Géopolitique et stratégie

Que signifie la présence de fusées US sur le territoire polonais ?



abdellah.ouahhabi@online.fr
Samedi 13 Septembre 2008

Image: Ria Novosti
Image: Ria Novosti
Ça y est, l’accord est signé : il y aura des radar d’écoute en profondeur de l’espace aérien russe et il y aura des fusées d’interception en Pologne. Les accords sont signés par les Usa avec les deux pays.

Les Russes se sentent visés et ils ont protesté vivement. Les Américains ont répondu : « non, ce n’est pas vous que nous écoutons, ce n’est pas vous que nous visons ; c’est l’Iran et la Corée du Nord ».

Les Russes savaient bien que c’était faux. Mais espérant accéder à des marchés US, ils n’ont pas osé dès le début dire que si les USA allaient les menacer, ils allaient répondre à titre de réciprocité à la fois contre les USA et contre le deux pays complices, la Pologne et la Tchécoslovaquie.

Au lieu d’une réaction claire et nette établissant où était la ligne rouge que les USA ne pouvaient pas dépasser impunément, les Russes ont donné la prépondérance à l’action diplomatique : les grillades dans le ranch des Bush où était convié Poutine, la proposition de celui-ci de mettre son propre radar tourné vers l’Iran au service des USA, etc. En gros, disons « par une politesse (déplacée pour de tels sujets), ils ont fait semblant d’accorder du crédit aux fallacieuses craintes des USA à l’endroit de bombes atomiques iraniennes qui n’existent pas encore et qui n’existeront pas de sitôt.

C’était une grave faute de communication qui a donné de mauvaises informations aux Américains. Elle les a indirectement autorisés à faire le pari que la Russie ne réagirait vigoureusement ni contre l’ABM en Pologne ni contre l’attaque géorgienne.

Officiellement ; il s’agit de baser dix missiles anti-missiles et leurs servant américains sur le territoire polonais.

Mais, ce qui se passe en Pologne est extrêmement grave.

Cette base US compte 400 hectares. Dans ces 400 hectares est aménagé un aéroport et bien sûr les installations nécessaires au largage des dix missiles prévus. De plus, le personnel US est en dehors de la législation polonaise ; autrement dit, cette base a quasiment un statut d’extraterritorialité.

Là où on commence à comprendre ce dont il s’agit réellement, c’est quand on se souvient que la Pologne fut un des principaux sites où furent localisés des prisons clandestines de la CIA en Europe, avec la complicité des autorités polonaises.
Ainsi, qu’est-ce qui garantit qu’un soir les USA ne feront pas atterrir subrepticement dans cet aérodrome contrôlé par leurs seuls soldats des missiles beaucoup plus agressifs contre la Russie située à moins de quelques centaines de kilomètres ? Ils pourraient ainsi avoir l’avantage d’une première frappe imparable (moins de dix minutes entre le point de départ et la cible) et paralysante contre le système de défense russe.

Pourtant les Russes ont tout fait pour plaire aux USA : ils ont laissé faire la première agression contre l’Irak, un allié traditionnel de l’URSS ; ils ont laissé faire la deuxième agression qui fut une destruction totale et une occupation du pays qui a déjà duré plus que la Seconde Guerre Mondiale. Pour faire plaisir aux USA, la Russie s’est plus ou moins fâchée avec son voisin, l’Iran en retardant de plus de dix ans la livraison de la station électrique nucléaire de Bushehr. Ils ont voté trois paquets successifs de sanction contre l’Iran alors qu’ils savent bien que son activité de développement d’un nucléaire civil ne constitue en aucune façon une infraction à la charte de la non-prolifération des armes nucléaires. Ils ont quasiment laissé tomber la Syrie et le peuple palestinien.

