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Perspectives russes dans le domaine du nucléaire civil au Moyen-Orient


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Dmitry Bokarev
Jeudi 2 Novembre 2017

Perspectives russes dans le domaine du nucléaire civil au Moyen-Orient
 

    On sait que les pays du Moyen-Orient n'ont pas d'arsenal nucléaire développé. Jusqu'à récemment, certains d'entre eux n'étaient pas intéressés par l'industrie nucléaire, parce qu’ils sont riches en hydrocarbures. D'autres n’ont tout simplement pas les moyens de développer une industrie aussi coûteuse. D’autres encore sont constamment paralysés par la communauté internationale, à savoir l'AIEA, qui à cause du niveau élevé de menace terroriste au Moyen-Orient, craint que la filière nucléaire dite civile puissent servir à des fins destructrices. Enfin, certains pays craignent de s'engager dans l'industrie nucléaire parce qu'ils ont le sentiment que des accidents comme celui de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en 1986, et de la centrale nucléaire de Fukushima, en 2011, peuvent se reproduire.
 

    Mais les temps changent. Dans le monde entier, la consommation d'énergie grandit, en particulier dans les pays asiatiques en développement, qui ont besoin de sources d'énergie fiables et plutôt bon marché. Et même au Moyen-Orient, lui-même nanti d’hydrocarbures, on parle de plus en plus de l'industrie nucléaire. Les compromis avec la communauté internationale se réalisent pas à pas.
 

    Ainsi, début 2016, les sanctions imposées plusieurs années auparavant à l'Iran, à cause de son programme nucléaire, ont été levées. Malgré tout, l'exploitation industrielle de la première centrale nucléaire iranienne, « Bushehr », a démarré en 2013 ; et la construction de la deuxième unité de production électrique de la centrale est à présent lancée. Malgré la longue période d'instabilité politique, entre 2011 et 2014, l'Égypte, qui a relancé dernièrement son programme nucléaire, s’apprête aussi à construire de sa première centrale nucléaire.
 

    La possibilité de construire des centrales nucléaires fait actuellement l’objet d’un vif débat dans les anciennes républiques soviétiques d'Azerbaïdjan et d'Arménie. En passant, la centrale nucléaire de Metsamor, inaugurée dès 1976, est maintenant opérationnelle en Arménie. Il faut noter que cette réalisation soviétique a survécu sans dommages significatifs au séisme destructeur de 1988.
 

    Au cours de la dernière décennie, les pays suivants ont manifesté leur intérêt envers le développement de l'industrie nucléaire : Bahreïn, Jordanie, Iraq, Yémen, Qatar, Chypre, Koweït, Émirats arabes unis, Oman, Arabie saoudite, Syrie et Turquie.
 

    Il s’avère que tous ces états ne sont pas vraiment résolus à construire des centrales nucléaires. Par exemple, en 2013, à la suite de l'accident à la centrale japonaise de Fukushima, Oman a annoncé l'abandon de son projet de centrale.
 

    Les opérations militaires, la menace terroriste et l'instabilité politique au Yémen et en Syrie, ont aussi contraint ces pays à reporter à des jours meilleurs leurs projets nucléaires.
 

    On peut néanmoins conclure que le Moyen-Orient est une région très prometteuse pour les États qui souhaitent exporter leurs technologies nucléaires, car les pays du Moyen-Orient n'ayant guère d'expérience dans ce domaine, il leur faut l'aide de partenaires étrangers pour développer cette industrie. Les principaux exportateurs de technologie nucléaire civile sont la Chine, la Russie, les États-Unis et la France [sic, NdT]. La Corée du Sud rattrape aussi son retard de popularité dans ce secteur. Il est à noter que la plupart des États du Moyen-Orient mentionnés ci-dessus, ont exprimé le souhait de coopérer avec la Russie.
 

    Ce sont des spécialistes de Rosatom, la compagnie atomique de l'État russe, qui ont aidé l'Iran à construire la centrale de Bushehr à l’époque des sanctions, et qui construisent actuellement la deuxième unité.
 

    Ils construiront également « El Dabaa », la première centrale nucléaire égyptienne. L'accord correspondant a été signé en 2015. En septembre 2017, le Conseil d'État d'Égypte a approuvé le contrat russo-égyptien pour la construction de la centrale, qui devrait être signé avant fin 2017.
 

    En outre, d'ici fin 2017, il est prévu de poser les pierres des fondations de la centrale nucléaire turque « Akkuyu », dont l'accord de construction a été signé par la Russie et la Turquie en 2010.
 

    L'Arménie coopère également avec la Fédération de Russie, ce qui est tout naturel, puisque personne ne connaît mieux les technologies nucléaires soviétiques que les atomistes russes. La centrale nucléaire arménienne est équipée de deux réacteurs à eau pressurisée résistants aux séismes, de type VVER-440. Comme mentionné ci-dessus, ces réacteurs ont supporté le terrible tremblement de terre de Spitak, en 1988, qui a fait de graves destructions, privé la République socialiste soviétique d’Arménie de près de 40% de ses capacités industrielles, et tué des dizaines de milliers de gens. Suite à cet incident, l’activité de la centrale a été suspendue. Malgré tout, en 1995, la deuxième unité de la centrale a été relancée. La Russie a continué de fournir du combustible à la centrale nucléaire arménienne pour l'aider à fonctionner et maintenir la sécurité. L'AIEA surveille de près l'état de cette centrale. La deuxième unité de la centrale nucléaire arménienne fournit actuellement jusqu'à 40% de l'électricité consommée dans le pays.
 

