ALTER INFO

Pour sortir de la crise hypothécaire, les États-Unis bradent le patrimoine


Dans la même rubrique:
< >


Dimanche 10 Août 2008

Pour sortir de la crise hypothécaire, les États-Unis bradent le patrimoine

Web of Debt, Dr Ellen Hodgson Brown, 7 août 2008


​​​La semaine dernière, le Congrès a adopté un projet de loi sur le logement qui donne un chèque en blanc au Ministère des Finances pour injecter des milliards de dollars du contribuable étasunien dans les géants du crédit immobilier, Fannie Mae et Freddie Mac, afin de les soustraire à leur insolvabilité. Pour satisfaire ce chèque en blanc, le Congrès, a obligeamment relevé le plafond de la dette à 800 milliards de dollars. Ouille ! C'est proche du billion de dollars. Pourquoi était-il nécessaire de contracter cette dette publique potentiellement paralysante pour renflouer deux mastodontes à but lucratif, entièrement privés, qui se sont eux-mêmes précipités dans la faillite avec leur magouille du placement à risque ? Les décideurs ont dit qu'il est essentiel de maintenir la solvabilité du pays pour les prêteurs étrangers, qui détiennent aujourd'hui environ un cinquième des titres de Fannie et Freddie. Selon un article de Heather Timmons dans le New York Times du 21 juillet :

​​​Une hypothèque étasunienne sur 10 est, en fait, entre les mains d'institutions et de gouvernements hors des États-Unis.(1)


​​​Dix pour cent des hypothèques étasuniennes appartiennent maintenant à des étrangers ? N'est-ce pas l'échec total de l'objet de Fannie Mae (Federal National Mortgage Association) et Freddie Mac (Federal Home Mortgage Corporation) ? Ils ont été institués soi-disant pour financer « le rêve étasunien » : l'accession à la propriété des Étasuniens. Aujourd'hui, les maisons étasuniennes appartiennent à des groupes d'investisseurs privés anonymes, dont beaucoup sont des gouvernements et des banques centrales de l'étranger. Comment nous sommes-nous débrouillés pour brader les meubles ? Et pourquoi nous soumettons-nous aux intérêts des investisseurs étrangers au point de conduire notre propre gouvernement à la faillite ? La dette fédérale approche déjà des dix billions de dollars, plus peut-être que le gouvernement ne pourra jamais rembourser avec les impôts.


​​​Selon des analystes, le renflouement des deux géants du crédit immobilier est nécessaire « parce que les relations entre les États-Unis et une multitude de pays sont inextricablement liés à Fannie et Freddie, » et parce que nous avons besoin d'assurer « les possibilités futures d'accès au crédit des Étasuniens. Si les entreprises et les gouvernements étrangers délaissaient l'investissement aux États-Unis, le prêt pour l'habitat, la voiture et la carte de crédit serait beaucoup plus dur à dégoter. » (2)


​​​Le même type de balivernes a été fait autrefois par les banques étasuniennes pour obtenir que les pays du Tiers Monde payent leurs emprunts étrangers. Les États-Unis ont, semble-t-il, finalement obtenu du Tiers Monde le statut de nation débitrice. Depuis la moitié du siècle dernière, la campagne pour le « libre-échange » fut de maintenir toutes les possibilités rentables d'investissement, pour trouver le moyen d'« engranger du fric, » sans rien faire réellement : exploiter le travail des autres en rachetant des sociétés à travers le monde et en tirer un profit maximum. Mais maintenant, les mouches ont changé d'âne. Du statut de plus grands créancier du monde, nous sommes passés à celui de plus grand débiteur. Nous avons dépensé nos dollars à l'étranger et ils reviennent maintenant pour acheter notre propre immobilier et le patrimoine des entreprises. Timmons observe :

​​​Les institutions et les investisseurs asiatiques détiennent environ 800 milliards de dollars en titres émis par Fannie et Freddie, la plus grande partie en Chine et au Japon. La Chine a 376 milliards de dollars et le Japon 228 milliards de dollars depuis juin 2007. . . Les acheteurs russes détiennent 75 milliards de dollars. L'argent des fonds souverain du Moyen-Orient est également considéré comme un gros investisseur dans la dette de Fannie et Freddie.


