ANALYSES

Quelques éléments de réflexion sur le récent carnage de Mumbai en Inde


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Lundi 1 Décembre 2008

Photo: www.french.xinhuanet.com
Photo: www.french.xinhuanet.com


Il y a certainement des choses à dire sur cette vague d’attaques meurtrières dont les effets politiques immédiats semblent être un aiguisement de la tension entre l’Inde et le Pakistan, ces deux frères ennemis [en passant, je dirais que ceux qui ont demandé et obtenu une sécession d’avec l’Inde pour fonder un Etat distinct pour les Musulmans du sous continent ont fait une grave erreur tant il est évident que le Pakistan appartient à la nation indienne].

Personnellement, je note deux choses curieuses dans ces événements. La première est que, pour ne s’en tenir qu’à ce cas, la direction de l’hôtel Taj Mahal avait été informée de l’existence de menaces. On trouve cette information en français dans le Post et en anglais dans the Indian Times. Si on lit avec attention l’article du post qui correspond en résumé à l’article du journal indien, on constate qu’alerté le propriétaire de l’hôtel avait renforcé les mesures de sécurité à l’entrée principale de l’hôtel avant d’alléger ces mêmes mesures par la suite.

Eh oui, à quoi bon ces mesures puisque, toujours selon le propriétaire, les terroristes ne sont pas entrés par l’issue principale ?

Je ne sais pas vous, mais moi, si je possédais un hôtel de cette envergure, qui accueille d’importants hommes d’affaires, des diplomates ou encore des acteurs connus, et si comme le véritable propriétaire j’avais mes entrées à tous les niveaux du gouvernement de mon pays, je ferais deux choses : 1) je prendrais des mesures à l’interne pour renforcer la sécurité de mon établissement en « sécurisant » tous ses points d’accès 2) je m’ouvrirais de ces menaces à la police afin qu’elle prenne des dispositions.

Mais bon, je ne possède pas d’hôtel, je ne suis pas un richissime industriel ; juste quelqu’un qui prend une minute pour réfléchir.

La deuxième chose tient à un des lieux qui ont été attaqués, un centre religieux juif orthodoxe [hassidique] où plusieurs personnes de confession juive (certaines de nationalité sioniste) ont été tuées. Les terroristes semblaient parfaitement connaître les lieux (il s’agit quand même d’un immeuble de cinq étages, le Nariman House qui comprend un hôtel).

Comment expliquer ce fait étrange ?

Selon une source non identifiée citée par The Times of India «Il ont séjourné dans Nariman House en tant que locataires en se faisant passer pour des étudiants Malais.»

Et poursuit l’article : « La police cherche à savoir comment des chambres ont pu être louées à des non Juifs. La police a pris tous les registres pour vérification. »

Bonne question en vérité car si, le succès des Hassidiques dépend de leur accessibilité, il s’agit bien entendu de leur accessibilité aux seuls Juifs. Pour les autres, le Hassidisme est fermé comme une huître.

Et remarquons que, du point de vue de la presse sioniste, la tragédie qui vient de se produire est avant tout une tragédie pour les Juifs, le sort des autres victimes relèvent presque de l’anecdote servant simplement à justifier une fois de plus un appel aux puissances occidentales à s’aligner derrière l’étendard de Sion. Anecdote ainsi que la mort, rapportée par the Hindustan Times, de ces deux Musulmans de Mumbai membres d’une même famille tués par les terroristes au début de leur attaque contre Nariman House.

Et une autre question : en admettant que les propriétaires de Nariman House aient loué des chambres à des non Juifs, comment ont-ils pu confondre ces jeunes qui ne parlaient semble-t-il (article ci-dessous) que le Pendjabi avec des Malais?

L’entité sioniste entend bien tirer profit de la tragédie et les informations à ce sujet ne manquent pas sur internet. Mais elle entend aussi tirer bénéfice sur un aspect qui échappera sans doute à beaucoup de gens et qui touche au hassidisme. Les Chabad House sont nombreuses à travers le monde et exercent un rôle de structuration des communautés juives en plus d’un rôle missionnaire de rappel à la foi auprès des brebis égarées du judaïsme (un peu comme le Tabligh chez les Musulmans).

Comme le remarque le Jerusalem Post, sans être sioniste le mouvement hassidique a été un puissant ambassadeur de l’entité sioniste et «le hassidisme a proposé une alternative non territoriale à l’Etat sioniste. A la différence du sionisme il n’a jamais rejeté l’exil. Il n’a jamais lié les Juifs à un territoire spécifique. »

De fait, le hassidisme peut même parfois être vigoureusement antisioniste.

