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Populisme : les contradictions de la démocratie


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En introduction au débat du Café Politique.


François Saint Pierre
Lundi 18 Mars 2013

Populisme : les contradictions de la démocratie
Les dernières élections en Italie, avec le succès électoral de Beppe Grillo et de son mouvement 5 étoiles, ont remis dans l'actualité la question du populisme. Plus récemment lors du décès d'Hugo Chavez, l’analyse politique des médias s’est souvent résumée à : "c'était un populiste" estimant que, malgré ses nombreuses victoires électorales, cela était suffisant pour le disqualifier. Le populisme est un concept flou et à géométrie variable qui revient de plus en plus souvent dans les propos politiques de droite comme de gauche pour discréditer les adversaires. De très nombreux partis politiques européens au Pays-Bas, en Suède, en Suisse ou au Danemark sont identifiés comme populistes, mais aussi le Tea Party aux États-Unis, ainsi que de nombreux partis d'Amérique latine. En France, c'est traditionnellement le Front National qui bon gré, mal gré porte cette casquette, mais depuis quelque temps le front de gauche, critiqué par la gauche de gouvernement pour son manque de propositions et le simplisme de ses analyses, accepte cette étiquette au nom de la référence au peuple, seule source de la légitimité démocratique.

Le populisme est souvent associé au totalitarisme et à la xénophobie avec une référence implicite à un peuple idéalisé, qu'il faut protéger des influences néfastes de l'extérieur. Les élites politiques et technocratiques sont alors dénoncées comme ayant trahi les intérêts de la nation, car bien trop préoccupées à défendre une économie mondialisée. Un chef charismatique et autoritaire est la solution préconisée pour remettre les élites dans le droit chemin de l'obéissance à l'idéal national. Version classique du populisme d'extrême droite que l'on retrouve dans beaucoup de pays européens.

Il existe aussi une autre version du populisme qui fait référence au "populaire" plutôt qu'à l'idée nationale. Le peuple est vu comme la classe sociale des dominés, comportant évidemment les pauvres, mais aussi les classes moyennes. On retrouve dans cette version le simplisme de l'analyse et l'antiélitisme, mais plus que le nationalisme, c'est l'inquiétude par ces temps de crises de voir se détricoter l'état providence et la solidarité nationale qui est la principale justification de la radicalité de la critique.

En 2005 lors du référendum sur le projet de constitution pour l’Europe, la France avait semblé se partager en deux. Les élites médiatiques, économiques et politiques du côté du oui, les populistes du côté du non. Avec le recul de l’histoire, parmi les tenants du non il y avait beaucoup d’intellectuels lucides qui voyaient bien le marché de dupes que l’on proposait aux citoyens : un détricotage des solidarités en échange d’une concurrence libre et non faussée !

Le simplisme de l’analyse, la xénophobie, le retour à l’autoritarisme et l’antiélitisme systématique ne sont pas des vertus démocratiques et peuvent mener, comme l’histoire l’a prouvé, à des périodes bien sombres. Peut-on se contenter, comme on peut le lire souvent dans les médias de crier au danger du populisme ? Ne faut-il pas plutôt comprendre ce qui l’alimente et améliorer notre fonctionnement démocratique pour l’empêcher de prospérer ?

En France, mais aussi dans beaucoup de pays la politique est devenue un métier, le cumul et la répétition des mandats, nécessaire pour faire une carrière, conduit à privilégier le court terme. L’impression que la démagogie et les promesses inconsidérées sont un passage obligé pour se faire élire conduit à décrédibiliser les hommes politiques. La plupart des dirigeants réels du monde globalisé dans lequel nous vivons ne sont élus par personne. Nos élus nationaux n’ont aucun mandat pour agir sur les grands enjeux de la planète, ils ne sont que des acteurs locaux incapables de réguler la finance mondiale ou d’influer efficacement sur les grandes questions environnementales. L'acceptation par le général De Gaulle du processus de construction européenne était basée sur cette intuition historique, mais nous nous sommes contentés de faire un espace de libre échange, sans harmonisation fiscale, sociale et économique, totalement incapable de peser dans la politique internationale. La croyance sans limites d’une bonne partie des élites aux vertus du libéralisme a conduit de fait à l’impuissance de notre classe politique.

Dans la crise actuelle les élites économiques ont réussi à augmenter leurs profits et les autres élites ont réussi à préserver leurs statuts, laissant les classes populaires payer au prix fort les dégâts. Comme l’on récemment rappelé les suisses lors d’un récent référendum, un peu de morale élémentaire aurait certainement permis d’endiguer la montée de l’antiélitisme. Le populisme actuel est le symptôme de la crise politique qui ronge nos démocraties incapables de s’adapter à la mondialisation tout en respectant un minimum de justice sociale.

Il est illusoire d’attendre des privilégiés une réforme d’un système qui leur profite si bien. Le peuple ne doit pas attendre un chef charismatique, mais doit reprendre la main par une participation plus active à la vie politique. La démocratie représentative de plus en plus biaisée par les puissances économiques et financières doit évoluer rapidement pour laisser plus de responsabilités et de pouvoirs aux structures intermédiaires et au peuple. « Constituer la politique en bien commun », titre du livre de notre invité François Schalchli, est certainement le meilleur programme qui soit pour ne pas tomber dans les dérives populistes.

François Saint Pierre

Voir : http://lecafepolitique.free.fr/spip.php?rubrique109


Lundi 18 Mars 2013


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