Politique Nationale/Internationale

Plaider l’indépendance, assumer la soumission



Mercredi 12 Juillet 2006

Plaider l'indépendance, assumer la soumission

Décryptage

Dans son édition du 23 juin 2006, le New York Times a publié des informations sur un programme secret de la CIA et du département du Trésor états-unien : le Terrorist Finance Tracking Program. Ce programme, mené au nom de la « guerre au terrorisme » permet de surveiller les transactions bancaires internationales avec la complicité de la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT) une entreprise basée à Bruxelles en charge de transactions s'élevant en moyenne à 6000 milliards de dollars états-uniens par jour. Pour le quotidien new-yorkais, il ne faisait pas de doute que de telles pratiques ne visaient que la recherche de « terroristes » et n'étaient pas un moyen de connaître les activités financières d'adversaires des États-Unis.
Cependant, bien que la problématique de la « guerre au terrorisme » n'ait pas été remise en question par cette publication, les révélations du New York Times ont provoqué l'ire de l'administration Bush. Le président états-unien a déclaré : « Nous sommes en guerre avec un groupe de gens qui veulent du mal aux États-Unis d'Amérique. Que des gens fassent filtrer ces informations et que des journaux les publient cause un tort très important au pays ». Le vice-président, Dick Cheney affirmait pour sa part que les auteurs de l'article « ont rendu la tâche de défendre le pays contre de nouvelles attaques encore plus difficile en insistant pour publier des informations détaillées sur des programmes d'importance vitale ». Les relais médiatiques conservateurs se sont également déchaînés contre l'attitude « anti-patriotique » du New York Times.

A l'heure actuelle et compte tenu de nos informations, il est bien difficile de savoir quels sont les tenants et aboutissants de cette nouvelle affaire de fuites. L'histoire récente des États-Unis a été riche en cas de « révélations » orchestrées par des factions gouvernementales contre d'autres et mises en scène comme le fruit d'enquêtes journalistiques. On se souvient ainsi du Watergate qui fut présenté aux lecteurs du Washington Post comme une traque haletante de deux reporters alors que, on le sait aujourd'hui, il s'agissait de fuites organisées par le directeur intérimaire du FBI en personne. Dans d'autres cas, les fuites furent organisées par le sommet du pouvoir lui-même pour évaluer les réactions de l'opinion publique à une décision éventuelle. Au cours d'un entretien publié par le lieutenant-général Edward L. Rowny dans son livre Engineer Memoirs, l'ancien Attorney général et frère de l'ex-président John F. Kennedy, Robert Kennedy, commenta ce procédé en citant le général Lemnitzer : « Ce gouvernement est le seul vaisseau amiral qui fuit par le haut ».

Il est trop tôt pour savoir de quelle nature sont les révélations sur le programme d'espionnage des transactions financières, mais cette affaire, qui occupe une large place dans les médias états-uniens, permet en revanche d'observer les conceptions du pouvoir politique et des principaux acteurs médiatiques états-uniens concernant la « liberté d'information ».

Dans une lettre ouverte au New York Times publiée le 26 juin sur le site du département du Trésor reprise le 28 juin par le Christian Science Monitor et le 29 juin par le New York Times, l'ancien secrétaire au Trésor états-unien (récemment démissionnaire) John Snow, se déclare choqué par l'attitude du quotidien new-yorkais qu'il accuse d'irresponsabilité. Il affirme que le New York Times a, par ses révélations, détruit un programme efficace de lutte contre le terrorisme. Pour l'auteur, le journal ne peut pas s'octroyer le droit de révéler des informations confidentielles et il fait état de nombreuses rencontres entre les responsables du New York Times et de son département sur le sujet. Il déplore que les nombreuses requêtes de l'administration Bush visant à ne pas faire publier ces articles soient restées lettre morte. Pour l'auteur, il ne fait cependant pas de doute que la sécurité nationale exige que la presse états-unienne dominante soit soumise au bon vouloir du pouvoir politique sur des questions en lien avec la « sécurité nationale ».

Le rédacteur en chef du New York Times, Bill Keller, lui répond dans le Christian Science Monitor. Il affirme qu'il est important pour la presse d'être libre et qu'il devait publier cette information. Il assure toutefois que cette décision fut compliquée à prendre, qu'elle n'est intervenue qu'après de longues discussions avec l'administration Bush et que la décision n'a été prise que parce que le journal estimait que cela ne nuirait pas à la sécurité des États-Unis. En définitive, l'auteur reconnaît que des tractations entre le pouvoir politique et un quotidien aussi important que le New York Times sur la pertinence de la publication d'informations existent. En outre, la défense du rédacteur en chef n'est pas tant de mettre en avant son devoir de journaliste, que de minimiser l'importance de la révélation..
Quelques jours lus tard, le même Bill Keller signe avec son homologue du Los Angeles Times une nouvelle justification publiée le même jour par le Los Angeles Times et le New York Times et le lendemain par l'International Herald Tribune. Allant encore plus loin dans la présentation de leur conception du journalisme, ils exposent leurs principes. Tout en martelant qu'ils agissent en toute indépendance et dans le respect des traditions des « Pères fondateurs » états-uniens (proximité avec le 4 juillet oblige), leur tribune expose davantage la compromission des médias dominants avec le pouvoir politique que l'indépendance. Ainsi, les deux rédacteurs en chef admettent qu'il leur arrive fréquemment de ne pas publier des informations, au nom de la sécurité nationale et que même dans le cas du Terrorist Finance Tracking Program, ils n'ont pas publié tout ce qu'ils savaient concernant le programme de contrôle des services financiers internationaux. Ils assurent ne pas être neutres dans la « guerre au terrorisme » et être donc avant tout « patriotes » dans leur traitement de l'information. Ils revendiquent ainsi faire leur devoir quand ils s'autocensurent pour lutter eux aussi contre le « terrorisme », comme le Washington Post l'a fait en refusant de publier la liste des pays qui abritent des prisons secrètes de la CIA. Ils limitent ainsi leur rôle à donner des informations permettant aux citoyens états-uniens de choisir si l'administration en place est la plus capable pour mener la « guerre au terrorisme » , mais s'interdisent de remettre en cause la « guerre au terrorisme » et ses fondements. Cette lettre commune qui devraient servir de rappel déontologique apparaît donc davantage comme une lettre de soumission partielle.
En effet, sans le dire explicitement, les rédacteurs en chef de deux des trois principaux journaux états-uniens affirment que sur des questions comme le maintien des prisons secrètes ou des programmes de surveillance des citoyens états-uniens, les « journaux de référence » ont agis en concertation avec la Maison-Blanche sur les informations à révéler.
En 2003, une étude de l'école de Gouvernement de l'université d'Harvard avait révélé que, depuis le 11 septembre 2001, les grands patrons de la presse écrite et audio-visuelle états-unienne rencontrent chaque semaine des collaborateurs de la Maison-Blanche au Metropolitan Club de Washington. Ils y discutent ensemble de ce qui peut et ne peut pas être révélé au public.

Les aveux des rédacteurs en chef du New York Times et du Los Angeles Times ne sont donc pas un scoop, mais il est difficile de ne pas continuer à être surpris par la candeur avec laquelle les rédacteurs en chef de la presse dominante assument leur soumission au pouvoir politique tout en se réclamant de la défense d'une liberté totale. Il y a vingt ans, George Bush père et Oliver North avaient mis en place un dispositif identique, le célèbre « Groupe du mardi » qui leur permettait de contrôler le traitement par la presse de l'Irangate et autres. Mais la révélation de ces connivences avait fait scandale. Aujourd'hui, elle s'impose comme la norme. En France, la récente libération de Florence Aubenas avait donné lieu à des justifications analogues des pratiques journalistiques.

Quoi qu'il en soit, dans un grand élan corporatiste, la presse états-unienne dominante a largement donné la parole aux experts soutenant la position du New York Times.
Ainsi dans le Boston Globe, l'avocat Thomas D.Herman revient sur l'affaire des Pentagon Papers de juin 1971 où la presse états-unienne révéla des éléments secrets de la Guerre du Vietnam contre l'avis de la Maison-Blanche qui attaqua le New York Times devant la Cour suprême avant d'être débouté. Pour l'auteur, ce n'est pas au pouvoir politique de dicter ce que la presse peut ou doit publier, ni à la justice, mais aux journalistes responsables eux-mêmes. Sans tenir compte des déclarations ambiguës des rédacteurs en chef, l'auteur fait l'éloge d'une déontologie en trompe l'œil.

Les anciens conseillers en lutte anti-terroriste de Bill Clinton et George W. Bush, repassés depuis dans le camp démocrate, Richard A. Clarke et Roger W. Cressey volent, eux aussi, au secours du New York Times dans les pages opinion de ce dernier. Les deux auteurs assurent que les transferts de fonds internationaux sont surveillés avec une efficacité croissante depuis 1977 et que tout le monde le sait. Aussi, le New York Times ne révélaient rien d'important. MM. Clarke et Cressey apportent donc le poids de leur expertise aux arguments de M. Keller sur le peu d'importance de l'information révélée. Les auteurs concluent en attribuant la réaction de l'administration Bush à une volonté de provoquer une controverse préélectorale stérile.
L'ancien président démocrate Jimmy Carter, développe dans le Washington Post et le Korea Herald, un plaidoyer en faveur du Freedom of Information Act (FOIA), la loi réglementant l'obligation de publication des documents publics et des documents publics classifiés au-delà d'une certaine période. Il assure que cette loi voit ses principes bafoués par une administration Bush obsédée par le secret. Multipliant les comparaisons internationales avec d'autres pays, l'ancien président assure qu'une démocratie ne peut se prétendre telle si les citoyens ignorent ce que font leurs gouvernements. L'auteur ne fait pas référence au conflit entre l'administration Bush et le New York Times mais sa tribune intervient à un moment où ce lien ne peut pas échapper aux lecteurs.
On peut même se demander si les interventions de MM. Clarke et Cressey et celle de M. Carter ne font pas partie d'un plan de communication concertée du parti démocrate, les premiers étant chargés de décrédibiliser l'administration Bush et son obsession du secret du point de vue de l'efficacité et le second du point de vue des principes démocratiques. La bataille électorale pour l'élection de novembre a commencé et les actions des élites états-uniennes doivent désormais être analysées en prenant ce fait en compte.

En réponse à ces attaques, dans le Washington Post, l'ancien avocat de George W. Bush et assistant de John Ashcroft au département de la Justice, Theodore B. Olson, publie une tribune ayant sans aucun doute pour but de présenter l'administration Bush comme un gouvernement soucieux de la liberté de la presse. L'auteur commente le Free Flow of information Act sur lequel travaille le Sénat. Il présente ce projet de loi comme un progrès permettant aux journalistes états-uniens de mieux protéger leurs sources et donc de faire un travail plus efficace.
L'auteur rappelle cependant que les journalistes ne doivent pas être au-dessus du droit et doivent tenir compte de la sécurité nationale (ce qui est plus qu'un conseil déontologique puisque cette obligation est contenue dans la loi et notamment dans son paragraphe 9). En dépit de son ton rassurant, l'auteur et cette loi continuent de conditionner la publication d'informations à la « sécurité nationale », un argument qui a servit à l'administration Bush à revenir sur bien des droits de la population US depuis le 11 septembre 2001.

Réseau Voltaire





  

« Sur la révélation d'informations classifiées : le secrétaire états-unien au Trésor John Snow »

Auteur John Snow


 John Snow est ancien secrétaire au Trésor états-unien (2003-2006).

Sources New York Times (États-Unis), Christian Science Monitor (États-Unis)
Référence « On revealing classified information : US Treasury Secretary John Snow », par John Snow, Christian Science Monitor, 28 juin 2006.
« John W. Snow : Treasury Dept.'s View of the Bank Data Report », New York Times, 29 juin 2006.

