Diplomatie et relation internationale

Quel bilan peut-on tirer de la visite du président de la république française, F. Hollande en Algérie ?



salah sakhri
Samedi 29 Décembre 2012

Quel bilan peut-on tirer de la visite du président de la république française, F. Hollande en Algérie ?
Quel bilan peut-on tirer du voyage du président de la république française, F. Hollande en Algérie ?

Le président de la république française, le socialiste F. Hollande a effectué une visite officielle de deux jours en Algérie les 19 et 20 décembre 2012. Quel bilan peut-on tirer de sa visite ? La première chose qui saute aux yeux est la disproportion des cadeaux échangés entre les deux «partenaires». La partie algérienne a offert au président français deux chevaux de courses, une peinture et un burnous blancs brodés de fils d’or à sa compagne. La partie française a offert au président algérien une sculpture en céramique et un livre d’un prêtre sur son voyage en Algérie en 1858. Voilà pour la forme ! Le président de la république algérienne a accordé une journée chômée aux employés et un jour de congé aux lycéens et aux étudiants pour venir applaudir le président français à Alger et à Tlemcen. On imagine mal les autorités françaises faire la même chose pour un chef d'Etat étranger. Les politiciens d’extrême droite, de droite, socialiste, écologiste (Le PCF demande que la France fasses ses excuses) et les journaux français ont tous fait un étalage d’une vision néo-colonialiste répugnante. Il fallait voir la mine réjouie des journalistes sur les chaînes de télévisions françaises quand Hollande martelait son refus de faire des excuses pour les crimes de la colonisation française en Algérie. Le gouvernement algérien a offert au président français la tribune du parlement croupion pour distiller au peuple algérien ses dénonciations creuses, platoniques, des méfaits de la colonisation. Les députés algériens, sensé incarner la volonté du peuple, donnèrent d'eux-mêmes une image pathétique en applaudissant debout le président français qui leur a asséné «ses vérités» sur le colonialisme et les rapports qu'il veut nouer entre les deux pays. On sait que l'impérialisme français ne renoncera jamais de son propre chef à la perspective d'apporter "une aide" industrielle et technique non pas de premier plan, mais une "aide" pour faire de l'Algérie un appendice de l'économie française.

La demande d'excuse et d'indemnisation est une revendication juste pour la partie algérienne.

Le président Hollande est venu en Algérie pour dire «ses vérités» sur la colonisation. Le président Hollande reconnaît que la colonisation fut un crime pour les Algériens ; cependant, il n’est pas allé au bout de sa logique : il devait faire ses excuses avec pour conséquence l’indemnisation de l’Algérie. L’Allemagne a bien accordé à la France des indemnités pour ses méfaits durant les deux guerres mondiales. Nous n’avons pas entendu des progressistes allemands et français s’opposer au principe de l’indemnisation. Par contre on rappel à juste titre que l’Allemagne doit 1000 milliards d’euros d’indemnités à la Grèce pour l’occupation du pays par les troupes hitlériennes. L’ex-URSS a bien obtenue des dommages de guerre de l’ex-RDA, au nom du peuple allemand, pour les crimes de l’occupation allemande. Ce qui serait bon pour la France, la Grèce ou l’ex-URSS ne le serait-il pas pour l’Algérie ? Il va sans dire que tout communiste algérien qui refuse de porter la revendication d’une indemnisation de l’Algérie par la France sert en dernier ressort les intérêts des groupes financiers et industriels français. Comment ce communiste algérien peut-t-il enseigner la fraternité prolétarienne entre le peuple algérien et le peuple français alors que la France officielle refuse de s’excuser et d’accorder une indemnisation aux Algériens ? Comment un communiste français peut-il enseigner la fraternité prolétarienne entre le peuple français et le peuple algérien s’il ne demande que son pays n’indemnise pas le pays victime ? Le président Hollande a proposé à l’Algérie un «partenariat» dit stratégique. Or, ce prétendu partenariat n’est que de la poudre aux yeux pour camoufler la spoliation, l’étranglement et la mise en coupe réglée de l’Algérie par les monopoles industriels et financiers français.

La destruction des forces productives : moyen ultime pour maintenir les nations faibles dans les filets de la dépendance économique et politique.

