Palestine occupée

Quand des Israéliens démontent le mythe sioniste (1)



On ne sortira pas de la fuite en avant criminelle de la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens sans une forme de rupture avec le sionisme.


Vendredi 12 Décembre 2008

Quand des Israéliens démontent le mythe sioniste (1)
Pierre Stambul


Depuis quelques années, une critique radicale émanant de diverses personnalités israéliennes s’attaque à cette idéologie. En effet en Israël, l’éducation, l’histoire, la loi, la propriété, la façon de penser, l’air qu’on respire, sont sionistes. Il est interdit de douter. Et pourtant, certain-e-s s’échappent. Ils/elles sont journalistes, écrivain-e-s, cinéastes ou historien-ne-s. Ils/elles ont parfois fait de la politique dans les partis de gauche avant de rompre. Ils/elles passent une partie de leur temps à l’étranger comme 15% de la population. Ils/elles s’appellent Amira Hass, Michel Warschawski, Ilan Pappé, Nurit Peled, Gideon Levy, Avi Mograbi, Idith Zertal ...

Deux livres très différents sont sortis en 2008. Ce sont « Vaincre Hitler » d’Avraham Burg et « Comment le peuple juif fut inventé » de Shlomo Sand (l’un et l’autre édités par Fayard). Deux livres très différents mais indispensables pour comprendre et donc pour combattre l’oppression.

Une critique radicale venue de l’intérieur.

Avraham Burg n’est pas « l’un des nôtres », ce qui a parfois indisposé des militant-e-s engagée-e-s pour la Palestine. Il est un pur produit de l’establishment sioniste. Son père, Yossef Burg, a été le représentant du principal parti religieux dans divers gouvernements israéliens de 1951 à 1986.

Il fut un des deux ministres opposés à la pendaison d’Eichmann. C’est plus tard que le Parti National Religieux est devenu un parti d’extrême droite, fer de lance des colons fanatiques. Avraham a grandi dans l’univers protégé des enfants de dirigeants. Il a été un des politiciens en vue du parti travailliste, président de l’agence Juive et président de la Knesset (le Parlement israélien).

Dans le monde sioniste, les ruptures, partielles ou totales viennent souvent d’en haut à l’image de Nahum Goldman ou Théo Klein (qui ont dirigé le Congrès Juif Mondial pour l’un et le CRIF pour l’autre). Burg a brusquement rompu. Il a quitté toutes ses fonctions officielles. Il a redécouvert le judaïsme combattant pour l’émancipation.

Il songe aujourd’hui à créer un grand parti de gauche qui déborde le parti travailliste et le marginalise. Expérience probablement vouée à l’échec vu l’état de la société israélienne.

Le livre de Burg fourmille de « perles » révélatrices de l’état d’esprit sinistre et cynique des dirigeants sionistes.

Ainsi Abba Eban qui fut pendant des années le ministre des affaires étrangères (et devint une « colombe » à la fin de sa vie) a déclaré en réponse à une question de l’ONU après la guerre de 1967 qu’il était hors de question qu’Israël retourne aux « frontières d’Auschwitz » (la ligne verte de 1949).

Ainsi quand les troupes de Sadate attaquent sur le canal de Suez en 1973, Moshé Dayan compare cette attaque à « une destruction du troisième temple ».

Quand l’armée Israélienne attaque l’OLP à Beyrouth en 1982, Menachem Begin déclare : « j’ai eu le sentiment d’attaquer le bunker d’Hitler ». Le même Begin dira que l’alternative à l’invasion du Liban, c’est Treblinka. Ehud Barak est tout aussi pitoyable quand il affirme lors de l’anniversaire de l’insurrection du ghetto de Varsovie :« les soldats israéliens sont arrivés 50 ans trop tard ».

Burg dissèque la mentalité israélienne qui produit l’occupation et la négation de l’autre : « Israël est tombé dans le piège du destin. Nous sommes les bons et eux les ennemis ultimes.

