Politique Nationale/Internationale

Pourquoi les Britanniques ne marchent pas dans la croisade contre les Musulmans:La philosophie du kébab


En dépit de cinq années d’une guerre intense contre le terrorisme, il ne semble pas que la Grande-Bretagne soit en train de devenir aussi islamophobe que Blair et ses amis sionistes l’auraient souhaité. Après cinq années de guerre anglo-américaine contre l’Islam, ce sont en fait les juifs britanniques qui insistent à dire qu’on a assisté à une montée alarmante des sentiments anti-juifs. Plus d’un an après les attentats du « 7/7 » [le 7 juillet 2005, à Londres, plusieurs bombes avaient explosé simultanément dans plusieurs stations de métro et dans un autobus urbain, NdTl’opinion publique britannique persiste à refuser de faire sien le distinguo opéré par Blair entre un Islam « réactionnaire » et un « bon » Islam.


Gilad Atzmon
Mercredi 27 Septembre 2006

Illustration de titre : Tony Blair, vu par Ben Heine
Illustration de titre : Tony Blair, vu par Ben Heine
Gilad Atzmon

Traduit par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice


Bien que le gouvernement britannique, en particulier le ministère de l’Intérieur et les forces de l’ordre fassent l’impossible pour diviser la société britannique en répandant la peur, tout en maintenant une pression intense sur les musulmans britanniques à travers la législation, les descentes policière et la création de toutes pièces d’un certain nombre d’alertes à l’attentat fantasmatiques, le peuple britannique demeure totalement apathique devant les exhortations de Blair. Le seul résultat, c’est que les Britanniques sont désormais convaincus qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas très rond chez lui et que c’est lui, par le fait, qui est dangereux. Ils veulent que Blair dégage et qu’on ne le voie plus sur la photo. Il est particulièrement intéressant que le soutien fatal apporté par Blair à l’agression meurtrière d’Israël contre le peuple libanais se soit avéré le dernier clou enfoncé dans le cercueil du Premier ministre.

On est fondé à se demander pourquoi les Britanniques rechignent-ils ainsi à suivre leur Premier ministre sionophile ? [eng. ziophile ; ici : jeu de mots sur les préfixes zoo et zio… NdT

La réponse, c’est le kébab. C’est aussi simple que ça. Aux petites heures du matin, tout ce que vous pouvez manger en Grande-Bretagne, c’est des kébabs : kébab de poulet (shish taouk), kébab de mouton, döner kebap d’agneau, döner kebap de poulet et chawarma. Apparemment, c’est dans les gargotes à kébabs et dans un certain nombre de petites épiceries de quartier que les Brits rencontrent la communauté musulmane. Dans la plupart de ces commerces, ce sont de jeunes mâles méditerranéens ou asiatiques qui sont chargé de vous servir, avec un accent étranger. Moyen ou gros, votre sandwich ? vous demandera-t-on. Sauce à l’ail, ou sauce au piment ?



Ce n’est désormais plus un secret : se plonger dans la Grande-Bretagne, c’est en assimiler la cuisine. La cuisine Balti est le « Plat National Britannique », de nos jours. Le kébab est à la veille de supplanter les antiques gargotes à Fish & Chips (poisson + frites) dans l’ensemble du pays. Gelfilte Fish (carpe farcie), en revanche, comment dire…, cela reste toujours une terminologie étrangère, en anglais. Vous trouverez ça, à la rigueur, en boîtes de conserve importées d’Israël, dans le rayon cachère chez Tesco, chez Marks & Spencer ou dans les quartiers chics du Nord Ouest de Londres, mais pas ailleurs…

Par contre, le kébab, lui, est répandu absolument dans tous les recoins de l’Angleterre. Vous en trouverez dans toutes les rues des centre-villes. Si vous allez dans un petit restau à kébab d’un quartier arabe populaire, comme celui d’Edgware Road, vous aurez peut-être même la chance d’être invité à une séance de chicha, la pipe à eau. Et, au fond, le truc, c’est ça ; une fois que vous avez dégusté votre kébab, qui vous tient bien au ventre, votre esprit peut embrasser l’Orient. Cela n’a, de fait, rien à voir avec le goût des divers kébabs, ni avec leur valeur nutritionnelle. Non. Il s’agit, en réalité, de la concrétisation d’un principe métaphysique fondamental : « les êtres humains ont tendance à avoir confiance dans les gens qui mettent de la nourriture sur leur table ». Si vous avez pas confiance, vous bouffez pas. Et ça, c’est un truc que Tony Blair – même lui ! – n’a pas réussi à changer.

Bon. OK. Vous allez me dire que ça explique pourquoi les Britanniques n’ont pas suivi l’agenda islamophobe de Blair, mais que ça n’explique toujours pas la soi-disant « montée de l’antisémitisme »…

Même si les Gentils britanniques ne se précipitent pas en masse chez Blooms, il faut bien admettre qu’aux petites heures du matin, Golders Green, le shtetl officiel de Londres, bourdonne littéralement d’activité. Il est en effet ouvert aux visiteurs. De nombreuses boulangeries juives et bagel machers vendent leurs délicieuses spécialités. Pourtant, ce sont principalement des membres de la communauté juive que vous y rencontrerez. Contrairement à notre Edgware Road de tout à l’heure, qui est devenue le melting pot culturel N° 1 de Londres, où tout le monde traîne aux terrasses, que ce soit chez Ranush, chez Maroush, ou chez Al-Dar, Golders Green est un cercle social sélect et cachère. Si vous vous arrêtez chez Karmeli pour déguster un börek ou un rogalah, les seuls clients que vous rencontrerez, ce sont des gros bonshommes portant kippa, flanqués de leurs épouses habillées cachère. Les goyim ne sentent pas spécialement les bienvenus chez Karmeli, chez Tabun, chez Blooms, ni dans aucune des charcuteries à delikatessen cachère du coin.

On peut se demander où les Brits rencontrent-ils leurs concitoyens juifs ? Comme en ce qui concerne les musulmans, ils les rencontrent probablement dans un tas d’endroits. Dans les arts, dans le business de la musique, dans l’université, à l’hôpital, à la Bourse, dans le monde de la finance. Les Brits rencontrent des tas de juifs et de musulmans, sans même s’en rendre compte. Reste que la question la plus intéressante à poser est celle de savoir où les Britons rencontrent-ils leur « juif stéréotypé » ?

En tout premier lieu, ils le rencontrent dans la presse, essentiellement sous la forme de sionistes qui se trouvent être les plus bruyants partisans [on s’en serait douté] des guerres criminelles de Tony Blair. Le sioniste, ce juif politiquement orienté, insiste à présenter des arguments bidons en faveur de la violence, au nom de l’humanisme et de la démocratie. C’est qu’il serait capable de prôner des tueries, au nom de la paix mondiale ! Bref : le sioniste est l’ambassadeur néocon au Royaume-Uni. Étant donné la défaite colossale annoncée dans la Guerre contre le Terrorisme ainsi que dans la Guerre en Irak, il est tout à fait évident que certains juifs regrettent, maintenant, que leurs frères idéologiquement motivés aient été parmi les premiers à fomenter ces guerres. Reste que c’est précisément ce soutien à la guerre, manifesté dès le début, qui fait que les juifs se sentent si peu en sécurité en Grande-Bretagne, actuellement.

Mais bien sûr, il n’y a pas que la presse. De fait, les Brits se font une représentation très claire du « juif stéréotypé ». « Le juif » a, désormais, l’image d’un homme très doué, madré et talentueux. « Le juif », c’est celui dont vous avez besoin quand vous voulez acheter une nouvelle maison, mais que vous n’avez pas les ronds pour ce faire. « Le juif », c’est celui à qui vous avez besoin de parler quand vous recherchez un prêteur qui sache « bâtir un portefeuille financier » et « arrondir les angles ». Quand le Briton a besoin de se dépatouiller avec sa déclaration de taxes foncières, c’est, là encore, le comptable « juif » qui, tout au moins stéréotypiquement, fait ça mieux que quiconque. Quand le Brit a besoin d’une aide légale, c’est, là encore, « le juif » qui a la réputation de posséder les qualités les plus appropriées.

Tout au moins dans le stéréotype, « le juif » est là pour faire ce que le Briton hésite à faire tout seul. Pour sûr, cela ne devrait pas faire le moindre problème. « Le juif » a un rôle établi de longue date dans la société britannique. Il est là pour débusquer les entourloupes juridiques. Il est là pour vous enseigner des trucs pour épargner sur vos impôts. Il est là pour vous expliquer comment travailler moins tout en gagnant plus. Il est là pour vous ouvrir vos « comptes bancaires off-shore ». Il est là pour vous aider à gagner un procès même quand vous n’êtes très sûr vous-même pas de mériter une telle victoire. Tout au moins dans le stéréotype, « le juif » est le summum de la débrouillardise, et c’est précisément là où commence la tragédie juive contemporaine. Plus le travail que « le juif » fait pour vous est brillant, moins vous avez de considération pour lui en tant que congénère humain. Plus il est brillant à défendre votre cause, moins vous avez confiance en lui. Plus il vous rend service, moins vous voulez vous en faire un ami.

Une fois les Britons entraînés dans un conflit judéo-islamique imposé par les sionistes, après qu’on leur ait imparti de prendre parti, c’est finalement plus le garçon du restau à kébab que le comptable qui a conquis leur cœur. Apparemment, c’est le jeune homme étranger bossant comme un malade, qui gagne tout juste sa vie sans prétention, qui trouve sa voie, qui est accepté dans la société britannique. Alors que le « Nathan l’espiègle » des temps modernes s’évanouit dans un détachement social inéluctable.

Mais la « philosophie du Kébab » ne s’en tient pas là. Cela va encore un peu plus loin : il est un fait établi que les Britons sont fondamentalement une bande de vacanciers perpétuels. Ce qu’ils aiment, par-dessus tout, c’est tout simplement s’échapper. Ils adorent être au soleil, et aussi loin que possible des « congestions de la circulation londonienne ». Mais, pour ça, ils doivent en tout premier lieu se rendre dans un terminal d’aéroport. Une fois dans le terminal, alors qu’ils s’apprêtent à se rendre au Duty Free, les Brits se voient dessaisis de leurs boissons et on leur ordonne d’enlever leurs chaussures, du temps qu’on y est. Voici quelques jours, il m’est venu à l’esprit que tandis qu’ils tiennent leurs chaussures à la main, dépouillés de toute boisson alcoolisée, et qu’ils marchent joyeusement et d’une manière triomphale en chaussettes, les Brits ressemblent… à des musulmans entrant dans une mosquée à Kaboul, à Bagdad ou n’importe où ailleurs !

Le doute n’est plus permis : grâce à la récente poussée de zèle colonial siono-centrique de leur Premier ministre, les Britons sont aujourd’hui en train d’adopter de profonds et importants rituels musulmans. Mais – car il y a un mais… – , alors que les musulmans ôtent leur chaussures par respect pour Allah, les Brits enlèvent les leurs par respect pour Ben Laden, Al-Qaida ou tout autre réseau terroriste fictif issu de la fertile imagination de la CIA.

Que pourrais-je ajouter ?

Permets-moi de te dire, sacré Tony, que si c’était véritablement là ton projet secret, tu as sans doute réussi au-delà de toute espérance.

Si tel est bien le cas, nous pourrions bien te demander de rester à ton poste pour toujours.




Original : PeacePalestine



Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala


Mercredi 27 Septembre 2006


Commentaires

1.Posté par ALI14 le 27/09/2006 02:08 | Alerter
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SUPER CET ARTICLE:)

2.Posté par arabiano le 28/09/2006 00:43 | Alerter
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Vive le KEBAB !!! ;)

3.Posté par Jîvasattha le 28/09/2006 23:03 | Alerter
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Pas bête, amusant, encourageant... mais un tantinet optimiste. L'apathie politique ne signifie pas la tolérance ou la sympathie. Je connais bien les Anglais, hélas ils détestent, quasi physiquement, tout ce qui est étranger, "different" -- c'est éducationnel, et il leur faut faire un gros effort, admirable, sur eux-mêmes pour ne pas spontanément agresser des "foreigners". C'est pourquoi je comprends parfaitement la tendance de ces derniers à vivre en communautés culturelles... Ceci dit j'ai aussi connu bien des Anglais qui ne détestent pas les étrangers, mais faites les boire et vous verrez... à défaut, s'ils ne détestent pas, ils méprisent. Ils mangent la cuisine orientale parce que même eux, après quelques décennies, réalisent que leur propre bouffe pue -- mais c'est tout.

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