​​​L'argent des fonds souverains (fonds d'investissement de nations souveraines et de leurs banques centrales) achète activement à présent les patrimoines étasuniens, dans ce que Bill Bonner a qualifié de « plus grand transfert de richesse de l'histoire. » Écrivant dans le Daily Reckoning le 11 juillet 11, il observait :

​​​Le bilan de la Réserve Fédérale des États-Unis montre que 2,3 billions de dollars de la dette du trésor étasunien sont détenus par des banques centrales étrangères. Le plus dur dans la lutte de la Fed pour corriger l'économie. . . plus elle émet d'argent et de crédit. Cette inflation monétaire provoque la montée du prix du pétrole et des importations. . . et plus d'argent part dans les réserves et la richesse des fonds souverains à l'Est, pour servir à acheter plus de biens à l'Ouest. Merci à la politique monétaire insensée des États-Unis ! Ces avoirs privés sont incorporés dans la propriété publique. Quelques-unes des plus importantes propriétés des États-Unis sont nationalisées. . . par d'autres nations. (3)


​​​Ironie suprême, ces autres nations peuvent acheter nos obligations fédérales et nos titres adossés à des hypothèques avec de l'argent qu'elles ont tout simplement fabriqué avec une imprimante. Succo John, un gestionnaire de fonds de couverture, écrit sur Internet sous le nom de « M. Practical. » Il estime que jusqu'à 90 pour cent de la monnaie étrangère servant à acheter les titres étasuniens provient de banques centrales étrangères qui impriment leur propre monnaie locale, achètent des dollars avec, puis utilisent cet argent pour acheter des titres étasuniens. (4) Ces nations font ce que le Congrès lui-même a refusé de faire : exercer son droit souverain gouvernemental à imprimer son propre argent.


​​​Contrairement à la Réserve fédérale étasunienne, qui appartient entièrement à un consortium de banques privées, la People's Bank of China (PBoC, Banque Populaire de Chine) est détenue actuellement par le gouvernement chinois. Quand les commerçants chinois, inondés de dollars étasuniens, se font rembourser en monnaie locale pour payer leurs employés, en échangeant les dollars la PBoC oblige le gouvernement à émettre de la monnaie du peuple. La PBoC utilise ensuite l'argent pour acheter soit des obligations étasuniennes qui rapportent, soit des titres de Freddie et Fannie, qui ouvrent les biens immobiliers étasuniens à l'investissement étranger. En réalité, les citoyens étasuniens paient un gouvernement étranger pour qu'il transforme la dette étasunienne en argent, en utilisant l'argent étranger émis par décret gouvernemental (de l'argent amené à l'existence par un simple ordre souverain).


​​​Pourquoi le gouvernement des États-Unis n'émet-il pas tout simplement sa propre monnaie par décret ? Cette solution peut sembler radicale maintenant, mais elle pourrait commencer à sembler meilleure si le Congrès faisait ce que le Président Roosevelt a fait en 1933 : déclarer la nation en faillite et annoncer un plan de redressement. Il n'y a tout simplement pas assez d'argent dans le tiroir-caisse public pour renflouer Bear Stearns, IndyMac, et maintenant les géants privés du crédit immobilier, Fannie Mae et Freddie Mac, avec en plus le déboursement de 500 milliards de dollars par an pour entretenir la gargantuesque dette fédérale, et avoir encore suffisamment d'argent en surplus pour réparer nos infrastructures défaillantes, développer des systèmes d'énergie durables, et d'une manière générale pourvoir aux besoins d'argent communal. Notre tirelire est vide, et elle est vide parce que des profiteurs privés eux-mêmes ont été aidés avec son contenu.


​​​Si la Réserve Fédérale était un véritable organisme « fédéral, » les Federal Reserve Notes (les billets en dollars) pourraient tout simplement être émis par le gouvernement des États-Unis, au lieu d'être emprunté à un système bancaire privé qui le crée par des écritures comptables et le charge d'intérêt pour ce privilège. (Voir [en français] E. Brown, Remettre le « fédéral » à sa place dans la Réserve Fédérale, 26 juillet 2008.) Au lieu de batailler pour trouver des investisseurs étrangers pour différer le remboursement des 10 billions de dollars de la dette, le Congrès pourrait juste rembourser la dette comme des obligations venues à échéance, en utilisant en premier lieu la même sorte d'argent que les banques centrales étrangères utilisent pour acheter des obligations : la monnaie nationale émise par le gouvernement. Le Congrès fournirait juste le décret pour créer l'argent à rembourser.


​​​En ce qui concerne Fannie et Freddie, ils sont trop gros pour faire faillite, mais ils ne sont pas trop gros pour être nationalisés. Si nous, le peuple, payons les factures, nous devrions posséder les actions. Fannie Mae a débuté dans les années 30 en tant que véritable organisme fédéral, Financé entièrement par un gouvernement propriétaire de la banque. Reconstruction Finance Corporation (RFC) avait avancé son propre crédit fédéral, pour financer non seulement le New Deal [le programme de sortie de la Grande Dépression de Franklin Delano Roosevelt, ndt], mais aussi l'industrialisation rapide ayant mené à la victoire dans la Seconde Guerre Mondiale. (5) Le résultat fut de faire des États-Unis le leader mondial de l'industrie et de la productivité dans la majorité de la suite du siècle. Il se pourrait qu'il soit temps de retenter cette expérience. La RFC a quelques défauts, mais ils peuvent être résolus. C'est un autre sujet, pour un autre article. Ce qui compte aujourd'hui c'est que les titres de propriété de l'établissement doivent rester dans notre pays, de même que le pouvoir souverain d'émettre la monnaie et le crédit. Le système bancaire et de création de crédit existant est au bord d'une faillite provoquée par ses propres contradictions internes et la corruption. Le système a depuis longtemps failli à sa mission première de canaliser les ressources de ce pays vers l'investissement dans un avenir durable. Comme il tombe de crise en crise, nous n'avons ni le temps ni les ressources de lui donner encore une autre occasion de faire ce boulot. Le temps est venu d'effacer l'ardoise et de commencer une nouvelle partie avec de nouvelles règles.