Résumé Cher M. Keller,
La décision du New York Times de révéler le programme de recherche sur le financement du terrorisme, un effort classifié visant à combattre les réseaux terroristes en utilisant les données financières, a sapé le fonctionnement d'un programme de contre-terrorisme. Le quotidien a alerté les terroristes sur les méthodes employées pour les traquer. Nous avons demandé au New York Times de ne rien publier et les co-présidents de la Commission d'enquête sur le 11 septembre avaient rencontré des dirigeants du journal pour les dissuader de publier l'article afin de ne pas mettre ce programme en péril.
En réponse, vous avez défendu votre volonté de publier vos articles, en nous assurant que les terroristes « connaissent » nos méthodes. Cette réponse laisse penser que vous croyez savoir comment agissent les terroristes. Cela révèle une arrogance à couper le souffle et une profonde incompréhension de ce programme. Le journal s'est donc lui-même octroyé le droit de révéler les actions secrètes du gouvernement, affirmant agir pour le bien public, perdant de vue que le gouvernement cherche à protéger la population de la menace mortelle du terrorisme.
Je suis très déçu par le New York Times.
 

« Sur la révélation d'informations classifiées : le directeur de la publication du New York Times Bill Keller »

Auteur Bill Keller


 Bill Keller est le rédacteur en chef du New York Times.

Source Christian Science Monitor (États-Unis)
Référence « On revealing classified information : New York Times Executive Editor Bill Keller », par Bill Keller, Christian Science Monitor, 28 juin 2006.

Résumé En tant que responsable de la publication des informations classifiées, je me dois de répondre aux accusations portées contre moi et mon journal. J'ai en effet été accusé par des animateurs conservateurs de télévision et de radios d'agir de façon dangereuse et non-patriotique. Je reçois aussi des encouragements de la part de nos lecteurs. Les fondateurs de ce pays ont jugé qu'une presse agressive et indépendante était un bon moyen d'éviter les abus de pouvoir. Ils ont rejeté la nécessaire croyance dans la parole du président.
Parfois, il fait prendre la difficile décision de révéler des informations confidentielles. Le gouvernement veut toujours que les journalistes suivent la ligne officielle. L'administration Bush souhaiterait que nous ne fassions que ses louanges et que nous ne traitions pas, par exemple, les violences sectaires en Irak pour ne pas démoraliser la population. Mais nous, nous faisons confiance aux citoyens et notre travail consiste à donner des informations pertinentes et justes. C'est une question compliquée et parfois, il nous arrive de ne pas publier des informations qui pourraient servir à des personnes hostiles aux États-Unis. Depuis le 11 septembre, le gouvernement a lancé des programmes anti-terroristes secrets sans toujours en avertir le Congrès. Beaucoup d'Américains soutiennent ces mesures exceptionnelles, mais certains responsables s'inquiètent de leur légalité. Il était de notre devoir de publier ces informations.
Nous en avons largement discuté avec l'administration Bush. Cette dernière nous a affirmé que le programme était bon, légal et qu'en parler mettrait les États-Unis en danger. Nous ne sommes pas juges, nous ne pouvons pas juger de sa légalité, mais il se pourrait bien qu'il le soit. Rien n'indique par contre que révéler sa nature le réduirait à néant. De même, les terroristes ne devraient pas changer de tactiques pour se financer puisqu'ils se savent déjà surveillés.
 

« Quand publions nous un secret ? »

Auteurs Bill Keller, Dean Baquet


 Bill Keller est le rédacteur en chef du New York Times.

 Dean Baquet est rédacteur en chef du Los Angeles Times.

Sources International Herald Tribune (France), New York Times (États-Unis), Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « When do we publish a secret ? », par Dean Baquet et Bill Keller, Los Angeles Times, 1er juillet 2006.
« When Do We Publish a Secret ? », New York Times, 1er juillet 2006.
« When do we publish a secret ? », International Herald Tribune, 2 juillet 2006.

