Palestine occupée

Pour obtenir la paix, il faudra bien plus qu’un David Grossman, voire même qu’un Uri Avnery !


Jonathan Cook

Traduit par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice


Jonathan Cook
Jeudi 23 Novembre 2006

Pour obtenir la paix, il faudra bien plus qu’un David Grossman, voire même qu’un Uri Avnery !
Le discours très largement repris, diffusé et commenté, de David Grossman, prononcé au cours de la cérémonie annuelle d’hommage à la mémoire d’Yitzhak Rabin, voici quelques jours, a suscité des déconstructions parfois très pertinentes de ses « mots de paix » de la part de certains détracteurs.



Grossman, un des écrivains les plus en vue d’Israël, et figure de proue de son principal mouvement pacifiste, La Paix Maintenant, incarne le visage compassionnel et torturé du sionisme dont beaucoup d’apologues de ce pays – tant en Israël qu’à l’étranger et tant impavides que flageolants – ont désespérément besoin qu’il survive, en dépit des contre-exemples des Qana, Beit Hanoun et autres massacres perpétrés par l’armée israélienne contre des civils arabes. Grossman réussit à faire croire, pour un bref instant, que les Ariel Sharon et autre Ehud Olmert ne sont pas les authentiques hérauts du legs sioniste ; ils ne représenteraient que des errements temporaires de la véritable trajectoire du sionisme…



Mais en réalité, bien sûr que Grossman puise à la même source idéologique que les fondateurs d’Israël et que ses plus grands guerriers. Il incarne les mêmes valeurs haineuses du sionisme travailliste qui ont valu à Israël sa légitimité internationale [sic] au moment même où il procédait à l’une des perpétrations d’épuration ethnique les plus vastes de l’Histoire : l’expulsion de quelque 750 000 Palestiniens de chez eux, soit 80 % de la population indigène de la Palestine, au-delà des frontières de l’État juif instauré la veille.


Contradictions de David Grossman, par Ben Heine


(Même les historiens les plus « conservateurs » glosent sur le fait que le pourcentage de la population palestinienne expulsée par l’armée israélienne a été, en réalité, bien plus élevé. Beaucoup de Palestiniens chassés au cours de la guerre de 1948 se sont retrouvés à l’intérieur des frontières d’Israël à la fin de la guerre soit parce qu’aux termes de l’armistice conclue avec la Jordanie en 1949, ils vivaient sur des territoires annexés à Israël, ainsi que dans une région peu étendue mais densément peuplée de Cisjordanie, connue sous le nom du Triangle, soit parce qu’ils avaient réussi à s’infiltrer à travers la frontière relativement poreuse avec le Liban et la Syrie, au cours des mois ayant suivi la guerre ; ceux-ci se sont cachés dans les quelques villages palestiniens n’ayant pas été détruits, en territoire israélien.)



Enlevez-lui l’auréole dont il a été couronné par les médias progressistes du monde entier, et Grossman ne se distingue pratiquement en rien des hommes d’État sionistes les plus éminents, lesquels, eux aussi, ont ostensiblement exposé leurs états de service en matière de paix ou plutôt de bras de fer, et qui ont commencé par déposséder le peuple palestinien de la plus grande partie de leur patrie ; après quoi ils les ont dépossédés de ce qu’il leur restait ; ensuite, ils ont tout fait afin que l’épuration ethnique originelle ne soit jamais révélée ; et aujourd’hui, ils procèdent au génocide à petit feu des Palestiniens, au moyen d’une stratégie associant leur destruction physique individuelle et leur dispersion, en tant que peuple.