    Le gouvernement arménien a de grands projets de modernisation pour cette centrale. D’abord, il a décidé de réaliser des travaux pour prolonger la durée de vie de la deuxième unité. Ensuite, des plans ont été mis au point pour démanteler la première unité de la centrale, qui est inactive. Enfin, pour remplacer la première unité, il projette de construire une nouvelle unité production électrique équipée d'un réacteur russe plus moderne, le VVER-1000. Ce réacteur est équipé d'un système de sécurité spécial, mis au point en tenant compte de l'expérience catastrophique de Fukushima.
 

    Les travaux d'amélioration de la deuxième unité de la centrale pourraient débuter en 2018. D’après la presse, la partie russe, qui a déjà accordé à l'Arménie un prêt de 270 millions de dollars, a l'intention de les financer.
 

    Le Royaume du Bahreïn n'a pas encore commencé à mettre en œuvre son programme nucléaire. Il existe pourtant déjà un mémorandum de coopération dans le développement du nucléaire civil avec la Russie, qui a été signé en 2008. Ce document prévoit la coopération dans la recherche scientifique et la formation du personnel, ainsi que l'élargissement éventuel de la coopération jusqu'à la construction de centrales nucléaires.
 

    La Russie a signé un document similaire avec le Qatar en 2010.
 

    En 2013, la Fédération de Russie a décroché l'appel d'offre de la construction de la première centrale nucléaire en Jordanie. Au printemps 2015, un accord intergouvernemental russo-jordanien concernant la construction et l'exploitation des centrales nucléaires, a été signé. Il est entré en vigueur officiellement au printemps 2016. La centrale comprendra deux unités avec des réacteurs à eau pressurisée. Il est prévu qu'elles seront mises en service en 2024 et 2026. Actuellement, les parties discutent des dernières questions liées au financement du projet.
 

    Entre janvier et mars 2017, le ministre de l'Énergie de la Fédération de Russie, Alexander Novak, a tenu plusieurs réunions avec les hauts représentants du Koweït, notamment le ministre koweïtien du pétrole, Essam al-Marzouk. Pendant la discussion sur les perspectives de la coopération énergétique russo-koweïtienne, une grande attention a été accordée au domaine du nucléaire civil.
 

    Selon Novak, le Koweït s'intéresse à la technologie nucléaire russe et prévoit de construire plusieurs centrales nucléaires. La Russie, à son tour, est prête à fournir au Koweït toute l’assistance requise en ce domaine.
 

    La coopération nucléaire entre la Fédération de Russie et le Royaume d'Arabie saoudite mérite une attention particulière. Le fait est que jusqu'à récemment, les relations entre ces deux pays étaient plutôt froides. Ces dernières années, la raison de cela a été la guerre en Syrie, au cours de laquelle la Russie a apporté son soutien (y compris militaire) à l’actuel gouvernement de Bashar el-Assad, tandis que le royaume saoudite soutenait l'opposition armée syrienne. Malgré cela, la situation a maintenant changé. Ayant abandonné ses plans visant à destituer le dirigeant syrien, l'Arabie saoudite commence à renouer une forte relation avec la Russie, qui se présente comme une nouvelle force importante au Moyen-Orient.
 

    En octobre 2017, le roi d'Arabie saoudite Salmane ben Abdulaziz Al Saud, s'est rendu à Moscou pour rencontrer le Président russe Vladimir Poutine. En plus de diverses questions politiques, les deux dirigeants ont parlé de l’économie, de l’énergie et de l'interaction scientifique et technique, y compris dans le domaine de « l'atome civil ». Rosatom et le ministère de l'Énergie de l'Arabie saoudite ont élaboré un programme de coopération. L'Arabie saoudite a l'intention de construire plusieurs centrales nucléaires sur son territoire, et la Russie est devenue son meilleur partenaire potentiel.
 

    On peut donc conclure que la Russie est le principal acteur sur le marché nucléaire au Moyen-Orient. La majorité des pays de la région qui ont décidé de développer l'énergie nucléaire et de faire un pas positif en ce sens, coopèrent avec la Fédération de Russie. Des États aussi puissants et influents que l'Iran, la Turquie et l'Égypte, figurent simultanément parmi eux. Le simple fait que la première centrale nucléaire construite dans la région du Moyen-Orient (Bushehr, en Iran) à l'ère post-soviétique a été construite par des spécialistes russes, est en soi certainement symbolique, et est sans doute le signe avant-coureur de la perpétuation au Moyen-Orient pour de nombreuses années, de la mainmise de la technologie russe.
 

    Dmitry Bokarev, observateur politique, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook, 28 octobre 2017.
 

Original : journal-neo.org/2017/10/28/prospects-of-russian-nuclear-business-in-the-middle-east/
Traduction Petrus Lombard



Jeudi 2 Novembre 2017


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