Résumé Depuis le 11 septembre 2001, les rédacteurs en chef américains ont dû faire face à des choix dans la couverture des efforts gouvernementaux pour protéger les États-Unis du terrorisme. Chacun d'entre nous a dû à un moment ou à un autre refuser la publication d'informations car nous étions convaincus que cela pourrait mettre des vies en danger. Le mois dernier, nos journaux ont révélé l'existence d'un programme secret de l'administration Bush pour observer les transactions bancaires internationales. Ces articles ont relancé le vieux débat sur la responsabilité de la presse. Nous avons été accusés de trahison. Nous sommes concurrents, mais nous sommes d'accord sur notre vision du journalisme, une vision héritée des fondateurs des États-Unis.
Nous avons à cœur la sécurité des États-Unis, nous prenons des risques aux côtés des troupes états-uniennes en Irak et en Afghanistan pour comprendre la menace terroriste et nous ne sommes pas neutres dans la guerre au terrorisme. Mais la lutte contre le terrorisme passe par la défense de nos libertés. Notre devoir est de donner à nos lecteurs les éléments pour juger si les politiques suivies sont les bonnes même quand la Maison-Blanche veut garder le secret. C'est ce qui s'est passé sur les dossiers des services de renseignement qui nous ont mené à la guerre en Irak, les violences sur les prisonniers en Irak et en Afghanistan ou les transferts de suspects vers des pays pratiquant la torture. L'administration Bush souhaite qu'on ne fasse que ses louanges.
Dans cette affaire, le choix n'a pas été facile mais nous avons choisi de publier les informations. Par le passé, nous avons refusé d'en publier certaines quand nous les jugions trop sensibles et même dans le cas présent, nous n'avons pas tout révélé du programme.
Il était de notre devoir d'agir de façon indépendante.
 

« Pour la presse, la responsabilité permet de créer un équilibre »

Auteur Thomas D. Herman

Thomas D.Herman, avocat à la Smith & Duggan de Boston, est en train de produire un film documentaire au sujet du journalisme et de la guerre du Vietnam. Il est le conseiller juridique de la Hemingway Preservation Foundation.

Source The Boston Globe (États-Unis)
Référence « For the press, responsibility is balancing act », par Thomas D.Herman, Boston Globe, 30 juin 2006.

Résumé L'attaque du président George W. Bush contre le New York Times au sujet de la publication d'une information secrète sur les programmes d'espionnage de la population ravive une question à laquelle la Cour suprême des États-Unis a répondu il y a 35 ans : à quelles conditions est-il légal de publier une information gouvernementale top secrète concernant une guerre en cours ?
Dans l'affaire des Pentagon Papers, l'administration Nixon disait, comme l'administration Bush le dit aujourd'hui, qu'une telle publication mettrait en danger la sécurité nationale du pays. Cela a conduit, pour la première fois dans l'histoire du pays, à un risque de censure politique. Le cas a été rapidement traité par la Cour suprême, qui en a conclu que l'administration Nixon ne pouvait prouver que cet article pouvait mettre en danger la sécurité du pays ou de soldats. Les juges ont estimé qu'il était plus important que le public sache la vérité et fasse son propre jugement plutôt que de laisser le président se réserver arbitrairement le droit de choisir ce que le public peut savoir.
Les journaux ont eu le courage d'affronter les pressions exercées par le gouvernement, et par certains des avocats, et de faire leur travail d'information pour une société libre avec responsabilité. Aujourd'hui, dans une période de tension probablement comparable à celle de la guerre du Vietnam, beaucoup de gens pensent que nous sommes exposés à une nouvelle menace : un gouvernement fou furieux, qui espionne des millions de citoyens sans mandat d'arrêt au nom de la sécurité nationale
Les journalistes n'ont pas le droit de publier toutes les choses qu'ils ont pu avoir entre leurs mains. Des revendications légitimes de risque d'atteinte à la sécurité nationale devraient être prises en compte par les éditeurs. Avant la première publication de cette histoire d'espionnage en décembre dernier, le New York Times a mis au courant la Maison-Blanche. Cette dernière a essayé de le dissuader, mais n'a pas mené d'action en justice. Le pouvoir exécutif affirme que ces révélations minent l'action anti-terroriste, mais cela est discutable. Il paraît naïf de suggérer que les sbires d'Oussama Ben Laden ne s'attendent pas à ce qu'on les espionne via leur téléphone ou leur e-mail. En revanche, l'espionnage massif des citoyens états-uniens est une nouveauté.
Certes, notre presse n'est pas parfaite, mais la museler ne nous mettra pas davantage en sécurité.
 

« Un secret que les terroristes connaissaient déjà »

Auteurs Richard Clarke, Roger W. Cressey


 Ancien fonctionnaire du Pentagone, Richard Clarke a été Coordinateur national contre le terrorisme sous Bill Clinton et George W. Bush. Démissionnaire, il est l'auteur de Against All Enemies, livre dans lequel il dénonce le laxisme de l'administration Bush contre le terrorisme avant le 11 septembre 2001. Il a répété ses accusations devant la Commission d'enquête états-unienne sur le 11 septembre 2001.

 Ancien conseiller en contre terrorisme au National Security Council Pour Bill Clinton et George W. Bush, Roger W. Cressey est président de l'entreprise en conseil en sécurité Good Harbor Consulting.

Source New York Times (États-Unis)
Référence « A Secret the Terrorists Already Knew », par Richard A. Clarke et Roger W. Cressey, The New York Times , 30 juin 2006.

Résumé Le contre-terrorisme est devenu un sujet de controverses intérieures et internationales. Par exemple, le rôle de la Guerre en l'Irak dans la mobilisation de nouveaux terroristes mérite l'analyse et la discussion. Cependant, plusieurs sujets politiques relatifs au contre-terrorisme sont soumis à des discussions partisanes qui les caricaturent. Le débat actuel sur la surveillance par les États-Unis des transferts dans le système financier international nous apparaît comme un cas où les réaction de l'administration Bush et ses opposants sont exagérées.
Surveiller les moyens financiers des terroristes est un élément nécessaire dans tout programme de contre-terrorisme, comme l'avait signalé Bill Clinton dans ses directives présidentielles en 1995 et 1998. Les attaques terroristes individuelles ne coûtent pas trop cher. En revanche, le fait de gérer des cellules, des réseaux ou des organisations terroristes est extrêmement coûteux.
Al Qaïda, le Hamas, le Hezbollah et d'autres groupes terroristes avaient différentes ressources financières dont, entre autres, les dons des musulmans riches. En tant qu'élément de la stratégie de contrôle des recettes, la surveillance des transferts internationaux de banques est très utile car elle rend plus difficiles les opérations pour nos ennemis. Elle les force à employer des moyens plus difficiles de transfert d'argent.
N'importe quelle surveillance électronique domestique sans autorisation judiciaire, quel que soit son utilité, est clairement illégale. Mais la surveillance des transferts financiers internationaux, avec l'accord du consortium de banques possédant le réseau, est légale et irréprochable. L'International Economic Emergency Powers Act, voté en 1977, permet au président de surveiller les transactions financières faites par les ennemis des États-Unis. Les initiatives internationales contre le blanchissement d'argent ont commencé depuis une décennie, et ont visé non seulement les terroristes mais également les cartels de drogue, les fonctionnaires étrangers corrompus et une foule d'organisations criminelles.
Ces initiatives, en combinaison avec des traités et des accords internationaux, ne devraient laisser personne avec un sentiment d'intimité en transférant l'argent électroniquement entre les pays. Depuis 2001, les banques ont été obligées de rapporter des transactions ayant eu lieu même aux États-Unis s'il y a une raison de croire qu'une certaine activité illégale est possible.
Il s'agit d'une évidence pour tous les terroristes mais l'administration Bush proteste suite aux « révélations » du New York Times. Les terroristes avaient employé pendant plusieurs années des moyens modernes, et des transferts d'argent- l'ancien système « Middle Eastern Hawala » inclus. Car ils supposent que les appels, les e-mails et les opérations bancaires internationales sont surveillés non seulement par les États-Unis mais par la Grande-Bretagne, la France, Israël, la Russie et même beaucoup de pays sous-développés.
Dans ces conditions, la presse devrait-elle vraiment être qualifiée d'anti-patriotique par l'administration états-unienne, et être même menacée de poursuites judiciaires par des hommes politiques, pour avoir révélé des choses que les terroristes savent déjà ? Si les fonctionnaires de l'administration états-unienne étaient vraiment inquiets que les terroristes puissent apprendre quelque chose de ces rapports, ils seraient sages de ne pas leur accorder plus d'attention plutôt que de fulminer contre eux.
L'administration états-unienne et ses partisans au Congrès veulent donner l'impression qu'ils mènent une bataille courageuse contre ceux qui aideraient les terroristes. A quatre mois des élections, nous comptons entendre beaucoup plus de réclamations indignées concernant le terrorisme.
 

« Nous avons besoin de moins de secrets »

Auteur Jimmy Carter


 Le pasteur baptiste Jimmy Carter est ancien président des États-Unis (1977-1981). Il a reçu le prix Nobel de la paix 2002 et préside le Carter Center à Atlanta.

Sources Washington Post (États-Unis), Korea Herald (Corée du Sud)
Référence « We Need Fewer Secrets », par Jimmy Carter, Washington Post, 3 juillet 2006.
« We need fewer secrets for our rights », Korea Herald, 5 juillet 2006.

Résumé L'US Freedom of Information Act (FOIA) aura 40 ans demain, mais ce ne sera pas un jour de célébration tant notre gouvernement, obsédé par le secret, cache de nombreux documents et informations. Les évènements d'aujourd'hui (guerre, violation des droits civils, accroissement des coûts énergétiques, lobbying) doivent pourtant, au contraire, entraîner une plus grande transparence.
Le FOIA n'est pas respecté, les délais pour fournir les informations ne sont pas respectés. Pourtant, de par le monde, de plus en plus de pays adoptent des législation de ce type et reconnaissent l'utilité de la libre circulation des informations. 70 pays ont fait adopter des textes de ce type, obligeant les gouvernements à rendre public leurs documents. Cela permet de combattre la corruption, de développer l'action citoyenne mais aussi la confiance dans l'action du gouvernement et donc l'application des politiques. Ce système se développe également dans les pays pauvres.
Il faut repenser le FOIA pour le rendre plus performant, notre démocratie en dépend.
 

« Un bouclier nécessaire pour les reporters »

Auteur Theodore B. Olson


 Ancien adjoint du secrétaire à la Justice états-unien John Ashcroft (2001-2004), Theodore B. Olson a été l'avocat de George W. Bush devant la Cour suprême lors du procès qui a accordé la présidence à ce dernier. Il est membre de la Federalist Society de Spencer Abraham. Son épouse, la journaliste Barbara Olson, était passagère du vol 77 d'American Airlines qui, d'après les autorités états-uniennes, se serait écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « A Much-Needed Shield for Reporters », par Theodore B. Olson, Washington Post, 29 juin 2006.

Résumé Les journalistes traitant des questions controversées ne peuvent pas travailler sans offrir des garanties de confidentialités à leurs sources. Sans cela, ils ne pourraient pas donner autant d'information, ce qui ouvre la voie à des abus de pouvoirs. Pourtant, les menaces judiciaires contre les journalistes pour qu'ils révèlent leurs sources sont devenues monnaie courante. Malheureusement, les règles concernant ce qu'un journaliste doit révéler ou non sur ses informateurs sont d'une extrême confusion. En fait, l'obligation d'un journaliste de révéler ou non sa source dépendra de la cour et des opinions politiques du juge. Cela rend les promesses de confidentialité des journalistes peu fiables et cela peut empêcher des informations vitales de voir le jour.
Les journalistes ne doivent pas être au-dessus de la loi, mais ils doivent se voir accorder des protections. Chaque État états-unien a un système de protection des sources, mais il n'existe rien de tel au niveau fédéral. C'est ce à quoi travaille le Congrès en étudiant le Free Flow of Information Act 2006. Cette loi protègera les journalistes, mais il devront démontrer que l'information devait bien être publiée. La question de la sécurité nationale est un autre problème. Quoi qu'il en soit, il faut une harmonisation des règles pour tous les journalistes.

http://www.voltairenet.org/article141740.html http://www.voltairenet.org/article141740.html



Mercredi 12 Juillet 2006

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