Lobbying et conséquences

Produire la dépression suivante


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Chris Hedges
Mercredi 12 Septembre 2018




Au cours de la crise financière de 2008, les banques centrales du monde, dont la Réserve fédérale, ont injecté pour des milliers de milliards de dollars de fausse monnaie dans le système financier mondial. Ce faux argent a fait grimper la dette mondiale à 325 000 milliards de dollars, soit plus de trois fois le PIB mondial. Cette fausse monnaie a été thésaurisée par les banques et les sociétés, prêtée par les banques à des taux d'intérêt usuriers, utilisée pour servir les intérêts des dettes impossibles à rembourser ou pour racheter des actions, assurant des millions de revenus aux cousus d’or. La fausse monnaie n’a pas été investie dans l'économie réelle. Aucun produits n’a été fabriqué et vendu. Les travailleurs n'ont pas réintégré la classe moyenne avec des revenus, des prestations et des pensions permettant de vivre. Aucun projet d'infrastructure n'a été entrepris. La fausse monnaie a gonflé d’énormes bulles financières échafaudées sur la dette, et a masqué le fait que le système financier estt prêt à s'effondrer.



Qu'est-ce qui va déclencher le prochain krach ? Les 13 200 milliards de dollars de dettes insoutenables des ménages étasuniens ? Les 1500 milliards de dollars de dette estudiantine insoutenable ? Les milliards investis par Wall Street dans le secteur de la fracturation hydraulique, qui a dépensé 280 milliards de dollars de plus que ce qu’il a rapporté ? Qui sait. Ce qui est sûr, c’est qu’un krach financier mondial qui éclipsera la débâcle de 2008, est inévitable. Et cette fois, avec des taux d’intérêt proches de zéro, et aucun plan pour y échapper. La structure financière se désintégrera. L'économie mondiale entrera dans une spirale de casse mortelle. La colère des populations trahies et appauvries va, je le crains, renforcer davantage les démagogues de droite avec leurs promesses de se venger des cousus d’or mondialistes, de renouveau moral annonçant le retour au mythique âge d'or quand les migrants, les femmes et les gens de couleur retrouveront leur place, et d’un fascisme christianisé.



La crise financière de 2008, comme le fait remarquer l’économiste Nomi Prins, « a converti les banques centrales en nouvelle classe de courtiers en énergie ». En pillant les trésoreries nationales et en accumulant des milliers de milliards de dollars, elles sont devenues toutes-puissantes politiquement et économiquement. Dans son livre « Collusion : Comment les banquiers centraux ont truqué le monde, » elle écrit que les banquiers centraux et les plus grandes institutions financières manipulent frauduleusement les marchés mondiaux et, comme elle l’écrit, fabriquent de la fausse monnaie pour gonfler des bulles d’actifs afin de faire des profits à court terme, tout en nous entraînant vers « un dangereux gouffre financier. »



« Avant la crise, ils roupillaient aux manettes, en particulier la Réserve fédérale des États-Unis, qui est censée être le principal organisme de régulation des grandes banques étasuniennes, » nous a dit Nomi Prins lors de notre rencontre à New York. « La Fed a fait un job horrible, c'est la raison de la crise financière. Au lieu de contrôler, elle a laissé faire. À la suite de la crise financière, afin de la résoudre et de sauver l'économie d'une grande dépression ou récession – quelle que soit la terminologie utilisée –, sa solution a consisté à pondre des milliers de milliards de dollars à partir de l’éther électronique. »



Selon des chercheurs de l’université du Missouri, la Réserve fédérale a remis aux banques une somme estimée à 29 000 milliards de dollars en fausse monnaie. Vingt-neuf mille milliards de dollars ! [Pour cette somme,] Nous aurions pu avoir la gratuité de la scolarité pour tous les étudiants, des soins de santé universels, nous aurions pu réparer notre infrastructure en ruine, passer à l'énergie propre, oublier la dette étudiante, renflouer les propriétaires des maisons inondés, créer des banques publiques à faibles taux d'intérêt dans nos communautés, fournir un revenu minimum garanti à tous, et organiser un vaste programme d'emploi pour les chômeurs et les sous-employés. Seize millions d’enfants ne se coucheraient pas affamés. Les malades mentaux et les sans-abri – il y a environ 553 742 sans-abri aux États-Unis – ne seraient pas abandonnés dans la rue ou enfermés dans les prisons. L'économie revivrait. Au lieu de cela, 29 mille milliards de dollars en fausse monnaie ont été remis à des gangsters qui sont sur le point de s’évaporer dans la nature et de nous plonger dans une dépression qui rivalisera avec le krach mondial de 1929.



Sur le site Internet Popular Resistance, Kevin Zeese et Margaret Flowers écrivent : « Un sixième de cette somme permettrait de donner un revenu de base annuel de 12 000 dollars, pour 3800 milliards de dollars par an ; doubler les cotisations de la sécurité sociale à 22 000 dollars par an, coûterait 662 milliards de dollars ; une prime de 10 000 dollars donnée à tous les professeurs des établissements scolaires publics étasuniens, coûteraient 11 milliards de dollars ; la gratuité de l'université et des grandes écoles de l’enseignement supérieur, coûteraient 318 milliards de dollars ; et la gratuité de l’école maternelle universelle, coûterait 38 milliards de dollars. L’assurance-maladie nationale étendue à tous permettrait à la nation d'économiser des milliers de milliards de dollars sur dix ans. »



Une clause d'urgence de la loi Federal Reserve Act de 1913, permet à la Fed de fournir des liquidités à tout établissement bancaire en difficulté. Mais la Réserve fédérale ne s'est pas cantonnée à créer quelques centaines de milliards de dollars. Elle a inondé les marchés financiers avec des masses absurdes de fausse monnaie. Cela a donné l’illusion que l'économie était ressuscitée. Et pour les cousus d’or, qui contrairement à nous, avaient accès à cette fausse monnaie, c’était le cas.



La Fed a rabaissé ses taux d'intérêt à près de zéro. Certaines banques centrales européennes ont instauré des taux d’intérêt négatifs, ce qui veut dire qu’elles paient les emprunteurs. La Fed, avec un brin de malignité comptable, a même autorisé les banques en difficulté à utiliser ces prêts sans intérêt pour acheter des obligations du Trésor étasunien. Les banques rendent les obligations à la Fed et obtiennent 0,25% d'intérêt. En bref, de l’argent à taux d’intérêt pratiquement nul est prêté aux banques par la Fed, et la Fed leur verse ensuite des intérêts sur l’argent qu’elles ont emprunté. La Fed a aussi racheté tous les actifs hypothécaires sans valeur et les autres actifs toxiques détenus par les banques. Comme les autorités de la Fed pouvaient pondre autant d’argent qu’elles le voulaient, la manière dont elle le dépensait était sans importance.



Nomi Prins exprime cela ainsi : « C'est comme quelqu’un allant à la vente d’un vieux garage et disant : « Je veux ce vélo sans roues. J’en donnerai 100 dollars. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas mon argent. »



« Ces gens ont truqué le système, » a-t-elle dit en parlant des banquiers. « Il y a de la fausse monnaie au sommet. Elle sert à gonfler les actifs financiers, en particulier les actions. Il faut que ça vienne de quelque part. Parce que l'argent est bon marché, il y a davantage d'emprunts au niveau de l'entreprise. Il y a davantage d'argent emprunté au niveau du gouvernement. »



« Où allez-vous le rembourser ? » Demande-t-elle. « Vous entrez dans la nation. Vous entrez dans l'économie. Vous soustrayez de l'argent à l'économie essentielle, aux programmes sociaux. Vous imposez l'austérité. »



Compte tenu de la quantité faramineuse de fausse monnaie devant être remboursée, les banques doivent constituer des accumulations de dettes de plus en plus importantes. C'est pourquoi quand vous payez en retard votre carte de crédit, le taux d'intérêt passe à 28%. C'est pourquoi, si vous déclarez faillite, vous devez toujours rembourser votre prêt étudiant, bien qu’un million de personnes par an ne le remboursent pas, et qu’il est prévu que 40% de tous les emprunteurs ne pourront pas rembourser leur prêt étudiant d'ici 2023. C'est pourquoi les salaires stagnent ou baissent, alors que les coûts – soins de santé, produits pharmaceutiques, honoraires bancaires et services de base –, montent en flèche. La dette forcée augmente pour nourrir la bête jusqu'à ce que, comme dans le cas de la crise des prêts hypothécaires à risque, le système prédateur fasse faillite à cause de la masse des défauts de remboursement. Ainsi, un jour viendra où, comme avec toutes les bulles financières, les bénéfices extrêmement optimistes prévus ne seront plus une excuse suffisante pour continuer à injecter de l'argent dans les entreprises en faillite, comme la fracturation grevée de dettes impossibles à rembourser.



Dans un article du New York Times, intitulé « La prochaine crise financière est tapie sous terre, » Bethany McLean écrit : « Les 60 plus grandes sociétés d’exploration et de production ne génèrent pas suffisamment de liquidités pour couvrir leurs dépenses d’exploitation et de capital… Au total, de mi-2012 à mi-2017, leur flux de trésorerie disponible était négatif de 9 milliards de dollars par trimestre. »



Le système financier mondial est une bombe à retardement. La question n'est pas de savoir s’il va exploser, mais quand il va exploser. Et quand cela arrivera, l'incapacité des spéculateurs mondiaux à utiliser de la fausse monnaie sans intérêt pour masquer la débâcle, entraînera du chômage de masse, l’élévation du coût des importations et des services de base, et une dévaluation qui laissera le dollar presque sans valeur, car privé de son rôle de monnaie de réserve mondiale. Ce tsunami financier fabriqué transformera les États-Unis qui sont déjà une démocratie ratée, en État policier autoritaire. La qualité de vie deviendra fort médiocre, en particulier pour les personnes vulnérables – travailleurs sans papiers, musulmans, gens de couleur pauvres, filles et femmes, critiques anticapitalistes et anti-impérialistes qualifiés d'agents des puissances étrangères –, qui seront diabolisées et persécutées, car la débâcle leur sera reprochée. Les cousus d’or, tentant désespérément de s'accrocher à leur pouvoir incontrôlé et à leurs richesses indécentes, saigneront ce qu’il restera des États-Unis.



Truth Dig, Chris Hedges, 10 septembre 2018


Original : www.truthdig.com/articles/conjuring-up-the-next-depression/

Traduction Petrus Lombard







Mercredi 12 Septembre 2018


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