Politique Nationale/Internationale

Qui a peur de la Constituante vénézuélienne?


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Mariano Rajoy craint la Constituante vénézuélienne. Felipe González et Jose Marie Aznar, Albert Rivera et Pedro Sánchez, jusqu’au calculateur Pablo Iglesias ont peur de la Constituante. L’opposition conjurée vénézuélienne et Donald Trump ont peur de la Constituante. Les entrepreneurs vénézuéliens qui spéculent sur la nourriture du peuple, les hordes de jeunes déclassés et bien équipés qui brûlent des chavistes, les intellectuels organiques, qui se taisent, ceux qui octroient, les parajournalistes qui n’arrêtent pas de tirer sur les publics européens. Tous sentent qu’il ne leur reste plus beaucoup de temps pour tordre le cou à la Révolution Bolivarienne.


Ángeles Diez
Vendredi 4 Août 2017

"Quelques gouttes de peur ne font jamais mal pour consolider les démocraties"- El Roto, Espagne
"Quelques gouttes de peur ne font jamais mal pour consolider les démocraties"- El Roto, Espagne
Il y a beaucoup de types de peurs qui traversent le milieu de la politique. La peur d’un processus constituant est pareille à la peur qui a historiquement terrorisé les oligarchies dès que celles-ci ont le moindre soupçon d’une possibilité de révolution. Parfois, c’est une peur irrationnelle puisqu’il y a des peuples soumis et écrasés par le talon de fer capitaliste et qui n’entretiennent aucune braise de révolte. Mais cela importe peu aux yeux du bourgeois replet classique ou jeune requin spéculateur. S’il y a une possibilité, même lointaine, que le peuple s’éveille, alors il y aura la menace terroriste, les lois-bâillons, le chaos tiers-mondiste et la crise économique qui explique tout. La peur des élites européennes face aux processus constituants tient beaucoup de la thérapie préventive, c’est un « au cas où, mieux vaut prévenir que guérir ».

La peur de l’impérialisme US est une autre sorte de peur. C’est la peur historique de l’esclavagiste, que les esclaves s’arrêtent de cultiver la terre et qu’ils se libèrent, c’est la peur du colon d’une attaque des Indiens survivants. C’est la peur que les Latino-américains assassinés, disparus, torturés et pillés, réclament justice. La peur que le portrait de l’impérialiste sorte à la lumière et et que l’on voie nettement et sans masque sa démocratie réellement existante. Donald Trump et avant lui, Barak Obama, craignent que l’Amérique Latine arrête d’être une arrière-cour où faire des affaires juteuses qui oxygènent l’économie US.

La peur espagnole est une peur néo-franquiste et elle trouve son origine dans une Constitution sans Assemblée Constituante’. L’histoire de notre Constitution est l’histoire d’un arrangement, d’un accommodement entre les élites franquistes et les nouvelles élites socialistes et nationalistes, les deux connectées par de fins fils géostratégiques aux intérêts US.

Il n’y a pas eu de peuple espagnol, ni basque, ni catalan, ni même franquiste qui ait participé à l’élaboration de la Constitution espagnole de 1978. Les élections du 15 avril 1977 n’ont pas eu lieu pour choisir une chambre constituante qui élabore une quelconque constitution. C’était la Loi de Réforme Politique (du 15 décembre 1976), approuvée par les Cortes franquistes qui a établi les bases pour élire quelques parlementaires qui ont désigné à leur tour une Commission des Affaires Constitutionnelles composée par seulement 7 membres répartis entre des membres au curriculum franquiste éprouvé comme le ministre de l’Information et du Tourisme Manuel Fraga Iribarne ou Miguel Herrero et Rodríguez de Miñón, avocat du Conseil d’État et Secrétaire Général Technique du Ministère de Justice, et des membres liés à l’ambitieux et émergent Parti socialiste ouvrier espagnol comme l’avocat Gregorio Peces Barba ou Jordi Solé Turá. C’est après, seulement après, que la pierre tombale du consensus eut enterré l’espoir de récupérer la démocratie républicaine, qu’un référendum légitimant eut lieu.