Plus l’adversaire est méchant, plus nous sommes bons ». Il décrit la dérive raciste de sa société où les graffitis : « mort aux Arabes » ou « Pas d’Arabes, pas d’attentats » pullulent en toute impunité. Face à la propagande incessante qui assimile les « Arabes » aux Nazis, Burg s’interroge au contraire sur l’ancienne victime devenue bourreau : « sommes-nous totalement happés par cette effroyable ressemblance avec nos bourreaux ? »

Dans le processus qui l’a conduit à la rupture, il y a une part d’histoire familiale. La mère d’Avraham appartenait à une famille installée en Palestine depuis plusieurs générations à Hébron. En 1929, c’est la première révolte palestinienne contre la colonisation sioniste. 67 Juifs sont tués à Hébron. La mère d’Avraham fait partie des rescapé-e-s grâce à une famille palestinienne qui a caché les siens.

Plus de 60 ans plus tard, Avraham rencontre cette famille de « Justes » pour reprendre la terminologie appliquée à celles et ceux qui ont sauvé des Juifs pendant la guerre mondiale. Cet épisode et cette rencontre ont sûrement été déterminants dans son désir d’une vraie paix basée sur l’égale dignité.

Comme avant lui le philosophe Yeshayahou Leibowitz qui, épouvanté par les conséquences des conquêtes de 1967, a été le premier à parler de judéo-nazisme, Burg considère que « la mise sous tutelle de millions de personnes signifie la remise en cause de l’essence juive ». Burg est très sévère avec l’instrumentalisation du génocide nazi.

Le titre du livre Vaincre Hitler, c’est en finir avec la victimisation, avec la célébration morbide, c’est refuser l’idée que la mémoire d’un massacre puisse légitimer la conduite d’une société.

Dans son livre La Nation et la Mort, l’historienne Idith Zertal aboutit à la même constatation. Burg constate : « nous nous conduisons comme si la Shoah est notre monopole ». Il remarque d’ailleurs que beaucoup d’Israéliens nient le génocide arménien de peur que celui-ci ne porte ombrage au seul génocide valable à leurs yeux : celui des Juifs. « Halte au judaïsme craintif et au sionisme paranoïaque ! » conclut-il.

Toujours sur l’idée que le souvenir des génocides appartient à tout le monde pour qu’ils ne se reproduisent pas, Burg rappelle un génocide oublié, celui de la quasi-totalité du peuple Herero en Namibie, par le colonialisme allemand. Personne n’a condamné ce crime à l’époque. Un des criminels était le père de Goering.

Burg fait l’éloge de Marek Edelman, commandant en second de l’insurrection du ghetto de Varsovie, toujours vivant, toujours bundiste et hostile à l’Etat d’Israël. Il s’élève contre toutes les tentatives de rayer Edelman de l’histoire parce qu’il est antisioniste.

Burg qui est profondément croyant propose qu’on vide la religion juive de tout texte qui pourrait être exploité à des fins de colonialisme ou de haine. Et il souhaite que les autres religions fassent de même. Vaste programme ... À l’inverse des lectures intégristes des textes sacrés, il met en avant l’idée de la responsabilité de chaque être humain vis-à-vis de ses actes.

(à suivre)

Aloufok...


Vendredi 12 Décembre 2008


Commentaires

1.Posté par Aigle le 12/12/2008 15:46 | Alerter
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Les sionistonazis sont entrés dans une phase de folie collective telle que personne , absolument personne ne pourra les empecher de mener le monde a sa perte . ILS REUSSIRONT Là OU LEURS ELEVES , LES PETITS NAZIS DES ANNEES 30 ONT ECHOUES ....Seuls les pelstiniens peuvent les terrasser , pour peu que les salopards des regimes arabes ccorrompus ne les utilisent pas pour regler leurs petits comptes mesquins de singes ( comme ils s'insultent entre eux ) elevés au rang de President/Roi par la grace de leurs maitres Occidentaux

2.Posté par joszik le 13/12/2008 12:02 | Alerter
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Le génocide des indiens d'amérique est tellement gros que chaques fois que quelqu'un traite du sujet, il ommet des signaler ce fait.
Bien sur dans l'imaginaire populaire ce génocide en technicolore était bien plus drôle que celui, en noir et blanc,qui s'est produit dans toute l'Europe

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