Prenons deux exemples probants qui attestent et confirment pleinement que l’impérialisme entrave ou détruit les forces productives des nations faibles. L’Irak et l’Algérie ont fait l’expérience de cette politique. Avant l’agression impérialiste du 17 janvier 1991, l’Irak avait acquis une puissante base industrielle, scientifique et technique. Le but officiel de la guerre contre l’Irak était la libération du Koweït or en réalité nous avons assisté à une destruction systématique de l’appareil industriel, scientifique et techniques irakiens. Quarante deux jours d’intense bombardement aérien, naval et terrestre ont suffit pour ramener l’Irak à l’ère préindustrielle, dixit, Schwarzkopf.
En Algérie les choses se passèrent autrement, mais le but était le même. En avril 1994, le gouvernement algérien accepte le plan d’ajustement structurel (PAS) du FMI pour rééchelonner sa dette extérieure. Le pays consacrait plus de 70% de ses revenus annuels au remboursement des intérêts de sa dette extérieure détenue au 2/3 par les banques françaises. Le PAS exigeait une réduction drastique des dépenses publiques en général et une destruction d’une bonne partie des forces productives. Le secteur public érigé au prix de lourds sacrifices humains et financiers dans les années 70 fut méticuleusement détruit. Des dizaines de milliers d’entreprises publiques furent dissoutes, restructurées ou privatiser. Cette destruction industrielle sans violence eut pour effet la suppression de 800 000 d’emplois industriels pour une population active de 5 millions d’ouvriers, selon les sources ministériels et syndicales de l’époque.

L’imprévoyance criminelle des gouvernements algériens.

La hausse du prix des hydrocarbures à partir de la décennie 2000 donna à l’Algérie une relative aisance financière. Quand le moment de reconstruire les infrastructures dégradées pendant la décennie 90 fut venu le pays se retrouva dépourvu de l’outil de production détruit sur ordre du FMI dans les années 90. Que faire dans ces conditions ? Il n’y avait pas trente six solutions ! Le gouvernement fit appel aux capitalistes étrangers pour reconstruire le pays. Mais, le capital étranger n’est nullement intéressé à aider au développement économique du pays. Tout ce qui l’intéresse en dernier ressort c’est de tirer le maximum de profits ! Il suffit de voir les scandales financiers, les contrats non exécutés, la corruption du personnel politique et administratif par des sociétés étrangères, le travail défectueux et bâclés des chantiers pour se rendre compte que l’Algérie est devenue un « Eldorado » pour le capital étranger y compris chinois ! Même dans le cas improbable, absurde, où ce capital étranger voudrait aider au développement économique du pays il ne peut être plus royaliste que le roi. En effet, la bourgeoisie algérienne a depuis longtemps abandonnée toute perspective d’une édification d’une économie nationale. Cette dernière ne serait pas la bourgeoisie si elle était capable de sacrifier sa rentabilité immédiate au profit d’une rentabilité à plus long terme pour développer les forces productives.

En se prosternant devant Hollande la classe politique algérienne évoque les sages paroles du démocrate révolutionnaire russe Tchernychevski qui disait à propos de la Russie tsariste quelle était une : «nation misérable, nation d’esclaves ; de haut en bas tous sont esclaves.». Ces paroles ne sont pas le signe d’un dépit, mais bien le signe d’un attachement fort à la patrie, d’un attachement qui déplore le manque d’esprit révolutionnaire des masses contre le servilisme extérieur. On ne peut reprocher à une personne d’être née esclave…par contre on peut lui reprocher de rester esclave ! La bourgeoisie algérienne…n’aimerait pas entendre ces propos. Par contre les ouvriers algériens doivent méditer le sens profond des propos du poète révolutionnaire russe, opposer à l'humiliation nationale gouvernementale la fierté nationale fondée sur la fraternité humaine et l’égalité entre les nations.

Salah Sakhri.







Samedi 29 Décembre 2012


Commentaires

1.Posté par TBK le 30/12/2012 10:44 | Alerter
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L'Algérie n'est pas une nation d'esclaves c'est plutôt que l'on assiste a la mort d'un système politique imposé depuis 1962 et les populations musulmanes ne sont nullement concernées.

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