Géopolitique et stratégie

Plus que des partenaires, la Russie et l'Ouzbékistan sont des alliés



Depuis quelques années, l'alliance scellée entre la Russie et l'Ouzbékistan se précise et se traduit par des résultats économiques impressionnants. Le vice-Premier ministre et ministre ouzbek des Finances, Roustam Azimov, a récemment souligné la nature radicale des changements. Pour preuve, il a cité le chiffre d'affaires des échanges entre les deux pays qui progresse d'année en année: s'il s'élevait en 2006 à 3,12 milliards de dollars, il a gagné 46% au cours du seul premier trimestre de 2007. Pour le président de l'Union des industriels du pétrole et du gaz Iouri Chafranik, en revanche, la Russie et l'Ouzbékistan sont "très en retard" par rapport aux objectifs fixés par leurs présidents.


Fakhriddine Nizamov
Mardi 22 Mai 2007

Par Fakhriddine Nizamov


Ces deux opinions ont, certes, le droit d'exister. Mais citons le fait suivant à titre de comparaison. Il y a dix ans, le chiffre d'affaires des échanges entre l'Ouzbékistan et l'Allemagne a atteint la barre de 1 milliard de dollars, une première dans l'histoire de cette jeune république ex-soviétique, et on a parlé alors d'un acquis énorme vu l'éloignement géographique des deux pays. Quant à la Russie, sa proximité dans tous les sens du terme ne joue pas le dernier rôle dans la flambée des échanges, mais elle ne constitue pas un facteur prédominant. Aujourd'hui, les contacts bilatéraux se fondent avant tout sur le bon sens et le pragmatisme, ce qui expliquerait la croissance dynamique du nombre d'entreprises russes en Ouzbékistan. Cette ancienne république soviétique d'Asie centrale compte à présent 504 entreprises à participation russe, et le nombre de producteurs ouzbeks implantés en Russie est en augmentation. Toujours selon Iouri Chafranik, le potentiel de la coopération bilatérale, perdu dans les années 1990, est rétabli.

Désormais, les entreprises savent se faire entendre. Cet avis est communément partagé par les délégués du forum économique russo-ouzbek qui vient de prendre fin à Tachkent. Les autorités et les milieux d'affaires ont pris conscience qu'ils devraient conditionner leurs démarches aux résultats pratiques et non à leurs intentions ou à la quantité de documents signés. Et puisque la confiance est de retour entre les deux pays, leurs ententes sont nettement mieux appliquées. La présentation du potentiel économique de la République d'Ouzbékistan a impressionné l'assistance non seulement par son ampleur, mais aussi et surtout par le constat suivant, qui paraîtrait simple au premier regard: la Russie est mieux placée que les autres pour développer une coopération fructueuse avec l'Ouzbékistan. Parmi ses avantages, il y a le passé historique, la langue de communication commune et la proximité des vues sur beaucoup de dossiers politiques. Il ne faut pas non plus oublier la richesse traditionnelle des rapports humains qui prime parfois sur la richesse du sous-sol.

Dans ce contexte, il convient de rappeler que l'Union européenne dépense tous les ans près de 36 millions d'euros pour surmonter les difficultés linguistiques entre les Etats membres, une barrière qui n'existe pas entre les pays de la CEI. Dans les affaires, il s'agit là d'un élément non négligeable. Certes, la coopération énergétique est la force motrice des échanges russo-ouzbeks. Les énormes investissements canalisés pour financer la prospection géologique et la mise en valeur, par les compagnies russes Gazprom et Lukoïl, de nouveaux gisements de gaz en Ouzbékistan commenceront à rapporter à partir de cette année.

En dehors de la croissance de la production, l'Ouzbékistan et la Russie ont intérêt à coopérer en matière d'économie de gaz naturel sur leurs marchés intérieurs. Par exemple, l'Ouzbékistan extrait tous les ans près de 65 milliards de mètres cubes de gaz, dont il dépense près de 50 milliards pour sa consommation intérieure. La Russie, elle, produit 650 milliards de mètres cubes de gaz, dont seulement 212 milliards sont exportés. Selon les agences internationales, la Russie et l'Ouzbékistan font partie des dix plus gros consommateurs d'énergie, et l'économie d'hydrocarbures revêt pour ces pays une importance vitale.

Ces dernières années, l'Ouzbékistan procède à une privatisation massive, d'où son caractère attractif pour beaucoup d'entreprises étrangères. Or, selon le Comité d'Etat au patrimoine de l'Ouzbékistan, la part des entreprises russes ne représentait en 2006 que 21,4%, ce qui est comparable au niveau de l'Union européenne, mais nettement inférieur à celui des compagnies américaines.

Nul n'ignore que l'excédent de main-d'oeuvre non seulement génère des problèmes économiques, mais est aussi à l'origine des tensions sociales en Ouzbékistan. La création d'emplois est susceptible de lever un certain nombre de problèmes. Si le géant de l'industrie textile Uzbekengilsanoat appelle activement les entreprises russes à investir dans les régions telles que la vallée surpeuplée de Ferghana et la zone difficilement accessible du Karakalpakstan, les investissements des majors énergétiques russes apportent déjà des résultats substantiels. On attend le lancement du grand gisement gazier de Kandym qui doit créer 1 000 nouveaux emplois. Le premier vice-Premier ministre russe Sergueï Ivanov a hautement apprécié les efforts déployés par les milieux d'affaires des deux pays. D'après lui, ces efforts contribuent largement à rendre la coopération bilatérale irréversible.

РИА Новости


Mardi 22 Mai 2007

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

Publicité

Brèves



Commentaires