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Points faibles et erreurs du Hirak algérien.



salah sakhri
Dimanche 1 Décembre 2019

Points faibles et erreurs du Hirak algérien.
Depuis le 22 février 2019, l’Algérie connaît une effervescence populaire réclamant la refonte du système politique et un renouvellement de la classe politique. Ce mouvement profond et large ne cherche pas à bouleverser la société, mais à la modifier de façon à la rendre la plus acceptable et commode possibles aux masses laborieuses, prolétariennes. L’influence néfaste du réformisme et de l’opportunisme est responsable de la stagnation du mouvement plus que la répression gouvernementale, bien que non négligeable. Essayons d’identifier certains traits qui entravent la progression du mouvement.
La non-structuration du mouvement est une erreur politique qui empêche le mouvement de progresser. Ces neuf mois de lutte ont dévoilés l’absence criant d’une organisation large du mouvement en comités d’usines, de quartiers, de villages guidée par une direction nationale. Ce qui nécessaire pour conduire le mouvement populaire à mieux.
Le 28 novembre le Parlement européen a adopté une résolution de «soutien» au Hirak. Cette résolution a été portée par le socialiste français, Raphaël Glusksamn (fossile vivant de la mouvance ultraréactionnaire américaine du «chaos constructif»), le «fils» spirituel de BHL. Dont, il faut se souvenir que partout où il a passé les peuples ont trépassés !
Le Parlement européen se donne le droit de s’ingérer dans les affaires internes du peuple algérien au motif de soutenir «la démocratie et les droits de l’homme». Ce vote est tout simplement une violation du droit international, acquis de la victoire antifasciste de l’URSS sur l’hydre hitlérien, qui rejette toute interférence étrangère dans les affaires internes d’un pays. On ne sait pas s’il existe un lien de cause à effet entre le vote du Parlement européen et la marche des Algériens de Belgique du 1er décembre 2019, à Bruxelles. Cette marche évoque «un partenariat privilégiée» de l’UE avec l’Algérie et l’Afrique du nord. Il ne faut pas avoir froid aux yeux pour oser qualifier les liens de sujétions qu’entretiennent les pays membres de l’UE avec l’Algérie comme des liens égaux et bénéfiques.
D’autre part, il faut savoir que les organisations communistes conséquentes en Europe réclament, notamment, la dissolution de l’UE. Pourquoi ? Parce que cette institution supranationale constitue un cartel d’Etats capitalistes qui tentent de coordonner une stratégie «unitaire» contre d’autres concurrents (USA, Chine, Russie, etc.) pour les zones d’influences, les débouchés commerciaux et l’exportation des capitaux. Il ne faut pas oublier la thèse léniniste sur l’inégalité du développement économique et politique comme une loi absolue du capitalisme. Pour comprendre l’évolution de la politique mondiale et la lutte que se livre les pays capitalistes pour garder ou gagner des positions dans le monde. L’UE (sous direction franco-allemande) au même titre que l’OTAN (sous direction américaine) agresse et spolie les travailleurs et les peuples. Tenant compte de tous ces éléments on conclue que la marche de Bruxelles voile ses motifs obscurs par des bons sentiments et des vœux pieux !
Ensuite, on ne sait pas qu’elle sera la réaction de «l’opinion publique algérien» sur le vote du Parlement européen et la marche de Bruxelles ? Mais ce qui certain c’est que le citoyen algérien qui est sain et vit du fruit de son travail, qui aime sa patrie, sa langue arabe ou le berbère, son histoire ne peut accepter un soutien aux intentions floues d’où qu’il vient. Ne dite-on pas que les voies de l’enfer sont toujours pavées de bonnes intentions ! Tout citoyen acceptera le soutien des secteurs progressistes du monde entier, ceux qui pensent et agissent pour le bien des hommes, mais pas celui des politiciens fascistes, réactionnaires de tous poils, écologistes et sociaux-démocrates à la solde du sac d’écus.
Un mot sur l’élection présidentielle du 12 décembre prochain. Il faut préserver le caractère pacifique du Hirak et laisser les gens voter ne serait-ce que parce que l’armée n’attend qu’un prétexte pour décréter l’état de siège. A coté de cela il faut constituer un gouvernement provisoire chargé d’accompagner la transition démocratique vers une république populaire et anti-impérialiste. L’idée d’une transition conduite par «des personnalités» soulève plus de questions qu’elle en résout.
Le Hirak est trop algérien est pas assez internationaliste. Il veut être un exemple, mais ne cherche pas à apprendre chez les autres et dans les événements révolutionnaires qui ont bouleversés le monde. La dimension anti-impérialiste apparaît de façon limitée dans le mouvement du fait qu’elle rejette le seul aspect ingérence étrangère déclarée, mais ne voit pas que l’ingérence s’exprime aussi dans la corruption du personnel politique algérien par l’impérialisme.
La division de la société en classes sociales antagonistes se livrant une lutte pour le pouvoir n’a pas encore atteint le stade ou le cours du développement social appelle à la révolution socialiste. Se taire sur le rôle d’avant-garde que doit jouer la classe ouvrière dans la révolution démocratique revient à capituler devant la petite bourgeois démocratique d’une part et d’autre part tomber dans l’opportunisme. Ce qui a pour conséquence de retarder la traversée vers l’autre rive rapidement et avec le moins de dégâts possibles.
Renseigner sur les points faibles et les erreurs du Hirak signifie que nous refusons de nous mettre à sa remorque, d’apprécier son caractère de classe pour ne pas l’idéaliser ou le diaboliser. Nous luttons et nous rendons compte en faisant sa critique.


