PRESSE ET MEDIAS

Principes élémentaires de propagande de guerre


Principes élémentaires de propagande de guerre, (utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède...) est un livre de Anne Morelli paru en 2001. Les dix « commandements » sont avant tout une grille d’analyse qui se veut pédagogique et critique. Elle n’a pas pour but de prendre parti, ou de prendre la défense des « dictateurs », mais de constater la régularité de ces principes dans le champ médiatique et social. Au ban des accusés, on retrouve tant les vaincus que les vainqueurs.


Anne Morelli
Dimanche 20 Mars 2011

Principes élémentaires de propagande de guerre
« Je ne tenterais pas de sonder la pureté des intentions des uns ou des
autres. Je ne cherche pas ici à savoir qui ment et qui dit la vérité, qui est
de bonne foi et qui ne l’est pas. Mon seul propos est d’illustrer les
principes de propagande, unanimement utilisés, et d’en décrire les
mécanismes. »[1]

Il est néanmoins indéniable que depuis les dernières guerres qui ont marqué
notre époque (Kosovo, guerre du Golfe, Afghanistan, Irak) ce sont nos
démocraties occidentales et le champ médiatique qui leur correspond qui sont
mis en question.

Anne Morelli réactualise, grâce à ce petit manuel du citoyen critique, des
formes invariables pour des contenus divers. La propagande s’exerce toujours
via les mêmes invariants quelle que soit la guerre, d’où la grande
pertinence de la grille proposée. Il semble également essentiel dans cette
introduction de citer Lord Ponsonby qu’Anne Morelli remercie dès les
premières pages de son ouvrage. En effet, Ponsonby a largement contribué à
l’élaboration des principes. Lord Ponsonby était un travailliste anglais qui
s’était radicalement opposé à la guerre. Déjà durant la Première Guerre
mondiale, il s’illustre par divers pamphlets et finit par écrire un livre sur
ces mécanismes de propagande. Livre qu’Anne Morelli reprend, réactualise et
systématise en dix principes élémentaires.



Nous ne voulons pas la guerre

« Arthur Ponsonby avait déjà remarqué que les hommes d'État de tous les
pays, avant de déclarer la guerre ou au moment même de cette déclaration,
assuraient toujours solennellement en préliminaire qu'ils ne voulaient pas la
guerre . »[2]

La guerre n’est jamais désirée, elle n’est que rarement vue comme
positive par la population. Avec l’avènement de nos démocraties, le
consentement de la population devient essentiel, il ne faut donc pas vouloir la
guerre et être un pacifiste dans l’âme. À la différence du Moyen Âge, où
l’avis de la population n’avait que peu d’importance et la question
sociale n’était pas substantielle.

« Ainsi déjà le gouvernement français mobilise tout en proclamant que la
mobilisation n’est pas la guerre mais, au contraire, le meilleur moyen
d’assurer la paix. »[3]

« Si tous les chefs d'État et de gouvernements sont animés de semblables
volontés de paix, on peut évidemment se demander innocemment pourquoi, parfois
(et même souvent), des guerres éclatent tout de même ? »[4] Mais le second
principe répond à cette question.

Le camp adverse est le seul responsable de la guerre

Ce deuxième principe émane du fait que chaque camp assure avoir été
contraint de déclarer la guerre pour empêcher l’autre de détruire nos
valeurs, mettre en péril nos libertés, ou même nous détruire totalement.
C’est donc l’aporie d’une guerre pour mettre fin aux guerres [5]. On en
arrive presque à la mythique phrase de George Orwell « War is Peace ».

Ainsi, les États-Unis ont été « contraints » de faire la guerre contre
l’Irak qui ne leur a pas laissé le choix. Nous ne faisons donc que « réagir
», nous défendre des provocations de l’ennemi qui est entièrement
responsable de la guerre à venir.

