Politique Nationale/Internationale

Poutine sur Internet : les missiles nord-coréens, le gaz, le Mondial et le sexe


Costume strict, chemise blanche et cravate à pois, le visage sérieux et assuré, Vladimir Poutine commence à communiquer avec les internautes, un auditoire disparate et imprévisible s'il en est.

Les animateurs, Alexandre Gournov (chaîne de TV Russia Today) et Brigitte Kendall (BBC) entament par la question numéro un du jour et pendant dix minutes Vladimir Poutine évoque la position de la Russie concernant les tirs de missiles qui viennent d'avoir lieu en Corée du Nord.


RIA Novosti
Vendredi 7 Juillet 2006

Poutine sur Internet : les missiles nord-coréens, le gaz, le Mondial et le sexe




La conférence sur Internet dévie peu à peu vers des thèmes maitrisables comme le problème nucléaire iranien, la légalisation des drogues douces, le montant des pensions russes (le président s'abstient de répondre à la question de savoir s'il pourrait vivre avec 2.500 roubles par mois, se bornant à faire remarquer que l'auteur de la question n'a pas décliné son identité), les soldes misérables des officiers russes, la vision que le leader russe a de l'âme de George W. Bush (Vladimir Poutine élude la question, qualifiant son homologue américain de "partenaire sûr" et d'"honnête homme".

Le train-train de la conférence est troublé par la journaliste britannique qui pose à brûle-pourpoint une question au sujet de la fiabilité de la Russie en tant que fournisseur de gaz. Brigitte Kendall rappelle qu'au début de l'année Gazprom avait suspendu ses livraisons à l'Ukraine et associe ce fait au début de la présidence de Vladimir Poutine au G8. Elle demande comment l'Occident peut alors miser sur la fiabilité de la Russie comme fournisseur de produits énergétiques.

Le président russe, détendu jusqu'ici, bien appuyé sur le dossier de sa chaise, réagit brusquement à la question de la journaliste britannique: "Pouvez-vous me dire le prix de votre collier?" Maîtrisant parfaitement le russe, Brigitte Kendall croit mal comprendre. La voyant embarrassée pour répondre, Alexandre Gournov traduit la question du président en anglais. La journaliste fait alors l'étonnée, disant qu'elle ne s'attendait pas à une question aussi fortuite, mais Vladimir Poutine rétorque qu'elle aussi pose des questions inattendues. La Britannique tente alors de s'en tirer par une plaisanterie en disant qu'elle ne peut pas révéler le prix du bijou en question pour ne pas susciter la curiosité de son mari ou d'un voleur, mais son interlocuteur se conduit alors en journaliste professionnel et contraint littéralement Brigitte Kendall à avouer que le collier lui avait coûté plusieurs centaines de livres sterling. Vladimir Poutine continue son pressing pour finalement demander à la journaliste de bien vouloir lui céder l'ornement pour quelques kopeks, ignorant sa remarque amusée qu'en tant que président russe elle pourrait lui consentir un rabais.

"Il est peu probable qu'à un quidam vous le céderiez à vil prix. Pourquoi alors la Russie devrait-elle vendre au rabais ses biens et ses ressources naturelles à ses partenaires qui sont ses égaux sur la scène internationale?", demande Vladimir Poutine en embrayant savamment sur la politique.

Une fois cela dit, pendant un quart d'heure il décrit avec force gestes le mécanisme de livraison du gaz via l'Ukraine, évoque les engagements de la Russie devant des pays d'Europe occidentale, la dépendance de la Russie vis-à-vis des hydrocarbures et l'image de la Russie à la lumière des rapports avec l'Ukraine.

"Si vous tenez tellement à ce que nous vendions notre gaz à l'Ukraine à des prix sacrifiés, alors vous devez aussi comprendre qu'en agissant ainsi vous créez avec notre concours un milieu non compétitif pour certains secteurs économiques en Europe... A propos, l'Union européenne insiste pour que chez nous nous relevions des prix du gaz au profit de nos producteurs, ce que nous faisons. Pour quelle raison nous ne devrions pas faire de même avec nos voisins?" a demandé Vladimir Poutine.

Alexandre Gournov tente bien de passer à une autre question, mais le président le coupe: "Attendez, laissez-nous parler". Il se tourne alors de nouveau vers Brigitte Kendall pour l'assurer que la Russie "veillera à ne pas détruire son économie en pratiquant des prix pétroliers élevés".

Le tour d'Alexandre Gournov arrive enfin et la discussion reprend progressivement son cours normal, bien que parfois les questions posées concernent des thèmes sensibles. Vladimir Poutine n'a manifestement pas l'intention de décevoir les internautes: il ne leur cache pas qu'il a embrassé le petit Nikita sur le ventre tout simplement parce qu'il l'a trouvé très mignon et a eu envie de le caresser comme un petit chat. A ce moment la voix du président s'adoucie.

Evoquant la Géorgie, Vladimir Poutine relève que l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud ont les mêmes droits que les Etats de l'ex-Yougoslavie et que par conséquent la communauté internationale doit percevoir leur volonté d'indépendance en se référant aux mêmes principes qui avaient prévalu lors du démantèlement de l'empire yougoslave. L'animatrice de la BBC tente immédiatement de "pincer" le président russe en établissant un parallèle entre la Géorgie et la Tchétchénie russe, mais ici aussi Vladimir Poutine réagit en polémiste averti.

"Parfait. Alors qu'ils fassent comme nous en Tchétchénie, qu'ils organisent un référendum", rétorque Vladimir Poutine qui, rappelons-le, avait personnellement initié cette consultation en Tchétchénie.

Ensuite il est question de la corruption et de l'attitude des Russes à l'égard des étrangers de couleur de peau différente. Le président saisit alors la tasse de thé qui se trouve devant lui depuis le début de la conférence.

Cinq minutes plus tard il promet de régler les problèmes d'un Anglais qui se plaint des problèmes bureaucratiques qui l'empêchent d'obtenir un visa touristique russe.

Deux heures après le début de la conférence le modérateur de celle-ci, la rédactrice en chef de RIA Novosti, Svetlana Mironiouk, propose à Vladimir Poutine de répondre à des questions parvenues sur le moniteur (jusqu'ici toutes les questions ont été lues par Brigitte Kendall et Alexandre Gournov). Elle lui suggère de répondre à Artem, 18 ans, de Voronej, qui demande au président quelle équipe il supportera lors de la finale de la Coupe du monde de football.

"Comme la sélection russe est absente, mes encouragements iront à l'équipe qui pratiquera le plus beau football. Attendons donc pour voir... Mais il me semble que les Italiens et les Français sont dignes de disputer la finale. Les uns et les autres ont joué magnifiquement", lui répond le président.

Vladimir Poutine traite en direct plusieurs autres questions, promettant de répondre sur son site Internet à celles qui sont revenues le plus souvent.

Mais à la fin de la conférence sur Internet le président russe répond justement à l'une d'elles, concernant sa première expérience sexuelle.

"De la première, je ne m'en souviens plus. Par contre, j'ai encore en mémoire la dernière", a répondu le président présenté récemment sur Internet comme l'un des sex-symboles de la jeunesse russe.


Vendredi 7 Juillet 2006

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