Pour la réforme constitutionnelle de 2011, on pas eu non plus besoin de demander quoi que ce soit au peuple, bien que l’article à réformer, le 135, n’était pas moins que celui qui oblige tout gouvernement, quel qu’il soit, à accorder la priorité au paiement de la dette avant toute autre dépense de l’État, d’abord la bourse et après la vie. Quinze jours pour ligoter le prochain gouvernement et même pas un référendum de ratification : Pourquoi le peuple aurait-il du donner son opinion si ses représentants l’avaient déjà fait ? Pourquoi demander si les réponses venaient données par la troïka européenne ?

À quoi doit-on que les Constitutions fassent tellement peur et les processus constituants beaucoup plus encore ?

La Constitution est la règle de base qui fonde et protège le système juridique d’un pays ainsi que le fonctionnement des institutions et les pouvoirs de l’État. On a l’habitude de dire que c’est la loi des lois. Les constitutions établissent les cadres juridiques mais à leur tour ceux-ci impliquent une redéfinition de l’État et de la source de la souveraineté. Quand c’est le résultat de processus constituants, ils supposent l’intégration des citoyens à la discussion, à l’élaboration et la ratification de la constitution, ce qui a été le cas au Venezuela en 1999 ; nous parlons des processus dans lesquels il y a une ratification populaire du contrat social , où les citoyens établissent et approuvent les instruments concrets pour l’exercice du pouvoir de l’État et de ses institutions. C’est un peu comme si les citoyens participaient à l’élaboration des instruments que l’État peut utiliser pour gouverner et qu’en même temps ils disaient quels outils ne peuvent pas être utilisés.

Les constitutions octroient un pouvoir à l’État mais limitent aussi l’exercice de ce pouvoir.

Les classes populaires, étant la source de pouvoir dans le processus vénézuélien, sont aussi devenues en 1999 une source de droit puisqu’elles ne se sont pas limitées seulement à voter une constitution préalablement élaborée par des juristes ou des mandataires non élus, mais ont activement participé à l’élection des responsables chargés d’élaborer l’articulation de la Constitution et aussi de discuter et de débattre des propositions que ceux-ci élaboraient.

Chaque constitution, dit le constitutionnaliste Roberto Gargarella, essaie de répondre à un ou plusieurs problèmes, ou ce qui revient au même, essaie de remédier à un mal. Gargarella nous dit : « les Constitutions naissent d’habitude dans des moments de crise, pour résoudre un drame politico-social fondamental » [1]

La Constitution de 1999 au Venezuela est venue résoudre trois problèmes basiques : l’intégration des classes populaires dans les travaux de gouvernement c’est-à-dire convertir ces secteurs en sujets politiques protagonistes, en deuxième lieu, retrouver la souveraineté sur les ressources naturelles (en particulier le pétrole), et en troisième lieu, résoudre le drame de l’inégalité sociale.

La mobilisation sociale, le changement de rapport de forces et l’accumulation du pouvoir social ont été le point de départ des nouvelles Constitutions latino-américaines tant au Venezuela qu’en Équateur ou en Bolivie et ont aussi mis en crise le modèle d’accumulation capitaliste dans ces pays.

Mais cette récupération de la souveraineté populaire qu’a signifiée la Constitution de 1999 pouvait seulement se stabiliser avec l’amélioration des conditions de vie au moment où se développait une culture politique de participation réelle et effective. Les deux processus, amélioration économique et participation politique, sont ceux qui ont donné et donnent une légitimité au gouvernement bolivarien. Ce sont les bases du pouvoir populaire qui a mis en échec le coup d’État contre le gouvernement bolivarien en 2002.

Durant les dix-huit ans qui ont suivi cette Constitution, 24 processus électoraux ont eu lieu, on a avancé dans presque tous les indicateurs sociaux (éducation, développement, logement, santé …), comme le démontrent les données de la Commission Économique pour l’Amérique Latine (CEPAL) des Nations Unies. Mais le contexte national et international a changé. Malgré l’avancée vers une culture démocratique et la participation – ou précisément pour cela - le gouvernement de Nicolás Maduro a perdu la majorité à l’Assemblée Nationale qui se trouve maintenant aux mains de la soi-disant « opposition vénézuélienne » – un conglomérat de plus de 20 partis unis seulement par la haine envers le gouvernement bolivarien [2], une Assemblée qui en plus siège en toute illégalité.

La soi-disant opposition et l’oligarchie patronale ont suivi une feuille de route qui, comme au Chili d’Allende, essaie de faire exploser l’économie (inflation induite, embargo commercial dissimulé, blocage financier international), de soumettre par la faim les classes populaires (boycott dans la fourniture de biens de première nécessité, pénurie programmée), de bloquer les institutions, de prendre la rue avec une violence extrême, de créer un gouvernement parallèle et finalement, si le gouvernement bolivarien n’est pas renversé, si on ne réussit pas à briser le soutien de l’armée bolivarienne, les meilleures conditions pour une intervention humanitairement armée auront été créees.

Peut-être pas à travers la IVème Flotte US proche des côtes vénézuéliennes, mais comme l’a dit il y a quelques jours Michael Richard Pompeo, directeur de la CIA, on travaille avec les gouvernements de la Colombie et du Mexique pour évaluer les manœuvres nécessaires pour obtenir un changement de gouvernement au Venezuela [3].

Sur la plan international la région latino-américaine a subi un recul provoqué par l’échec électoral du gouvernement progressiste de Cristina Kirchner, les putschs parlementaires au Brésil (2016) et au Paraguay (2012), précédés par les coups d’État en Haïti (2004) et au Honduras (2009). L’intégration régionale a été ralentie dans les États les plus proches des USA, comme la Colombie ou le Mexique. L’OEA (l’Organisation des États Américains) redevient cette organisation internationale instrumentalisée par l’empire contre les gouvernements latino-américains indociles.

Aussi à l’échelle mondiale, l’empire US et ses alliés ont sur leur tête l’épée de Damoclès d’une crise économique qu’ils ne peuvent résoudre qu’en augmentant la pression et la dépossession de leurs populations (pillage du secteur public, austérité, coupes, précarisation …). Porter la guerre partout dans le monde où il y a quelque chose à piller, récupérer des quotas d’influence face à la Russie ou la Chine et discipliner leurs propres populations, cela devient urgent et nécessaire. Ainsi, appuyer les soi-disant oppositions, modérées, armées ou de couleur est l’unique politique internationale réaliste pour les besoins impériaux.

Dans ce nouveau contexte national et international, le pouvoir électoral vénézuélien, sur proposition du Président (conformément à l’article 348 de la Constitution) a convoqué des élections pour une Assemblée Nationale Constituante le 30 juillet. Il n’y a pas de constitution qui tienne face à une telle offensive.

Chaque Vénézuélien pourra voter une fois territorialement, et une fois pour le secteur et le sous-secteur qui lui correspond. Les mandataires élus auront à réformer la Constitution de 1999 pour essayer de résoudre cette fois les graves et nouveaux problèmes qui se résument dans les neuf volets de la réforme envisagée :

1) Constitutionnaliser les Missions (santé, logement, éducation …) en créant un système public qui garantit par la loi les avancées sociales,

2) Se doter d’instruments plus efficaces pour défendre la souveraineté nationale et rejeter toute ingérence,

3) Constitutionnaliser les communes et les conseils communaux pour faire de la participation un préalable démocratique,

4) Créer des instruments juridiques et pénitentiaires pour lutter contre l’impunité, le terrorisme et le trafic de stupéfiants,

5) Marcher vers un système économique moins dépendant du pétrole,

6) Lutter contre le changement climatique et le réchauffement global,

7) Favoriser les processus de paix, réaffirmer la justice et l’isolement des violents,

8) Développer les droits et les devoirs sociaux,

9) Une spiritualité culturelle et une vénézuélanité nouvelles, garantir le caractère pluriculturel et l’identité culturelle.

