Propagande médiatique, politique, idéologique

Péril « islamo-gauchiste » ou vol au dessus d'un nid de coucous?


Jean-Claude Paye, sociologue.
Tülay Umay, sociologue


Jean-Claude Paye, Tülay Umay
Jeudi 12 Novembre 2009

Péril « islamo-gauchiste » ou vol au dessus d'un nid de coucous?
Régulièrement les médias belges, à travers les opinions exprimées par un « intellectuel de gauche » et un sénateur libéral, se font le relais d'une campagne destinée à nous prévenir des dangers imminents du fondamentalisme musulman, ainsi que du « terrorisme intellectuel qui cherche à faire taire ceux qui refusent le politiquement correct islamo-gauchiste ».

La manière particulièrement caricaturale dont les choses sont présentées peut susciter un rejet immédiat. Cependant, il faut dépasser cette première réaction et voir qu'il s'agit en fait d'un condensé de la façon dont certaines informations nous sont régulièrement présentées.


Le discours se réduit à des pulsions. Il s'agit de soumettre le langage aux images et ainsi d'enfermer le lecteur dans l'émotion, dans une mécanique qui marche toute seule. Les « barbus », les « filles voilées » et les « gauchistes » sont des fétiches. Ces  images deviennent leur propre base matérielle. Elles ne se rapportent plus qu'à elles-mêmes, elles volent de leurs propres ailes.


Les faits ne sont plus que le support du regard, du sens qui leur est attribué. Ce sont les images, ces abstractions qui créent un nouveau réel. Elles nous font abandonner le domaine de la raison, du pensable, pour établir le règne de la foi. Ainsi, le signifié devient parfaitement autonome. Il ne se confronte plus au réel, il tourne sur lui-même.

L'islamisme radical, le port du voile, le racisme anti-blanc, la police terrorisée par les bandes de jeunes arabo-musulmans, l'omniprésence des barbus semblent être devenus les principaux problèmes de notre pays. Surpuissants, grâce à leurs alliés gauchistes, les fondamentalistes musulmans contrôleraient les rouages de notre société. Ils auraient la capacité de faire taire toute critique à leur égard. Mais, le peuple belge possède deux chevaliers particulièrement courageux, Claude Demelenne et Alain Destexhe pour affronter cette emprise totalitaire.


Évidemment, le développement du discours fait immédiatement penser à la structure de la psychose paranoïaque que ce soit dans l'évaluation de la nature du danger, dans la surestimation de soi-même ou dans le caractère personnel de la mission que le sujet s'attribue. Mais, ce qui nous intéresse, ce n'est pas de nommer cette structure psychotique, mais de comprendre pourquoi, maintenant, ce discours, qui présente toutes les caractéristiques du délire, est mis en avant et valorisé par les médias.

Actuellement, ce qui existe est ce qui est regardé, exhibé. Montrée et ainsi reconnue,  l'idéologie victimaire, dont se parent nos deux protagonistes, les intègre dans l'ordre symbolique de la société.


La violence verbale qu'ils disent subir consiste, par exemple, à entendre que « les décrets et règlements qui empêchent les jeunes filles de porter le voile à l'école » sont « liberticides ». Cette qualification, pour un projet qu'ils promeuvent, est « d'une évidente violence verbale ». La violence ne consisterait plus dans le fait de subir une discrimination, mais dans la dénonciation de cette dernière. Toute critique leur étant adressée relève de la violence. Elle est donc inacceptable et qualifiée de terrorisme intellectuel. Bien que leur action puisse s'assimiler à une croisade, nos deux auteurs se mettent dans la position privilégiée de la victime, place particulièrement valorisée aujourd'hui. La parole de la personne reconnue comme telle est par essence authentique, elle ne peut être contestée. Leur innocence est ainsi légitimée. Cette procédure induit une restructuration du langage et modifie la capacité de représentation du réel.


