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Pétrole: le différend Chavez/ Exxon Mobil empêche la baisse des cours


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Apparemment, rien ne menace les prix records du pétrole et les superprofits des pays exportateurs "d'or noir". Les Etats-Unis, premier importateur mondial de pétrole, font monter eux-mêmes les cours du brut par d'incessants conflits avec certains grands exportateurs de matières premières qu'ils placent parmi les pays "politiquement peu sûrs". La "hausse Chavez", de 3 à 4 dollars le baril, s'est ajoutée cette semaine au prix du pétrole à la suite du bras de fer judiciaire entre le géant pétrolier américain Exxon Mobil et le Venezuela.


Oleg Mitiaïev
Mardi 19 Février 2008

Pétrole: le différend Chavez/ Exxon Mobil empêche la baisse des cours
Par Oleg Mitiaïev, RIA Novosti



Il y a deux semaines, les prix du pétrole avaient baissé jusqu'à 86 dollars le baril, niveau assez confortable pour les consommateurs par les temps qui courent. Mais ils ont rebondi ensuite pour se fixer à 93-94 dollars le baril. Selon les traders pétroliers, environ 3,5 dollars de la récente montée des cours sont dus à la "hausse Chavez", autrement dit, aux démêlés judiciaires entre la plus grande société pétrolière du monde Exxon Mobil et la compagnie pétrolière nationale du Venezuela PDVSA.

La cause première du conflit est la nationalisation du secteur pétrogazier du Venezuela, en cours depuis deux ans. Les parts des compagnies occidentales dans les gisements qu'elles exploitent dans ce pays se réduisent considérablement et la majeure partie des bénéfices provenant de l'extraction du pétrole est répartie en faveur de l'Etat. Certaines compagnies étrangères, par exemple, le français Total, ont accepté les nouvelles conditions, estimant que, dans le contexte des prix exorbitants des hydrocarbures, l'extraction du pétrole au Venezuela reste tout de même une affaire avantageuse. Total a même bénéficié d'une compensation d'environ 830 millions de dollars accordée par le gouvernement vénézuélien pour la réduction de sa part dans le projet auquel il participe.

La pratique mondiale prouve que c'est une tendance générale. Dans les périodes de montée en flèche des prix des ressources naturelles, l'Etat renforce, en règle générale, son contrôle sur le secteur des matières premières et ses revenus.

Mais les Américains d'Exxon Mobil se sont avérés trop récalcitrants, c'est pourquoi les autorités vénézuéliennes ont obligé en 2007 cette compagnie à quitter le pays, en la privant d'un projet plus qu'attrayant. Cependant, Exxon Mobil a intenté des procès au Venezuela en la personne de sa compagnie nationale PDVSA, dans plusieurs tribunaux d'Europe et du continent américain, en exigeant une juste et complète compensation pour le projet qui lui a été retiré. La semaine dernière, les tribunaux ont prescrit de "geler" dans le monde entier 12 milliards de dollars d'actifs de PDVSA en tant que mesure de garantie à la veille du procès.

PDVSA est une compagnie puissante et riche: elle possède dans le monde entier des biens évalués à près de 90 milliards de dollars en tout. En cas d'exécution des décisions judiciaires, cette société et le Venezuela dans son ensemble subiront des pertes immenses. C'est pourquoi la réponse des autorités vénézuéliennes ne s'est pas faite attendre. Le président Hugo Chavez a immédiatement déclaré qu'il cesserait les livraisons de pétrole vénézuélien aux Etats-Unis. Si cette menace est mise à exécution, cela aura des conséquences catastrophiques pour l'économie américaine, qui connaîtra un immense déficit de combustible sur le marché. Comme on le sait, les Etats-Unis importent environ 10 millions de barils par jour et les livraisons "d'or noir" en provenance du Venezuela occupent dans la balance pétrolière américaine une importante quatrième place, avec 1,2 millions de barils/jour, dépassé en volumes seulement par le Canada, l'Arabie Saoudite et le Mexique.

Il faut reconnaître, il est vrai, que cet acte serait suicidaire pour l'économie vénézuélienne, Caracas livrant pratiquement tout son pétrole aux Etats-Unis, et n'ayant pas de possibilités de rediriger ses flux d'exportation vers d'autres pays du monde.

C'est pourquoi Hugo Chavez n'a pas complètement mis sa menace à exécution. Comme cela a été annoncé mardi, seule la compagnie Exxon Mobil, "coupable" de tous les problèmes, sera privée de livraisons de pétrole vénézuélien. Elle reçoit toujours 90 à 170.000 barils de pétrole vénézuélien par jour. Une telle réduction ne causera de grave préjudice ni à Exxon Mobil, ni aux consommateurs de combustible américains. D'autant que d'autres pays de l'OPEP ont promis de remédier à la pénurie de pétrole aux Etats-Unis, si elle venait à apparaître.

Cependant, la guerre judiciaire entre Exxon Mobil et PDVSA ne se terminera pas de sitôt, elle s'aggravera même probablement, par conséquent, la "hausse Chavez" qui pèse sur les prix du pétrole devrait elle-aussi se maintenir pour longtemps.

La politique rigide appliquée par les Etats-Unis à l'égard des pays producteurs de pétrole, dont les régimes sont qualifiés par Washington de "peu sûrs", se retourne de plus en plus contre eux-mêmes, en entraînant la hausse des prix du brut. Par exemple, le gouvernement américain fait tout son possible pour que la non-participation aux projets pétroliers en Iran s'applique non seulement aux compagnies américaines, mais aussi à celles d'autres pays, ce qui contribue aussi à augmenter la tension sur le marché mondial du pétrole.

C'est pourquoi les analystes de la banque d'investissement Goldman Sachs, devenue célèbre pour avoir prédit la montée des prix du brut jusqu'à 100 dollars le baril (ils ont atteint ce niveau le 3 janvier 2008), prévoient à présent que la récession aux Etats-Unis n'entraînera nullement la baisse des prix du pétrole et que, dans un an, "l'or noir" coûtera même 105 dollars le baril. Par conséquent, les pays producteurs de pétrole, Russie comprise, qui ont bénéficié l'année dernière des recettes records grâce à leurs exportations, peuvent tabler sur des superprofits en 2008 également.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Mardi 19 Février 2008

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