Conflits et guerres actuelles

Pour survivre, l’humanité doit abandonner la politique de suprématie



Viatcheslav Dachitchev
Lundi 17 Mai 2010

Pour survivre, l’humanité doit abandonner la politique de suprématie

Grandeur et décadence de la suprématie américaine

«Le déclin de l’hégémonie américaine»: tel est le titre du dernier ouvrage, très important, de Karen Brutenz.1 Ce dernier est connu pour ses nombreux écrits sur des questions de politique intérieure et étrangère. Son dernier livre a naturellement sus­cité un grand intérêt notamment dans les milieux scientifiques et politiques de Russie car la politique hégémonique de l’élite au pouvoir aux Etats-Unis, qui a pris des formes extrêmes après l’effondrement de l’Union soviétique, représente toujours la principale menace pour la sécurité nationale et l’indépendance de la Russie. Le caractère arbitraire de cette politique est de plus en plus manifeste: il n’est même pas en rapport avec les moyens politiques et économiques d’une superpuis­sance comme les Etats-Unis. Ce processus, qui n’en est qu’à ses débuts, ne peut pas rester sans effets sur la situation politique intérieure et extérieure de la Russie et aura des conséquences également en Europe, voire dans le monde entier.

La guerre froide: rivalité entre les superpuissances

Grâce à une quantité étonnante de sources, de publications, de faits et de documents, Brutenz étudie l’évolution de la politique américaine, des projets ambitieux d’édification d’un monde unipolaire à la crise qui a frappé cette politique à la fin de la présidence Bush. L’ouvrage, qui comporte quatre chapitres substantiels (Le monde après [sans] l’Union soviétique, la Révolution Bush, la Peau de chagrin de l’Empire, La Russie: lutte pour un retour) est structuré de manière à mettre en valeur de façon convaincante la grandeur et la décadence de la politique hégémonique des Etats-Unis et les efforts du gouvernement américain pour maintenir sa position hégémonique dans le monde en modifiant sa tactique et ses méthodes.
Brutenz analyse les racines historiques du messianisme américain et de la poli­tique de suprématie qu’il faut chercher au XIXe siècle. Toutefois il s’attache principalement à la période d’après la guerre froide. Il en voit l’origine dans l’instauration du contrôle soviétique sur l’Europe centrale et de l’Est. Pour lui, ce qui est essentiel, c’est non seulement le choc entre deux systèmes sociaux mais également la rivalité géopoli­tique entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, deux pays dont il qualifie la politique de «poli­tique de superpuissance». Cela signifie: réarmement démesuré, importance exagérée donnée à l’armée et à la supériorité mili­taire dans les relations internationales, recherche de sécurité absolue sans égards pour les intérêts des autres pays et leurs pro­blèmes, sentiment d’avoir une mission idéologique, désir de propager partout son idéologie et son «mode de vie», volonté d’imposer sa suprématie au monde, ­tendance à utiliser la force pour faire valoir ses intérêts dans le monde entier et son droit à intervenir militairement, etc.

Les guerres en Europe, un gain pour les Etats-Unis

La politique de suprématie a toujours été la principale source des guerres, des conflits et des tensions internationales. Elle a conduit à des réactions de protection des pays qui voyaient leur sécurité menacée par la poli­tique de puissance. Ils finirent par unir leurs forces et la puissance hégémonique subit une défaite. Les événements des XIX et XXe siècles en témoignent de manière éloquente et sont bien illustrés dans le livre de Brutenz.
Pour assurer son hégémonie, l’élite américaine au pouvoir a profité habilement des faiblesses et des erreurs des autres puis­sances. Pendant le XXe siècle, les Européens furent impliqués dans des querelles qui les ont épuisés et ont miné le rôle géopolitique de l’Europe dans le monde. Ils ont souffert de guerres dévastatrices dont les Etats-Unis ont tiré un grand profit. En fait, au XXe siècle, les Européens ont livré l’outre-mer aux Américains. Après 1945, les Etats-Unis ont réussi à s’installer pour longtemps en Europe et à se rendre maîtres de la politique des pays occidentaux. Avec l’effondrement de l’Union soviétique, les pays d’Europe centrale, orientale et sud-orientale ont subi le même sort. A peine s’étaient-ils libérés de la tutelle soviétique qu’ils tombèrent sous la domination américaine.
L’Amérique tira un grand profit politique, économique et stratégique de la guerre ­froide alors qu’elle fut fatale à l’Union soviétique. Pour l’auteur, «ce n’est pas tellement le messianisme idéologique qui poussa l’Union soviétique vers le monde arabe, le Proche et le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Asie ­centrale, l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est et jusqu’aux Caraïbes, au bout du monde, mais sa politique de grande puissance en concurrence géostratégique avec les Etats-Unis.»

