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Purge en Arabie saoudite : Désespoir, salut ou les deux ?


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Mardi 14 Novembre 2017 - 14:55 S’incliner ou décliner



Tom Luongo
Jeudi 9 Novembre 2017

Purge en Arabie saoudite : Désespoir, salut ou les deux ?
 

    Les événements dramatiques de ces deux derniers jours en Arabie Saoudite, laissent supposer l’arrivée d’une toute nouvelle ère géopolitique. Le problème est d'essayer de comprendre à quoi elle ressemblera.
 

    Dès le moment où les prix du pétrole ont commencé à baisser, en juillet 2014, je savais que quelque chose de ce genre était possible.
 

Monnaie, monnaie, monnaie

 

    Le Riyal saoudien est indexé sur le dollar étasunien. Ils forment ensemble l’ossature du système pétrodollar, qui a été le fondement de la diplomatie et de la domination du dollar étasunien au cours des quarante-cinq dernières années. Avec la chute rapide du prix des hydrocarbures à cause des niveaux de pompage records des Saoudiens, ces derniers et les États-Unis ont tenté de briser la Russie en détruisant le rouble et le budget de l'État.
 

    Ayant utilisé cette même méthode dans les années 1980, ils avaient fait baisser les prix du pétrole à moins de 10 dollars le baril. En vendant le pétrole au rabais, à un prix proche du coût de production, les Saoudiens ont mis les Soviétiques sous l'eau en paralysant leur économie.
 

    Mais cette fois, Poutine ayant fait l'impensable, la Russie a survécu. Poutine a lentement désarrimé le rouble du dollar. La Russie aimait soutenir le taux de change Rouble/Dollar dans une étroite marge, comme la Chine et le Yuan. Ce désarrimage, fait lentement pour ne pas provoquer de problème intérieur, a permis au rouble de suivre le marché.
 

    Personne à Washington ou à Riyad ne pensait que Poutine ferait cela. Il l'a fait et il a sauvé la Russie en le faisant.
 

    Mais dans l'intention de briser la Russie, les Saoudiens étaient prêts à dépenser des centaines de milliards pour atteindre leurs objectifs.
 

    Et Poutine les a mis au pied du mur. En janvier 2016, continuant à faire pression sur le pétrole, ils ont fait chuter le prix du baril à 28 dollars. En flottant librement, le rouble a pu survivre la baisse des prix du pétrole, car les compagnies pétrolières russes paient leurs factures en roubles et non en dollars.
 

    Et le trésor de l'État saoudien a été en difficulté. De cette façon, grâce à son auto- budgétisation, la Russie a réduit ses dépenses, renforcé ses entreprises nationales surexposées au dollar, et surmonté la crise grâce à la nouvelle réalité d'un rouble plus faible.
 

L'énigme saoudienne

 

    Aujourd'hui, ce sont les Saoudiens qui sont en difficulté et la Russie est à l’aube d'une génération de marché à la hausse. Ne pouvant plus payer leurs factures, les Saoudiens sont ceux qui doivent vendre leurs actifs majeurs (Aramco) et reconstruire leur économie et leur régime politique à partir de zéro.
 

    En fin de compte, sous extrême pression, la situation financière saoudienne a produit l'événement prévisible, le changement de régime. C'est ce que je pensais qu'il allait se passer. Quand ? Aucune idée. Mais par la suite, quelque chose devait arriver.
 

    L'ancienne façon de faire devait cesser. C'est pourquoi le dernier acte majeur du roi Abdullah en tant que monarque, a été de rendre visite le mois dernier à son maître russe, pas à ses maîtres étasuniens.
 

    C'est là qu'il a plié le genou, baisé l'anneau et plaidé en faveur de la paix. Son nouveau prince héritier, Mohammed ben Salmane, ne s'opposera plus directement à la Russie. Et à l’avenir, ils coordonneraient les prix du pétrole de là-bas.
 

    Mais ne vous y trompez pas, la production pétrolière dans le monde est désormais secondaire pour la Russie. Pas pour l'Arabie Saoudite, pas pour les chercheurs de pétrole dans le bassin du Permien aux États-Unis.
 

La Russie

 

    Pourquoi ? Parce que vendre du pétrole à 40 dollars le baril est très rentable pour les Russes. Ils ont établi leurs prévisions de budget autour de cette valeur jusqu'à 2020. Encore une fois, quelle guigne ce rouble flottant. Les Russes peuvent s’adapter à des prix aussi bas que 20 dollars le baril. Ce ne serait pas confortable mais c'est possible. L'Arabie saoudite ne le peut point.
 

    Les Saoudiens ont géré un déficit budgétaire de 14,8% en 2015 ; le 212ème déficit dans le monde. Cette année, les chiffres s'améliorent  ; pourquoi ? Le prix du pétrole monte. Ils coulent toujours, et c’est principalement pourquoi l'introduction en bourse d'Aramco ne s’est toujours pas faite.
 

