Politique Nationale/Internationale

Qui êtes-vous Monsieur Medvedev ?



Il sera bien entendu question, cette année à Davos, des problèmes globaux. Mais il n'est pas prévu de sujets de discussion dont Moscou serait le centre. Pourtant, Moscou ne devrait pas manquer de susciter l'intérêt puisque sa délégation est conduite par Dmitri Medvedev, un homme politique qui a de l'avenir, successeur probable de Vladimir Poutine. Ce fait rehausse considérablement le statut de la présence russe à Davos, montre clairement l'importance que nous attachons à l'édition 2007 de ce forum. Certains objectifs et attentes lui sont liés.


Andreï Vavra
Vendredi 26 Janvier 2007



Andreï Vavra


Ce n'est sans doute pas encore une présentation, mais c'est déjà le rodage du candidat à la présidence face à un auditoire international.

Il devra sans nul doute répondre à des questions sur la stratégie énergétique de la Russie. Peut-être aussi concernant son principal centre d'intérêt, les projets nationaux. Mais personne ne s'attend à de longs développements et des déclarations programmatiques, Vladimir Poutine étant aujourd'hui le seul, en Russie, à pouvoir s'expliquer sur tous les sujets. L'essentiel réside dans la possibilité même d'examiner dans le détail, sous toutes les coutures, le président potentiel.

Nous parlons Etat, pouvoir… Mais ce ne sont pas de simples institutions ni des systèmes d'institutions, ce sont des concepts personnifiés. Et, en Russie, cette personnification est maximale. La stratégie en matière de cadres, la répartition des priorités et, enfin, l'atmosphère même de la vie du pays dépendent pour une large part de la personnalité du chef de file. C'est pourquoi le caractère du futur président de la Russie revêt une importance aussi fondamentale.

Que représente Dmitri Medvedev en tant qu'homme et en tant que politique ? Il est clair qu'il fera l'objet d'une attention toute particulière, chacun s'efforçant de comprendre les particularités de son caractère, ses manières, ses réactions. Quand on cherchera à définir ses faiblesses et ses côtés forts, ce sont avant tout les nuances que l'on retiendra. On essaiera de débusquer, dans son comportement, tout ce qui pourrait aider à percer sa psychologie. Pour, tout compte fait, prévoir les nouveaux accents qui pourraient être mis, dans la politique russe, à l'occasion de son accession au pouvoir.

Les objectifs de centaines d'appareils photos et de caméras vidéo seront braqués sur Dmitri Medvedev. Les médias russes ont l'habitude de se montrer on ne peut plus prévenants et bienveillants à l'égard du vice-Premier ministre, saisissant les angles et les situations qui l'avantagent (on ne sait même plus, à certains moments, si Dmitri Medvedev est en tournée dans le pays ou si c'est le Père Noël qui distribue des cadeaux). Mais, à Davos, c'est avec la froide cruauté du chasseur qu'il sera pisté.

En un mot, la visite de Dmitri Medvedev à Davos fournira indiscutablement une abondante matière à commentaires pour les analystes, les politologues, les hommes politiques de tout poil, pour tous les spécialistes de la Russie d'une manière générale. Son image audio et visuelle sera modelée et reproduite partout. La question primordiale, pour nous, est de savoir le portrait qu'ils feront de Dmitri Medvedev : auront-ils l'image d'un homme politique assez indépendant ou celle du continuateur exemplaire de l'œuvre de Vladimir Poutine ? Quel équilibre entre "l'homme fort" et "l'intellectuel" découvriront-ils ?

Je le répète, on n'exige pas de Dmitri Medvedev des réponses détaillées et développées. Elles seraient prématurées. Il suffira de quelques allusions pour maintenir la délicieuse angoisse de l'énigme non résolue. Mais la précision s'impose sur un plan.

Le terme de "fort" est particulièrement populaire dans notre discours politique. Mais la compréhension que l'on a de ce terme ici et là-bas est très différente. Pour eux, le "fort" n'est pas celui qui sait enfoncer le clou et parvenir à ses fins grâce à des méthodes dures, mais celui qui cherche à obtenir un résultat à force d'obstination, de souplesse, en recourant à tout une panoplie d'outils. Le "champ russe" ne permet malheureusement pas d'entraîner particulièrement sa souplesse et la diversité.

On guette chez Dmitri Medvedev – et on l'accueillerait avec soulagement – la démonstration de "soft power" tant attendue dans la politique russe. Cela rendra bien plus confortable le processus des négociations avec notre pays sur tout l'éventail des questions d'actualité. On s'attend à découvrir certaines particularités qui permettraient de parler d'une nouvelle génération de leaders politiques russes.

Il s'agit, au fond, de changer le design de l'emballage. D'une nouvelle esthétique dans la défense de ses intérêts.

Est-ce difficile, pour la Russie, d'aller au devant de telles attentes ? Non, ce n'est vraiment pas difficile.

Nous vivons dans une réalité politique qui est dure pour tous. Attendre davantage n'aurait aucun sens.


Vendredi 26 Janvier 2007

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