« Ainsi déjà, Daladier dans son « appel à la nation » - faisant
l’impasse sur les responsabilités françaises dans la situation créée par
le traité de Versailles – assure le 3 septembre 1939 : l’Allemagne avait
déjà refusé de répondre à tous les hommes de cœur dont la voix s’était
élevée ces temps derniers en faveur de la paix du monde. […] Nous faisons la
guerre parce qu’on nous l’a imposée. » [6]

Ribbentrop justifie la guerre contre la Pologne en ces termes :

« Le Führer ne veut pas la guerre. Il ne s’y résoudra qu’a contrecœur.
Mais ce n’est pas de lui que dépend la décision en faveur de la guerre ou de
la paix. Elle dépend de la Pologne. Sur certaines questions d’un intérêt
vital pour le Reich, la Pologne doit céder et faire droit à des revendications
auxquelles nous ne pouvons renoncer. Si elle s’y refuse, c’est sur elle que
retombera la responsabilité d’un conflit, et non sur l’Allemagne. »[7]

On a pu également lire lors de la Guerre du golfe dans Le Soir du 9 janvier
1991 :

« La paix que tout le monde désire plus que tout, ne peut pas se bâtir sur
de simples concessions à un acte de piraterie. (…) La balle étant
essentiellement, faut-il le dire dans le camp de l’Irak. »[8]

Idem pour la guerre en Irak, ainsi avant que la guerre ne commence, Le Parisien
titrait le 12 septembre 2002 : « Comment Saddam se prépare à la guerre ».

Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou « l'affreux de service »)

« On ne peut haïr un groupe humain dans son ensemble, même présenté comme
ennemi. Il est donc plus efficace de concentrer cette haine de l’ennemi sur le
leader adverse. L’ennemi aura ainsi un visage et ce visage sera bien
évidemment odieux. »[9]

« Le vainqueur se présentera toujours (voir Bush ou Blair récemment) comme
un pacifiste épris de conciliation mais acculé par le camp adverse à la
guerre. Ce camp adverse est bien sûr dirigé par un fou, un monstre (Milosevic,
Ben Laden, Saddam Hussein, ...) qui nous défie et dont il convient de
débarrasser l'humanité. »[10]

La première opération d’une campagne de démonisation consiste donc à
réduire un pays à un seul homme. À faire donc comme si personne ne vivait en
Irak, que seul Saddam Hussein, sa « redoutable » garde républicaine et ses «
terribles » armes de destruction massive vivent là-bas[11].

Personnaliser ainsi le conflit est très typique d’une certaine conception de
l’histoire, qui serait faite par des « héros », l’œuvre des grands
personnages[12]. Conception de l’histoire qu’Anne Morelli refuse en
écrivant inlassablement sur les « laissés pour compte » de l’histoire
légitime. Cette vison est particulièrement idéaliste et métaphysique en que
l’histoire est le fruit des idées de ses « grand » hommes. À cette
conception de l’histoire s’oppose un conception dialectique et matérialiste
qui définit l’histoire en termes de rapports et de mouvements sociaux.

Ainsi l’adversaire est qualifié de tous les maux possibles. Il en va de son
physique à ses mœurs sexuelles. Ainsi, Le Vif-L'Express du 2 au 8 avril 1999
présente « L’effroyable Milosevic ». « Le Vif-L’Express ne site aucun
discours aucun écrit du « maître de Belgrade » mais par contre relève ses
sautes d’humeur anormales, ses explosions de colère, maladives et brutales :
Quand il était en colère, son visage se tordait. Puis, instantanément, il
recouvrait son sang-froid. »[13] Ce type de démonisation n’est d’ailleurs
pas utilisé uniquement pour la propagande de guerre (comme tous les autres
principes d’ailleurs.)

Ainsi, Pierre Bourdieu rapportait qu’aux États-Unis, nombre d’enseignants
universitaires, excédés de la popularité de Michel Foucault dans leurs
collèges, écrivaient bon nombre de livres sur la vie intime de l’auteur.
Ainsi, Michel Foucault, « l’homosexuel masochiste et fou » avait des
pratiques « contre-nature », « scandaleuses » et « inacceptables. ». Par
ce biais, il n’y a donc pas besoin de débattre la pensée de l’auteur ou
les discours d’un homme politique, mais le réfuter sur des jugements moraux
relatifs aux soi-disant pratiques de l’individu.