Ainsi, par exemple, Ben Gourion a planifié l’épuration ethnique de la Palestine en 1948 avant de se répandre en déclarations publiques regrettant amèrement l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza – ne serait-ce qu’en raison des problèmes démographiques que cette occupation ne manquerait pas d’entraîner pour l’Etat juif…



En lançant l’entreprise de colonisation des territoires occupés, Golda Meir a refusé de reconnaître l’existence du peuple palestinien. En revanche, elle a bel et bien reconnu le dilemme auquel étaient confrontés des soldats israéliens contraints de « tirer et de pleurer » afin de défendre les colonies. Ou, comme elle a osé le dire : « Nous pouvons vous pardonner [ses propos s’adressaient aux Palestiniens] d’avoir tué nos enfants. Mais nous ne vous pardonnerons jamais de nous avoir contraints à tuer les vôtres… »



Yitzhak Rabin, principal maître à penser direct de Grossman, a sans doute lancé un « processus de paix » à Oslo (même si aujourd’hui, seuls, d’indécrottables optimistes béats continuent à croire que la paix était réellement le but de l’opération…), mais en tant que militaire et qu’homme politique, il n’en avait pas moins, lui aussi, supervisé personnellement l’épuration ethnique de villes palestiniennes comme celle de Lod, en 1948 ; il donna l’ordre aux tanks de foncer sur les villages arabes, en territoire israélien, durant les manifestations de la Journée de la Terre, en 1976, tuant une demi-douzaine de civils palestiniens désarmés ; enfin, en 1988, il donna l’ordre à son armée d’écraser la première Intifada en « brisant les os » des Palestiniens, y compris les femmes et les enfants qui jetaient des pierres sur les troupes d’occupation. Comme eux, Grossman se montre complice de ces crimes de guerre, en choisissant de s’accrocher aux possessions d’Israël, voire même de les étendre encore plus, plutôt que de regarder en face la vérité authentiquement douloureuse de sa part de responsabilité dans le sort des Palestiniens, y compris les centaines de milliers de réfugiés (qui se comptent aujourd’hui par millions, avec leurs descendants).



A chaque jour qui passe où il dénie aux Palestiniens leur Droit au Retour, tout en soutenant la Loi du Retour pour les juifs, Grossman excuse et pérennise l’épuration ethnique qui a abouti à la dépossession des réfugiés palestiniens voici plus d’un demi-siècle. Et à chaque jour qui passe où il vend un message de paix aux Israéliens qui se tournent vers lui en quête d’une guidance morale bien qu’elle soit incapable de proposer aux Palestiniens une solution équitable – et bien qu’elle fasse de la survie d’Israël en tant qu’Etat juif, en lieu et place de cette solution équitable, son aune morale – Grossman pervertit la signification même du mot « paix ».



Un autre militant pacifiste [israélien], Uri Avnery, fait le diagnostic du problème posé par Grossman et consorts, avec beaucoup de pertinence, dans un récent article. Bien que Grossman veuille la paix, dans l’abstraction, observe Avnery, il ne propose aucune solution quant à la manière dont cette paix pourrait être concrètement rendue possible, ni aucun indice quant aux sacrifices que lui-même, ou d’autres Israéliens, auraient à faire afin d’obtenir ladite paix. Sa « paix » est dénuée de tout contenu ; il ne s’agit de rien d’autre que d’une figure de rhétorique.



Loin de suggérer l’idée qu’Israël devrait négocier avec les dirigeants démocratiquement élus par les Palestiniens, Grossman argue du fait qu’Israël devrait s’adresser, par-dessus la tête de ces élus, aux Palestiniens « modérés », avec lesquels Israël pourrait s’entendre. L’objectif, c’est de trouver des Palestiniens, n’importe quels Palestiniens, qui se plient à la vision israélienne de la « paix ». En quelque sorte, un remake du processus d’Oslo, affublé de nouveaux oripeaux.