Le 29 novembre 2019
Salah Sakhri

















Dimanche 1 Décembre 2019


Commentaires

1.Posté par benallal le 01/12/2019 08:22 | Alerter
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la confusion est de taille pour ce hirak la revoultion qui ne dit pas son nom et la reforme qui confond systeme et et changement de mode de vie quand a la representativite du hirak c est un tort qui gache tout car les revendications sociale et les revendications politiques ne sont pas pareilles et les sujets sont aussi differents

2.Posté par saidab le 01/12/2019 13:00 | Alerter
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Monsieur Sakhri
Autant votre contribution reflète le refus général des Algériens, qu'ils soient pour ou contre les élections du 12 décembre, concernant les ingérences étrangères, autant cette affirmation me gêne dans votre texte : "... laisser les gens voter ne serait-ce que parce que l’armée n’attend qu’un prétexte pour décréter l’état de siège."

Cette affirmation ressemble à un procès d'intention ! Elle présuppose une certitude chez vous que l'armée est aux aguets du moindre prétexte pour prendre le pouvoir. Pouvez-vous nous dire d'où vous vient cette certitude, et ce que vous inspire la confiance quasi absolue attribuée au "peuple" pour cette même armée composée d'enfants du peuple et profondément ancrée dans la conscience populaire comme garante de la sécurité et de la souveraineté du pays.

Merci pour une réponse.
Cordialement

3.Posté par Karim le 01/12/2019 14:16 | Alerter
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Le hirak (mouvement de contestation populaire) d’aujourd’hui n’est plus celui des premières semaines qui était spontané, direct, sincère et naturel. Au fil du temps, il s’est transformé pour devenir dur, insensible et obstiné par le fait qu’il est devenu le cheval de Troie de l’oligarchie et de tous ceux qui ont une soif de revanche contre l’armée, car ils ne cessent d’inciter l’armée à la confrontation pour stopper le processus électoral du 12/12.En un mot, le hirak s’est transformé en dictature et gare à celui qui ose proposer une autre alternative pour le bien du pays.

4.Posté par sakhri le 02/12/2019 09:37 | Alerter
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Monsieur "saidad", j'ai pas pour habitude de répondre aux gens qui s'exprime par pseudo pour des raisons faciles à comprendre. Toutefois, compte tenu de votre courtoisie je fais une exception. Vous savez que l'armée algérienne a déjà décrété l'état de siège contre un mouvement de contestation populaire en octobre 1988. . Il ne faut pas confondre absolu et relatif : le passé relève de l'absolu (on ne peut plus rien changer puisque mort et enterré) et le présent relève du relatif puisqu'il est mouvement, qu'il change et bouleverse les choses dans une direction ou une autre. C'est la loi de la dialectique. Donc dans l'absolu, il n'y a pas de raison que l'armée ne décrète pas l'état de siège suite à une provocation quelconque. Après est-ce probable oui : est-ce possible l'avenir nous le dira. Mais, il faut espérer que non. D'autre part, l'armée algérienne n'est pas au service du peuple laborieux (que cela plaise ou non le peuple algérien n'est pas un bloc monolithique, uni autour d'un seul intérêt, pensant et vivant pour un seul but. La société est divisé en classes sociales antagonistes, aux modes de vie, aux aspirations et aux pensées sociales différentes...), mais au service de la classe dominante, bourgeoisie qui s'est formée depuis notre indépendance politique. D'ailleurs, l'attitude de chaque classe sociale envers le mot d'ordre de démocratisation du pays révèle que la démocratie pour "pure" ou pour tous est une illusion du fait que la démocratie à un contenu de classe bien déterminée : soit la démocratie bourgeoise au service de la minorité, exploiteuse, de nantis soit la démocratie prolétarienne au service de la majorité exploitée, qui vit du fruit de son labeur. Alors la notion "armée populaire" est impropre non dans sa forme, mais par la société qu'elle défend. L'entrée de l'Algérie officielle dans le capitalisme libéral, à contrario du capitalisme d'Etat, à partir des années Chadli a plongé le pays dans le gouffre du marasme économique, de la guerre civile, des répressions gouvernementales contre les mouvements de contestations populaires, de la dépendance étrangère et du bradage de l'économie nationale, dans la voie du recul de civilisation, etc. Hélas la liste des fléaux , des maux et outrages qui ont frappés durement le pays est longue. Vous la connaissez autant que nous tous. Maintenant, il faut savoir relier tous ses problèmes à leur origine et leurs causes : le système capitaliste algérien engagé dans un processus d'accumulation du capital sans limite et sans freins. Je vous invite à étudier le Capital de Marx quand il décrit les crimes, les infamies, les escroqueries et autres moyens douteux utilisés par la bourgeoisie anglaise, notamment, pour s'enrichir de façon éhontée. Bien à vous. salah sakhri

5.Posté par saidab le 06/12/2019 09:33 | Alerter
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Monsieur Sakhri
Merci pour votre réponse détaillée. Hélas, elle me laisse sur ma faim, et il m’a fallu un temps pour mettre des mots sur ce qui me gênait. Par honnêteté intellectuelle, je vous fais un retour. Comme ma réflexion est longue, je décide d’en faire une contribution sur ce site sous le titre « L’absolu et le relatif » pour rester dans le sujet que vous avez développé à mon attention. J’espère que mes interrogations vous parleront.
Merci encore. Cordialement

saidab

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