Géopolitique et stratégie

Pétrole, gaz, Union européenne, Afrique, Asie, Gazprom: un cocktail explosif



rudygraff@yahoo.fr
Mercredi 16 Avril 2008

Pétrole, gaz, Union européenne, Afrique, Asie, Gazprom: un cocktail explosif


Monsieur Maher Chmaytelli, spécialiste de l’énergie pour l’Afrique du nord et l’Est de la Méditerranée pour l’agence d’information américaine Bloomberg News, a bien voulu nous recevoir pour répondre à quelques questions au grand problème du 21ième siècle qu’est l’énergie.

1. La Russie est un des acteurs les plus importants dans le jeu énergétique européen. Elle exporte vers l’UE 60% de son pétrole et près de 90% de son gaz (représentant 30% de la consommation en 2006 au sein des 25). On a pris note ces dernières années d’un chantage pétrolier et gazier en Ukraine et en Biélorussie. Cela a eu des répercussions sur l’approvisionnement dans certains pays de l’UE. Quelle(s)conclusion(s) tirer ? Pourrait-on y voir un début de spéculation voire chantage sur les prix qui ne ferait que s’aggraver dans les prochaines années ?

Tout d’abord je tiens à souligner que ce que vous appelez être un chantage n’est pas vraiment un chantage qui concerne les prix mais plutôt un conflit politique qui est à la base de la confrontation énergétique qui existe entre l’Ukraine et la Russie depuis plusieurs années.
Comment faut-il réagir ? Tout d’abord approfondir le dialogue avec la Russie afin de parvenir à développer un partenariat avec celle-ci dans lequel la Russie verrait ses intérêts. Eventuellement donner à la Russie un accès au marché d’approvisionnement et de distribution dans l’UE. Cela fera de la Russie non seulement un partenaire en amont mais également en aval dans la mesure où elle percevrait de l’argent en vendant le gaz mais aussi en le distribuant directement aux consommateurs. La Russie deviendrait de ce fait un partenaire beaucoup plus intégré en Europe.
En contrepartie, et là il s’agit déjà d’une demande européenne, la Russie ouvrirait l’accès de ses champs pétroliers et gaziers aux entreprises européennes en amont, c'est-à-dire aux sources mêmes. L’Europe pourrait ainsi en savoir un peu plus sur ce qui se passe en Russie (les réserves d’hydrocarbures) et aurait l’occasion d'exporter vers cette dernière ses technologies avancées afin d'accroître et d’optimiser le rendement des champs pétroliers vieillissants russes. La Russie pourrait ainsi en profiter pleinement. Il faut examiner de manière exhaustive tous les domaines dans lesquelles les Russes et les Européens pourraient travailler ensemble de manière à ce que la Russie perçoive son intérêt. Et son intérêt est de collaborer avec l’Europe.

2. Quelle devrait être la stratégie énergétique de l’UE dans les prochaines décennies ? A ce jour celle-ci n’existe pas vraiment. Le livre vert énergétique proposé par la Commission européenne montre le chemin à suivre. Actuellement, chaque pays membre de l’UE défend ses intérêts. La construction du gazoduc Nord-Européen (NEGP) évitant les pays Baltes et la Pologne en passant par la Baltique pour se rendre directement de la Russie à l’Allemagne en est un bon exemple. L'oléoduc transbalkanique Bourgas-Alexandroúpolis (russo-bulgaro-grec) sera dirigé à 51% par un consortium russe composé de Transneft, Rosneft et Gazprom Neft. Les 49% à un groupe gréco-bulgare qui pourrait s’élargir à des compagnies privées en est un autre. Tous les pays européens ne sont pas logés à la même enseigne mais ont très souvent un point commun : la nébuleuse Gazprom. Certains sont très dépendants des ressources gazières russes (la Bulgarie, la Pologne…), d’autres moins (l’Espagne, le Portugal…) . Une politique énergétique commune au sein de l’UE est-elle possible ? Se fera t’elle via le groupe russe ?