Le discours de Grossman ne ressemble à une avancée vers une solution que dans la seule mesure où les leaders actuels en Israël ne veulent absolument pas parler avec qui que ce soit chez les Palestiniens, qu’il s’agisse de « modérés » ou de « fanatiques ». Leur unique interlocuteur, c’est Washington : bonjour l’interlocuteur béni-oui-oui, de surcroît ! Si les propos sont aussi « creux » que ceux d’Ehud Olmert, Avnery ne nous livre pas le moindre indice conduisant aux causes de l’attitude élusive du romancier. En réalité, Grossman ne risque pas de proposer une quelconque solution, car il n’y a pratiquement aucun électorat, en Israël, qui soit favorable au genre de plan de paix susceptible d’être acceptable, fût-ce pour les Palestiniens « modérés » avec lesquels Grossman voudrait voir son gouvernement prendre langue.



Si Grossman daignait exposer sa vision de la paix, peut-être cela permettrait-il à tout un chacun de prendre conscience que le problème n’est absolument pas je ne sais trop quelle intransigeance palestinienne…


Pays aveugle, par Ben Heine


Bien que les sondages indiquent régulièrement qu’une majorité d’Israéliens est favorable à la création d’un État palestinien, ces sondages sont effectués par des sondeurs qui ne spécifient jamais aux personnes qu’ils interrogent ce qu’impliquerait la création de l’État évoqué dans leur question. De même, ces sondeurs ne demandent jamais à leurs sondés israéliens la moindre information quant au genre d’État palestinien qu’ils envisagent de voir créé… Cela rend l’ « État palestinien » dont les Israéliens se gargarisent presque aussi vide de sens que le mot « paix » ô combien trompeur… Après tout, d’après la plupart des Israéliens, les Gaziotes sont en train de bénéficier des fruits de la fin de l’occupation israélienne… Et, d’après Olmert soi-même, son projet de « convergence » - consistant en un retrait ultra-limité de la Cisjordanie – aurait eu le don de créer une base pour un État palestinien, là-bas aussi…



Quand on demande à des Israéliens quelle vision personnelle ils ont d’autres plans de paix plus spécifiques, leurs réponses sont dans leur écrasante majorité négatives. Ainsi, en 2003, 78 % des juifs israéliens se disaient favorables à une solution à deux États, mais quand on leur demandait s’ils soutenaient l’Initiative de Genève – qui envisage un État palestinien très réduit, établi sur seulement une partie de la Cisjordanie et de la bande de Gaza – seuls un quart d’entre eux y étaient favorables !


Un tout petit peu plus de la moitié des électeurs soi-disant de gauche du parti travailliste soutenaient l’Initiative de Genève.



Ce faible soutien à un État palestinien pratiquement non-viable contraste avec les niveaux constamment très élevés du soutien des juifs israéliens à une solution concrète, quoi que très différente, au conflit : le « transfert », c’est-à-dire l’épuration ethnique. Dans les sondages, 60 % des juifs israéliens sont constamment favorables à l’émigration des citoyens arabes à l’extérieur des frontières (encore à définir…) de l’État juif…



Alors quand Grossman nous avertit qu’une « paix inéluctable » est annoncée et que « la terre sera divisée, un État palestinien va émerger », nous devons nous garder d’être bercés d’illusions. L’État préconisé par Grossman est presque assurément aussi « creux » que peut l’être l’idée que son auditoire se fait de la paix. Nous devons condamner le refus opposé par Grossman à la prise de conscience d’une absence totale d’empathie de l’opinion publique israélienne envers les Palestiniens, ou de le défier par des solutions qui exige des Israéliens qu’ils fassent de réels sacrifices en vue de la paix. Lui, ainsi que les autres gourous du mouvement pacifiste israélien consensuel, notamment des écrivains comme Amos Oz ou A.B. Yehoshua, ont failli à leur devoir de présenter aux Israéliens une vision d’un avenir acceptable et d’une paix durable.



Quelle est donc l’issue par où sortir de l’impasse créée par la béatification de personnages tels Grossman ? Quelles autres routes sont-elles ouvertes devant ceux d’entre nous qui refusent de croire que Grossman est au bord du précipice même devant tout militant pacifiste sain d’esprit devrait trembler de tous ses membres ? Peut-on nous tourner vers d’autres membres de la gauche israélienne, afin de trouver en eux l’inspiration ? Laissez-moi rire !