Expansion impérialiste

L’Union soviétique se vit imposer la mission impossible et inutile de lutter non seulement contre les Etats-Unis mais encore contre le front des puissances occidentales aussi bien en Europe que dans le tiers-monde. Les efforts de grande puissance de la direction soviétique étaient étroitement liés à son messianisme idéologique, mais les dirigeants de la République populaire de Chine adoptèrent une politique différente. Elle concentra toutes ses forces sur le développement intérieur du pays et ne gaspilla pas inconsidérément des moyens colossaux pour une expansion vers l’extérieur. Cette politique, comme nous le voyons aujourd’hui, s’est révélée tout à fait judicieuse.
Comme on s’en rend compte aujourd’hui, la recherche d’hégémonie dépasse également les forces des Etats-Unis. Et en ­Europe comme dans d’autres régions du monde, l’insatisfaction et l’opposition à la domination yankee, à l’engagement de ressources en hommes et en matériel dans les aventures militaires américaines augmentent. A l’Ouest, de nombreuses publications ont paru qui, comme Brutenz, attribuent le proche déclin de l’hégémonie américaine à l’«expansion impérialiste». Pour faire contrepoids au projet de «pax americana» – création d’un empire américain, qui a été développé avec une sincérité cynique par les néoconservateurs dans le Projet pour un nouveau siècle américain –, un Projet pour un nouveau siècle européen (PNEC – Project for the New Eropean Century)2 a paru qui reflète les efforts d’un mouvement, encore peu important, qui vise à libérer l’Europe de la tutelle américaine et de leurs protégées «atlantiques» au sein des gouvernements des pays européens.

«Stratégie de l’approche indirecte»

La fin de la guerre froide, scellée en no­vembre 1990 dans la Charte de Paris pour une nouvelle Europe qui a été signée par tous les Etats européens, les Etats-Unis et le Canada, n’avait, pour l’Amérique, qu’un aspect formel. En réalité, tous les fondements de la politique de suprématie, dont nous avons parlé plus haut, furent appliqués unilatéralement et poussés à l’extrême par les Etats-Unis. Il faut toutefois faire ici une réserve. Dans la poli­tique des Etats-Unis à l’égard de la ­Russie, on a vu passer au premier plan la «stratégie de l’approche indirecte» dont les principes ont été formulés par le théoricien militaire et historien Liddel Hart. Elle consiste essentiellement à soumettre l’adversaire, même une superpuissance, de manière pacifique («conquête douce») grâce aux moyens subversifs de la lutte politique, économique, médiatique, psychologique et démographique ainsi que du militantisme nationaliste. Concrètement, cela signifie que l’on infiltre ses hommes de main dans les organes gouvernementaux, avant tout des gens que l’on a achetés, comme Iouchtchenko et Saakachvili ou des politiques désespérément compromis. Leur rôle consiste à influencer dans la sens voulu par les Etats-Unis le développement politique, écono­mique, intellectuel, scientifique et culturel des pays choisis. Ces méthodes mises en œuvre contre la Russie sont bien documentées également dans le livre «Nouvelles techniques de lutte contre l’Etat russe».

