Politique Nationale/Internationale

Pays-Bas: le raciste Geert Wilders augmente le nombre de ses suffrages aux municipales



Dietmar Henning
Mardi 16 Mars 2010

Pays-Bas: le raciste Geert Wilders augmente le nombre de ses suffrages aux municipales
Geert Wilders et son Parti pour la liberté (PVV) ont renforcé leur position suite aux élections municipales qui ont eu lieu mercredi dernier aux Pays-Bas. En obtenant 21,6 pour cent des suffrages à Almere, une ville dortoir près d’Amsterdam, le PVV a émergé en tant que parti le plus fort. Le PVV ne s’était présenté aux élections que dans deux villes, Almere et La Haye. Wilders a fondé le PVV en 2006, en poursuivant en quelque sorte la tradition du populiste de droite Pim Fortuyn. Tout comme Theo van Gogh, le cinéaste assassiné en 2004, Wilders a d’abord été connu par un film anti-islam. Diffusé sous le titre arabe « Fitna », un mot qui traduit littéralement signifie « discorde » ou « querelle », le film insinue que le Coran mène les lecteurs directement au terrorisme. Il est tellement provocateur que Wilders doit comparaître en justice pour incitation à la haine et à la violence.
Durant la récente campagne électorale, Wilders a établi un lien entre les attaques hostiles contre les réfugiés islamiques et les promesses électorales pour des dépenses sociales accrues et pour la défense des droits des homosexuels de l’autre. Ses exigences politiques incluent l’interdiction de construire des minarets ainsi que de fortes amendes pour le port du foulard. De manière générale il calomnie les réfugiés en les traitant de « terroristes. » Il attise la haine contre « l’islamisation du pays » et « la racaille criminelle : des terroristes venus du Maroc et des Antilles. » Lors d’une participation à une réunion électorale à Almere, il a réclamé que cette « nuisance obstinée » soit reléguée dans des conteneurs aux confins de la ville.
Wilders associe ces propos racistes à des attaques contre la politique sociale du gouvernement, notamment celle des sociaux-démocrates en réclamant le retrait des troupes néerlandaises d’Afghanistan. Il a décrit le gouvernement de Jan Peter Balkenende – une coalition entre l’Appel chrétien-démocrate (CDA), le Parti du Travail des Pays-Bas (PvdA) et la petite Union chrétienne (CU) – comme « un cabinet de forte imposition et de bonus élevés pour les banquiers. » Il rejette le projet de la coalition d’allonger l’âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans et réclame une réduction des taux d’imposition et des taxes redevables par la population.
L’élection communale sert en général de test aux élections parlementaires avancées à la date du 9 juin. Celles-ci avaient été fixées après que la coalition gouvernementale s'est effondrée sur la question du déploiement militaire néerlandais en Afghanistan. Immédiatement après l’annonce des résultats de l’élection municipale, Wilders a réclamé un poste dans le prochain gouvernemental avec les mots : « Aujourd’hui Almere et La Haye, demain tout le pays. »
Lors d’une conférence de presse, le premier ministre Balkenende (CDA) s’est abstenu d’exclure en principe une alliance avec le politicien raciste. Une vaste section des médias considère aussi comme possible une participation de Wilders au gouvernement et même souhaitable. Le journal allemand Süddeutsche Zeitung affirme que Wilders devrait être « incorporé » au prochain gouvernement pour le « démystifier ». Et ce en dépit du fait, comme le reconnaît le journal, qu'il n'a « mis à part la haine de l’islam, presque rien à offrir. »
A ceci s’ajoute le fait que le succès électoral de Wilders n’est nullement aussi impressionnant que le soutiennent les médias. Même dans le bastion du parti, à Almere, seul un bulletin de vote sur huit a été déposé pour le PVV pour un taux de participation de 56 pour cent. Il n’est également pas évident que ce résultat puisse être appliqué au reste du pays. Le PVV avait obtenu jusque 27 pour cent des votes lors des élections européennes de 2009. Et pourtant la participation électorale n’avait alors été que 30 pour cent.
Almere est caractéristique des villes satellite qui gravitent autour des grande cités. Au milieu des années 1970, une première vague d’habitants d’Amsterdam s’étaient établis sur ces terres gagnées sur la mer. La ville a grandi plus vite que n’importe quelle autre aux Pays-Bas pour atteindre une population de près de 190.000 habitants. Dans 20 ans, quelque 350.000 personnes y vivront. Les habitants sont issus de 140 pays différents mais la proportion d’habitants issus de l’immigration est plus faible que dans les autres villes. Par contre le taux de pauvreté est plus élevé qu’ailleurs. Environ 15 pour cent des habitants vivent au bord du seuil de pauvreté et dépendent pour leur survie de l’aide alimentaire. En matière d’assistance et de gestion des dettes, la ville arrive en troisième position.
Bien que le taux de criminalité soit plus faible qu’ailleurs, le PVV exploite cette question pour gagner des voix. Toon van Dijk, la deuxième figure en vue du PVV à Almere, avait dû admettre que, « la ville était relativement sûre. » En continuant il écrit, « et nous souhaitons qu’elle le reste. » De nombreux électeurs potentiels du PVV vivent dans cette ville. Le journal allemand Frankfurter Rundschau a cité le sociologue Frits Spangenberg disant, « Ses électeurs sont blancs, de sexe masculin, plutôt privés de formation universitaire, mais se considérant faire partie de la classe moyenne. »
Le succès de Wilders lors des élections municipales était en premier lieu dû à deux facteurs. D’abord, il existe un gouffre profond entre tous les partis politiques traditionnels et la grande majorité de la population et que le PVV a réussi à percer en faisant appel à la crainte et à la démagogie sociale. Et ensuite, le PVV est un parti créé par les médias et délibérément promu et soutenu par l’élite dirigeante.
Les plus grands perdants de l’élection municipale ont été le CDA de Balkenende et le PvdA social-démocrate ainsi que le Parti socialiste (PS) qui avait participé aux dernières élections en tant qu’alternative de « gauche » au PvdA.
Si l’on reportait les résultats de l’élection municipale sur les prochaines élections parlementaires, le CDA resterait le parti le plus fort en ne gardant que 29 de ses 41 sièges sur les 150 que compte le parlement. Le PvdA passerait de 33 à 27 sièges. Le PVV de Wilders avec 24 sièges serait le troisième plus fort parti. Pour le moment il n’est représenté que par 9 députés au parlement.
Le parti populaire néerlandais pour la liberté et la démocratie (VVD) libéral de droite – qui pendant des années a formé le gouvernement en alliance avec le CDA et dont Geert Wilders avait initialement émergé – resterait avec 21 sièges le quatrième parti le plus fort. Le Parti socialiste avec actuellement 25 sièges, la troisième force du pays, n’occuperait plus que 11 sièges.
Les pertes encourues par le CDA et le PvdA résultent directement de leur politique droitière –coupes sociales pour la population et réductions des impôts pour les riches et les grosses entreprises, une politique anti-immigration et l’intervention de l’armée néerlandaise en Afghanistan.
La participation à la guerre en Afghanistan est extrêmement impopulaire dans la population néerlandaise. La majorité des gens préconisent un retrait immédiat des troupes. Une étude menée par la soi-disant Commission David a montré que la guerre en Irak était illégale en vertu de la loi internationale. Finalement le sentiment anti guerre est devenu tellement fort que le PvdA a décidé qu’il n’était plus possible de prolonger le mandat hollandais en Afghanistan entraînant aini la chute précoce du gouvernement.
Pour ce qui est de la politique de tous les gouvernements – qu’ils soient conservateurs ou sociaux-démocrates – ils ont durant des décennies essayé de démanteler l’Etat social en imposant des coupes sombres dans les dépenses publiques. Depuis les années 1980, le soi-disant « Polder Model » (Modèle des Polders) a conduit à des attaques féroces contre le niveau de vie de la classe ouvrière. Les dépenses publiques ont été réduites petit à petit par les gouvernements en étroite collaboration avec les syndicats, les salaires gelés et les emplois détruits. Rien que cette année, 90 millions d’euros doivent être économisés dans les domaines de l’éducation et de la santé.
Par ailleurs, un enrichissement débridé a eu lieu en haut de l’échelle sociale. Les gros groupes et les riches ne paient presque pas d’impôts et des bonus de plus en plus élevés sont offerts aux cadres supérieurs. L’inégalité sociale continue d’augmenter. A la suite de la crise économique internationale, la coalition CDA/PvdA a également octroyé aux banques de généreux cadeaux s’élevant à des milliards d’euros.
Lors des dernières élections parlementaires, c’est surtout le Parti socialiste qui a tiré profit du mécontentement populaire. Issu d’un groupe maoïste insignifiant, il avait durant la deuxième moitié des années 1990 pu bénéficier d’un certain soutien en raison de son opposition verbale aux attaques perpétrées contre les dépenses publiques. Il est devenu un parti creuset pour toutes sortes d’organisations petites bourgeoises et d’individus : ceux qui prêchent l’évangélisme, les syndicalistes, les féministes, les membres d’Attac, les ex-radicaux, etc. Lors des élections parlementaires de 2006, il avait été en mesure de tripler son nombre de votes et de remporter 25 sièges.
Mais le Parti socialiste n’a aucune réponse à la crise. Il rejette une mobilisation indépendante de la classe ouvrière et se voit avant tout comme une caution de « gauche » pour les syndicats et le gouvernement PvdA/CDA. Plus la polarisation de la société avance, plus il se rapproche du gouvernement.
La formation de coalitions, non seulement avec le PvdA mais aussi avec le CDA, se discute ouvertement au sein du PS. Agnes Kant, présidente du groupe parlementaire du PS a dit qu’aucun parti, y compris celui de Wilders, ne devrait être écarté d’emblée de telles considérations.
