Politique Nationale/Internationale

Préparatifs de coup d’État en Bolivie, un scénario à la chilienne ?


Il y a quelques semaines, des officiers de la police bolivienne ont approché des généraux des Forces armées de Bolivie (FAB) pour leur demander s’ils seraient disposés à commettre un coup d’État. Un des militaires clé du succès du coup a refusé de participer et en a informé le Président. Les préparatifs continuent donc sans lui. Et on continue d’entendre à la radio des annonces faisant l’éloge de « l’armée patriotique qui a tué le Che et la subversion ».
Les militaires ne font jamais un coup d’État en l’air, me disait il y a sept ans un ami, le Général Alberto Mueller Rojas, aujourd’hui membre de l’État-major présidentiel d’Hugo Chávez. C’est cette logique que l’on voit à l’oeuvre aujourd’hui en Bolivie. Il y a tout un bloc de conspirateurs composé de diverses forces sociales et étatiques qui travaille à marche accélérée au renversement du président Evo Morales.


Heinz Dieterich
Dimanche 8 Octobre 2006

Préparatifs de coup d’État en Bolivie, un scénario à la chilienne ?



Heinz Dieterich

Traduit par Fausto Giudice


Les préfets des États pourvus de ressources énergétique set séparatistes de Beni, Pando, Santa Cruz de la Tierra et Tarija, promeuvent la mise sur pied de « Comités civils » qui sont le fer de lance de la subversion visible. Aussi bien les préfets que les comités de citoyens sont entrés en rébellion ouvert contre le gouvernement constitutionnel d’Evo Moarales, déclarant qu’ils « ne respecteront pas la Constitution politique qui sortira de l’Assemblée constituante, au cas où celle-ci ne serait pas approuvée dans tous ses articles par les deux tiers des votes » des constituants. Ils avertissent qu’ils avanceront dans leur « autonomie départementale » si cette condition qu’ils posent n’est pas remplie.
Ils peuvent évidemment compter sur le soutien de la Cour suprême de justice de la Nation – aussi réactionnaire et corrompue que ses homologues bourgeois dans le reste du monde – qui fournit à l’insubordination prévue l’apologie du délit.
Face à la déclaration récente de l’Assemblée constituante, qui a dit se considérer comme « originelle, plénipotentiaire et fonctionnelle », c’est-à-dire qu’elle ne s’estime pas limitée, pour la construction du nouvel État, par les normes en vigueur, les magistrats soutiennent la position des préfets factieux. Ils professent que, selon le droit constitutionnel, le pouvoir de l’Assemblée constituante n’est pas « originel-fondateur » mais « dérivé-réformateur » et donc soumis à la législation en vigueur, qui exige les deux tiers des votes.
Les comités civils s’appuient sur le financement de secteurs patronaux et sur la collaboration de hauts gradés de la police, des colonels par exemple. Leurs actions sont enflées et encouragées par les moyens de communication privés, souvent en suivant les modèles de la propagande fasciste. Certains des plus grands médias sont entre les mains de magnats capitalistes qui ont fait d’importants investissements dans le secteur agricole des provinces séparatistes et qui craignent donc la réforme agraire du gouvernement.
Sur le plan social, les associations de pères de famille –généralement réactionnaires et contrôlées par l’Église -, alliées au secteur enseignant et à celui de l’enseignement secondaire et universitaire privé, promeuvent des grèves, des blocus et des manifestations contre le gouvernement.
Les secteurs de l’énergie essayent de susciter la pénurie de diesel et d’essence afin de provoquer un malaise dans la population.
Comme au Chili, les transporteurs ont se sont vus assigner la tâche de casser l’économie et la paix publique par une grève nationale, proclamée pour le début de la semaine prochaine, dans le but de faire converger tous les secteurs anti-gouvernementaux dans un vaste front déstabilisateur. Se référant explicitement à la grève, financée par la CIA, des camionneurs chiliens contre Salvador Allende en 1972, Evo Morales a qualifié il y a deux jours la grève bolivienne de grève « idéologique » : « C’est la lutte pour le pouvoir », a dit le leader populaire, disant clairement ce qui était en jeu : « c’est soit eux, les groupes de nantis soit les mouvements populaires ».
La centrale ouvrière bolivienne (COB) menace de se joindre à ce front de déstabilisation : elle est en train d’adoipter une position d’antagonisme face au gouvernement, comme on l’a vu dans dans son appui au conflit armé qui a mis aux prises les membres de coopératives et les mineurs salariés à Huanuni, dans le Potosí, qui a fait une quinzaine de morts et soixante blessés. Le conflit de Huanuni a une origine économique. Il s’est produit suite à la tentative de 4000 membres de coopératives minières, proches du ministre des Mines Walter Villarroel, de s’emparer de l’exploitation de la plus importante mine d’étain de Bolivie, Posokoni, en expulsant un millier de mineurs salariés de l’entreprise publique COMIBOL. L’État a été pris par surprise : du fait de son hésitation face à l’alternative : soit faire tuer des mineurs par les Forces armées soit se faire accuser de « négligence et absence de l’État », 36 heures précieuses se sont écoulées, qui ont constitué une véritable mine d’or pour la propagande de la droite. Celle-ci a profité au maximum de son hégémonie sur les moyens de communication : d’une manière très similaire à la manipulation médiatique durant les journées du coup d’État au Venezuela, elle n’a cessé d’attaquer le gouvernement.
En Bolivie, on suit minutieusement le manuel de la subversion usaméricain. La machine factieuse est huilée avec l’argent, les modèles de propagande et les programmes politiques fournis par l’impérialisme usaméricain, lequel, depuis le 11 septembre 2001, a mis Evo Morales sur la liste des terroristes potentiels établies par les forces de sécurité des USA pour poursuivre les terroristes.
Les complices de l’Union européenne et les transnationales de l’énergie complètent la phalange subversive. « BP-Tony », Premier ministre britannique et agent politique de la British Petroleum, a siggéré aux entreprises d’énergie du Royaume-Uni, de ne pas investir dans le gaz bolivien.
C’est la politique que pratique déjà Petrobrás, la transnationale brésilienne-internationale, dont l’attitude prédatrice et néocoloniale face à la Bolivie et aux quatre pays latino-américains, fait pâlir d’envie les autres transnationales occidentales. Cette politique néocoloniale requiert d’urgence l’organisation d’un boycott de tous es produits dans toute l’Amérique latine, pour briser cette technocratie parasitaire et chauvine, qui est semblable à la direction de PdVSA (Pétrole du Vénézuela) face au gouvernement bolivarien.
Tous veulent renverser « l’Indien » Evo qui gêne les affaires, tout comme le « Nègre » Chávez au Venezuela. Pour Chávez, après l’échec du coup d’État, le moyen d’élimination choisi est le poison ou l’accident. En Bolivie, les nantis et leurs parrains impériaux sont d’accord sur l’idée qu’un coup d’État militaire pourrait être le moyen adéquat. Sauf qu’un coup d’État militaire, comme le disait l’ami Mueller Rojas, ne peut pas se faire dans le « vide ». ce à quoi nous assistons en Bolivie, c’est une tentative de la droite mondiale de combler ce vide.
Aujourd’hui, plus que jamais, la Révolution bolivienne a besoin de notre solidarité mondiale.




Rebelión

Traduit de l’espagnol par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elles est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.

Photo de titre : les affrontements entre mineurs salariés et mineurs organisés en coopératives pour le contrôle de la mine d'étain de Posokoni, à Huanuni, ont déjà fait une quinzaine de morts. La droite attise le feu.



Lundi 9 Octobre 2006


Commentaires

1.Posté par Benito Juarez le 11/10/2006 15:23 | Alerter
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C'est amis de la démocratie,il faut absolument ce joindre aux amis de M,Evo Morales et défendre la Bolivie contre une agression Américano-Britanique et l'ancien président espagnol Asnar!!

Attention DANGER...Aux armes compagnons!

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