Erosion intellectuelle et culture de masse

Brutenz s’appesantit sur la question de savoir comment les milieux gouvernementaux américains utilisent dans l’intérêt de leur politique les processus de globalisation, notamment la globalisation de la communication qui pénètre dans tous les aspects de la vie sociale, et profitent de l’information, pain quotidien de centaines de millions, voire de milliards d’hommes. Cela entraîne «le danger, pour beaucoup de pays, d’un appauvrissement culturel, intellectuel et éducatif ainsi qu’une érosion de la diversité des civilisations.» La conséquence de l’influence de la politique américaine dans ce domaine est «un déficit de l’esprit, son appauvrissement dû à la chasse à l’argent et le triomphe de la stupidité dans les médias de masse, le show business et la culture de masse.» La diffusion de ces «valeurs anti-civilisation» favorise, selon l’auteur, un détournement des sciences ­sociales qui postulent que la vie ­sociale, son évolution et l’histoire ont leur propres lois». Dans la ­société socialiste, les sciences ­sociales étaient hautement estimées et généreusement financées, car elles servent à légitimer le système social et l’Etat. Le système capitaliste n’en a pas besoin. L’idéologie primitive du marché remplit sa fonction avec sa «dictature du profit» et son principe «il est interdit d’inter­dire».
Qui s’étonnera alors qu’il y ait dans la société américaine 30 millions d’analphabètes? On peut très bien gagner de l’argent sans éducation, sans culture, sans principes moraux; les masses et les politiciens incultes et stupides se laissent plus facilement dominer.
Les développements de l’auteur sur le rôle de la moralité en politique sont très actuels. «Lorsqu’on parle de déclin de la moralité, écrit-il, on ne peut pas passer à côté de la politique et des politiciens. Quand on considère la situation et les problèmes actuels de l’humanité, le rôle accru de la morale dans les relations internationales, on est frappé par le fait que les exigences morales adressées à la politique et aux politiciens n’ont jamais été aussi grandes qu’aujourd’hui. Cependant il n’est sans doute pas exagéré de dire qu’ils n’y satisfont pas.»

Les ambitions politiques immorales engendrent des méthodes immorales

Ce qui précède concerne sans doute directement l’élite gouvernementale américaine. Premièrement, la politique hégémonique, quelle que soit la sauce à laquelle on la sert, est, en tant que telle, profondément immorale, surtout quand on songe à tout ce qu’elle a coûté de victimes, de destructions et de souffrances à l’humanité au XXe siècle. C’est précisément pour cette raison que la politique expansionniste des Etats-Unis s’accompagne de slogans messianiques relatifs aux libertés et aux droits de l’homme. Grâce à eux, Washington tente de saper les fondements d’un Etat ­solide dans les autres pays alors qu’il fait oublier les principes moraux. Mais là où il n’y a pas de morale, il ne peut pas y avoir de liberté et de droits de l’homme.
Deuxièmement, les ambitions poli­tiques immorales engendrent des méthodes ­immorales destinées à appliquer ces ambitions. C’est ainsi que les Etats-Unis se sont mis à pratiquer la mystification de l’opinion pu­blique, la provocation, la corruption, les diversions économiques (sabotages, etc.), les actes subversifs, l’organisation par les ­Services secrets d’attaques terroristes afin de justifier une guerre et de présenter l’islam comme un ennemi ainsi que l’organisation de «révolutions oranges» afin de renverser des gouvernements légaux. On sait grâce à quels mensonges, falsifications et provocations ont été préparées et réalisées les agressions américaines contre l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan et l’Irak.

Le déclin de la Russie sous Eltsine

Les Etats-Unis ont largement utilisé la subversion dans leur guerre secrète contre la Russie. «Dans le processus de destruction de l’économie russe, écrit Brutenz, les Etats-Unis ont pratiquement joué le rôle principal: grâce aux diktats du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et aux activités de conseillers étrangers, essentiellement américains, qui par leur influence excessive dominaient les plus hautes structures économiques. On peut affirmer avec raison que ce ne sont pas seulement Egor Gaïdar, Anatoli Tchoubaïs et d’autres fossoyeurs de la Russie qui portent la responsabilité des «réformes» et de leurs conséquences mais aussi, à égalité, les Etats-Unis.» Le coup d’Etat d’Eltsine et de son entourage de décembre 1991 a créé un terrain favorable aux activités subversives des Etats-Unis contre la Russie. Le pouvoir dont Eltsine s’est emparé grâce à une conspiration contre l’Etat et le peuple ne peut pas être considéré comme légitime. A noter qu’Eltsine a mené des négociations secrètes avec George Bush père dans le dos de Gorbatchev. Ce dernier en parle dans ses mémoires. Ces négociations ont fait l’objet d’écoutes par les services secrets, mais leur contenu n’a jamais été divulgué. On peut s’en faire une idée lorsqu’on examine ce qu’Eltsine a fait ensuite lorsqu’il occupait les plus hautes fonctions de l’Etat. L’ouvrage de Brutenz contient une impressionnante documentation sur la destruction du potentiel économique, militaire, ­scientifique et technique ainsi que sur le déclin de la morale dans la Russie des années 1990.

Intelligentsia, argent et corruption

Ainsi, pendant les malheureuses années «érostratiques»3 d’Eltsine, l’élite dirigeante américaine a réussi à atteindre son objectif. La Russie a perdu son statut de grande puissance et a cessé d’être un contrepoids géopolitique aux Etats-Unis; elle a été repoussée au marges du développement mondial. Parmi les lobbyistes russes de l’Amérique qui détruisirent la Russie, ces partisans d’une réduction maximale du rôle de l’Etat et de la liberté illimitée du marché, se trouvaient beaucoup d’intellectuels. «Le peuple russe, écrit l’auteur, resta pratiquement sans direction morale. L’élite urbaine de l’intelligentsia […] se jeta dans les bras du pouvoir corrompu. Dans l’ivresse de l’enrichissement, un nombre important de ses représentants troquèrent leur réputation contre de l’argent et retombèrent dans la basse flatterie bien connue. Ce faisant, ceux qui s’ouvrirent l’accès au Comité central du Parti communiste grâce à la lèche se targuent aujourd’hui d’être des dissidents.» En raison de la pauvreté totale du pays et de ses habitants provoquée par le régime ­Eltsine et du mépris des sciences manifesté par la classe dirigeante, plus de 800 000 savants et spécialistes hautement qualifiés quit­tèrent le pays pour trouver à l’étranger une vie meilleure et un travail correspondant à leurs compétences.

Vers une nouvelle époque et un nouveau rôle de la Russie

Dans son dernier chapitre, l’auteur explique son concept de politique étrangère en rapport avec le tournant vers une nouvelle ­époque caractérisée par l’apparition d’une nouvelle configuration des forces dans le monde: les Etats-Unis reculent politiquement et économiquement tandis qu’un nouveau géant, la Chine, et d’autres centres de pouvoir commencent à se développer. Très intéres­santes et instructives sont ses idées sur la place que la Russie doit occuper dans cette nouvelle configuration, sur ce que doivent être ses priorités en matière de politique étrangère et la nature de ses relations avec les Etats-Unis, la Chine, l’Allemagne, la ­France et d’autres pays européens ainsi qu’avec l’OTAN et l’UE. Il pense que la Russie est une puissance eurasienne et qu’elle ne peut s’orienter ni uniquement vers l’Ouest ni uniquement vers l’Est. Sa politique doit être multilatérale. Sa première priorité doit être de soutenir de toutes ses forces l’intégration des pays de la CEI sur la base de l’égalité des droits, du respect mutuel et sans au­cune prétention impérialiste. Cependant, sous la ­présidence de Poutine, l’intégration et la collaboration à l’intérieur de la zone de la CEI n’ont absolument pas été au centre des efforts de la ­Russie, ce que montre clairement la poli­tique à l’égard de la Biélorussie, qui est défavorable aux intérêts nationaux et géopolitiques de la Russie.

La Russie doit se libérer de sa dépen­dance par rapport au prix du pétrole

L’auteur estime que la Russie, désormais débarrassée des «chaînes de l’ère Eltsine», a réussi à améliorer un peu sa position dans le monde, à abandonner sa politique «téléguidée par les Etats-Unis» et à reconquérir sa souveraineté. Cependant, ce n’est qu’un succès partiel dans sa «lutte pour le retour». En réalité, la Russie ne retrouvera jamais la place qui lui revient dans l’arène internationale si elle ne modifie pas radicalement le vecteur de son développement politique et économique. Il est dramatique que le pays se soit trans­formé, au cours des vingt dernières années, en fournisseur d’énergie pour l’étranger, en une «superpuissance de matières premières» dont le destin dépend totalement des prix du pétrole et du gaz sur les marchés mondiaux. C’est précisément ce qui plaît beaucoup aux Etats-Unis mais c’est fondamentalement contraire aux intérêts nationaux et à la sécurité de la Russie.
Rendez-vous compte qu’au milieu des années 1980, pendant la perestroïka, le prix du pétrole avait été abaissé, à l’instigation des Etats-Unis, à un niveau jamais atteint de 6–10 dol­lars le baril. (Sous Poutine, il est monté à plus de 150 dollars). Cela a miné la base socioéconomique des réformes de Gorbatchev car le revenu des exportations énergétiques représentait quelque 60% du budget soviétique. Cette baisse est une des princi­pales raisons de l’échec des réformes en vue du développement d’un socialisme démocratique «à visage humain» dépourvu des perversions et des crimes de l’époque stali­nienne. Eltsine et ceux qui tiraient les ficelles autour de lui profitèrent de la grave situation économique de l’Union soviétique, des déceptions et de l’insatisfaction de la population pour s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat.
Ce qui caractérise le développement de la Russie après 2000, ce sont la funeste «poli­tique des matières premières», la dégradation de l’économie, de la technique et de la ­science ainsi que le déclin moral et la crise ­culturelle. Cela montre que le pays n’est pas encore parvenu à se libérer des «­chaînes de l’ère ­Eltsine». Les postes importants des structures politiques et économiques sont toujours occupés, comme si rien ne s’était passé, par les personnes qui ont participé au ­triomphe de la cleptocratie.

