Politique Nationale/Internationale

« Quelle politique économique hors hydrocarbures pour l'Algérie ?


Invité du jour de Radio Algérie Internationale – diffusée le 22 août 2009

Thème « Quelle politique économique hors hydrocarbures pour l’Algérie ?

Interview du Docteur Abderrahmane MEBTOUL – Economiste (Algérie)


Abderrahmane MEBTOUL
Mardi 25 Août 2009

« Quelle politique économique hors hydrocarbures pour l'Algérie ?
Question  1 : que pensez vous   du rapport  du Ministère  de l’Energie et
des Mines  que l’Algérie  a engrangé entre 2000/2008,  350 milliards de dollars de recettes ?  
 
    
 Cela est du essentiellement   au cours élevé du pétrole (le prix du gaz
étant indexé)  qui a connu durant cette période une ascension spectaculaire.
Pour rappel le cours moyen en 2007 à été d’environ 80 dollars et le cours pour 2008 supérieur à 110 dollars, encore qu’il faille tenir compte  de l’évolution du cours du dollar durant cette période . Cela explique
également   l’envolée de la dépense publique surtout entre 2006/2008 et  il
faut se poser la question s ‘il y a proportionnalité entre la dépense publique et les impacts économiques et sociaux
 
    
 Question 2 : Et les exportations hors hydrocarbures en Algérie ?  
 
    
 IL faut rappeler au préalable  que selon le dernier rapport de l’AIE d’août 2009, l’Algérie serait importatrice de pétrole  dans 16 ans. Pour le premier Ministre Ahmed Ouyahia,  c’est entre 25 et 30 ans. Or l’Algérie est indépendante  depuis  47 ans  et  16 ou 25 ans c’est demain  et le problème essentiel  que sera l’Algérie sans hydrocarbures renvoyant à votre question cruciale  devant privilégier pour toute réponse que les  intérêts supérieurs du pays. Cette durée  de vie sera fonction  à la fois des coûts et du vecteur prix lui même en concurrence avec d’autres sources d’énergie. Car malgré  des discours  depuis des décennies, les exportations hors hydrocarbures représentent moins de 2/3% du total des recettes en devises du pays. Comme il  ne faut pas se faire d’illusions,  la part de la valeur
ajoutée telle que calculée  par la comptabilité nationale classique   de
50/55% hors hydrocarbures, la technique connue des économistes de la triangularisation montre clairement  que plus de 80% comme le  bâtiment,
travaux publics, hydrauliques   et d’autres secteurs sont eux mêmes irrigués
par la dépense publique via  les  hydrocarbures restant aux créateurs  de richesses  , agriculture, industrie et services  moins de 20%  du total . Je reviens à la question précédente : que deviendront nos enfants  sans hydrocarbures dans 20 ans ?  
 
    
 Question 3 -Que faire ?  
 
    
 Cela montre  que la véritable clef du développement réside en la ressource
humaine et toujours la ressource humaine,   créatrice de valeur et non les
emplois rentes. Pour preuve  les exportations annuelles   de l’Allemagne ont
été supérieures à 1500  milliards de dollars uniquement pour l’année 2008 (soit  plus de dix fois nos réserves de change  cumulées sur plusieurs
années) suivi de la Chine avec environ 1250 milliards de dollars. Les rapports du PNUD montrent clairement que les  pays qui connaissent l’indice de développement humain (beaucoup plus fiable que le produit intérieur brut) les plus  élevés n’ont pas de pétrole. Pour l’Algérie cela suppose  une bonne gouvernance, la valorisation du savoir  pilier du développement du XXIème siècle qui conditionnent  la cohérence et la visibilité dans la démarche de toute politique socio-économique,  évitant l’ instabilité juridique démobilisatrice pour tout investisseur. Car on ne doit pas oublier la structure oligopolistique du marché mondial ou pour ne  citer qu’un  exemple 10 constructeurs accaparent 80% du marché mondial de voitures. Comment pénétrer le marché mondial évitons  de nous comparer à  la Chine ou l’Inde eux  mêmes un continent  et un marché de plus d’un milliard de
consommateurs,   l’expérience de la Corée du Sud que certains responsables
algériens invoquent souvent a correspondu à une certaine  période historique d’Etats nations (avant l’avènement de l’OMC et des grandes mutations).
Des partenariats ciblés avec  ceux qui ont le savoir faire  et contrôlent ces marchés sont  absolument nécessaires,  se posant d’ailleurs l’urgence de l’intégration maghrébine en ce monde  ou les micro- Etats  ont de moins en moins de poids économique. Car la réalité  est là : l’assainissement des entreprises publiques  a coûté au trésor public  plus de 40 milliards de dollars entre 1991/2008 revenus pour plus de 80% à la case de départ (donc ce n’est pas seulement  une question de capital argent) et ce selon les  données du Ministère de la promotion de l’investissement et que plus de 80% des entreprises privées  sont de types familial  sous forme de SARL  n’ayant ni le management organisationnel et technologique. Alors que les exportations hors hydrocarbures supposent l’insertion dans le  cadre des valeurs internationales
  selon le couple coûts compétitif /qualité.  
 
    
 Question 4- Les nouvelles dispositions   de la loi de finances complémentaire
ne devraient-elles pas favoriser la production hors hydrocarbures  
 
    
 Au préalable,  il ne  faut pas confondre l’Etat régulateur stratégique en économie de marché  et le retour au tout  Etat des années 1970 qui serait suicidaire pour le pays. Même la Chine et la Russie fondateurs du communisme ne vont pas dans ce sens. Je rappelle que les défenseurs de l’ouverture économique et contre le protectionnisme  lors de la dernière réunion du G20 à Londres ont été notamment les pays émergents dont la Chine , l’Inde et le Brésil  demandant  la relance du cycle de Doha, reprochant aux pays
développés   les barrières à l’entrée. La raison essentielle  est que ces
pays, tout en privilégiant leurs intérêts propres,   se sont adaptés
intelligemment aux nouvelles mutations mondiales. Pour ce qui est de  ces nouvelles dispositions, je vous avoue et je ne vais pas me contredire ayant  eu à exposer  mon point de vue dans la presse nationale, que ni le  gouvernement, ni les experts  ne peuvent vous donner une réponse  définitive à votre question. Il faudra être pragmatique. Même le Ministre des Finances a déclaré  récemment que si ces dispositions n’ont pas d’effets on reverra ces procédures.  
 
    
 Question 5: Face à cette situation, l’Algérie a-t-elle préparé les énergies alternatives  dont le nucléaire et le solaire ?  
    
 
 Le prix de cession  des hydrocarbures   sera dans l’avenir essentiellement
fonction de la nouvelle politique énergétique mondiale et  notamment  de la politique énergétique des Etats Unis d’Amérique  et de l’Europe  qui resteront  encore pour longtemps la locomotive de l’économie mondiale ,
évitons l’utopie à court terme, la Chine   n’ayant pour l’instant ,
malgré sa population dépassant le milliard, qu ’un produit intérieur brut équivalent à celui de l’Allemagne  et une  demande solvable intérieure faible( les couches moyennes étant en formation). Nouvelle politique accélérée par la crise actuelle d’octobre 2008, qui se met certes lentement en place entre 2015/2020  préparant l’après hydrocarbures dont les réserves  à rentabilité financière ne dépasseront pas 40/50 ans alors que les réserves de charbon le sont pour plus de 200 ans, en précisant que les USA détiennent  des réserves de charbon  le double en termes d’efficacité énergétique  que toutes les  réserves de l’Arabie Saoudite en hydrocarbures  ( stocké donc pour des raisons stratégiques)  et que la technique du
recyclage  du CO2   est mise  au point  par les scientifiques. Le nucléaire,
selon les spécialistes, bien qu’en progression ne prendra pas une part
importante   dans la consommation énergétique mondiale pour différentes
raisons. Aussi l’avenir  appartient  à la maîtrise du carbone et au solaire,
car faisons confiance au génie humain.   Si les hydrocarbures  ont pris  en
valeur relative plus de place que le charbon ce n’est pas parce  qu’il n’y avait pas de charbon. Le président Barack Obama dans son programme a débloqué plus de 200 milliards  de dollars  pour les énergies alternatives dont d’ailleurs son secrétaire d’Etat à l’Energie est le prix Nobel pour les énergies alternatives. Pour les Européens, le montant  débloqué est équivalent parallèlement aux économies  d’énergie  sans parler  du projet du grand Sahara  initié par les Allemands  de plus  de 560 milliards de dollars US. Dans ce cas précis  , certes l’Algérie a un avantage comparatif  mais attention au chauvinisme, n’oublions pas  que contrairement aux autres sources d’ énergie , le solaire est une énergie libre ( il suffit de capter la lumière et la stocker ) appartenant à toute l’humanité . D’où  
l’importance pour ce genre  de projets   d’une coopération internationale
(et donc  devant réactualiser le droit international)   pour son utilisation à
travers les interconnections. Certes le coût  à court terme est élevé mais la production à grande échelle industrielle des panneaux solaires et  de toutes les annexes peut  conduire à un prix de cession compétitif  d’autant plus que c’est  une énergie illimitée et propre. Car  l’actuel  modèle de
consommation énergétique risque de conduire   à la destruction de la planète
 du fait des importantes émissions  des effets de serre. La prochaine réunion de Copenhague  le dernier trimestre 2009, dans le prolongement des Accords de Kyoto, surtout avec la nouvelle administration américaine  acquise à ces idées, et sous réserve  d’une entente surtout avec la Chine et l’Inde, devrait tracer le cadre futur  conciliant le développement  du Nord et du Sud solidaire  et la protection de notre environnement.  
    
    
 NB- Interview du Docteur Abderrahmane MEBTOUL   – Economiste--réalisée par
 Ouarda AKTOUF ,  diffusée entre 14h40 et 15h le 22 août 2009  



Mardi 25 Août 2009


Commentaires

1.Posté par Le Kabyle le 29/08/2009 18:53 | Alerter
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Un pays qui a bâtit son économie sur le "contener" c'est à dire l'import-import prépare des lendemains terrible pour le pays.Ce pays ne fabrique même pas d'armement !

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