La peur de la Constituante vénézuélienne est devenue une panique sur les écrans. Les parajournalistes donnent quotidiennement les nouvelles du front :

-80, 90, 100 morts, 20,30, 40 blessés. Qui étaient-ce, par qui ont-ils été tués ou blessés, étaient-ils dans la manifestation ?, - détails insignifiants- ;
-grève générale, 70 %, 90 % de suivi : qui donne ces chiffres, sont-ils vérifiés ? –détail insignifiant- ;
-nouvelle manifestation réprimée violemment ; pourquoi est-elle réprimée, en quoi la répression de la police consiste si nous voyons seulement des manifestants cagoulés qui jettent des cocktails Molotov tirent au bazooka ? –détails insignifiants.
- Quelle étrange « dictature » vénézuélienne où les journalistes nationaux et internationaux campent à volonté dans les rues en enregistrant la « répression policière ». Des parajournalistes qui s’abreuvent seulement aux sources de l’opposition, qui profitent de l’occasion pour se déguiser en reporters de guerre, qui n’interviewent jamais le peuple bolivarien, qui répètent comme des perroquets les slogans de la soi-disant « opposition ».

Tout est bon dans la propagande de guerre, qui paie commande. Le parajournaliste est toujours du côté correct, de celui de l’entrepreneur, de celui du gouvernement s’il est d’un média national, comme la télévision espagnole, et si le gouvernement espagnol s’est prononcé en déclarant ennemi le gouvernement vénézuélien, ils sont là pour servir la patrie.

Les paraperiodistes espagnols ont un entraînement sérieux : ils ont découvert des armes de destruction massive en Irak, ils nous ont convaincus que, pour enlever la burka aux Afghanes, il fallait faciliter l’intervention US, ils ont justifié le bombardement de l’OTAN en Yougoslavie, l’assassinat de Kadhafi, le coup d’État de 2002 au Venezuela, ils ont appuyé la plus que modérée, la modérissime opposition syrienne, et enfin , ils sont d’ une fidélité à toute épreuve aux agences d’Information et aux orientations impériales. Dommage que selon un Rapport de l’Université d’Oxford de 2015, des 11 pays consultés en Europe, les médias espagnols soient les moins crédibles et les deuxièmes moins crédibles des 12 pays étudiés au niveau mondial. [By the way : Consulter le Rapport 2017 pour la France]

Cependant, il y a ceux qui n’ont pas peur de la Constituante vénézuélienne, et qui la défendent même au risque de leur vie. C’est le peuple vénézuélien, ce sont les classes populaires qui ne se sont pas laissées tromper ni effrayer. C’est le peuple qui rend hommage à la mémoire de son commandant qui l’a placé dans l’histoire. Ce sont ceux qui ont reçu une éducation, des livres gratuits, un logement, des soins, … les responsables de quartiers, les ouvriers, les dirigeants, les milliers de Vénézuéliens ont postulé pour servir leur peuple, n’ont pas peur de la Constituante.

Personne qui connaît l’histoire récente du Venezuela, personne qui connaît les plans impériaux, personne qui a rêvé une fois qu’on le fasse participer à un processus constituant dans son pays, ne peut craindre la Constituante vénézuélienne.


Traduit par Estelle & Carlos Debiasi
Edité par Fausto Giudice

Merci à El Correo
Source: http://www.investigaction.net/es/quien-teme-a-la-constituyente-venezolana/
Date de parution de l'article original: 28/07/2017
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=21102


Vendredi 4 Août 2017


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