NOTES


(1) Heather Timmons, Trouble at Fannie Mae and Freddie Mac Stirs Concern Abroad, New York Times (21 juillet 2008).


(2) Ibid.


(3) Bill Bonner, The Biggest Transfer of Wealth in History, The Daily Reckoning (11 juillet 2008).


(4) Mike Shedlock, Global Savings Glut Revisited, Mish's Global Economic Trend Analysis (26 décembre 2006).


(5) Richard Freeman, How Roosevelt's RFC Revived Economic Growth, 1933-45, Economic Intelligence Review (17 mars, 2006).



Original : www.webofdebt.com/articles/fannie_and_freddie.php
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info




Dimanche 10 Août 2008


Commentaires

1.Posté par lemajan le 10/08/2008 15:42 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Le système financier est pris au piège de sa propre idéologie. Il est à l'agonie car son but exclusivement lucratif est en train de lui faire perdre la seule chose qui pouvait le maintenir : la confiance des peuples. Les gesticulations auxquelles on assiste ne le sauveront pas, il est trop tard : la bête est morte ! Mais ce qui est effrayant dans cette histoire, c'est les conséquences à venir car ces dirigeants avides et sanguinaires, se sachant perdus préfèrent tout détruire que de renoncer à leur domination même si un sursis peut retarder le processus. Il est bien gentil Larrouche, je ne doute pas de sa sincérité mais l'histoire a montré que tant qu'on remettra en selle le système financier, son issue est invariablement la même : le chaos, ça sent de plus en plus l'uranium tout ça...

2.Posté par mizar le 10/08/2008 23:28 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Cet article traite d'un des problèmes les plus fondamentaux des états occidentaux dits démocratiques : la souveraineté perdue des peuples à émettre leur monnaie et à la gérer. Ce droit a en effet été cédé aux banques privées.
Je conseille un livre qui explique en termes très clairs comment est créée la monnaie et bien d'autres aspects économiques qu'on évite de nous apprendre à l'école : "les dix plus gros mensonges sur l'économie" de Philippe Derudder et de Acré-Jacques Holbecq aux ed. Dangles. Le titre a l'air racoleur mais il n'est pas abusif.

3.Posté par perrin le 11/08/2008 10:58 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Je rejoints Mizar dans son approche.
Déjà dans "l'Ecosociétalisme" A.J.Holbeq nous donne une approche de la création monétaire qui remet l'argent à sa juste place, celle de soutenir l'économie, préserver l'environnement, donner à chacun de quoi vivre honorablement. Pourquoi aucun retour sur le projet des acteurs institutionnels? Parce que ceux là même qui sont au pouvoir par la maîtrise des flux financiers n'abdiqueront pas, ils ont à leur botte les gouvernements. La proposition de redonner aux états le droit d'imprimer leur propre monnaie comme s'était encore le cas dans les années 70 (pas de déficit budgétaire) ne date pas d'aujourd'hui, mais on fait tout pour l'étouffer. Imaginé un peut un marché financier de nouveau contrôlé par les états et référencé par rapport à l'or : que feraient les spéculateurs ? La crise de 1929 n'a pas eu les mêmes origines que celle actuelle. La situation est telle qu'elle se juxtapose à une crise alimentaire, sociale, environnementale qui exige une réponse rapide que les gouvernements d'aujourd'hui corrompus (il n'y a pas que ceux d' Afrique, d' Asie ou d' Amérique du Sud) ne peuvent plus maîtriser. Nous nous dirigeons tout droit vers la fin d'un monde pour rentrer dans un nouvel équilibre des énergies. Il est temps.Il y a trop de peuples dont la voix ne sera jamais entendue par ceux qui nous gouvernent. Et il faut aussi savoir que nous ne pourrons instaurer une nouvelle humanité avec les structures, dirigeants, principes sociaux actuels, l'abandon de ces derniers est une obligation. L'utopie serait de vouloir les conserver, alors qu'ils sont ceux là mêmes qui nous ont amené au bord du désastre.

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS

Publicité

Brèves



Commentaires