Il y a en effet tout d’abord la Commission Européenne qui trace les grands axes énergétiques. Mais elle ne peut dessiner les politiques énergétiques pour chacun des pays membres.
La Commission peut faire savoir que les pays membres de l’UE dépendent trop du gaz russe et qu’il faudrait trouver des alternatives aux sources d’approvisionnements. Elle motive les pays à développer des énergies alternatives comme le solaire, l’énergie éolienne, le géothermique…qui permettront de faire respecter les accords internationaux ratifiés afin de protéger notre environnement. C’est ce que fait la Commission Européenne.
A partir de là, chaque pays doit adapter sa législation énergétique qui varie d’un pays à l’autre.
Par exemple : en Italie on ne peut pas faire du nucléaire, de même en Espagne. Ils sont obligés d’importer du gaz. En France c’est l’inverse. ¾ de l’électricité provient du nucléaire. Chaque pays a sa propre législation, sa propre opinion sur certaines sources d’énergie.
Est-ce que la Commission peut imposer une politique énergétique ? Non.

Que peut-on faire pour améliorer et unifier cela ? Tout d’abord réaliser une plus grande intégration des réseaux électriques et gaziers européens. Surtout avec les nouveaux membres de l’UE. L’Europe est plus proche physiquement aujourd’hui des sources, des champs avec la Bulgarie, la Grèce et Chypre. Il faut arriver plus rapidement à la base. La construction de l’oléoduc Bourgas-Alexandroúpolis est un bon exemple. Mais il y aussi le Nabucco(Nabucco Gas Pipeline International fondée à Vienne en 2004) qui est un des projets prioritaires de l’UE. C’est un projet qui consiste à aller chercher le gaz des pays de l’Asie centrale et de la mer Caspienne et de l’acheminer à travers l’Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche afin de diversifier les approvisionnements de l’UE en évitant la Russie et Gazprom.
Il y a également d’autres possibilités. On pourrait aller chercher le gaz Nigérian. Le Nigéria continue à brûler le gaz associé au pétrole. Il existe encore des torchères au Nigéria. On peut capter ce gaz, le mettre dans des gazoducs et l’envoyer en Europe. Il y a aussi du gaz naturel qui n’est pas associé et que l’on pourrait exploiter. On a besoin d’argent afin de construire ce gazoduc transsaharien qui partirait du Nigeria en passant par le Niger et qui terminerait sa course en Algérie. Les Algériens possèdent déjà les infrastructures permettant de transporter ce gaz en Espagne ou en Italie. Ces 2 pays pourraient ensuite exporter les surplus aux pays qui en ont besoin. Le plus important aujourd’hui est que la Commission Européenne fasse savoir aux pays membres qu’il est nécessaire de diversifier au maximum aussi bien les sources d’approvisionnements géographiques que les sources d’approvisionnements physiques (gaz, pétrole, solaire, éolienne, géothermique, charbon). Il y a des projets prioritaires qu’il faut examiner.
Chaque pays à ses forces et ses faiblesses. La force de la France, c’est le nucléaire. La force des pays de l’Union méditerranéenne est d’être proche de l’Afrique du Nord et automatiquement du gaz. A partir de ce panachage énergétique propre à chaque pays, chacun des Etats pourra contribuer à renforcer la sécurité énergétique européenne. On parlera plus d’une coordination des politiques énergétiques nationales que d’une politique énergétique européenne. Que tout le monde puisse profiter des points forts énergétiques des pays voisins. C’est en pouvant profiter des forces de l’autre que l’on finira par développer une politique énergétique commune.


3. Quelles sont les raisons qui pousseraient certains pays (la Russie et l’Arabie Saoudite) à ne pas vouloir réaliser d’audits externes sur leurs réserves pétrolières et de gaz dans leur pays respectif ? Pourquoi l’IRAN se met au nucléaire ? Total, Areva et Suez deviennent des partenaires nucléaires en Arabie Saoudite pour y développer un projet de centrale électrique nucléaire ? Quelles sont les raisons qui aujourd’hui poussent les rois du pétrole et du gaz à se tourner vers l’atome ? Diversification énergétique ?