La transformation du sens et du langage leur est d'autant plus nécessaire que, ici, la position revendiquée de la victime émissaire, consentante qui catalyserait la violence sur elle-même afin de sauver la société, n'a pas pour effet le sacrifice de la victime exhibée. Le lieu réel du sacrifice est bien celui des personnes désignées comme agresseurs. Ce qui est aussi sacrifié, c'est la Parole qui à pour fonction de mettre un cran d'arrêt à la violence, de permettre une reconnaissance réciproque et ainsi de rétablir le lien social.  Au contraire, le renversement de la place de la victime a pour effet de néantiser celle-ci en tant qu'être.  Il s'agit bien là d'un mécanisme propre à ce que la psychanalyse désigne comme structure perverse


Un premier exemple s'impose : il suffit de signer « intellectuel de gauche » pour être en mesure de faire passer une pensée réduite à des états compulsifs et qui, historiquement, relève de l'imagerie véhiculée par l'extrême droite.


Le renversement de l'ordre symbolique, afin d'alimenter une machine pulsionnelle, est constant.  Alors que leurs propos relèvent de l'argument d'autorité, les auteurs se présentent  comme les victimes d'un « terrorisme intellectuel ». Leur opposer une argumentation ferait qu'ils seraient « diabolisés », « lépénisés » « et « quasiment criminalisés ». Bien qu'ils se révèlent être de simples instruments d'une machine, d'un système stigmatisant omniprésent dans notre société, l'invocation de leur courage est permanente. Ainsi, le conformisme exalté deviendrait un acte de résistance, une position à contre courant.


Cette antinomie apparente entre un moi présenté comme fort et le fait de se faire simple instrument de la machine est caractéristique de la structure perverse. C'est parce qu'ils se posent en tant qu'objet de cette mécanique stigmatisante que nos auteurs prennent la place de la victime. Ils se sacrifient pour réaliser le « Bien suprême » : l'éradication du mal gaucho-intégriste.  


Ainsi, le sujet pervers, le « sujet supposé-savoir », peut confisquer la parole et la place de la victime. Se prévaloir de celle-ci offre des avantages décisifs dans la structure sociale actuelle. En effet, le renversement de cette place permet d'opérer un renversement de l'ordre de droit et offre la possibilité de nous placer dans la violence pure




Jeudi 12 Novembre 2009


Commentaires

1.Posté par said le 12/11/2009 09:19 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

en faites c est devenu un bon biz-ness se moquer de l islam car c est des journaux ringards ils
n ont rien a proposes de serieux de plus ils ne connaissent rien de l islam ils interpretes ce qui
lisent sans distingution de plus ils sont finanaces par les sionistes de tous bords mais ces journeaux sont bientot fini il suffiraient que le gouvernement americains accepte d ouvrire une enquete sur le 11/09/01 et toutes les veritees vont apparaitres ensuite on demandera aux historiens d ouvrire un debat sur la shoa et ses exagerations faites par les sionistes a des fins qu on connait comme l etat voyou d israel les attentats attribues a tort aux islamistes celui de madrid celui d argentine qui est en cour d instructions perpetre par des sionistes celui de londre en faite cette terreure au sein de l islam a ete cree par des services secrets occidenteaux et arabe comme le GIA cree par les services secrets algeriens et israelien
car ils sont partout les sionistes graçe a la loi que le depute communiste a fait vote celle de l anti-semitisme est taxe tous ceux qui chercherai a debattre contradictoirement sur la shoa et les massacres perpetres par les nazis il s avere que les historiens tradditionels sont pros sionistes et la seule histoire qu ils connaissent par coeure c est sur l islame

2.Posté par Korrigan le 12/11/2009 16:29 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Bonjour,
Joli texte mais un peu abstrus ( à mon sens ) semblant issu d'un texte du Professeur Laborit, genre "La colombe assassinée".
Ceci si l'on doit considérer de manière plus simple et évidente que le seul grand danger planétaire immédiat est la bêtise consommée de l'Homme, conjuguée à son ignorance soigneusement entretenue et organisée sous toutes les latitudes de notre planète par une minorité.
Mais qui lorsqu'elle n'est plus canalisée et encadrée conduit à des ruisseaux puis des torrents de haine, donc aux guerres qui sont pour les prochaines déjà probablement programmées.
Je me permets donc cette traduction amère quoique optimiste et joyeuse de votre titre :
Voile au-dessus d'un nid de couscous...et Akila si tu me lis, à quand le prochain coucou ?

Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires