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Quel est le pire, la réglementation ou la déréglementation ?


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Mercredi 30 Janvier 2008

Quel est le pire, la réglementation ou la déréglementation ?


Par Paul Craig Roberts, le 29 janvier 2008


​​​​Les Libertaires prêchent la moralité du marché, et les Socialistes prêchent la moralité de l'État. Les convaincus de la moralité du marché veulent la déréglementation, les convaincus de la moralité de l'État veulent la réglementation.


​​​​En vérité, ni l'une ni l'autre ne semble marcher.


​​​​Considérez par exemple la législation contre la collusion. La gauche politique impose ce règlement de contrôle afin de prévenir le comportement monopolistique des entreprises. L'une des conséquences est que, ne pouvant être de connivence, les entreprises sont esclaves de leurs résultats. Afin de réussir à se concurrencer dans le nouveau monde concurrentiel de la mondialisation, les entreprises ont réduit les pensions et les assurances santé de leurs employés. [*]


​​​​Ou considérez la réglementation sur les nouveaux médicaments, qui entraîne des frais et du retards à leur recours, sans, apparemment, faire beaucoup pour améliorer la sécurité.


​​​​Ou la norme de kilométrage du parc, imposée par la réglementation aux constructeurs d'automobiles. Ce règlement élimine le break familial. Le besoin de capacité de transport familial a fait se tourner vers les vans et les camionnettes. Les fabriquants d'automobiles ont vu le nouveau marché et ont inventé le quatre-quatre, qui, comme le « camion léger, » est dispensé du règlement de kilométrage du parc. La tentative d'imposer des voitures économes en carburant, a abouti au remplacement des voitures par des quatre-quatre plus pesants et plus goinfres en carburant.


​​​​D'autre part, considérez les problèmes résultant de la réglementation bancaires et financières. Les pertes de cette crise dépasse largement les gains provenant de la déréglementation.


​​​​Ou considérez la situation critique de la déréglementation des compagnies aériennes et la détérioration de la qualité du service aérien. Ou l'augmentation des coûts des services téléphoniques et la perte des actions de premier ordre pour les veuves et les fonds de retraite, qui a résulté de la dislocation d'AT & T. Ou les scandales et les incertitudes de la déréglementation des services publics, qui permet aux non producteurs d'énergie comme Enron de s'engager à distribuer du courant électrique.


​​​​Les économistes prétendent que la déréglementation se traduit par une baisse des prix. Le prix bon marché des billets d'avion est citée comme preuve. Ce que ces économistes veulent dire, c'est que le prix des voyages sans escale est bon marché pour ceux qui peuvent planifier leur voyage à l'avance. Les autres passagers subventionnent ces tarifs avant-gardistes en payant quatre fois plus. De plus, la déréglementation a créé une compétition de résultats qui a fait diminuer les services, supprimer les repas, et a provoqué des faillites périodiques, obligeant les créanciers des compagnies aériennes à payer les bas tarifs. Les pilotes, les stewards et les équipes de maintenance des avions, subventionnent la baisse des tarifs avec la réduction de leur salaire et pension de retraite. Les faillites et la fusion des leaders de l'industrie en un seul transporteur provoqueront-elles la réapparition de la réglementation ?


​​​​Considérez les retombées de la déréglementation du camionnage. Comme dans le cas des compagnies aériennes, la revendication était que plus de communautés seraient desservies et que les coûts diminueraient. Mais quels coûts ? La déréglementation fait l'objet des principales nouvelles à chaque minute. Les camions sont devenus plus grands, plus lourds, et ils roulent plus vite. La sécurité routière en souffre, et le coût de maintenance des autoroutes augmente. La courtoisie des chauffeurs de camions a diminué. Quand le transport routier était réglementé, les camionneurs s'arrêtaient pour aider les gens dont la voiture était en panne. Aujourd'hui, ça ferait tomber le plan de travail et menacerait le résultat.


​​​​Les économistes ne tiennent pas compte des coûts non compris dans le prix. Pour eux, le coût qui importe, c'est le prix payé par le consommateur. Le camion, qui est plus rapide, livre à meilleur prix au consommateur. Les multiples façons dont les gens paient le prix de la déréglementation ne font pas partie du prix payé à la caisse du comptoir.


​​​​Les économistes disent aussi que les prix plus bas des supermarchés Wal-Mart ont profité aux consommateurs. Ils ne disent pas que la délocalisation des boulots à l'étranger réduit les opportunités d'emploi et les gains de durée de vie de la main-d'œuvre, ni que ça ruine les finances des travailleurs congédiés et détruit la base d'imposition de leurs communautés locales. Aucun de ces sacrifices dus à la délocalisation n'entrent dans le prix des marchandises délocalisée que les Étasuniens achètent.


​​​​La privatisation contre la socialisation est une autre dimension du conflit. Ceux qui se méfient du pouvoir de la propriété privée placent leur confiance dans la propriété publique, et ceux qui se méfient du pouvoir de l'État trouvent que la liberté est compromise en l'absence de propriété privée. L'expérience du 20ème siècle a confirmé que la propriété publique est inefficace économiquement, sans rapporter de profit de compensation au bien-être public. Les responsables des entreprises nationalisées vivent bien à la fois aux dépens des contribuables et des consommateurs.