Pourquoi la Russie et l’Arabie Saoudite refusent de faire auditer leurs réserves pétrolières ? Tout simplement pour une question de souveraineté. Les sociétés en place (Saoudi Aramco en Arabie Saoudite ou Gazprom en Russie par exemple) nous font savoir que ce n’est pas notre affaire. Ils nous disent : « faites- nous confiance, on sait ce que nous avons ». Mais effectivement tant qu’il n’y aura pas d’audits externes, on pourra difficilement évaluer les réserves. Les Saoudiens peuvent nous dire qu’ils possèdent 265milliards de barils de pétrole… c’est possible. Ils sont peut-être là mais sont-ils accessibles ? Il ne s’agit pas d’une remise en cause sur le fait que ce pétrole existe ou non mais est-il facile d’accès ? Est-ce que les infrastructures existantes, les puits sont suffisants ? Est-ce que les structures ne sont pas trop vieillissantes ? Le pétrole présent peut-il réellement être exploité ? Y a-t-il suffisamment de pression dans le champ pour le faire remonter à la surface ? Il ne s’agit pas uniquement de savoir si ce pétrole existe ou non mais surtout pourra-t-on l’utiliser. Il y a des inquiétudes à ce niveau là. L’Agence Internationale de l’Energie (AIE) l’a par ailleurs fait remarquer.
Est-ce qu’on peut vraiment jurer que ces réserves sont présentes et que ces pays pourront continuer à les exploiter comme ils le prétendent aujourd’hui. On ne sait pas... Des compagnies spécialisées pourraient étudier le terrain et évaluer les réserves. Mais l’Arabie Saoudite et la Russie ne veulent rien entendre. Pourquoi ? C’est une question de jalousie, de souveraineté associée à une fierté nationale. Et l’on voit de plus en plus ce genre d’état d’esprit. C’est la même chose au Venezuela. Ce pays subit une poussée de fièvre nationaliste pétrolière.

Pourquoi l’Iran se met au nucléaire ? L’Iran possède la deuxième plus grande réserve mondiale de gaz après la Russie. Les Iraniens disent également que cette ressource sera épuisée un jour et qu’il faut dès maintenant développer d’autres sources énergétiques qui leur permettront d’assurer leur approvisionnement en électricité. Ca c’est pour la raison officielle. D’autres disent que c’est pour des ambitions politiques. Pas vraiment afin de pouvoir construire une bombe nucléaire et de l’utiliser. Mais l’Iran voudrait s’affirmer comme devenu une puissance régionale. En regardant chez ses voisins, l’Iran s’aperçoit que l’Inde à la bombe, le Pakistan, la Russie depuis longtemps et probablement Israël. La bombe est un attribut de la puissance en quelque sorte. Mais ce n’est pas prouvé. Les Iraniens affirment que leurs recherches nucléaires sont pacifistes.
Ce que l’on a effectivement vu récemment, c’est la pénurie de gaz qui a touché l’Iran. Ils ont réduit l’approvisionnement de gaz à la Turquie pendant des semaines parce que eux-mêmes recevaient un approvisionnement du Turkménistan qui a été lui-même réduit suite à un hiver extrêmement rigoureux dans la région. Même les Iraniens qui possèdent la deuxième plus grande réserve de gaz au monde grelottent parfois l’hiver et ont besoin de ce gaz afin de satisfaire leur consommation personnelle.
Le pétrole et le gaz aujourd’hui ne sont pas encore en voie de raréfaction mais il faudrait sérieusement penser à les remplacer, réduire notre consommation d'énergies fossiles et de les substituer par d’autres sources.
Comme vous l’avez signalé dans votre question, Areva, Suez et Total vont construire des centrales aux Emirats Arabes Unis et au Qatar. Les Emirats arabes unis possèdent 10% des réserves de pétrole et le Qatar la troisième plus grande réserve de gaz au monde. Pourquoi se mettent-ils au nucléaire ? Les compagnies ont de plus en plus de difficultés à trouver ce pétrole. Ils sont obligés de creuser plus profond sous l’Océan, d’aller plus loin dans le désert. Ces compagnies doivent agréger des petites réserves afin de pouvoir les exploiter. Les prix sont tellement élevés que même aujourd’hui des réserves que l’on considérait avant comme de petites réserves valent la peine aujourd’hui d’être exploitées à grands coûts. Ce qui explique en partie la flambée des prix.

4. Gazprom se doit d’investir dans les 10 à 15 prochaines d’années près de 130 milliards d’euros afin de pouvoir honorer ses contrats d’exportations avec les pays européens. Ce financement se doit de moderniser ses champs gaziers et pétroliers, les différentes voies d’approvisionnements qui limite la croissance de production. Les 3 grands gisements (Urengoy, Yamburg, Medvezhe) voient leurs réserves diminuer rapidement. D’autres tels que Pestovoye, Tarkosalinkoye et Zapolarnoye contribuent à stabiliser le marché. Gazprom et la Russie ne semblent pas prêts à investir une telle somme pour différentes raisons (manque de liquidité, spéculation sur les prix, développement d’une politique d’investissement dans les grandes compagnies européennes). N’y-a-t-il pas ici une autre réalité qui est celle de l’épuisement des réserves ? La Russie sera-elle toujours un partenaire fiable à l’avenir ?

C’est exactement ce qui provoque les inquiétudes de l’AIE. L’agence a des doutes. Est-ce que la Russie pourra à l’horizon 2010-2015 fournir le gaz contracté par les pays européens ? L’agence ne peut pas l’assurer à 100%. Pourquoi ? Que se passe-t-il actuellement en Russie ? On a vu sous la présidence de Vladimir Poutine une sorte de résurgence du sentiment national russe qui a consisté à remettre tout le secteur énergétique aux mains du Kremlin. Et cela pour plusieurs raisons : les abus, la pauvreté, la misère après la chute de l’empire soviétique jusqu’à la fin des années 1990. Il y a eu un sursaut non pas parce que les russes se sont dits « c’est mieux » mais plutôt parce qu’il y a eu une prise de conscience collective que cette énergie leur appartenait, et que c’était à eux d’en profiter.
Aujourd’hui c’est fait. L’Etat russe a tout repris en mains. Maintenant la question à se poser est comment gérer ces ressources et réserves. C’est maintenant que les pays européens et l’AIE devraient engager un dialogue avec la Russie qui ne consistera pas à dire : « on ne sait pas si vous êtes capables, si vous investissez assez, on a des doutes sur vos capacités… » mais essayer de leur dire : « on comprend votre logique d’avoir repris en main le contrôle de vos ressources ».
Notre objectif est de ne pas menacer cela. Nous avons des intérêts qui consistent à savoir si dans les dix à quinze prochaines années vous pourrez effectivement continuer à nous fournir l’énergie dont nous avons besoin. Et nous pouvons vous aider à le savoir. C’est juste une question de commerce. On ne remet pas en question la souveraineté de la Russie, ses ressources ni la question des minorités, des séparatistes. C’est une question de pur business. On vient, on voit ce que vous avez et on regarde comment faire. S’il y a besoin d’argent ou de technologies, nous pouvons investir. Tout le monde en sortirait gagnant. Il faut engager un dialogue de profondeur avec la Russie qui n’aurait d’aspect que commercial et accessoirement politique.
Est-ce que la Russie est prête à cela ? Je pense que la Russie a dépassé le stade où elle se sentait vraiment menacée dans son intégrité territoriale, appauvrie, dévastée avec des gangs mafieux. Etant moins menacée aujourd’hui, je pense qu’elle serait plus disponible à écouter qu’il y a cinq ou dix ans à l’époque même où il y avait la guerre en Tchétchénie, des problèmes séparatistes, quand les anciens pays du bloc orbitant autour de l’ancienne Union soviétique se joignaient à l’UE et à l’OTAN. La Russie s’est aujourd’hui consolidée, repris forme, repris confiance. Je pense que présentement il est possible de dialoguer avec elle.


5. 50% des dépenses énergétiques dans l’UE concernent le pétrole et le gaz. Et cela ne cesse d’augmenter. Quelles en seront les conséquences économiques et sociales d’ici une vingtaine d’année ? Le développement des énergies renouvelables continuent son chemin. L’énergie solaire, les éoliennes, les biocarburants, … sont déjà bien présentes mais à des échelles différentes. Le nucléaire également. Quel est ou quels sont selon vous les énergies rentables (sur le plan financier et écologique) de demain ?

Rentable selon quoi ? Si effectivement on compare les énergies renouvelables actuelles au coût d’extraction qui est de deux à trois dollars pour le baril de pétrole, rien n’est rentable. Combien coûte un baril de pétrole ? Pour l’extraire en Arabie Saoudite, dans les pays du Golf, au Koweït, en Iran, cela coûte 2 dollars, pas plus. Les infrastructures sont déjà là. Ce sont des grands champs pétroliers comme Ghawar en Arabie Saoudite qui produisent cinq à six millions de barils par jours. Que peut concurrencer cela ? Rien. On ne peut pas imaginer quelque chose qui soit moins coûteux qu’un baril de pétrole qui provient d’Arabie Saoudite. Quand on pense en terme de rentabilité, il faudrait penser non seulement en terme de rentabilité des coûts mais en terme de développement durable et politique. Mais à supposer que le prix du pétrole continue d’augmenter, est-ce qu’on pourra toujours le produire, à le consommer comme on le fait aujourd’hui ? Il y a aujourd’hui le coût de l’environnement qu’on ne peut plus ignorer. Ce n’est plus comme dans les années 50 ou 60 où l’on pouvait se fier simplement à une question de coûts très basique : « le charbon et le pétrole coûte autant » donc on prend le charbon parce qu’il est moins cher et on laisse le pétrole même si le charbon pollue plus que le pétrole ou le gaz.

Il est évident que pour les pays africains, par exemple les pays du Sahara dans lesquels il y a beaucoup de soleil, investir dans le solaire est avantageux même si cela coûte très cher. C’est un investissement qui rapportera dans l’avenir dans la mesure où l’on sait déjà que le pétrole va augmenter. Rien qu’en se penchant sur les évolutions passées, on s’aperçoit que le baril de pétrole qui était il y a dix ans ( 1997-98) à dix dollars a aujourd’hui décuplé et plus puisqu’on est à 110 dollars aujourd’hui. Il a doublé en un an. Il a quadruplé en trois ou quatre ans. En se basant sur l’augmentation des prix et sans faire de projections sur le futur, on voit déjà que le pétrole a surenchérit. Tous les pays pauvres en pétrole ont intérêt à investir, à examiner tout leur potentiel énergétique non pétrolier et même si c’est cher, voir comment le développer. En investissant maintenant dans le développement des énergies renouvelables, en cartographiant les énergies qui lui seront disponibles, ils feront beaucoup d’économies. Car un jour le pétrole sera trop cher pour pouvoir le brûler, en faire de l’électricité, pour rouler en automobile. Ou tout simplement on nous l’interdira, pour des raisons écologiques, de l’utiliser à quelques exceptions près comme le transport aérien. L’avion est un des moyens de transport où l’on peut très difficilement imaginer à l’étape actuelle comment on pourrait les faire voler sans pétrole.
Les pays investissent aujourd’hui dans ces recherches. Mais est-ce le cas de tous les pays. Pour les pays européens, il n’y a pas de doutes. De même pour les Etats-Unis. Mais qu’en est-il des pays asiatiques ? Est-ce que la Chine investit réellement dans le renouvelable ? Quid de l’Inde ? Est-ce que l’Afrique le fait ? Les pays du Proche-Orient ? Non. Ce sont dans ces pays dans lesquels il y a la plus grosse croissance démographique qu’il faudrait se concentrer. C’est comme ce que l’on disait au début. Il ne faut pas uniquement voir au sein de l’UE, des USA, du Canada mais ailleurs. Le centre de gravité du monde s’est déplacé d’Ouest en Est. Ce sont ces pays-là qui vont compter d’ici peu beaucoup plus d’humains et de développements économiques. Il faut aller voir là-bas ce qui se passe. En Chine, les Chinois continuent à construire une centrale au charbon par semaine.
Qu’est ce qui est plus rentable pour les Chinois ? C’est le charbon. Et donc ils l’utilisent. Mais est-ce qu’on peut continuer à le faire ?



6. Certains souhaitent une dépendance énergétique moins grande vis-à-vis de la Russie et de diversifier au maximum des importations au profit de l’Arabie Saoudite, de l’Iran, du Venezuela. Est-ce possible techniquement à ce jour (GNL, quantité à transporter…) mais surtout est-ce politiquement crédible au vu des instabilités politiques des régions citées ci-dessus ?


Le problème qui se pose à ce niveau c’est qu’il y a eu une espèce de loterie géologique mondiale quand notre planète s’est formée il y a des milliards d’années. Il y a du pétrole ici, du gaz par là…
Je ne sais si c’est lié, mais il se fait que le pétrole et le gaz se trouvent surtout maintenant dans les pays les plus difficiles, les plus dangereux, qui ne sont pas stables, qui sont loin…Le ¾ des réserves mondiales de pétrole et de gaz voire 90% se trouvent à l’OPEP( Arabie Saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, le Qatar, l’Iran, l’Irak, la Lybie, l’Algérie, le Nigéria, l’Angola, le Venezuela, l’Equateur et l’Indonésie). Quand on regarde ces différents pays, il n'y en a pas un qui n’a pas un problème. Les pays membres au Proche-Orient sont soit en guerre civile, soit comme l’Iran ayant des problèmes avec la communauté internationale. D’autres ne sont pas ouverts aux investissements étrangers comme l’Arabie Saoudite et le Koweït. Il y a des troubles internes au Venezuela et au Nigeria. L’Angola et sa pauvreté... Ce ne sont tout simplement pas des pays faciles. Il faut faire avec. Les compagnies pétrolières internationales essayent de voir s’il existe du pétrole ailleurs comme dans la mer du Nord mais les réserves de la mer du Nord sont en déclin. Les réserves en Europe diminuent comme celles en Amérique du Nord. Il existe des gisements de sable bitumeux que l’on appelle le tar sand au Canada qui offre un certain potentiel .Tout comme le pétrole du Pôle Nord. Mais le choix est assez limité. On parlait tout à l’heure du champs pétrolier de Ghawar. Quelle chance avons-nous aujourd’hui de trouver une tel champs ? Le niveau est très faible parce qu’ avec les images géologiques et sismiques que l’on possède aujourd’hui, on aurait déjà trouvé un champs tel que celui-là. Les compagnies essayent aujourd’hui de trouver des petits ou champs moyens. Mais il faut aller de plus en plus profond dans le Golf du Mexique, en mer du Nord…Diversifier c’est possible mais pouvons-nous le faire ?
Il faut se dire qu’on a à faire à un certain nombre de pays instables et qu’on ne peut pas garantir qu’ils pourront toujours continuer à fournir le pétrole et le gaz escompté. Imaginons qu’il y ait une guerre et que le détroit d’Ormuz dans le Golf Persique ferme. On sera de facto privé de 20% du pétrole mondial. Il faut donc qu’on aille ailleurs mais aussi et surtout vers autre chose.


7. Un pétrole ou un gaz coûteux ne creusera-t-il pas encore un peu plus le fossé économique existant entre les pays développés et moins développées ? Quelles pourraient en être les conséquences ?

Je pense que c’est la question la plus grave en ce moment. Si on prend des pays africains qui ne sont pas pétroliers, l’augmentation du pétrole coûte à leur pays trois points de pourcentage de croissance chaque année. Quand on pense que le ¾ de l’Afrique sub-saharienne n’a pas accès à l’électricité et continue de brûler de la biomasse pour se réchauffer, chauffer l’eau, cuisiner…que doit-on faire ?
Il y a une chance qui s’offre en Afrique. Cette chance c’est l’internet. Internet aidera ces pays à s’intégrer à l’économie mondiale mais pour l’utiliser, on a besoin d’électricité. Il est vital de savoir comme l’Afrique aura accès aux sources. Une source qui permettra d’avoir l’accès à l’électricité de manière à s’intégrer à l’économie mondiale. L’économie mondiale se révolutionne grâce à l’informatique. L’Afrique pourra de fait rejoindre en quelque sorte l’économie mondiale en passant des commandes, en établissant des entreprises, des services…On peut intégrer l’Afrique économiquement d’abord en l’intégrant dans le réseau de communication mondiale de façon à ce qu’elle puisse communiquer avec ses pays, ses villages. C’est la première étape avant de pouvoir les intégrer économiquement. Et ce moyen c’est internet. Maintenant il s’agit de se donner les moyens de le faire. Si on rate ce train, ce sera très grave. L’Inde a plus ou moins pu le faire, la Chine également. Ils sont intégrés à l’économie mondiale. Aujourd’hui c’est au tour de l’Afrique. De plus l’Afrique est à nos portes. Il faut penser en forme de développement, en terme pratique et pas seulement en théorie. Comment donner accès aux africains à l’électricité, à internet. Ils ont tout sur place mais il faut les aider. Ils ont le soleil, le vent. On pourrait facilement y développer l’énergie solaire et éolienne. Mais il faut de l’argent et de la volonté. Et également lutter contre la désertification. Le désert se propage et ce n’est pas en continuant à brûler la brousse pour créer son énergie qu’on y parviendra. Cette question est cruciale.



8. Un baril au prix fort. Une bonne ou une nouvelle mauvaise ?

C’est une bonne et mauvaise nouvelle. C’est une bonne nouvelle dans le sens où c’est une motivation, un encouragement forcé afin de limiter la consommation et développer des énergies alternatives. Et quand ça devient trop coûteux, ça devient trop pénalisant pour les économies. Surtout pour les économies les plus faibles. Pour les Allemands ou les Suisses un baril à 100 dollars n’est pas vraiment un problème. On n'a pas l’impression que l’économie européenne à 100 dollars le baril s’en ressent. Tandis qu’un baril à 100 dollars comme on le disait tout à l’heure coûte beaucoup aux pays africains qui n’ont pas de pétrole. Si on décide pour une raison ou une autre qu’un baril cher est finalement convenable pour réduire la consommation, ce sera convenable pour certains mais pas convenable pour d’autres. Et dans ce cas, il faudrait penser comment y palier, comment pouvoir en quelque sorte dédommager ceux à qui ça nuit. Il y a peu de temps le Président sénégalais a lancé une idée qui est celle de demander aux compagnies pétrolières étrangères qui font de la production pétrolière en Afrique de payer une taxe sur leur production, leurs bénéfices. Celle-ci serait directement versée non pas directement aux pays africains mais à un fond qui permettra de développer les énergies en Afrique. Cette idée est excellente. Je ne vois vraiment pas ce qu’on pourrait reprocher à cette idée-là.

Rudy Graff


Mercredi 16 Avril 2008


Commentaires

1.Posté par Alfeanor le 16/04/2008 20:47 | Alerter
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Je ne crois pas que pour l'instant le pétrole manque vraiment mais c'est sur qu'un jour ça sera le cas.
Au moins en france on avait une politique du nucléaire qui est au minimum un palliatif.
Je crois que c'est bien dommage que l'europe est fait péter les politiques nationales energétiques par la "libre conccurence" (hum scusez moi le terme me fait bien rire).
Maintenant ce sont des entreprises privées qui vont aller au court terme et au moins cher , alors que la politique energetique devrait se faire sur le durable.
Je sais pas à quoi ça va nous mener mais ca sent le gaz ;)

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