Néolibéralisme et conséquences

Que les «globalisers» laissent les «localisers» en paix!



Karl Müller
Mercredi 3 Février 2010

Au regard des droits de l’homme, la Russie peut suivre sa propre voie

Que les «globalisers» laissent les «localisers» en paix!

Les préjugés concernant la Russie ont une longue et regrettable tradition. Ne datant pas de l’Union soviétique, ils ont des relents ra­cistes et se manifestent aujourd’hui encore.
On ne cesse de mépriser la politique russe, on lui reproche d’être «trop peu occidentale». On ne parle guère des réussites du pays et de ses habitants.
Le 12 janvier, le correspondant à Moscou d’un quotidien allemand a critiqué les projets de modernisation du président et du gouvernement russes. Malheureusement, cet article est entaché de préjugés négatifs. Son auteur prétend que les idées du Président ont un «aspect mécaniste et technocratique». Il regrette que les mesures chaotiques de libéralisation des années 1990 «ne relèvent pas de la modernisation» et que le «désordre» et l’«organisation par le bas» – il s’agissait effectivement de l’enrichissement sans scrupules d’un petit nombre, d’une «organisation étrangère» et de l’appauvrissement de millions de personnes – «ne peuvent pas être considérées comme des vertus».
A-t-on déjà oublié que ce ne sont pas seulement les erreurs du système soviétique mais également la «stratégie de choc» néolibérale et à caractère féodal (Naomi Klein) des années 1990 qui sont à l’origine des problèmes économiques et sociaux auxquels la Russie doit faire face aujourd’hui?

Vers une alternative à la globalisation dominée par les Etats-Unis?

L’essentiel se trouve à la fin de l’article: l’auteur soupçonne la Russie de chercher une possibilité d’«intégrer la Russie dans l’économie mondiale». C’est effectivement une question importante. En 2003 déjà, Thomas P. M. Barnett, à l’époque conseiller du ministre de la Défense Rumsfeld, avait parlé dans un article du magazine Esquire de «l’étape suivante des interventions de l’armée américaine à l’étranger» et dressé la liste des pays où pourraient avoir lieu des interventions militaires, pays où «la globalisation était peu avancée ou totalement absente». Selon Barnett, si un pays refuse «un grand nombre de mesures de globalisation, la probabilité augmente nettement que les Etats-Unis y envoient des troupes un jour ou l’autre.»
Maintenant Rumsfeld n’est plus ministre de la Défense ni Barnett conseiller du gouvernement, mais si l’on considère les conceptions actuelles de l’Union européenne en matière de politique de sécurité, on y découvre des parallèles évidents.
En juillet 2009 a paru la première édition (la deuxième date d’octobre) d’un document officieux de l’UE préfacé par Javier Solana, haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune. Ce recueil publié par l’Institute for Security Studies (ISS) de l’UE est intitulé What Ambitions for European Defence in 2020?»
Dans un article de Tomas Ries, directeur de l’Institut suédois des Affaires internationales, on peut lire que les risques pour le monde et l’UE provenant d’acteurs étatiques ont certes diminué par rapport à la guerre froide mais qu’ils n’ont pas disparu. Il y a la Corée du Nord, l’Iran, une grande partie du monde arabe, le «botton billion», c’est-à-dire les pays les moins avancés, qui représentent 65% (!) de la population mondiale, et également la Russie (assortie dans cette étude d’un point d’interrogation).

L’UE estime-t-elle nécessaire «un affrontement militaire»?

D’une manière générale sont considérés comme «dangereux» les Etats désignés par le terme anglais de localisers. A propos de la Corée du Nord, de l’Iran et de la Russie en particulier, Ries écrit qu’«il s’agit de faire changer d’avis ces pays dans la mesure du possible et, en cas d’échec, d’avoir raison de leur hostilité à la globalisation. Cela «nécessitera des moyens énergiques d’exercice du pouvoir.» Des «affrontements militaires directs» seront éventuellement nécessaires (pp. 62 et 63).
L’analyse de Ries se fonde sur Robert Cooper et Thomas Friedman. Ce dernier est un des plus importants bellicistes américains. Dans un chapitre de son ouvrage sur la globalisation – «The Lexus and the Olive Tree: Understanding Globalization», 1999 – intitulé «Géopolitique de la globalisation», il évoque la nécessité de sauvegarder le «système globalisé», le cas échéant au moyen de guerres. Quant à Cooper, qui fut conseiller de Tony Blair et chef de cabinet de Javier Solana, il a contribué à forger le concept d’«impérialisme libéral»1.

Propager la haine de la Russie à l’aide de jeux vidéo violents?

La liste d’«études», de «projets», de «programmes» de ce genre est maintenant longue et inquiétante. Et il faut ajouter, car peu de personnes le savent, que l’on propage dans la jeunesse la haine des russophones au travers de jeux vidéo guerriers comme «Call on Duty. Modern Warfare 2» qui ont pour but d’éliminer la raison et la compassion.2 Le monde doit-il s’en accommoder? Certainement pas! Allons-nous rester passifs quand des préjugés empoisonnés et des discriminations prennent la place des efforts en faveur de l’entente entre les peuples et de l’égalité des droits?

Les droits de l’homme garantissent le droit à l’autonomie

Tous nos Etats ont signé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et se sont engagés par là même à le respecter.
Son article premier stipule que «tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assument librement leur développement économique, social et culturel.»
Cela engage également les citoyens des Etats signataires. L’humanité ne doit pas tolérer que l’on méprise ses acquis importants. La Russie a le droit de suivre une voie indépendante en ce XXIe siècle.    •

1     cf. Jürgen Wagner: «Amerikas Mission» – ­Liberaler Imperialismus und US-Aussenpolitik;
in: Wissenschaft und Frieden, 3/2003, pp. 48–51
2     En novembre 2009, le gouvernement russe a ­interdit la vente de ce jeu parce que les forces ­armées russes y sont présentées comme des ­terroristes envahissant les Etats-Unis.
(Die Presse du 19/11/09)

La politique de la drogue de l’OTAN est-elle dirigée contre la Russie?

km. Selon Spiegel Online du 22 janvier, l’ambassadeur russe auprès de l’OTAN Dmitri Rogozine a demandé, dans une lettre adressée au commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe, l’amiral américain James Stavridis, que les troupes de l’Alliance en Afghanistan interviennent de manière plus sévère contre les barons de la drogue. Sinon, Moscou pourrait remettre en cause son soutien.
La Russie critique l’intervention de l’OTAN en Afghanistan et demande une intensification de la lutte contre la culture et le trafic de drogue. «La Russie ne partage aucunement l’idée de l’Alliance selon laquelle les risques provenant de la drogue ne constituent qu’un problème secondaire. […] La situation évolue selon le pire des scénarios possibles. […] On ne saurait assurer la stabilité et la sécurité sans considérer les risques dus à la drogue comme un des facteurs de déstabilisation les plus importants.» […] Dans sa lutte, l’Occident ne doit pas considérer uniquement son propre intérêt mais également celui des Etats partenaires comme la Russie: «L’héroïne afghane tue chaque année 30 000 citoyens de mon pays.»
***
Il y a 6 ans déjà, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, au début février 2004, le ministre russe des Affaires étrangères de l’époque Igor Ivanov avait signalé le problème que représentait pour son pays la culture du pavot en Afghanistan. A l’époque déjà, il déplorait le fait que ce pays soit redevenu une source principale du trafic de drogue: «Il est manifeste qu’en tolérant le trafic de drogue en Afghanistan, on cherche à gagner la loyauté des seigneurs de la guerre et de certains dirigeants du pays. Néanmoins la drogue en provenance d’Afghanistan représente une menace sérieuse pour la sécurité nationale d’une série d’Etats de la CEI en Asie centrale et de la Russie. C’est le résultat de l’absence d’efforts véritables pour stabiliser l’Afghanistan. […] Le fait que des groupes terroristes internationaux s’allient aux barons de la drogue et au crime organisé représente un très grand danger.»
L’OTAN a-t-elle pris cet avertissement au sérieux? Selon des analyses approfondies, il apparaît que les Etats membres de l’OTAN n’ont pratiquement rien fait contre la culture du pavot au cours des 6 dernières années. Des spécialistes comme le professeur Albert A. Stahel de l’Institut d’études stratégiques de l’Université de Zurich ont montré que les troupes d’occupation participaient activement au trafic.
Dans le passé, on a déjà utilisé la drogue comme instrument géopolitique. On peut inonder des pays avec la drogue et les déstabiliser. 30 000 victimes de l’héroïne, cela fait réfléchir.

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Mercredi 3 Février 2010


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