Rapprochement des civilisations et fin de l’arrogance occidentale

Quelles solutions Karen Brutenz envisage-t-il pour résoudre les problèmes de l’humanité, pour maîtriser la crise économique et intellectuelle de la civilisation actuelle, pour créer un nouvel ordre mondial juste et pacifique? A son avis, il est avant tout indispensable d’éliminer le clivage de l’humanité entre une minorité de pays riches et une majorité de pays pauvres, clivage qui a résulté essentiellement du capitalisme américain. Cette fracture globale tend à s’accentuer et pourrait conduire dans un proche avenir à une considérable aggravation du potentiel de conflits dans les relations internationales. Brutenz mentionne un moyen important de s’opposer à cette dangereuse évolution: «On peut imaginer une évolution convergente de la société humaine qui pourrait combiner les avantages du capita­lisme et du socialisme tout en évitant leurs inconvénients et leurs faiblesses. Cela – la réglementation du processus de globalisation sur la base de quelques normes généralement reconnues – ouvre une possibilité de rapprochement et un enrichissement réciproque des civilisations grâce à une interpénétration de leurs valeurs dans le maintien de leur iden­tité spécifique. Cela met en lumière l’inconsis­tance de la position conflictuelle d’une majorité de penseurs occidentaux qui veulent absolument que le monde occidental représente le sommet, le résultat final légitime de l’évolution de l’humanité et divise celle-ci en peuples «civilisés» et «non civilisés». Cependant la question suivante – non encore résolue – se pose: Si la thèse du développement convergent est juste, quelles forces vont la mettre en pratique?» Il est évident que les problèmes d’un développement convergent de l’humanité pourraient et devraient être abordés par l’ONU. Leur solution nous permettra de surmonter l’actuel esprit de confrontation. Il faut pour cela de courageuses initiatives de la Russie et d’autres membres de la communauté internationale.

Eliminer les prétentions à l’hégémonie, principale cause des guerres

Brutenz se souvient de ce que l’ex-chancelier allemand Helmut Schmidt lui avait dit peu après la fin de la guerre froide lors d’une conférence internationale: «Le XXIe siècle sera le plus dangereux depuis la nais­sance du Christ.» Peut-être que Schmidt voulait ex­primer par là ses inquiétudes par rapport aux efforts des Etats-Unis en vue d’une hégémonie mondiale, efforts qui devaient inévitablement conduire à une aggravation sans précédent des relations internationales. A ses craintes, on peut ajouter ce que John F. Kennedy avait déclaré en 1962, pendant la crise de Cuba: «L’humanité devra mettre un terme à la guerre, sinon la guerre mettra un terme à l’humanité.» Pour survivre, l’humanité doit éliminer la principale cause des guerres, c’est-à-dire la domination des peuples. C’est le principal message du livre de Brutenz. Il serait judicieux de traduire cet ouvrage afin de le rendre accessible aux Européens.     •

1    Ancien chef adjoint du département international du Comité central du Parti communiste d’Union soviétique
2    cf. Jochen Scholz in: Horizons et débats no 37 du 15/9/08
3    Afin d’immortaliser son nom, Erostrate incendia le temple d’Artémis à Ephèse.
*    Viatcheslav Ivanovitch Dachitchev, né à Moscou en 1925, est politologue et historien. Jusqu’en 1990, il a dirigé le département des questions de poli­tique étrangère à l’Institut d’études écono­miques et politiques de l’Académie russe des sciences. Au début de la perestroïka, il fut également professeur à l’Académie diplomatique du ministère soviétique des Affaires étrangères. Il fut le conseiller de Gorbatchev en matière de politique étrangère et passe pour être un pionnier de la détente entre l’Est et l’Ouest, de la réunification allemande et, de ­manière générale, des droits de l’homme, de la démocratie et de l’économie de marché. Il a été à plusieurs reprises professeur invité en Allemagne.

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2171 http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2171



Lundi 17 Mai 2010


Commentaires

1.Posté par Flam le 17/05/2010 23:41 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

" Pour survivre l'humanite doit abandonner la politique de la suprematie"

- Donc l'humanite ce sont les blancs? tres drole...

Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires