Histoire et repères

Prenez garde à l’expression « Moyen-Orient »


Avez-vous déjà entendu quelqu’un nommer les États-Unis « l’Extrême-Occident » ou l’Europe de l’ouest « la Moyenne-Europe » ? Alors pourquoi acceptons-nous que la nation arabe soit dénommée « Moyen-Orient » ?


Ibrahim Alloush
Lundi 25 Décembre 2017

Nation Arabe
Nation Arabe
Premièrement : À l’instar des expressions « Proche-Orient » ou « Extrême-Orient », le terme « Moyen-Orient » exprime le fait que les Occidentaux nous considèrent comme des êtres condamnés à nous définir par rapport à un point de référence unique : l’Europe comme centre du monde. De ce fait, cette expression renferme intrinsèquement l’idée d’une relation de subordination héritée de l’époque coloniale.

Deuxièmement : L’expression « Moyen-Orient » nie fondamentalement l’identité arabe de nos pays. Elle les représente uniquement comme un rassemblement hasardeux et incohérent de communautés, de races, de tribus et d’émirats rivaux que rien ne relierait entre eux. La mise en avant systématique de ces particularismes est une manière de rejeter la notion d’arabité.

Troisièmement : Le terme « Moyen-Orient » normalise la colonisation sioniste, comme toutes les autres occupations de la nation arabe telles que celle du Sandjak d’Alexandrette, de la province d’Ahwaz, du désert de l’Ogaden ou des villes de Ceuta et de Melilla au Maroc. L’expression « nation arabe » exprime clairement le caractère colonial d’« Israël ». En revanche, si nous parlons de « Moyen-Orient », la totalité de la région est désintégrée et sionisée.

Quatrièmement : L’expression « Moyen-Orient » ouvre la voie au démantèlement des États arabes centralisés ou décentralisés ; non pas dans le but de fonder un État arabe unique – fondement du projet nationaliste arabe – mais pour créer toujours davantage de petits États dirigés par le sionisme et l’impérialisme hégémonique.

Le point commun des mouvements, pacifiques ou violents, de ce que l’on appelle le « Printemps arabe » (1), est de préserver un système de dépendance vis-à-vis de l’impérialisme, de favoriser l’implantation de cet impérialisme là où il n’était pas encore présent et de jeter les bases du démantèlement des États arabes centralisés. Ce projet fut inauguré en Somalie puis en Iraq lors de l’invasion étasunienne en 2003.

Les fonds de « soutien » et les organisations internationales, spécialisant leur domaine de compétence sur notre région, comportent presque systématiquement dans leurs noms les termes de « Moyen-Orient », de « Proche-Orient » ou, d’une manière plus pernicieuse encore, ceux de « Moyen-Orient et d’Afrique du nord », insinuant par là que l’Afrique du nord n’est pas arabe (2).

Toutes les idéologies « libérales » ou « islamistes » cherchant à défaire le lien existant entre l’Homme et la terre, à détruire l’idée de nation et de oumma arabe, à séparer le citoyen de la nation et à démanteler l’État, font intrinsèquement partie du projet du « nouveau Moyen-Orient ».

Pour toutes ces raisons, l’ensemble des Arabes honorables doivent rejeter l’expression « Moyen-Orient » et persister à utiliser le terme de « nation arabe ».

Quant à savoir pourquoi nous devons utiliser l’expression « nation arabe » et non celle de « monde arabe », il s’agit d’une autre question qui mériterait d’être traitée indépendamment (3).


(1) Note de la traductrice : L’expression « Printemps arabe » est elle aussi purement occidentalocentriste puisqu’elle reprend celle de « Printemps des peuples » qui désigne les révolutions ayant traversé l’Europe en 1848. Ainsi, les Arabes ne seraient que des Européens attardés condamnés à revivre l’histoire de l’Europe avec plus de cent-cinquante ans de retard.

(2) NDT : Notons que même les « altermondialistes » qui se pensent comme de subversifs « opposants » au système « néolibéral », reprennent ce vocabulaire désarabisant sorti des think tanks néoconservateurs étasuniens. Ainsi, la déclaration du Forum social mondial de Tunis daté du 29 mars 2013 parle « des peuples du Maghreb-Machrek (du Nord d’Afrique jusqu’au Moyen-Orient) » ou de « la région du Maghreb-Machrek » mais à aucun moment de la nation arabe. Cette déclaration des « opposants » à la « globalisation néolibérale » réussit même le tour de force sémantique de ne pas utiliser une seule fois les mots honnis d’ « Arabe » ou de « musulman ». Dans l’esprit de certains de ses rédacteurs, l’idée de légitimer implicitement la présence d’une entité coloniale intruse n’était peut-être pas totalement étrangère à ces choix sémantiques ? Cf. « Assemblée des mouvements sociaux – Forum social mondial 2013 », URL : http://www.fsm2013.org/fr/node/12973

(3) NDT : Sur cette question, cf. la contribution du père de l’auteur : Nâjî Alloush, « « Monde arabe » ou « nation arabe » ? », URL : http://mestraductions.unblog.fr/2012/12/28/%C2%AB-monde-arabe-%C2%BB-ou-%C2%AB-nation-arabe-%C2%BB/



Source : Arabrenewal.info

Traduction : Souad Khaldi


Lundi 25 Décembre 2017


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