Il n’est pas anodin de constater que l’entité sioniste veut mettre à profit les attaques de Mumbai pour exercer, au motif sécuritaire, un contrôle sur des institutions plus nombreuses à travers le globe que les ambassades sionistes. Occasion inespérée de faire basculer complètement dans le sionisme une famille spirituelle où l’unanimité ne règne pas sur cette question ?

Et pour contribuer à la réflexion, je me suis dit qu’il fallait que je traduise l'article ci-dessous à l’intention des lecteurs non anglophones. L’auteur, un journaliste Japonais réputé, se penche sur les attentats qui viennent de frapper Mumbai, l’ex Bombay. Il nous offre une mise en perspective intéressante de ces attaques qu’il attribue sans hésiter à un certain Ibrahim Dawood dont je n’avais personnellement jamais entendu parler.

Un cerveau du crime organisé a-t-il mis en scène le cauchemar de Mumbai?


Par Yoichi Shimatsu,

New America Media (USA) 28 novembre 2008, traduit de l'anglais par Djazaïri

L’attaque nocturne coordonnée contre sept cibles d’importance à Mumbai rappelle les attentats de 1993 qui avaient dévasté la bourse de Bombay. Cette nouvelle attaque porte la marque du même cerveau criminel – préparation minutieuse, exécution impitoyable et absence de revendications ou d’exigences.

Ce silence étrange qui a accompagné les explosions est la signature même d’Ibrahim Dawood, aujourd’hui propriétaire multimillionnaire d’une société de construction à Karachi au Pakistan. Son nom n’est pas aussi familier pour le monde que celui d’Osama ben Laden. Cependant, en Asie du sud-est, Dawood est un homme craint et, par une sorte de renversement des valeurs, admiré pour sa transformation tardive de parrain du crime en redresseur de torts autoproclamé.

Son accession aux plus haut sommets de la hiérarchie de la pègre indienne a démarré avec sa position de fils dévoué d’un agent de police de la populeuse capitale économique connue à l’époque sous le nom de Bombay.

Remontant à l’enfance, sa familiarité avec les procédures policières et les rouages internes de l’appareil judiciaire avaient donné à cet adolescent ambitieux une capacité remarquable ruser avec les autorités avec des projets criminels toujours plus sophistiqués. Dans le milieu des gangs sans instruction de Bombay, Ibrahim put émerger comme le leader cohérent d’une mafia multi religieuse, pas seulement en raison de son aptitude à pratiquer l’extorsion de fonds et à rétribuer son personne, mais aussi en éliminant impitoyablement ses rivaux.

Dawood, toujours professionnel de la résolution de problèmes, gagna l’amitié d’aspirants officiers du service de renseignement indien connu sous le nom de Research and Analysis Wing (RAW). Il attira rapidement l’attention des agents secrets Etatsuniens qui à l’époque appuyaient mes moudjahidin Musulmans dans leur lutte contre l’occupation soviétique en Afghanistan. Dawood contribua personnellement à de nombreuses opérations secrètes US destinées à financer les rebelles Afghans via des casinos gérés par les Américains à Katmandou au Népal.

Désireux de complaire à tout le monde, Dawood jouait à l’occasion sur deux tableaux, fournissant des documents de voyage et d’autres services à des pirates de l’air islamistes. En réaction, les maîtres espions de Washington tentèrent de « confisquer » hors voie officielle ses investissements dans les casinos népalais. La colère qui s’empara de Dawood est légendaire chez les habitants de Bombay. Honorable homme d’affaires, il s’en tenait strictement à la conviction qu’un accord était un accord et qu’aucune raison ne pouvait justifier sa remise en cause.

Comme Bombay devenait unes des premières places asiatiques – les tarifs de l’immobilier et des hôtels sont parmi les plus élevés de la région – Dawood aurait pu mener une vie confortable de caïd reconverti. Au lieu de quoi, il fut saisi d’une crise de conscience, une indignation morale inédite chez lui, quand des nationalistes Hindous de droite détruisirent une mosquée du nord de l’Inde en 1992, tuant 2000 fidèles Musulmans, des femmes et des enfants pour la plupart.

Un jour du mois de mai suivant, ses hommes de main placèrent des bombes à Bombay, tuant plus de 300 personnes. Ses convictions personnelles avaient – de manière inhabituelle- pris le pas sur sa froide éthique professionnelle. Secoué par le choc, son bras droit Hindou tenta d’assassiner Dawood. Une guerre sanglante déchira ensuite la bande mais, comme toujours, Dawood en sortit vainqueur malgré son exil à Dubaï et à Karachi.