C'est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers

Les buts économiques et géopolitiques de la guerre doivent être masqués
sous un idéal, des valeurs moralement justes et légitimes. Ainsi on pouvait
déjà entendre George Bush père déclarer

« Il y a des gens qui ne comprennent jamais. Le combat ne concerne pas le
pétrole, le combat concerne une agression brutale »[14]

ou Le Monde le 22 janvier 1991 : « Les buts de guerre américains et français
sont d’abord les buts du Conseil de sécurité. Nous sommes là en raison des
décisions prises par Conseil de sécurité et l’objectif essentiel, c’est
la libération du Koweït. »[15]

En fait, dans nos sociétés modernes, à la différence de Louis XIV, une
guerre ne peut se réaliser qu’avec un certain consentement de la population.
Gramsci avait déjà montré à quel point l’hégémonie culturelle et le
consentement sont indispensables au pouvoir. Ce consentement sera facilement
acquis si la population pense que de cette guerre dépendent leur liberté, leur
vie, leur honneur[16].

Les buts de la Première Guerre mondiale par exemple se résument en trois
points :

« -écraser le militarisme

- défendre les petites nations

- préparer le monde à la démocratie.

Ces objectifs, très honorables, sont depuis recopiés quasi textuellement à
la veille de chaque conflit, même s'ils ne cadrent que très peu ou absolument
pas avec ses objectifs réels. »[17]

« Il faut persuader l’opinion publique que nous – au contraire de nos
ennemis – faisons la guerre pour des motifs infiniment honorables. »[18]

« Pour la guerre de l'OTAN contre la Yougoslavie, on retrouve le même
décalage entre buts officiels et inavoués du conflit. Officiellement l'OTAN
intervient pour préserver le caractère multi-ethnique du Kosovo, pour
empêcher que les minorités y soient maltraitées, pour y imposer la
démocratie et pour en finir avec le dictateur. Il s'agit de défendre la cause
sacrée des droits de l'homme. Non seulement à la fin de la guerre, on peut
constater qu'aucun de ces objectifs n'a été atteint, qu'on est notamment
loin d'une société multi-ethnique et que les violences contre les minorités
– serbes et roms cette fois - sont quotidiennes, mais encore on se rend compte
que les buts économiques et géopolitiques de la guerre, dont on n'avait
jamais parlé, sont -eux- atteints. »[19]

Ce principe implique son corollaire, l’ennemi lui est un monstre sanguinaire
qui représente la société de la barbarie.

L'ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons des bavures
c'est involontairement

Les récits des atrocités commises par l’ennemi constituent un élément
essentiel de la propagande de guerre. Cela ne veut évidemment pas dire que des
atrocités n’ont pas lieu pendant les guerres. Tout au contraire, les
assassinats, les vols à main armée, les incendies, les pillages et les viols
semblent plutôt – malheureusement - récurrents dans l’histoire des
guerres. Mais le fait de faire croire que seul l’ennemi commet de telles
atrocités, et que notre armée est aimée de la population, c’est une armée
« humanitaire ».

Mais la propagande de guerre s’arrête rarement là, non contente des viols
et pillages existants, il lui faut le plus souvent créer des atrocités «
inhumaines » pour incarner en l’ennemi l’alter-ego d’Hitler
(Hitlerosevic, …). Nous pouvons ainsi mettre côte à côte plusieurs passages
ayant trait à des guerres différentes sans y trouver de grandes différences.

Durant la Première Guerre mondiale, Ponsonby rapporte cette histoire :

« Trente ou trente-cinq soldats allemands étaient entrés dans la maison de
David Tordens, charretier à Sempst (aujourd’hui Zempst). Ils ligotèrent
l’homme puis cinq ou six d’entre eux se jetèrent sous ses yeux sur la fille
âgée de treize ans et lui firent violence, ensuite ils l’embrochèrent sur
leurs baïonnettes. Après cette action horrible ils lardèrent de coups de
baïonnettes son fils âgé de neuf ans et fusillèrent sa femme. »

On n'oubliera pas non plus l’épisode des enfants aux mains coupées, qui
s’apparente plus à une rumeur infondée qu’à un fait historique[20].

Pour la Guerre du Golfe dans Le Monde du 3 mars 1990 : « S’ils ne prouvent
rien quant au nombre, les corps mutilés de la morgue de l’hôpital Moubarak
plaident pour la certitude de la cruauté des sept mois d’occupation
irakienne. Yeux arrachés, gorges tranchées, têtes écrasées, crânes coupés
dont la cervelle s’échappe, corps à moitiés carbonisés, brûlures de
cigarettes… »

Sans oublier également l’épisode des couveuses volées et des bébés tués
atrocement… Qui se révéla être une mystification.