Uri Avnery, encore une fois, se met en avant : il affirme qu’il n’y a que deux camps de la paix, en Israël : un camp de la paix sioniste, basé sur un consensus national enraciné dans le mouvement Peace Now de David Grossman : et ce qu’il qualifie de « camp de la paix radical », conduit par… hé bien… lui-même et son groupe de quelques milliers d’Israéliens, et connu sous le nom de Gush Shalom.



En cela, on pourrait être tenté de déduire qu’Avnery présente son propre bloc de la paix comme non-sioniste, voire même antisioniste… Rien ne saurait être plus éloigné de la réalité, cependant. Avnery et la plupart de ses partisans, sinon tous, en Israël, se rangent résolument dans le camp sioniste. Pour Avnery, à la fin des fins, toute paix doit consister en la continuation de l’existence et au succès d’Israël en tant qu’État juif. Voilà qui limite résolument ses idées au sujet du genre de paix qu’un militant pacifiste israélien « radical » se devrait de rechercher…



Comme Grossman, Avnery soutient une solution à deux États. En effet, chez l’un comme chez l’autre, l’avenir de l’État juif ne saurait être garanti sans qu’existe un État palestinien à ses côtés… C’est la raison pour laquelle Avnery constate qu’il est d’accord avec le discours de Grossman à 90 %. Si les juifs veulent prospérer en tant que majorité démographique (et démocratique) dans leur État, alors les non-juifs doivent avoir un État eux aussi – un État où ils puissent exercer leurs propres droits, séparés, à la souveraineté et, partant, abandonner toute revendication à l’égard de l’État juif…



Cependant, contrairement à Grossman, Avnery ne se contente pas de soutenir in abstracto un État palestinien : il est en faveur d’un État palestinien « juste », concret, signifiant l’évacuation de tous les colons et un retrait total de l’armée israélienne sur les « frontières » de 1967. Le plan de paix d’Avnery rendrait Jérusalem-Est et la totalité de la Cisjordanie et de la bande de Gaza aux Palestiniens.



La différence entre Grossman et Avnery, sur ce point, peut s’expliquer en raison de leur compréhension différente de ce qui est requis par la survie de l’État juif. Avnery pense qu’une paix durable ne pourra tenir qu’à la condition que l’État palestinien satisfasse aux aspirations minimales du peuple palestinien. A ses yeux, les Palestiniens sont susceptibles d’être persuadés, au moyen de dirigeants idoines, de s’installer sur 22 % de leur patrie historique – et que, grâce à cette entourloupe, Israël sera sauvé…



Il n’y a rien d’erroné, dans la position d’Avnery, en elle-même. Cela l’a encouragé à assumer un rôle éminent et en pointe dans le mouvement pacifiste israélien, depuis plusieurs décennies. Il a courageusement franchi les lignes des interdits nationaux israéliens à ne pas franchir pour rendre visite aux dirigeants palestiniens assiégés, tandis que d’autres Israéliens s’évanouissaient dans la nature. Il a pris une position courageuse contre le mur d’apartheid, repoussant des soldats israéliens aux côtés de militants pacifistes palestiniens, israéliens et étrangers. Et, à travers le journalisme, il a braqué les projecteurs sur la cause palestinienne, il a éduqué des observateurs, tant israéliens que palestiniens et étrangers, au sujet du conflit. Pour toutes ces raisons, Avnery doit être salué en tant que pacifiste sincère.



Mais demeure néanmoins le grave danger qu’en raison du fait que les mouvements de solidarité avec la Palestine ont mal compris les motivations d’Avnery, ils risquent d’être entraînés dans son sillage au-delà du point où il contribue effectivement à une solution pacifique ou à un futur juste pour les Palestiniens. Et, de fait, ce point va sans doute être bientôt franchi.