    Du point de vue politique et économique, l'Arabie saoudite et les États-Unis ont tous deux besoin de prix pétroliers tournant autour des 60 dollars. Les Saoudiens, pour des raisons budgétaires, les États-Unis pour la rentabilité des majors pétrolières, qui ont toujours sur les bras quantité de biens surévalués, achetés pendant le boom.
 

    Et cela ne fait qu'alimenter le boom russe naissant. Dès que la Banque de Russie sortira de la voie économique, ce sera l’apothéose. Et ce sera le grain de sable dans les ridicules discours pondus par les médias étasuniens et saoudiens.
 

    Pour l'instant la situation est claire ; le prix du baril de pétrole sera entre 60 et 70 dollars dans le futur proche.
 

    Mais, l'Arabie Saoudite n'est toujours pas sortie de l’auberge. En fait, ce n’est que le début de ses épreuves. Et la consolidation du pouvoir par Mohammed ben Salmane n'est que le premier pas. Dans ces conditions, que pouvons-nous attendre avec plaisir ?
 

Désespoir ou salut ?

 

    Du point de vue économique, rien n'a changé pour les Saoudiens. Les démarches de ben Salmane ce week-end sont dans la ligne du mandat de Donald Trump, nettoyer la corruption des médias et des institutions politiques étasuniens. Des gens ont été écartés, en particulier le prince Alwaleed ben Talal, qui était le principal vecteur de la corruption.
 

    Ouvertement ennemis, lui et Trump se disputaient sur Twitter. Il avait le bras long à l'intérieur des États-Unis. À mon avis, cette purge a été faite en partie pour payer le soutien de Trump à ben Salmane. En parallèle, Poutine veut avoir l'assurance que les Saoudiens maintiendront leur aventurisme dans des limites.
 

    Nous allons voir si ben Salmane est assez intelligent pour comprendre qu’avoir simplement Trump derrière lui ne suffit pas à garantir la survie de son royaume. La trêve de la guerre du pétrole n'est que le point de départ. S'il veut que Poutine garde sa sérénité, il doit à présent complètement démanteler l'appareil de changement de régime que les Saoudiens avaient à l'étranger.
 

    Et le démantèlement a commencé avec le Premier ministre libanais, Saad Hariri, et l’étape suivante a été de demander d'arrêter deux anciens dirigeants séparatistes syriens, Ahmed al-Jarba et Riad Hijab. Maintenant, le dirigeant palestinien Abbas est invité à Riyad pour parler avec le roi Abdallah et ben Salmane.
 

    Bien qu’ils jouent sans cesse les durs avec l'Iran, il me semble que les Saoudiens ont été castrés par Trump et Poutine. Poutine a entamé l’opération en gagnant d'abord la guerre des prix pétroliers, puis la guerre sur le terrain en Syrie.
 

    L'Irak a repoussé les supplications des Saoudiens et continue à se rapprocher doucement de l'axe Russie/Chine/Iran. La Turquie aussi. La Syrie est un solide allié des Russes. La Russie a rassuré l'Iran grâce à l’accord de 30 milliards de dollars avec Rosneft, qui ramène au passage l'Azerbaïdjan dans son giron.
 

    Poutine a organisé un grand sommet à Sotchi le 18, afin de démarrer pour la Syrie le processus politique d’après guerre civile. Tout le monde sera là avec simplicité, sauf les éternels suspects. La première conférence de paix organisée à Astana, il y a deux ans, étaient les signes avant-coureurs. Elle a marqué la fin du contrôle saoudo-étasunien dans le jeu diplomatique à Genève et le début de celui des Russes.
 

    Si vous commencez à examiner l’échiquier, les lignes de bataille sont clairement marquées. L’Arabie Saoudite, les États-Unis et Israël sont contre à peu près tout le monde. Et avec un échiquier déséquilibré, il est temps qu’émerge une grande négociation de paix.
 

    Le désespoir de l'Arabie Saoudite, sous menace financière existentielle depuis près de trois ans, nous a conduit vers une nouvelle réalité au Moyen-Orient. Poutine a parfaitement joué l'usure, avec la Syrie comme champ de bataille. Un endroit où les intérêts des Saoudiens, des Israéliens et des Étasuniens ont beaucoup moins d'importance qu'ils n’en avaient auparavant.
 

    Pour les Saoudiens, c'était soit cela, soit l'extinction. Il est peut-être trop tôt pour le dire, mais il semble que Mohammed ben Salmane a choisi la vie. Nous saurons si j'ai raison dans quelques semaines, après Astana [Sotchi ? NdT].
 

Gold, Goat ‘n Guns, Tom Luongo, 6 novembre 2017

Original : tomluongo.me/2017/11/06/saudi-purge-desperation-salvation-or-both/
Traduction Petrus Lombard



Jeudi 9 Novembre 2017


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