Pendant les dix années qui ont suivi, la violence au Cachemire ayant atteint ses sommets, Dawood envoya par bateau ses jeunes recrues lourdement armées pour débarquer discrètement sur des plages indiennes. La même méthode a été utilisée dans les attaques de Mumbai avec plus de bateaux, sept embarcations d’après les rapports initiaux de la marine indienne.

Pourquoi cette attaque maintenant, au début des fêtes de Thanksgiving aux Etats-Unis ? Le leader d’opposition Indien et ancien vice premier ministre L.K. Advani a longtemps essayé d’obtenir l’extradition de Dawood du Pakistan, démarche qui avait rencontré l’opposition de gouvernement militaire d’Islamabad à l’époque. Suite à la restauration d’un gouvernement civil, le nouveau premier ministre Pakistanais (Gillani) a consenti à faire droit à la requête d’extradition de New Delhi.

Washington comme Londres sont tombés d’accord sur la démarche judiciaire de l’Inde et ont retiré l’ancienne « protection officielle » accordée à Dawood pour ses services passé rendus aux agences de renseignement occidentales. Pourtant, les diplomates Etatsuniens ne pourront jamais permettre le retour de Dawood. Il en sait tout simplement trop sur les secrets les plus sombres des USA an Asie du sud et dans le Golfe dont la révélation pourrait torpiller les relations entre l’Inde et les Etats-Unis. Dawood a été transféré fin juin en lieu sûr à Quetta près des zones tribales du Waziristan et, depuis, il a disparu, probablement de retour au Moyen Orient.

Comme dans le cas d’Oussama ben Laden, le protégé américain de la guerre en Afghanistan, le retour de flamme de la politique secrète des Etats-Unis s’est manifesté soudainement avec des effets spectaculaires à Mumbai. L’attaque contre l’hôtel Taj Mahal s’avérera probablement comme le premier coup fatal porté à l’administration Obama à venir. Les assaillants, qui parlaient le Pendjabi et non le dialecte du Deccan, se sont donnés beaucoup de mal pour incendier cet hôtel prestigieux qui est la propriété du groupe Tata. Ce géant industriel est le plus important soutien parmi les milieux d’affaires de l’accord de coopération nucléaire entre les USA et l’Inde et tata envisage actuellement de devenir un fournisseur d’énergie nucléaire. Les Clinton, en leur qualité d’émissaires d’Enron, furent les premiers à proposer un accord nucléaire avec New Delhi ; ainsi Obama hérite de la catastrophe de Mumbai avant même d’avoir pris ses fonctions.

Dawood figure en quatrième position sur la liste Forbes des dix hors la loi les plus recherchées. Après la nouvelle vague d’attaques qui vient de tuer plus de cent personnes et dévasté des hôtels cinq étoiles, Dawood peut désormais briguer la première place dans les mois et années à venir. En contraste avec le fanatisme souvent inefficace de ben Laden, Dawood est un professionnel à tous points de vue et donc un adversaire bien plus redoutable. Pourtant certains parmi les services de renseignements militaires pakistanais déclarent que Dawood est mort, tué en juillet. Cette version des faits a tout d’une variation sur l’histoire de ben Laden. Si elle est vraie, alors ses sous fifres assument la mission d’un hors la loi transfiguré en légende.

Yoichi Shimatsu, ancien rédacteur en chef de The Japan Times à Tokyo et chargé de cours de journalisme à l’université Tsinghua de Pékin a couvert la crise du Cachemire et la guerre en Afghanistan.

http://mounadil.blogspot.com/


Lundi 1 Décembre 2008


Commentaires

1.Posté par 1200μgrammes le 02/12/2008 11:07 | Alerter
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j'ai le malheureux presentiment de ne plus faire partie de la " communauté restreintes Alter Info" dans les prochains jours, l'association est en difficulté financiere ??!!!!
c'est un peu dommage de sacrifier un quotidien pareil, à petit feux en plus.
je cliquais un peu sur les pubs à defaut d'avoir des solutions de payement, mais maintenant le lecteur maghrebin a droit à sa ptite ristourne de l'information.

vous allez me dire que c'est seulement 3 articles sur 20 !!
oui mais ce sont plus de 50% des articles que je trouvais interessants.mais bon !

la journée commence bien !!!

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