Pendant les années Oslo, Avnery était impatient de voir Israël mener à bien ses supposés accords de paix avec le leader palestinien Yasser Arafat. Comme il l’a souvent dit, il croyait qu’Arafat était le seul dirigeant à pouvoir unir les Palestiniens et à les persuader d’adopter la solution à deux États, la seule, à ses yeux : un énorme Israël, avec, à côté, une minuscule Palestine…



En réalité, la position d’Avnery n’était pas si éloignée que cela de celles des membres manifestement non-radicaux de l’équipe Oslo, composée de Rabin, Pérès et Yossi Beilin. Tous les quatre, ils voyaient en Arafat l’homme fort palestinien, susceptible de garantir à Israël un avenir : Rabin espérait qu’Arafat ferait la police, au bénéfice d’Israël, chez les Palestiniens confinés dans leurs ghettos ; Avnery, quant à lui, espérait qu’Arafat forgerait une nation, démocratique ou non, peu importait, qui contiendrait le ambitions des Palestiniens en matière de territoire et de solution juste au problème des réfugiés.



Arafat n’étant plus là, Avnery et son Gush Shalom ont perdu leur solution au conflit en kit prédécoupé. Aujourd’hui, ils sont toujours en faveur de deux États, et ils sont en faveur de la lutte contre le Hamas. Ils n’ont pas non plus dévié de leurs positions de longue date sur les questions fondamentales – Jérusalem, les frontières, les colonies et les réfugiés – même s’ils ne disposent plus désormais de la colle – Arafat – supposée faire tenir ensemble toutes les pièces du puzzle…



Mais, sans leur Gnafron Arafat, les gens de Gush Shalom n’ont plus aucune idée quant à la manière de régler les questions pendantes des factions rivales et de la guerre civile en puissance, que les immixtions israéliennes dans le processus politique palestinien sont en train de déclencher.



Ils n’ont pas non plus de réponse prête pour le jour où la vague, dans la rue palestinienne, se retournera contre le mirage à deux États qu’a fait miroiter Oslo. Si les Palestiniens recherchent d’autres issues à l’impasse actuelle, comme ils commencent d’ailleurs à le faire, Avnery deviendra très vite un obstacle à la paix, plutôt qu’un de ses grands défenseurs…



De fait, un développement de cette nature est tout, sauf incertain. Rares sont les observateurs chevronnés de ce conflit qui persistent à croire faisable une solution à deux États fondée sur les frontières de 1967, étant donné le retranchement des citoyens d’Israël tant à Jérusalem qu’en Cisjordanie, qui sont aujourd’hui près d’un million. Même les Américains ont reconnu publiquement que la plupart des colonies ne pourraient être démantelées. Avant que les Palestiniens ne parviennent à la même conclusion, ce n’est plus qu’une question de temps.



Que feraient Avnery et les militants invétérés de Gush Shalom, dans une telle éventualité ? Comment réagiraient-ils si les Palestiniens se mettaient à réclamer un unique État réunissant à la fois les Israéliens et les Palestiniens dans sa citoyenneté, par exemple ?



La réponse, c’est que les peaceniks « radicaux » auront besoin de trouver très vite une autre solution pour protéger leur État juif chéri. Or il n’y a pas surabondance de solutions possibles :



- Il y a la solution « Poursuivre l’occupation, quoi qu’il arrive », de Benjamin Netanyahu et de son Likoud ;


- Il y a la solution « Enfermez les Palestiniens dans leurs ghettos, et espérez qu’ils finiront par partir d’eux-mêmes », dans ses avatars hard (Kadima) et soft (parti travailliste) ;


- Et puis il y a le « Virez-moi tout ça au Kärcher » d’Avigdor Lieberman, le nouveau ministre des Menaces stratégiques d’Olmert.



Paradoxalement, une variante de cette dernière option pourrait être la plus séduisante pour les peaceniks désillusionnés de Gush Shalom. Lieberman a ses propres positions fanatiques et modérées, en fonction de son public et / ou des réalités du moment sur le terrain. A certains, il dit qu’il veut que tous les Palestiniens soient expulsés du Grand Israël, afin de libérer le plancher pour les seuls juifs. Mais à d’autres, en particulier dans l’arène diplomatique, il suggère une formule à base d’échanges de territoires et de populations entre Israël et les Palestiniens, susceptibles d’opérer un « Divorce entre les deux peuples ». Israël obtiendrait les colonies, en échange de la remise aux Palestiniens de minuscules enclaves israéliennes, comme le Petit Triangle, densément peuplé de Palestiniens.



Une variante généreuse d’un échange de cette nature – bien que violant, elle aussi, le droit international – offrirait également une issue honorable aux tentatives, par le Gush Shalom, de créer un État palestinien viable aux côtés d’Israël. Et même si Avnery est personnellement peu susceptible de se laisser embobiner et entraîner dans cette voie sans issue, il existe un réel danger que d’autres que lui, au sein du camp de la paix « radical » ne préfèrent ce genre de solution au sacrifice de leur allégeance à n’importe quel prix envers l’État juif.



Mais, heureusement, quoi que prétende Avnery en la matière, son camp de la paix n’est pas l’unique alternative à l’agonie lamentable de La Paix Maintenant. Avnery n’est pas plus au bord même de l’abîme que ne l’est Grossman. La seule abîme dans laquelle Avnery soit en train de plonger le regard, c’est celui de la fin de son cher État juif.



D’autres juifs sionistes, en Israël et ailleurs, se sont colletés aux mêmes problèmes qu’Avnery, mais ils ont commencé à prendre une autre direction, s’éloignant de la solution à deux États, condamnée, vers un État binational. Certains intellectuels éminents, comme Tony Judt, Meron Benvenisti et Jeff Halper, ont commencé à remettre publiquement en question leur engagement envers le sionisme et à examiner s’il ne s’agit pas en l’occurrence plutôt d’une partie du problème que de la solution ?



Ils ne sont pas les seuls, dans cette démarche. De petits groupes d’Israéliens, plus réduits encore que Gush Shalom, sont en train de laisser tomber le sionisme et de se réunir autour d’idées neuves quant à la façon dont Israéliens juifs et Palestiniens pourraient vivre ensemble en paix, notamment dans un État unique. Il s’agit notamment des associations Tayush, Anarchists Against the Walll, Zochrot et de certains éléments au sein du Comité Israélien contre les Démolitions de Maisons [Israeli Committee against House Demolitions] [de Jeff Halper] et au sein du Gush Shalom lui-même.



Avnery forme l’espoir que son camp de la paix puisse être le petit engrenage capable de mouvoir la roue plus imposante d’organisations telles La Paix Maintenant dans une nouvelle direction et, ce faisant, d’entraîner l’opinion publique israélienne dans l’adoption d’une véritable « solution » à deux États.

Étant donné les réalités sur le terrain, cela semble hautement improbable.



Mais un jour, des rouages pour l’instant plus minuscules y compris que Gush Shalom pourraient bien se mettre à pousser Israël dans la direction qui, seule, peut apporter la paix…



Antiwar.com

Jonathan Cook, écrivain et journaliste britannique, vit à Nazareth, en Israël, où il a fondé la Nazareth Press Agency. Il est l’auteur de l’ouvrage à paraître [en anglais] : Blood and Religion : The Unmasking of the Jewish and Democratic State [Sang et religion : Bas les masques sur l’Etat « juif et démocratique »] aux éditions Pluto Press, et qui sera diffusé également aux USA par University of Michigan Press.


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Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner auteurs et sources.


URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1623&lg=fr


À propos du discours de David Grossman, lire aussi l’article de Gilad Atzmon



Jeudi 23 Novembre 2006

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