa d’Anjou? Ou est-elle beaucoup plus chère parce que les paysans bios doivent verser des sommes astronomiques à Jason Abbott pour avoir le droit de cultiver ses variétés sur le sol Français?

Aujourd’hui, et de nouveau, nous demandons au Réseau Biocoop, et aux autres circuits de distribution de la bio, de prendre leurs responsabilités. Il est tout aussi scandaleux de dépouiller les paysans Andins de leur biomasse que de les dépouiller de leur héritage ancestral en brevetant leurs variétés traditionnelles de quinoa, le fruit de 10 000 années de co-évolution harmonieuse – et dont il existe plus de 15 000 “populations” dans les banques de semences du Pérou, de la Bolivie, du Chili et de l’Equateur.

Nous invitons tous les agriculteurs Français à cultiver de la quinoa bio, à très grande échelle, et sans payer de royalties à quiconque. L’Association Kokopelli a décidé de participer à l’évaluation des variétés présentement disponibles. Cette année, nous allons cultiver une vingtaine de variétés, sur de petites parcelles, dans notre ferme à Camarades. En 2017, nous avons le projet de cultiver une très large diversité de quinoas sur de très grandes parcelles au coeur de l’Ariège.

Afin que la Quinoa, Chisiya-Mama, puisse se répandre sur toute la planète… en open-source, à savoir dans le domaine public.

Xochi, le 24 avril 2016.

http://blog.kokopelli-semences.fr/2016/04/quinoa-le-bio-piratage-au-coeur-de-lanjou/



Lundi 25 Avril 2016


Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires