Palestine occupée

Pourquoi des juifs voient du racisme en Israël


Selon des immigrants éthiopiens, le refus de la part d’écoles de prendre leurs enfants entre dans la logique d’une discrimination qui a brouillé l’idéalisme qui les avait d’abord motivés.
Joshua Mitnick - The Christian Science Monitor


Joshua Mitnick
Mercredi 9 Septembre 2009

Un manifestant brandit une pancarte devant la Knesset à Jérusalem, lundi, pendant une manifestation contre le refus des écoles juives religieuses d’accueillir 100 élèves juifs éthiopiens. Sur la pancarte on peut lire en hébreu : « Il n’y a auc
Un manifestant brandit une pancarte devant la Knesset à Jérusalem, lundi, pendant une manifestation contre le refus des écoles juives religieuses d’accueillir 100 élèves juifs éthiopiens. Sur la pancarte on peut lire en hébreu : « Il n’y a auc

Petach Tikvah (banlieue de Tel-Aviv, Israël, le 1er septembre 2009. A la veille de la rentrée scolaire israélienne, ce mardi, un nouvel immigrant éthiopien Ayenew Belay ne savait pas si son fils, Avi, âgé de 7 ans, pourrait démarrer sa première année d’école primaire.

Les représentants du gouvernement ont demandé à plusieurs écoles religieuses privées, subventionnées par des fonds publics, de recevoir une centaine d’enfants juifs éthiopiens - dont certains seraient en retard par rapport aux autres élèves en langue, en sciences religieuse et en d’autres matières. Les écoles ont informé leurs parents, notamment Mr Belay, que les enfants ne pourraient être admis dans des classes normales tant qu’ils n’auraient pas rattrapé leur retard, mais qu’il leur était proposé des classes « préparatoires » séparées.

« J’ai acheté à mon fils un sac à dos. Il a vu l’école, » dit Belay lors d’une manifestation lundi, devant le bâtiment municipal de Petach Tikvah. «  Mais ils n’ont pas accepté mon garçon... c’est parce qu’il est noir. »

Même si le ministère de l’Education israélien a passé un accord de 11 heures avec trois écoles primaires religieuses pour autoriser l’entrée de 30 élèves, les manifestants disent que l’incident risque de laisser une marque profonde chez les enfants de la communauté. De nombreux juifs éthiopiens considèrent le comportement des écoles comme symptomatique d’une discrimination raciale persistante, un phénomène qui a brouillé l’idéalisme fort qui en avait attiré beaucoup dans l’Etat juif.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié le refus d’admission d’ « attaque morale », choisissant un terme souvent utilisé pour décrire les attaques terroristes. Le président Shimon Peres a déclaré que c’était une « honte » nationale.

En dépit de l’intervention du ministère de l’Education, de nombreux élèves éthiopiens auraient été refusés aujourd’hui, pour la rentrée des classes, d’après les infos en Israël.


«  Nos enfants vont être marqués d’une cicatrice ».

Lors de la manifestation de ce lundi, des centaines de manifestants ont bloqué l’entrée du bâtiment de la municipalité et les carrefours environnants.

Portant un t-shirt sur lequel on pouvait lire «  Nous voulons l’égalité, nous sommes tous des juifs, » l’organisateur de la manifestation, Uri Kabadeh, exhorte au mégaphone, en langage amharric (langue sémite du nord de l’Ethiopie - ndt) et en hébreu, les membres de la communauté. «  A bas le racisme, à bas la discrimination » scande la foule.

«  Nos enfants vont être marqués d’une cicatrice » affirme Mr Kabadeh. « Ils ne pourront pas évoluer (dans la société). »

La police israélienne qui avance au coude à coude pour repousser les manifestants rappelle les images des luttes antiségrégationnistes pour les droits civils dans le sud des USA, dans les années 50. Mais pour la plupart des Ethiopiens, la situation est différente.

Shlomo Molla, le seul membre éthiopien du parlement israélien, sur 120 sièges, indique que la tension ethnique est une réalité de la vie dans une société qui a accepté des immigrants d’origines diverses. Il insiste en disant que la discrimination anti-éthiopienne à Petach Tikva, banlieue de Tel-Aviv, est plutôt locale que chronique.

« Il n’y a pas de politique de racisme contre les juifs éthiopiens, » dit-il. « Le gouvernement et le parlement israéliens accueillent volontiers les Ethiopiens. Ils ont fait beaucoup. »



Des immigrants éthiopiens autrefois fêtés

Quelque 111 000 immigrants juifs éthiopiens et leurs enfants vivent en Israël aujourd’hui - une infime fraction des 7,2 millions de résidents du pays. La plupart des Ethiopiens sont arrivés dans les années 80 et 90, lors d’opérations d’immigrations clandestines qui furent célébrées en Israël et dans la diaspora juive comme la concrétisation de la raison d’être de l’Etat, d’accueillir des populations juives menacées.

On n’a pas oublié d’en faire profiter les relations publiques. Des visages éthiopiens ont inondé régulièrement les brochures israéliennes pour mettre en avant le caractère multiethnique du pays et dédramatiser les accusations de racisme.

Mais maintenant, ces communautés doivent se battre socialement et économiquement. Environ les deux tiers des juifs éthiopiens reçoivent une aide des organismes d’aide sociale de l’Etat. Et un peu plus de 10% reçoivent une éducation post-secondaire, à comparer avec 40% de juifs israéliens, selon un groupe de conseillers éthiopiens.

Les explications varient. Certains évoquent les problèmes rencontrés par la communauté éthiopienne dans la transition depuis une société agraire dans leur pays vers une économie dominée par la technologie en Israël. D’autres y voient un rappel de la discrimination ethnique des précédentes vagues d’immigration juive des pays arabes. D’autres encore disent que des centaines de millions de dollars collectés au sein de la diaspora juive pour accueillir les Ethiopiens ont été gaspillés par la bureaucratie. Mais beaucoup pensent que cela vient de la couleur de leur peau.

«  Nous sommes venus ici parce que nous pensions qu’Israël était notre pays. Nous ne nous attendions pas à cela, » dit Demelash Belay, un enseignant anglais de 36 ans qui est venu en Israël en 2006. «  On nous disait en Ethiopie qu’Israël était un pays démocratique. Nous y avons trouvé la discrimination. Et à cause de cela, les Ethiopiens souffrent. »

Depuis 2000, l’Etat juif a accepté des milliers d’immigrants de Falash Mura, chrétiens éthiopiens qui font remonter leurs origines aux juifs. Les Falash Mura, comme certains Ethiopiens avant eux, ont été incités par le rabbinat israélien à engager un long processus de conversion pour confirmer leur authenticité juive.


Les écoles nient toute politique raciste

Les écoles religieuses, qui sont en partie financées par la municipalité et par le ministère de l’Education, se sont opposées avec défi aux efforts du gouvernement qui voulait intervenir. Les porte-parole des écoles et de la municipalité ont rejeté les accusations de racisme.

Tzachi Lieber, porte-parole de trois écoles primaires, a déclaré que déjà 30 Ethiopiens étaient inscrits et que le personnel considérait comme un « honneur » d’avoir des immigrants inscrits ici : « Cela prouve qu’il n’existe aucun problème de racisme ».

Pourtant, le porte-parole municipal de Petach Tikvah, Hezi Hakak, a reconnu qu’il existait une ségrégation de fait dans le système scolaire public. Une école est presque à 100% éthiopienne. Mais certains militants, tels que Molla, restent patriotes et affirment leur confiance que les Ethiopiens prendront finalement leur place à côté des autres immigrants dans des fonctions clés de prises de décisions en Israël.

Mais les obstacles officiels actuellement posés aux enfants juifs éthiopiens ont été vivement ressentis par Daw Jambh, une jeune manifestante qui a été maintes fois confrontée aux policiers ce lundi. « Je sors juste de l’armée (israélienne), et je ressens de la honte, » dit-elle. « C’est comme si j’avais envie de partir d’ici. »

Les manifestants de la communauté se plaignent que Petach Tikvah n’est pas la seule municipalité où les élèves éthiopiens sont placés dans des écoles séparées. Et la discrimination ne se limite pas au système scolaire. Une récente enquête réalisée par Yediot Ahronot d’Israël relève que les postulants éthiopiens à un emploi sont moins susceptibles d’être reçus à un entretien d’embauche que les autres ethnies juives.

« Il y a des gens qui sont des ignorants. Ils manquent de connaissances. Ils nous connaissent sous un aspect colonial, » dit Daniel Admasso, directeur de l’association pour les juifs éthiopiens d’Israël. « Ils pensent que les Noirs sont des calamiteux, et qu’ils vivent quelque part, ailleurs... La culture juive blanche a beaucoup de stéréotypes, et ces juifs blancs ont des problèmes avec les gens qui sont différents. »


Sur le même sujet :

-  L’école de l’apartheid israélien - Jonathan Cook
-  Israël : une visite chez les Hébreux noirs - Nathalie Szerman
-  Des enfants noirs dans nos écoles ? Non merci ! - Tom Segev - Ha’aretz
-  Noirs, juifs et israéliens - Préjugés et préjudices - Joseph Algazy - Le Monde diplomatique


 The Christian Science Monitor - traduction : JPP
http://www.info-palestine.net


Mercredi 9 Septembre 2009


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