Pour l’Afghanistan dans le Herald Tribune du 7 août 1999 : « Certains ont
été tués dans les rues. Beaucoup ont été exécutés chez eux, après
blocage et perquisition des zones réputées pour être habitées en majorité
par certains groupes ethniques. Certains ont été ébouillantés à mort ou
asphyxiés dans des conteneurs métalliques scellés, placés en plein soleil.
Dans un hôpital au moins, 30 patients ont été tués par balle dans leur lit.
Les corps des victimes ont été abandonnés dans les rues ou dans les maisons,
pour intimider le reste des habitants. Des témoins affolés ont pu voir des
chiens s'acharner sur les cadavres, mais on leur a imposé par mégaphone ou
par radio de ne pas y toucher et de ne pas les enterrer. »

Les talibans, ici responsables de ses atrocités n’ont pour la plupart pas
été arrêtés, et aucune nouvelle de Ben Laden…

Pour la guerre en Irak, les récits furent encore une fois similaires, et les
mensonges sur les armes de destruction massive aussi. On peut donc facilement
dégager certaines tendances dans ces histoires. Il s’agit avant tout de
toucher la corde « sentimentale » du lecteur, il faut avant tout de « bonnes
histoires » et si on ne les trouve pas, on les invente. Les détails «
croustillants » totalement inutiles au vu des réelles conséquences au point
de vue humain dans les guerres sont pourtant monnaie courante dans ces récits,
et fait de l’ennemi un monstre plus horrible que jamais, qui tue avant tout
par plaisir ou vice.

Pour le Kosovo, « il y a évidemment eu, au printemps 1999, meurtres,
pillages, tortures et incendies de maisons albanaises, mais on "oublie" de
mettre en évidence avec la même acuité les mêmes atrocités commises à
partir de l'été sur des Serbes, Bosniaques, Roms et autres personnes non
Albanaises[21]. Leur exode sera passé sous silence alors que les images de
réfugiés albanais du Kosovo et leur accueil à l'étranger avaient fait
l'objet d'émissions complètes à la télévision. C'est que ce cinquième
principe de la propagande de guerre veut que seul l'ennemi commette des
atrocités, notre camp ne peut commettre que des "erreurs". La propagande de
l'OTAN popularisera à l'occasion de la guerre contre la Yougoslavie le terme
de "dégâts collatéraux" et présentera comme tels les bombardements de
populations civiles et d'hôpitaux, qui auraient fait, selon les sources, entre
1 200 et 5 000 victimes. "Erreur" donc que le bombardement de l'ambassade
chinoise[22], d'un convoi de réfugiés albanais, ou d'un train passant sur un
pont. L'ennemi, lui, ne commet pas d'erreurs, mais commet le mal sciemment.
»[23]

Pour conclure sur une citation de Jean-Claude Guillebaud :

« Nous étions devenus, nous journalistes, à notre corps défendant, des
espèces de marchands d’horreur et l’on attendait de nos articles qu’ils
émeuvent, rarement qu’ils expliquent ».

L'ennemi utilise des armes non autorisées

Ce principe est le corollaire du précédent.

« Non seulement nous ne commettons pas d’atrocités, mais nous faisons la
guerre de manière chevaleresque, en respectant – comme s’il s’agissait
d’un jeu, certes dur mais viril ! – les règles. » [24]

Ainsi déjà pendant la Première Guerre mondiale, la polémique fit rage à
propos de l’usage des gaz asphyxiants. Chaque camp accusait l’autre
d’avoir commencer à les utiliser [25]. Bien que les deux camps avaient fait
usage du gaz et qu’ils avaient effectué tous des recherches dans le domaine,
cette arme était le reflet symbolique de la guerre « inhumaine ». Il convient
ainsi de l’imputer à l’ennemi. C’est en quelque sorte l’arme «
malhonnête », l’arme du fourbe.

Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l'ennemi sont énormes

« À de rares exceptions près, les êtres humains préfèrent généralement
adhérer à des causes victorieuses. En cas de guerre l’adhésion de
l’opinion publique dépend donc des résultats apparents du conflit. Si les
résultats ne sont pas bons, la propagande devra cacher nos pertes et exagérer
celles l’ennemi. »

[26]

Déjà durant la Première Guerre mondiale, après un mois du début des
opérations, les pertes s’élevaient déjà à 313 000 tués. Mais l’état
major français n’a jamais avoué la perte d’un cheval et ne publiait pas la
liste nominative des morts [27].

Dernièrement, la guerre en Irak nous fournit un exemple du genre, où on a
interdit la publication des photos des cercueils de soldats américains dans la
presse. Les pertes de l’ennemi sont elles, par contre, énormes, leur armée
ne résiste pas. « Dans les deux camps ces informations remontent le moral des
troupes et persuadent l’opinion publique de l’utilité du conflit. »[28]

Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause

Lors de la Première Guerre mondiale, sauf quelques rares exceptions, les
intellectuels soutinrent massivement leur propre camp. Chaque belligérant
pouvait largement compter sur l'appui des peintres, des poètes, des musiciens
qui soutenaient, par des initiatives dans leur domaine, la cause de leur
pays[29].

Les caricaturistes sont largement mis au travail, pour justifier la guerre et
dépeindre le "boucher" et ses atrocités, tandis que d'autres artistes vont
travailler, caméra au poing, pour produire des documents édifiants sur les
réfugiés, toujours soigneusement pris dans les rangs albanais, et choisis les
plus ressemblants possible par rapport au public auquel ils s'adressent, comme
ce bel enfant blond au regard nostalgique, censé évoquer les victimes
albanaises.

On peut voir ainsi les « manifestes » se développer partout. Le manifeste
des cent, pour soutenir la France pendant la Première Guerre mondiale (André
Gide, Claude Monet, Claude Debussy, Paul Claudel). Plus récemment le «
manifeste des 12 » contre le « nouveau totalitarisme[30] » qu’est
l’islamisme. Ces « collectifs » d’intellectuels, artistes et hommes
notables se mettent donc à légitimer l’action du pouvoir politique en place.


Notre cause a un caractère sacré

Ce critère peut être pris dans deux sens, soit littéral, soit au sens
général. Dans le sens littéral, la guerre se présente donc comme une
croisade, donc la volonté est divine. On ne peut donc se soustraire de la
volonté de Dieu, mais seulement l’accomplir. Ce discours a repris une grande
importance depuis l’arrivée de George Bush fils au pouvoir et avec lui toute
une série d’ultra-conservateurs intégristes. Ainsi la guerre en Irak s’est
manifestée comme une croisade contre « l’Axe du Mal » une lutte du « bien
» contre le « mal ». Il était de notre devoir de « donner » la démocratie
à l’Irak, la démocratie étant un don issu tout droit de la volonté divine.
Ainsi faire la guerre c’est réaliser la volonté divine. Des choix politiques
prennent un caractère biblique qui efface toute réalité sociale et
économique. Les références à Dieu on toujours été nombreuses (In God We
Trust, God Save the Queen, Gott mit Uns, …) et servent à légitimer sans
appel les actions du souverain.

Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres

Ce dernier principe est le corollaire de tous les précédents, tout personne
mettant en doute un seul des principes énoncés ci-dessus est forcément un
collaborateur de l’ennemi. Ainsi, la vision médiatique se limite aux deux
camps cités ci-dessus. Le camp du bien, de la volonté divine, et celui du mal,
des dictateurs. Ainsi, on est « pour ou contre » le mal. En ce sens, les
opposants à la guerre du Kosovo se sont vu traiter dans L’Évènement du 29
avril au 5 mai 1999 de « complices de Milosevic ». L’hebdomadaire va même
jusqu'à systématiser plusieurs « familles ». On retrouve ainsi la famille
« anti-américaine » avec Pierre Bourdieu, Régis Debray, Serge Halimi, Noam
Chomsky ou Harold Pinter. La famille « pacifiste intégriste » avec Gisèle
Halimi, Renaud, l’abbé Pierre… et leur organes respectifs, le Monde
diplomatique, le PCF.

Il devient donc impossible de faire surgir une opinion dissidente sans subir un
lynchage médiatique. Le pluralisme des avis n’existe plus, il est réduit à
néant, toute opposition au gouvernement est réduite au silence et au
discrédit par des arguments bidon.

Ce même argumentaire a été de nouveau en application lors de la guerre en
Irak, bien que l’opinion internationale étant plus partagée, cela c’est
moins ressenti. Mais être contre la guerre c’est être pour Saddam Hussein…
Le même schéma fut appliqué dans un tout autre contexte qu’était le
référendum sur la constitution européenne : « être contre la constitution
c’est être contre l’Europe ! »



Notes et références

 1.

   Morelli, Anne, « Principes élémentaires de propagande de guerre »,
Bruxelles, Labor, 2001, p. 6.
 2.

   Ibid, p. 7.
 3.

   Ibidem
 4.

   Ibid, p. 10
 5.

   Ibid, p. 11.
 6.

   Ibid, p. 14.
 7.

   Ibid, p. 16.
 8.

   Collon, Michel, « attention médias ! », Bruxelles, éditions EPO, 1992,
p. 34.
 9.

   Morelli, Anne, op. cit., p. 21.
 10.

   Morelli, Anne, « L'histoire selon les vainqueurs, l'histoire selon les
vaincus. », 8 décembre 2003 in :
http://www.brusselstribunal.org/8de...;;[archive].
 11.

   Collon, Michel, op. cit., p. 60.
 12.

   Ibidem.
 13.

   Morelli, Anne, op. cit., p. 25.
 14.

   Collon, Michel, op. cit., p. 32.
 15.

   Ibidem.
 16.

   Morelli, Anne, op. cit., p. 27.
 17.

   Ibid, p. 28.
 18.

   Ibid, p. 28.
 19.

   Ibid, p. 34.
 20.

   L'enfant aux mains coupées [archive]1914, nouvelle guerre entre les deux
pays. On se racontait avec insistance, côté français, que les soldats
allemands étaient d'ignobles brutes qui coupaient les mains des enfants.
 21.

   Serbie : Après l’échec des négociations sur le Kosovo, la parole est à
l’ONU [archive]Le Kosovo considéré par Belgrade comme le berceau de sa
culture et de sa religion compte 5 % de Serbes après l’exode de plus de
200000 d’entre eux.
 22.

   Révélation : l'Otan a bombardé volontairement l'ambassade de Chine à
Belgrade [archive] Selon une enquête de l'hebdomadaire britannique The
Observer, conduite avec le journal danois Politiken, l'Otan aurait bombardé
sciemment l'ambassade chinoise de Belgrade le 7 mai dernier (voir aussi notre
article du 10/05/99). Des responsables militaires et des renseignements auraient
déclaré que l'ambassade chinoise abritait un système de retransmission des
émissions de l'armée yougoslave. Du coup, elle aurait été rayée de la
liste des "cibles interdites", et bombardée.
 23.

   Ibid, pp. 37-47.
 24.

   Ibid, p. 48.
 25.

   Ibid, p. 49.
 26.

   Ibid, p. 54.
 27.

   Ibidem.
 28.

   Ibid, p. 56.
 29.

   Morelli, Anne, « les 10 commandements de Ponsonby », sur le site de Zaléa
TV : [1] [archive].
 30.

   Son usage envers le terrorisme par Jack Straw semble en ce sens impropre. Le
"terrorisme" en général ne peut être considéré comme un "totalitarisme"
au sens originaire du terme. Il ne remplit pas les critères nécessaires.
L'usage du concept requiert une analyse approfondie de la société ou de la
structure du groupe étudié, il faut en faire ressortir les catégories
essentielles et les processus de dé-différenciation propres au totalitarisme.
Il ne semble pourtant pas que Jack Straw ait réalisé une telle analyse pour
pouvoir donner une vraie assise théorique à son assertion. L'usage du terme a
dans ce cas un but politique ou de propagande de guerre.


Dimanche 20 Mars 2011


Commentaires

1.Posté par ROBERT GIL le 20/03/2011 16:03 | Alerter
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Voici un article beaucoup plus court sur le sujet...
http://2ccr.unblog.fr/2010/12/08/manipulation-internationale/

2.Posté par dzair le 20/03/2011 18:53 | Alerter
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certes long mais à lire quand même car intéressant

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