Et tu cela pour des miettes et une aggravation de la situation stratégique de leur pays : le projet anti-missile US sera installé en Europe.
On savait qu’il y avait un dispositif équivalent flottant qui se promenait dans le Pacifique.
On vient d’apprendre q’une autre sera construit en Israël et utilisé par les militaires US.
Plus récent encore, les sénateurs US oint voté les crédits pour un autre dispositif situé dans un pays dont le nom est encore secret.
De son côté le ministre des affaires étrangères russe a déclaré que : « Nous disposons de renseignements confirmant que la mise en place d'une quatrième et d'une cinquième zones est également prévue ».
C’est pourquoi ce vendredi 12 août 2008, l’agence russe d’information RIA Novosti rapporte les propos du président Medvedev : les dirigeants de la Russie issue de l’URSS ont vécu dans une « illusion (qui) se fondaient sur la croyance en un monde équitable, avec un système de sécurité optimal préservant l'équilibre, un monde dont les principaux acteurs sont aussi en équilibre. Mais il n'en est rien". Il précise que l’attaque Géorgienne directement contre les troupes russes, préparée par les USA et Israël, que les récents événements qui ont accompagné la crise du Caucase ont signifié la disparition totale de cette illusion.
Le président appelle à revenir au droit international et à la reconnaissance des intérêts légitimes de son pays, à l’égal des autres pays, y compris les USA. Mais cette fois-ci, il ne se fait plus d’illusion : il a ordonné à ses aviateurs de faire des vols d’entraînement dans les eaux internationales, au large des côtes septentrionales des USA à bord des avions Tupoliev 160, le bombardier qui pourrait hypothétiquement être chargé un jour de lancer des missiles nucléaire contre Washington et New York, etc. Cet avion avait décollé de l’aérodrome militaire du Venezuela, Liberador.
Message aux USA :
- vous venez nous chatouiller en Europe, nous viendrons vous chatouiller aussi.
C’est ce constat que l’antagonisme USA-Russie n’était pas uniquement idéologique du temps de l’URSS qui fait que l’on voit les premiers signes de réchauffement des anciennes alliances de l’URSS : Vietnam, Cuba, etc. Demain, le ministre iranien se rend en Russie ; il sera certainement question de l’attitude de la Russie au Conseil de Sécurité au sujet du projet de nouvelles sanctions contre l’Iran. Et justement, hier, Madame a appelé à ce sujet Monsieur Poutine pour clarifier les positions respectives : « continuerez-vous à nous soutenir contre le terrorisme ? »
Comprendre : « continuerez-vous à nous aider à écraser les soutiens internationalistes de la lutte du peuple palestinien ? »
Je suppose que Poutine lui a répondu par une autre question : « et qu’êtes-vous prêt à faire concrètement pour nous ? ».
Le résultat de cet entretien est réservé au ministre des affaires étrangère iranien. Les choses ne tarderont pas à se clarifier : ou bien les USA auront conclu une transaction avec la Russie et ils présenteront un projet de résolution contre l’Iran qui sera votée ou bien ils n’y parviendront pas et il ne présenteront pas de résolution pour ne pas essuyer un camouflet devant l’opinion internationale.
Pour conclure, vous me direz : « et l’Union Européenne dans tout cela ? »
C’est la grande absente. Monsieur Poutine a déclaré à des journalistes que « l’UE n’a pas de politique étrangère ». Sous-entendu : elle s’aligne sur celle des USA et défend exclusivement les intérêts de ce pays.
Monsieur Solana, coordonnateur des politiques étrangères de l’UE et son représentant international a protesté. Mais les protestations de cet ancien secrétaire général de l’OTAN ne sont pas convaincantes : les USA ne se sont pas gênés pour embaucher des pays de l’UE dans leur aventure irakienne au grand dam des pays du noyau européen. Ils ont taxé la France, l’Allemagne et d’autre pays de « vieille Europe ». Puis, plus récemment, comme on vient de le voir avec la Pologne et la Tchéquie, ils installent en Europe des bases militaires qui engagent tout le continent sans passer par le Conseil des ministres de l’Union Européenne.
Monsieur Solana n’a rien trouvé à y redire.
Nous ne serions bons que pour payer les frais de cette politique aventureuse des USA au Moyen-Orient, en Afghanistan. Payer en milliards d’euro. Payer en vies humaines.
De Gaulle, Où es-tu ? Reviens vite, ils deviennent fous !


Samedi 13 Septembre 2008


Commentaires

1.Posté par kamel le 13/09/2008 01:27 | Alerter
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Leur matos c'est de la merde (arrow I,arrow II,etc),nul !!!
Les russes n'ont pas peur de leur matériel (tout comme les afghans),c'est juste une question de principe.
On ne négocie pas avec un pistolet dans la poche,l'histoire a des similarités pour l'Iran avec les différents USS daubes des années 70 stationnés dans le Golfe persique.Puis en cas de futur négociations une proposition de démantelement serait bien vu des "opinions populaires" (gogols),alors qu'en fait c'est naturel.
"T'as vu chui gentil je pose le pistolet sur la table"...

2.Posté par arrakis le 13/09/2008 13:58 | Alerter
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"De Gaulle, Où es-tu ? Reviens vite, ils deviennent fous ! "

l'expression n'a que trop de sense ! dans cette époque !

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