​​​​Néanmoins, la privatisation peut être poussée trop loin, et elle l'est. Suite au coût direct de leur construction et à leur coût d'exploitation élevé quand elles sont aux mains de l'État, les prisons ont été privatisées et elles sont devenues des entreprises à but lucratif. Les gouvernements évitent les coûts de construction et signent un contrat pour les services de l'incarcération. Prétendument, la plus grande efficacité de l'exploitation privée diminue les coûts.


​​​​Les prisons privées, cependant, nécessitent un flux constant de prisonniers. Ils ne peuvent se permettre d'avoir des cellules libres. Si le taux d'incarcération chutait, les profits disparaîtraient et la faillite tomberait sur les propriétaires. Les prisons privatisées créent donc une demande de coupables, et, de ce fait, pourraient en fait augmenter le coût global de l'incarcération.


​​​​Les États-Unis, le « pays de la liberté, » ont la plus grande population carcérale au monde. Avec 5 pour cent de la population mondiale, les États-Unis détiennent 25 pour cent de la population carcérale mondiale. Ils détiennent 1,3 millions de gens en prison, plus que la Russie en proie à la criminalité, et 700.000 prisonniers de plus que la Chine autoritaire, qui a une population quatre fois plus nombreuse.


​​​​Aux États-Unis, le nombre et la nature des crimes ont explosé. Les prisons sont pleines d'usagers des drogues, et on a maintenant des « crimes de haine, » comme l'usage de la liberté d'expression, garantie par la Constitution, contre les « minorités protégées. » Il est dans l'intérêt des investisseurs des prisons de faire campagne en faveur de la criminalisation de toujours plus de libertés civiques et de comportements humains banals.


​​​​Les arguments pour la déréglementation sont aussi idéologiques que ceux en faveur de la réglementation. Ce ne sont pas des arguments aussi transparents dans l'une ou l'autre approche. Ces questions devraient être décidées sur leurs avantages, mais en général elles sont décidées par l'idéologie régnante d'une époque ou par des groupes d'intérêt puissants.


​​​​Le régime Bush a déréglementé le gouvernement au sens où ce régime a supprimé les retenues que les Fondateurs avaient mises sur le pouvoir exécutif. Cela a été fait au nom de la « guerre contre le terrorisme. » Simultanément, Bush a durci la réglementation des voyages et de la communication, nous espionnant quand nous utilisons Internet, et précisant à l'once près la quantité de shampooing et de dentifrice que les Étasuniens peuvent monter à bord des avions de ligne commerciaux .


​​​​Les crises détruisent la liberté. Lincoln s'est servi de la crise des États qui se retiraient de l'Union pour détruire les droits de ces États, un élément de préservation essentiel des libertés dans l'esprit des Fondateurs. Roosevelt a utilisé la Grande Dépression pour détruire le pouvoir législatif du Congrès, en déléguant ce pouvoir à des organismes fédéraux. Bush s'est servi du 9-11 pour attaquer les libertés civiques qui protègent les Étasuniens contre l'État Policier.


​​​​Peut-être que nous sommes parvenus aujourd'hui au point où Libertaires et Gauchistes peuvent accepter que le gouvernement étasunien ait désespérément besoin d'être re-réglementé, et soit de nouveau tenu pour responsable devant la population.



​​​​Paul Craig Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor dans l'administration Reagan. Il est l'auteur de Supply-Side Revolution : An Insider's Account of Policymaking in Washington, Alienation and the Soviet Economy et Meltdown: Inside the Soviet Economy, et est coauteur avec Lawrence M. Stratton de The Tyranny of Good Intentions : How Prosecutors and Bureaucrats Are Trampling the Constitution in the Name of Justice. Clic ici pour l'entrevue [en anglais] de Peter Brimelow de Forbes Magazine avec Roberts au sujet de la récente épidémie d'inconduite des procureurs.



Original : http://www.vdare.com/roberts/080129_regulation.htm
Traduit au mieux par Pétrus Lombard pour Alter Info



* NDT : La déréglementation servirait à interdire le monopole d'État, qui ne saurait pas faire à bas coûts puisqu'il dispose de l'inépuisable argent public, au profit des entreprises qui se débrouilleraient au mieux par leurs propres moyens sans entrave étatique.

​​​​Dans un monde déréglementé, si elles jouaient vraiment le jeux, les entreprises ne s'arrangeraient pas entre elles pour créer des monopoles, ce qui revient à établir des accords (règlements) entre elles, pour augmenter leurs profits. L'interdiction des monopoles devrait donc demeurer dans le monde déréglementé, elle devrait même être la première loi de base du jeu.




Mercredi 30 Janvier 2008


Commentaires

1.Posté par al akl le 30/01/2008 19:04 | Alerter
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La chronique de Paul Craig Roberts ou comment observer et analyser la ruine US sans pouvoir y apporter le moindre changement.

Ou comment les idées de génie, deviennent des erreurs sans fonds. Dont les conséquences

comme quoi il faut douter et analyser sans cesse et sous toutes les coutures. lire entre les mots et se poser toutes les questions possibles, et meme impossible sans craindre le ridicule...


2.Posté par al akl le 30/01/2008 19:07 | Alerter
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désolé, il manque des mots;

"dont les conséquences sont irréparables."

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