Le nationalisme avait été dès le départ un élément central de l’ancien parti maoïste. Dans un document de 1989 intitulé « Les travailleurs immigrés et le capital », le PS avait déclaré que les « travailleurs immigrés » devaient s’intégrer à la société et à la culture néerlandaises. Il exigeait qu’ils « apportent une contribution appréciable à la lutte que la classe ouvrière doit mener contre le système capitaliste, » et quiconque ne serait pas prêt à le faire devrait quitter le pays.
Lorsqu’après les attentats terroristes du 11 septembre à New York et après le meurtre de Pim Fortuyn, le gouvernement avait instigué une atmosphère de pogrome contre les Musulmans le PS avait introduit la loi au parlement obligeant les dirigeants spirituels islamiques à suivre un cours d’intégration à la culture néerlandaise, sous peine de perdre leur statut de résident légal.
En d’autres termes, le SP se trouvait dans le camp de l’establishment politique en ce qui concerne la politique sociale, militaire et de l’immigration. C’est pourquoi il est à présent puni aux élections municipales. Il a perdu son soutien électoral presque aussi vite qu’il l’avait acquis.
Mis à part le parti de Wilder, le petit parti « progressiste » libéral de gauche des Democraten 1966 (D66) a également pu tirer profit des élections, il avait orienté sa campagne électorale contre Wilders et le PVV. Au cas où il serait en mesure de répéter ce résultat aux élections parlementaires, il multiplierait le nombre de ses sièges par cinq, de 3 à 15.
Le parti de Wilders est en grande partie une création des médias. Il est intentionnellement soutenu par certaines sections de l’establishment. Il n’a pas d’adhérents. Geert Wilders détermine la politique, nomme les candidats et se charge des relations publiques. Le site internet hollandais Dutch News écrit, « Son seul but est de servir de plateforme à Geert Wilders et à sa marque de fabrique – anti islam, nationalisme populiste. » Sa concentration exclusive sur la personne de Wilders doit empêcher que l’organisation raciste et extrêmement populiste n’éclate comme ce fut le cas pour le parti (LPF) de Pim Fortuyn. L’Etat permet à Wilders de pratiquer ses activités aux frais de la collectivité. Il réside dans un endroit secret et est protégé par la police 24 heures sur 24.
L’atmosphère xénophobe et anti islam dont dépend Wilders est également délibérément propagée par les cercles politiques dirigeants. Le CDA et le PvdA ont longtemps compté sur le racisme et la xénophobie pour absorber et canaliser en toute sécurité les tensions sociales. En 2002, Balkenende avait fait entrer au gouvernement la Liste Pim Fortuyn (LPF) qui, comme le PVV, incitait à la haine contre l’islamisation des Pays-Bas et contre les « criminels » en provenance d’Afrique du Nord et des Iles caraïbes.
Le LPF s’était rapidement effondré après une querelle pour des postes dans le parti et le gouvernement et le résultat fut un fort virage à droite de l’ensemble du paysage politique. Lors des élections parlementaires de 2004, Wouter Bos du PvdA social-démocrate avait réclamé l’adoption d’une attitude plus rigoureuse à l’égard des immigrés qui refusaient de s’adapter à la société néerlandaise. Il avait exigé que quiconque échouait au cours de langue obligatoire soit puni, par exemple par une réduction de ses allocations sociales.
Depuis lors, les demandeurs d’asile ne sont acceptés dans le pays que s’ils sont capables d’avancer 6.600 euros pour le financement d’un cours de langue et d’intégration. Leur droit d’être accompagné de leur femme et d’autres membres de leur famille a également été largement restreint. Le refoulement des immigrés est effectué par des unités de l’armée spécialement constituées.
Pim Fortuyn avait été pendant longtemps un membre du CDA et plus tard du VVD libéral de droite avant de mettre sur pied son propre parti. Il en est de même pour Wilders qui a d’abord appartenu au VVD pendant de nombreuses années avant de fonder son propre parti en 2006.
Le succès électoral de Wilders à Almere est le résultat d’un plan minutieusement élaboré et exécuté par Wilders lui-même, par d’autres partis politiques et par les médias. L’idée était d’initier une nouvelle tendance orientée vers la politique droitière. Wilders a dit que la victoire à Almere était le « tremplin vers le succès » et il voulait devenir lors des élections parlementaires du 9 juin la force politique la plus forte.
Les travailleurs et les jeunes aux Pays-Bas devraient être avertis. La classe dirigeante est en train de préparer Wilders et son PVV afin de combler le vide politique qui s’est développé ces dernières années, et pour imposer des attaques féroces contre la classe ouvrière en général.

http://www.wsws.org/ http://www.wsws.org/



Mardi 16 Mars 2010


Commentaires

1.Posté par Moha le 16/03/2010 21:53 | Alerter
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Encore un sioniste qui confond l'europe avec son kiboutz personel

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